Chevalier Kadosh

Chevalier Kadosh ou Chevalier Kadosch est en franc-maçonnerie le nom d'un degré des hauts grades maçonniques du Rite écossais ancien et accepté. 30e degré dans l’échelle des grades de ce rite, le terme de « Kadosh » est issu du mot hébreu « קדוש », qui signifie sacré ou consacré. Le titre de Chevalier Kadosh est souvent abrégé dans les documents ou décors maçonniques sous la forme de C∴ K∴ S∴ ou de C∴ K∴ H∴ .

C∴ K∴ S∴ et décor maçonnique au-dessus d'une porte de maison du village d'Irancy.

HistoireModifier

Le grade de Chevalier Kadosh apparait dans quelques sources qui le lient au « Conseil des empereurs d'Orient et d’Occident » en 1758. Ce conseil qui pratique plusieurs degrés au cours du XVIIIe siècle à Paris et dans lequel le grade porte le nom complet de : « Illustre grand commandeur de l’aigle blanc et noir, Grand élu Kadosh ». Il est le 24e degré d'un système qui en compte 25, dénommé Rite de perfection[1] et qui est sous la régence du conseil[2],[3].

Selon l'historiographe de la franc-maçonnerie Roger Dachez, ce grade serait de souche allemande, il apparait en France, du côté de Metz en 1760 et descend de la filiation légendaire d'une franc-maçonnerie « templière » et d'un grade primitif du nom de « chevaliers de Dieu et de son Temple, ». Grade pratiqué par un « chapitre de Clermont » créé par des sources françaises et établi à Berlin aux alentours de 1759[4].

En 1801, le premier et le plus ancien Conseil suprême du Rite écossais est fondé à Charleston (Caroline du Sud). Cette juridiction a adopté un grand nombre de degrés du Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident et du Rite de perfection, dont celui de Chevalier Kadosh. Le degré est comme le trentième degré et est simplement intitulé « Chevalier Kadosh »[3],[5]. Le degré reçut une réécriture substantielle de son rite de transmission dans les années 1850, quand Albert Pike est Grand commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud. Il est révisé en 2000[6].

Aspect du gradeModifier

Comme tous les grades maçonniques, le grade de Chevalier Kadosh tente d'enseigner aux initiés une série de leçons de morale par l'utilisation d'allégorie et de symbolisme. Les descriptions officielles peuvent être différentes selon les juridictions qui le transmettent. La description officielle de la juridiction du sud pour les États-Unis et de la version américaine est la suivante : « l'enseignement de ce grade est celui d'être fidèle à soi-même, de défendre ce qui est juste et bon dans nos vies aujourd'hui. Pour croire en Dieu, la patrie et nous-mêmes »[7].

Le grade de Kadosh est parfois accusé d'être anticatholique. L'édition de 1918 de l'Encyclopédie catholique déclare que, lors de la cérémonie en usage dans la juridiction méridionale du rite écossais ancien et accepté aux États-Unis, qui aurait été écrite par Albert Pike, le diadème papal est piétiné lors de l'initiation[8]. Cette allégation n'apparaît dans aucune édition ultérieure à 1918[9] bien qu'elle ait été répétée par le père William Saunders dans le Arlington Catholic Herald en 1996. [10].

Ni le récit de l'Encyclopédie catholique, ni celui du père Saunders ne concorde avec la première version du rituel de Pike, qui ne comprend ni piétiner ni poignarder un crâne et aucune mention des diadèmes papaux du tout[11].

Le livre de d'Albert Pike Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry mentionne dans le discours historique du grade de Kadosh, l'hostilité à la tiare papale par les Chevaliers du Temple historiques[12]

Notes et référencesModifier

  1. Georges_Henri Luquet, « Historique et rôle du grade chevalier Kadosch : bulletin N°21 des ateliers supérieurs », sur http://luquet-archives.univ-paris1.fr/, (consulté le 3 février 2016).
  2. (en) A.E. Waite, A New Encyclopedia of Freemasonry, vol. 1, New York, University Books, (ISBN 0-517-19148-2), p. 254.
  3. a et b (en) Albert G. Mackey, An Encyclopedia of Freemasonry, vol. 1, New York, The Masonic History Company, , p. 379.
  4. « Chevaliers, Templiers et francs-maçons : les sources d'une rencontre », sur http://pierresvivantes.hautetfort.com (consulté le 21 février 2016).
  5. (en) A.E. Waite, A New Encyclopedia of Freemasonry, vol. 2, New York, University Books, (ISBN 0-517-19148-2), p. 412.
  6. (en) Arturo de Hoyos, The Scottish Rite Ritual Monitor and Guide, The Supreme Council, 33°, Southern Jurisdiction, , 1re éd. (ISBN 0-9708749-2-8), p. 79-86.
  7. (en) « Ancient and Accepted Scottish Rite – Southern Jurisdiction », sur http://freemasoninformation.com (consulté le 20 février 2016).
  8. "Le Kadosh (trentième degré), piétinant le diadème papal et la couronne royale, est destiné à se venger juste de ces" grands criminels " pour le meurtre de Molay [128] et "en tant qu'apôtre de la vérité et des droits de l'homme" [129] pour délivrer l'humanité "de l'esclavage du despotisme et de la servitude de la tyrannie spirituelle". " Extrait de l'article Maçonnerie (franc-maçonnerie) dans «l'Encyclopédie catholique».
  9. « New Catholic Encyclopedia », 1967 ed, Volume 6, pp 132–139, McGraw-Hill, New York. L'édition la plus récente (2002) ne contient aucun article sur la franc-maçonnerie.
  10. «Catholics and the Freemason 'Religion'» par le père William Saunders, The Arlington Catholic Herald , 9 mai 1996, organisé par le Eternal Word Television Network.
  11. Pike, Albert; «Le Magnum Opus ou Grand Œuvre»; Kessinger Publishing Co .; (ISBN 1-56459-245-6)
  12. "Ainsi l'Ordre des Chevaliers du Temple était à son origine voué à la cause de l'opposition à la tiare de Rome "; Albert Pike, «Morals and Dogma», 1871, XXX KNIGHT KADOSH.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Irène Mainguy, De la symbolique des chapitres en franc-maçonnerie, Éditions Dervy, , 538  p. (ISBN 978-2-84454-363-9) 
  • Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique : Franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des Lumières, Éditions Dervy, coll. « Renaissance traditionnelle », , 228  p. (ISBN 978-2-84454-398-1) 
  • Jean-Marie Mercier, « De l'apparition d'un proto-kadosh à la fixation d'un grade à connotation templière, ou la malédiction d'un Nec plus ultra ayant suscité fascination et detestation », Kilwinning, no 12,‎ , p. 77-91