Pierre Fresnay

acteur français (1897-1975)

Pierre Fresnay est un acteur et metteur en scène français né le à Paris 5e et mort le à Neuilly-sur-Seine.

Pierre Fresnay
Description de cette image, également commentée ci-après
Pierre Fresnay en 1939 (cliché Harcourt).
Nom de naissance Pierre Jules Louis Laudenbach
Surnom Pierre Vernet
Naissance
Paris
Nationalité Française
Décès (à 77 ans)
Neuilly-sur-Seine, Hauts-de-Seine
Profession acteur
metteur en scène
directeur de théâtre
Films notables Marius
Fanny
César
La Grande Illusion
L'assassin habite au 21
Le Corbeau

En quarante ans sur les plateaux de tournage, il joue sous la houlette de grands réalisateurs de l’époque, de Maurice Tourneur et Abel Gance à Jeff Musso, en passant par Marc Allégret et Alfred Hitchcock (dans la première version de L’Homme qui en savait trop en 1934), et Henri-Georges Clouzot. Outre son rôle de Marius dans la Trilogie marseillaise (écrite par Marcel Pagnol), ses compositions dans La Grande Illusion (1937) où il incarne Boëldieu, un aristocrate fier et nostalgique, dans L'assassin habite au 21 où il campe l'ironique et subtil commissaire Monsieur Wens (1942), ou encore dans Le Corbeau (1943), sont restées dans les mémoires.

Biographie

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Jeunesse et débuts

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Né le dans le 5e arrondissement de Paris[1], Pierre Fresnay — Pierre Jules Louis Laudenbach pour l'état civil — est le fils de Jean-Henri Laudenbach (né en 1855), professeur de philosophie, et de Désirée Claire Dietz (1870-1960).

Il monte sur scène pour la première fois à quatorze ans. Grâce à son oncle maternel Claude Garry, ex-pensionnaire de la Comédie-Française et acteur en vogue de l’époque, il joue un petit rôle dans L’Aigrette, au théâtre Réjane. C'est à cette occasion qu’il choisit son premier nom de scène, Pierre Vernet.

En 1914, il fait son entrée au Conservatoire national de musique et de déclamation, dans la classe de Paul Mounet et de Georges Berr. Un an plus tard, il est engagé à la Comédie-Française[2] où il interprète le rôle-titre dans Britannicus de Racine. Il fait parallèlement ses débuts au cinéma en 1915 dans France d’abord d’Henri Pouctal.

Carrière

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Devenu sociétaire de la Comédie-Française en 1924, il en claque la porte en 1927 pour entamer avec Un miracle une collaboration fructueuse avec Sacha Guitry qui s'achève de façon tumultueuse cinq ans plus tard, Fresnay entamant une liaison avec la femme de ce dernier, Yvonne Printemps, sa partenaire sur Frans Hals ou l'Admiration de Guitry.

Il s’illustre notamment dans La Chienne aux yeux de femme, Cyrano de Bergerac, Bloomfield, Cette vieille canaille, Jean III, L'Hermine, L’Idée fixe et Visitation. En 1931, il interprète son premier rôle majeur au cinéma dans Marius, premier volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol créé deux ans plus tôt au théâtre de Paris et transposé à l’écran par Alexander Korda. Il reprend ce rôle dans Fanny (1932) et César (1936).

 
Pierre Fresnay et Erich von Stroheim dans La Grande Illusion (1937).

En 1934, il joue Armand Duval au côté d'Yvonne Printemps, fraîchement divorcée de Sacha Guitry, dans La Dame aux camélias de Fernand Rivers. Sa diction incisive[3] lui confère dès lors des rôles d’hommes de commandement : officier dans La Grande Illusion de Jean Renoir (1937) et Alerte en Méditerranée de Léo Joannon, en inspecteur dans deux adaptations des romans de Stanislas-André Steeman, Le Dernier des six (1941) et L'assassin habite au 21 (1942), en marquis dans Les Aristocrates (1955). Il interprète aussi des journalistes (La Bataille silencieuse de Pierre Billon, en 1934 et Le journal tombe à cinq heures de Georges Lacombe, en 1942), un bagnard dans Chéri-Bibi, un médecin dans Le Corbeau, un avocat au lourd passé dans Le Visiteur, un homme d’église dans Dieu a besoin des hommes (1949) et Le Défroqué (1954) et dans Il est minuit, docteur Schweitzer (1952) et même en saint Vincent de Paul dans Monsieur Vincent (1947).

En 1939, il passe à la réalisation avec Le Duel, toujours aux côtés d'Yvonne Printemps. Le film ne sort qu'en 1941. Le couple apparaît à de nombreuses reprises à l’écran et triomphe notamment dans l'adaptation de l'opérette d'Oscar Straus, Trois Valses (1938), créée l'année précédente au théâtre des Bouffes-Parisiens. Ils prennent également la direction du théâtre de la Michodière qu'ils conserveront jusqu'à leur mort.

Seconde Guerre mondiale et régime de Vichy

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Sous le régime de Vichy, Pierre Fresnay adopte une attitude complaisante vis-à-vis de l'occupant allemand. Il prend la direction de la première sous-commission du Comité d'organisation de l'industrie cinématographique (COIC), instance de décision financière et de censure du cinéma au sein du Comité d'organisation[4]. Cette instance était sous la supervision de la Famille professionnelle des spectacles, organe de contrôle et de développement de l'industrie du spectacle prévu par la Charte du travail dans le cadre de la politique corporatiste voulue par le régime de Vichy. Des collaborateurs notoires, comme Léo Joannon exercent un rôle actif au sein du COIC.

À la Libération, les films qu’il avait tournés sous l’Occupation pour le compte de la firme allemande Continental Films dirigée par Alfred Greven, et sa décoration de la Francisque lui valent un séjour de six semaines au dépôt de Paris[n 1],[5], jusqu’à ce qu’il soit blanchi pour absence de preuves. George Adam, résistant, écrit alors dans Les Lettres françaises du  :

« M. Pierre Fresnay n'étant pas sur la paille, puisqu'il a gagné pas mal d'argent sous l'occupation, pouvait vivre à la campagne ; il serait peut-être parvenu ainsi à faire oublier que cet argent a été gagné par une collaboration active avec la Continentale, société de films purement boche[6]. »

Cette sympathie pour le régime de Vichy semble ne pas être du simple opportunisme lorsqu'en 1950, il adhère à l'Association des amis de Robert Brasillach[7], homme de lettres connu pour son engagement politique à l'extrême droite et fusillé à la libération.

L'après-guerre

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Avec 7 055 290 entrées en France, Monsieur Vincent de Maurice Cloche, sorti en 1947, reste son plus gros succès au cinéma[8]. Campant des personnages sérieux, voire édifiants, dans des films de portée secondaire, dont trois nouveaux films de Léo Joannon, Pierre Fresnay passe au registre comique dans Les Affreux (1959) et dans Les Vieux de la vieille (1960). Il abandonne le cinéma au début des années 1960, pour se consacrer exclusivement au théâtre, principalement dans son théâtre de la Michodière aux côtés d'Yvonne Printemps.

En 1954, il publie ses mémoires, Je suis comédien.

 
Tombe de Pierre Fresnay et d'Yvonne Printemps au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 1).

En , Pierre Fresnay est victime d'une crise cardiaque qui le plonge dans le coma[3]. Il meurt des suites de problèmes respiratoires à l'âge de 77 ans, le à Neuilly-sur-Seine[3].

Dans son autobiographie (My Name Escapes Me), l'acteur britannique Alec Guinness rapporte que Fresnay était son acteur favori[9],[3].

Vie privée

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Pierre Fresnay épouse le Rachel Berendt (1893-1957), condisciple au Conservatoire et comédienne de l’Odéon ; le couple divorce le . Il se remarie le avec Berthe Bovy, comédienne d’origine belge (1887-1977) de dix ans son aînée, rencontrée à la Comédie-Française ; le couple se sépare quelques mois plus tard mais leur divorce ne sera prononcé qu'en 1932[réf. nécessaire].

Il devient ensuite le compagnon d’Yvonne Printemps (1894-1977), de 1932 à sa mort. Ils sont enterrés ensemble au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 1).

Pierre Fresnay est l'oncle de l'éditeur Roland Laudenbach (1921-1991), fondateur de La Table ronde, et de l'acteur Philippe Laudenbach (1936-2024).

Théâtre

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Comédien

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Comédie-Française

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Il apparaît également dans les pièces suivantes entre 1915 à 1927 : Horace de Pierre Corneille, Le Baron d'Albikrac de Thomas Corneille, La Bonne Mère de Florian, L'Insinuation et Ruy Blas de Victor Hugo, Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, Le Dépit amoureux, Les Fâcheux, Les Précieuses ridicules, L'Avare, Le Médecin malgré lui, Tartuffe, Les Femmes savantes et Psyché de Molière, Les Caprices de Marianne, La Nuit de mai, La Nuit d'octobre et La Nuit de décembre d'Alfred de Musset, L'Aventurière d'Émile Augier, Gringoire et Le Baiser de Théodore de Banville, La Marche nuptiale d'Henry Bataille, L'Anglais tel qu'on le parle de Tristan Bernard, L'Hérodienne d'Albert du Bois, Le Luthier de Crémone et Pour la couronne de François Coppée, Mademoiselle de Belle-isle d'Alexandre Dumas, La Princesse Georges d'Alexandre Dumas fils, Primerose de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet, Sans lui de Marcel Girette, Le Joueur d'illusions de Marcel Girette, Le Voyage de monsieur Perrichon d'Eugène Labiche, Le Marquis de Priola et Le Prince d'Aurec d'Henri Lavedan, Les affaires sont les affaires d'Octave Mirbeau, Le Flibustier de Jean Richepin, Mademoiselle de La Seiglière de Jules Sandeau et Les Marionnettes de Pierre Wolff.

Hors Comédie-Française

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Metteur en scène

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Filmographie

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Cinéma

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Courts métrages et documentaires

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Télévision

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Le [10],[11], des extraits de Servitude et grandeur de la maladie de France Pastorelli lus par Pierre Fresnay sont diffusés sur France Culture. L'enregistrement fait l'objet d'un disque 33 tours produit par le Club français du disque[12]. La lecture de Pierre Fresnay est rediffusée dans le cadre du programme Les Nuits de France Culture les [10] et [11].

Publications

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  • 1964 : Je suis comédien, coll. « Mon métier », éd. du Conquistador (BNF 37626495)
  • 1975 : Pierre Fresnay, écrit avec François Possot, La Table ronde (BNF 34549000)

Distinctions

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Notes et références

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Notes
  1. 3, quai de l'Horloge à Paris.
Références
  1. Acte no 1047 (vue 25/), registre des naissances de l'année 1897 pour le 5e arrondissement sur le site Paris-Archives.
  2. Victor Hugo, « La Mort de Balzac / Pierres par Pierre Fresnay », sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le ).
  3. a b c et d Maximilien Pierrette, Biographie de Pierre Fresnay, Allociné.fr (consulté le 24 février 2018).
  4. S. Added, Le Théâtre dans les années Vichy : 1940-1944., Ramsay, Paris, 1992, p. 195.
  5. Charles Ford, Pierre Fresnay: gentilhomme de l'écran, Paris, France-Empire, 1981 (extraits sur Google livres.
  6. Les Lettres Françaises no 58 du 2 juin 1945, p. 2.
  7. Jean-Yves Camus et René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France : répertoire critique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, , 526 p. (ISBN 2-7297-0416-7), p. 397.
  8. Monsieur Vincent sur JP Box-Office (consulté le 2 juin 2010).
  9. (en) Alec Guinness, My Name Escapes Me: The Diary of a Retiring Actor, Penguin, 1998, p.65. (ISBN 0140277455).
  10. a et b France culture, « Servitude et grandeur de la maladie », Les Nuits de France Culture, sur franceculture.fr, .
  11. a et b France culture, « Servitude et grandeur de la maladie », Les Nuits de France Culture, sur franceculture.fr, .
  12. Le Club français du disque (Document parlé), Servitude et grandeur de la maladie : extraits dits par Pierre Fresnay (disque 33 tours microsillon) (no 248), (écouter en ligne).

Voir aussi

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Bibliographie

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Liens externes

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