Yvonne Printemps

chanteuse soprano et actrice française du XXe siècle

Yvonne Wigniolle, dite Yvonne Printemps, née à Ermont-Eaubonne (Seine-et-Oise)le et morte le [1] à Neuilly-sur-Seine, est une soprano lyrique et actrice dramatique française de l'entre-deux-guerres.

Yvonne Printemps
Image dans Infobox.
Yvonne Printemps en 1943 (Studio Harcourt)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Yvonne Wigniolle
Nationalité
Activité
Conjoint
Sacha Guitry (de 1919 à 1934)
Autres informations
Tessiture
Distinction
Tombe Pierre Fresnay Yvonne Printemps.JPG
Vue de la sépulture.

BiographieModifier

EnfanceModifier

Yvonne Printemps est la fille de Léon-Alfred Wigniolle[2], né à Valenciennes (1856-1931), et de Palmyre Vignolle[1], née au Cateau-Cambrésis (1859-1945).

Son père est caissier et délaisse le foyer familial pour courir les jolies filles et « faire la noce ». Sa mère l'élève ainsi que ses deux frères, Léon et Lucien, et sa sœur, Lucienne, en faisant de la couture à domicile[2]. Léon est l’aîné, suivi de Lucienne et Lucien et enfin de la petite Yvonne, née au hasard d'un retour de flamme de son père. Sa mère aime toujours son père qui ne sait rester en famille et n'a de cesse que de les quitter pour finir par partir tout à fait. Yvonne a quatre ans lorsqu'elle lui dit de s'en aller. La vie n'est pas facile pour Palmyre[2]. Il manque souvent le nécessaire et quand les aînés s'en vont, Palmyre s'occupe d'Yvonne.

Carrière professionnelleModifier

Débuts au music-hallModifier

Remarquée par Marie Marville, l'épouse de P.-L. Flers, chansonnier et ancien directeur du Moulin Rouge, à l'âge de dix ans, dans une pièce de théâtre amateur à Ermont[3],[2],[4], Yvonne commence à quinze ans[1] au music-hall des Folies Bergère remplaçant au pied levé une vedette, on la surnomma « Mademoiselle Printemps » [5],[6] (qualifiant sa mère au passage de « Madame Hiver »). À quatorze ans, la voici à la Cigale dans une revue au titre évocateur, Nue Cocotte, y campant un Petit Chaperon rouge assez déluré.

À quinze ans, elle entre aux Folies Bergère pour quatre années. À dix-huit ans, elle fait partie de la distribution de Ah ! les beaux nichons avec Maurice Chevalier. Son intelligence, son charme, sa beauté et sa voix exceptionnelle la font remarquer d'André Messager, de Sacha Guitry et d'Albert Willemetz, qui écrivent pour elle des comédies musicales, des pièces de théâtre et sept revues. En 1916, Sacha Guitry la fait débuter aux Bouffes-Parisiens dans sa comédie Jean de la Fontaine. Elle y interprète le rôle de sa maîtresse. Ne connaissant absolument pas la musique, elle chante « naturellement », se bornant à améliorer certains aspects de sa voix auprès de Mme Paravicini[7].

Diva de l'opéretteModifier

Francis Poulenc dira d'elle qu'elle a élevé l'opérette « à un niveau que personne d'autre n'avait atteint ». Il souligne aussi l'importance du legato dans sa voix[8]. Elle enregistrera sa mélodie Les Chemins de l'Amour.

On connaissait le mauvais caractère de cet archétype de la diva, ses frasques, ses bijoux (parmi les plus beaux de l'époque ; beaucoup, cadeaux de Sacha Guitry), ses chapeaux, ses petits chiens et ses toilettes qui alimentèrent la chronique. « Je ne suis pas ce que l'on pense … » lui fera chanter Albert Willemetz dans Trois Valses.

Entourée d'un nombre incalculable d'amants, Yvonne Printemps vécut jusqu'à la fin avec Pierre Fresnay, qui souffrait sans broncher des sarcasmes et des rebuffades qu'elle lui infligeait, lui qui n'était pas non plus un modèle de fidélité[7].

Yvonne Printemps meurt à son domicile du 8 bis rue Saint-James à Neuilly-sur-Seine en 1977 des suites d'une fracture du col du fémur. Elle est enterrée aux côtés de Pierre Fresnay au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine.

Vie privéeModifier

Idylle avec Georges GuynemerModifier

Pendant la Première Guerre mondiale, entre mars et , Yvonne Printemps aurait visité Georges Guynemer, alors convalescent d'une blessure, à l'hôpital militaire de l'hôtel Astoria, à Paris[9].

Après une soirée au théâtre, début 1917[10], elle tombe sous le charme de l'« as des as »[11]. Leur idylle courte et intense, dont l'existence est parfois contestée et la durée, imprécise, aurait duré dix mois. Il est alors sous-lieutenant[12] ; elle est au début de sa gloire.

Leur amour se défait bien vite. Yvonne est activement courtisée, notamment par Sacha Guitry, dont elle est peut-être déjà la maîtresse en 1917. Guynemer se console en travaillant aux plans de son avion, mais également auprès de Jane Renouardt, autre comédienne et ancienne maîtresse de son ami Maurice Lartigue.

Guynemer et Printemps resteront cependant liés jusqu'à la mort du capitaine-aviateur, le .

Le souvenir de Guynemer chez Yvonne Printemps aurait causé une algarade entre Sacha Guitry et Jean Navarre, en 1918[13],[14].

Mariage avec Sacha GuitryModifier

 
Sacha Guitry, Yvonne Printemps et le Gustave Ferrié en 1922.

Dès 1916, Sacha Guitry, alors marié à Charlotte Lysès, courtise Yvonne Printemps, qu'il fait jouer pour la première fois dans l'une de ses pièces, « Il faut l'avoir ». Elle épouse Guitry le à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Les témoins de la mariée sont Sarah Bernhardt et Georges Feydeau et ceux du marié Tristan Bernard et Lucien Guitry, son père. Brouillés depuis longtemps, le fils et le père se sont réconciliés, Lucien Guitry allant même jusqu'à accompagner les jeunes époux sur le quai de la gare pour la Côte d'Azur. La collaboration entre Yvonne et Sacha, très fructueuse artistiquement en France, en Angleterre et aux États-Unis, satisfera leurs deux passions et durera douze ans. En 1926, de passage à Londres, Yvonne provoque l'admiration du public pour son interprétation de Mozart de Sacha Guitry et Reynaldo Hahn. En 1927, Sacha et Yvonne partent en tournée à New York, Toronto, et Montréal[15] et Yvonne parlera plus tard de sa « merveilleuse aventure américaine ».

En 1931, Guitry la fait jouer dans Franz Hals auprès de Pierre Fresnay. Les deux comédiens tombent fortement amoureux et formeront dès lors un couple tumultueux, mais inséparable. Le coûteux et bruyant divorce d'avec Sacha Guitry fera les beaux jours des prétoires ainsi que des journaux à scandales.

Pierre FresnayModifier

En 1934, Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, encore marié, qu'elle n'épousera jamais, entament en nouveau couple d'artistes une tournée en Angleterre et aux États-Unis avec Conversation Piece, de Noël Coward (dans lequel elle chante en anglais phonétiquement), qui restera à l'affiche douze semaines à Broadway et O Mistress Mine de Cole Porter. Ils jouent ensemble dans huit films dont : La Dame aux camélias de Fernand Rivers et Abel Gance, Trois Valses (musique de Johann Strauss père et fils et d'Oscar Straus, livret de Léopold Marchand et Albert Willemetz d’après Knepler et Robinson), qui eut un succès considérable au théâtre et au cinéma en 1938[16],[17], la Valse de Paris de Marcel Achard en 1949 et Le voyage en Amérique. Yvonne Printemps poursuit sa carrière de chanteuse jusqu'à la fin des années 1950. Elle prend la direction du théâtre de la Michodière avec Pierre Fresnay où elle fera sa dernière apparition sur scène dans Hyménée, avec un rôle d'infirme bien éloigné de ceux qui avaient fait sa gloire. Ils lancent tous deux de nouveaux auteurs : Anouilh et Roussin entre autres. En 1950, ils s’associent à François Périer à qui ils confieront la direction artistique jusqu’en 1967. En 1975, Pierre Fresnay disparaît, deux ans plus tard Yvonne abandonne la direction du théâtre.[18]

PostéritéModifier

En 1994, La Poste française a édité un timbre à son effigie[19].

Le couple mythique que formèrent Sacha Guitry et Yvonne Printemps est le sujet de la comédie The Guitrys, écrite par Eric-Emmanuel Schmitt et créée au Théâtre Rive Gauche par Claire Keim et Martin Lamotte dans une mise en scène de Steve Suissa[20].

FilmographieModifier

ThéâtreModifier

En 2012, Éric-Emmanuel Schmitt a écrit une pièce en hommage à Sacha Guitry, The Guitrys, une comédie créée en 2012 au théâtre Rive Gauche avec Claire Keim (Yvonne Printemps) et Martin Lamotte (Sacha Guitry).


Discographie non exhaustiveModifier

  • Plaisir d'amour - 1938[21]
  • Mon rêve s'achève - 1943, du film Je suis avec toi[22]
  • Dites lui qu'on l'a remarqué[23]
  • Je t'aime - 1938
  • Je ne suis pas ce que l'on dit
  • J'ai deux amants
  • A sa guitare
  • Au Clair de la Lune
  • Oui, je t'aime Ô Paris
  • Le Pot-Pourri d'Alain Gerbault
  • Printemps
  • C'est la saison d'amour, du film Les Trois Valses
  • Je t'aime quand même, du film Les Trois Valses
  • La grande duchesse de Gerolstein
  • Vertige d'un soir
  • Les chemins de l'amour
  • Air des cartes de visite
  • Mozart : Air de la lettre
  • Mariette : Acte 2 : 1ère partie
  • Mariette : Acte 2 : 2ème partie
  • Mariette : acte 3 : Depuis trois ans passés
  • Air et scène - 1923

CitationsModifier

  1. Yvonne Printemps : « Les femmes préfèrent être belles, plutôt qu'intelligentes parce que, chez les hommes, il y a plus d'idiots que d'aveugles ».
  2. Yvonne Printemps : « On vous pardonne d'avoir réussi, mais pas d'avoir l'air heureux » et " Bien faire et laisser dire"
  3. Portrait d'Yvonne Printemps par Colette, dans La Jumelle noire (1938) : « Son sourire, aussi lumineux que la lune par froid clair et comme elle en forme de croissant, sourire célèbre aux coins relevés, gaieté que parfois dément la confidence mélancolique de deux yeux pers — le sourire de la meilleure actrice d'opérette de ce temps. »

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Encyclopædia Universalis, « YVONNE PRINTEMPS », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 27 mai 2021)
  2. a b c et d Karine Ciupa, Yvonne Printemps: L'heure bleue, (Robert Laffont) réédition numérique FeniXX, (ISBN 978-2-221-22614-8, lire en ligne)
  3. « L'Européen », sur Gallica, (consulté le 5 avril 2021)
  4. Raoul Muriand, Les Folies Bergère, (lire en ligne)
  5. « Il y a cent ans, Yvonne Printemps », sur France Culture (consulté le 27 mai 2021)
  6. Charlus, « le côté de chez moi: Rossignol de mes amours - Yvonne Printemps - 1 », sur le côté de chez moi, (consulté le 27 décembre 2019)
  7. a et b « Yvonne Printemps - Biographie », sur dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net (consulté le 21 janvier 2021)
  8. « Francis Poulenc parle d'Yvonne Printemps »
  9. Bernard Mark, Le Dernier Vol de Guynemer, FeniXX réédition numérique, (ISBN 978-2-402-00716-0, lire en ligne)
  10. Jules Roy, Guynemer, l'ange de la mort, Albin Michel, , 360 p. (ISBN 978-2-226-21680-9, lire en ligne)
  11. « YVONNE PRINTEMPS,UN ROSSIGNOL INFERNAL », sur Le Soir (consulté le 27 décembre 2019)
  12. Régis IGLESIAS, « Guynemer », sur Regis Iglesias (consulté le 27 décembre 2019)
  13. Bernard Marck, Le dernier vol de Guynemer, Frédérique PATAT, 226 p. (ISBN 978-2-37324-020-7, lire en ligne)
  14. « Jean Navarre, des témoignages », sur www.navarre-jean.com (consulté le 27 décembre 2019)
  15. « From the archives : Glamorous Guitrys made an impression », site de The Gazette.
  16. Richard Traubner, « Gallic light opera : From London, Paris, and New York », dans American Record Guide, 69.4, juillet 2006, p. 26–27.
  17. Fiche de la base IMDB.
  18. « Présentation du Théâtre - Théâtre de Paris », sur www.michodiere.com (consulté le 27 mai 2021)
  19. « Timbre : 1994 YVONNE PRINTEMPS 1894-1977 | WikiTimbres », sur www.wikitimbres.fr (consulté le 27 décembre 2019)
  20. Éric-Emmanuel Schmitt, The Guitrys, Paris, A. Michel, , 140 p. (ISBN 978-2-226-25199-2, lire en ligne)
  21. « Plaisir d'amour : Yvonne Printemps. »
  22. « Mon rêve s'achève - Yvonne Printemps »
  23. « Yvonne Printemps - Dites lui qu'on l' a remerqué »


BibliographieModifier

Liens externesModifier