L'Affaire Tournesol

Dix-huitième album des Aventures de Tintin

L'Affaire Tournesol
18e album de la série Les Aventures de Tintin
Image illustrative de l’article L'Affaire Tournesol

Auteur Hergé
Genre(s) Bande dessinée franco-belge
Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Capitaine Haddock
Professeur Tournesol
Bianca Castafiore
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de la Suisse Suisse
Drapeau de la France France
Borduriens flagga.svg Bordurie
Syldavie

Éditeur Casterman
Première publication 1956
Nb. de pages 62

Prépublication Le Journal de Tintin
Albums de la série

L’Affaire Tournesol (Les Aventures de Tintin : L’Affaire Tournesol) est le 18e album de bande dessinée Les Aventures de Tintin, écrit par Hergé et publié en 1956.

L'histoireModifier

SynopsisModifier

Les éléments de l'intrigue décrits ci-dessous concernent l'édition en couleur de L'Affaire Tournesol.
 
Le château de Moulinsart d'après une photographie modifiée du château de Cheverny

Au cours d'un orage, de mystérieux évènements frappent le château de Moulinsart : verres, miroirs et porcelaines volent tour à tour en éclat. Un assureur, Séraphin Lampion, passait devant les grilles du château quand les vitres de sa voiture ont explosé. Il y trouve refuge et, bien qu'agacé par la présence de ce nouvel arrivant très envahissant, le capitaine Haddock lui sert un verre de whisky, puis se sert par la même occasion quand son verre éclate dans sa main. D'abord hilare, Séraphin Lampion est pris de panique quand il se produit la même chose avec son propre verre. L'orage ayant cessé, il décide de prendre congé[H 1]. Immédiatement, des coups de feu sont échangés dans le parc. Tintin et Haddock s'y précipitent. Ils rencontrent le professeur Tournesol, imperturbable cependant deux trous, visiblement l'œuvre de balles, figurent dans son chapeau[H 2]. En inspectant le parc, les deux héros trouvent un homme à terre, blessé et évanoui. Le temps de chercher de l'eau pour le blessé et de prévenir la police, celui-ci a disparu. Tintin suit Milou sur une piste qui n'aboutit à rien, à l'extérieur du château[H 3].

 
Camionnette Volkswagen Combi de la boucherie Sanzot.

Les bris de verre se poursuivent à Moulinsart les jours suivants, attirant les badauds, et ne cessent qu'après le départ urgent pour Genève du professeur Tournesol[H 4]. Convaincus que ce dernier est en lieu avec les phénomènes étranges des derniers jours, Tintin et le capitaine pénètrent dans son laboratoire, où ils tombent sur un individu masqué qui parvient à s'enfuir, non sans abandonner le contenu de sa poche, arrachée par Milou, à savoir une clé et un paquet de cigarettes bordure sur lequel est inscrit l'adresse de l'hôtel Cornavin, où Tournesol a prévu de descendre[H 5].

Craignant pour la sécurité de leur ami à Genève, les deux héros décident de l'y rejoindre mais le ratent de peu. Apprenant que Tournesol doit rencontrer un confrère à Nyon, ils se mettent immédiatement en route, mais leur taxi finit sa course dans le lac Léman, victime d'une queue de poisson opérée par une mystérieuse Citroën 15 noire. Ils atteignent finalement Nyon, et plus précisément le domicile du professeur Topolino, où la même voiture noire manquent de les écraser[H 6]. Ils pénètrent dans la maison et découvrent d'abord le parapluie de Tournesol, attestant de sa venue, avant de délivrer Topolino qui était enfermé et bâillonné dans sa cave. Ce dernier accuse Tournesol de l'avoir agressé, mais Tintin comprend qu'un individu, selon toute vraisemblance un agent secret bordure, s'est fait passer pour lui avant de l'assommer, pour ensuite endosser le rôle de ce dernier, accueillir Tournesol et l'enlever[H 7].

Topolino délivre le motif de leur rencontre : Tournesol travaillait sur une arme à ultrasons capable de détruire le verre à distance et dont la dangerosité l'effrayait. C'est à ce moment qu'une bombe explose dans la maison[H 8]. Tintin et Haddock s'en sortent miraculeusement, et une fois rétablis, prennent la route de l'ambassade bordure à Rolle, où ils pensent que le professeur est retenu prisonnier[H 9]. Ils y arrivent en barque, de nuit, et tombent au milieu d'une bagarre rangée entre agents bordures et syldaves. Tournesol leur échappe encore, et au terme d'une course poursuite rocambolesque, d'abord en hélicoptère, puis en voiture et à pied, Tintin ne peut empêcher un avion syldave de décoller, emmenant à son bord le professeur[H 10].

 
L'hôtel Cornavin à Genève avec ses portes tournantes

En attendant l'avion qui doit les conduire à Klow, la capitale syldave, Tintin et Haddock découvrent dans le journal que l'avion des ravisseurs syldaves a finalement été détourné vers la Bordurie. Ils embarquent donc pour Szohôd, capitale bordure, où leur arrivée est annoncée par des agents secrets. Dès leur atterrissage, ils subissent une surveillance rapprochée dont ils ne se débarrassent qu'en se réfugiant dans les coulisses de l'opéra, où ils retrouvent Bianca Castafiore qui les cache dans sa loge quand survient le colonel Sponsz, chef de la police locale, venu rendre hommage à la cantatrice[H 11]. Le colonel révèle à son insu qu'il détient Tournesol à la forteresse de Bakhine et qu'il possède dans la poche de son manteau l'ordre de libération du professeur, à condition que ce dernier coopère avec les autorités bordures. Tintin et Haddock le subtilisent et le lendemain, grimés en agents de la Croix-Rouge, se présentent à la forteresse pour libérer Tournesol[H 12]. Les trois amis s'enfuient en voiture mais l'alerte donnée : à hauteur d'un barrage gardé par un char d'assaut, Tintin perd le contrôle du véhicule et l'envoie dans un ravin. Pendant que les militaires y descendent pour inspecter l'automobile, Tintin et Haddock, sains et saufs, conduisent le professeur, évanoui, dans le char abandonné, à bord duquel ils prennent la fuite[H 13].

Ils regagnent alors la frontière syldave, puis la Suisse où dans la poursuite, Tintin et Haddock avaient égaré le parapluie de Tournesol. Ce dernier leur confie avoir caché les plans de son arme secrète dans le manche de l'objet, mais quand celui-ci est retrouvé, les plans ne s'y trouvent pas. C'est finalement à Moulinsart, où Séraphin Lampion s'est entre-temps installé avec sa famille, que Tournesol les retrouve, oubliés dans sa table de chevet[H 14].

PersonnagesModifier

 
Une 2 CV similaire à celle des Dupondt, qui apparaît pour la première fois dans cet album.

Le capitaine Haddock acquiert une nouvelle posture dans cet album, en confiant dès l'entame à Tintin qu'il n'aspire plus qu'au repos. Cette résistance à l'aventure devient peu à peu une constante des derniers albums de la série, mais elle est à chaque fois contredite par les besoins de l'intrigue. En l'occurrence, il s'agit de libérer le professeur Tournesol, au cœur d'une lutte acharnée entre agents bordures et syldaves qui veulent s'accaparer une arme secrète dont il est l'inventeur. Le professeur joue donc une nouvelle fois le rôle de catalyseur de l'aventure, comme auparavant dans Le Temple du Soleil.

Les détectives Dupond et Dupont sont présents dans l'aventure, mais c'est la première fois depuis L'Étoile mystérieuse qu'un aussi faible nombre de cases leur est consacré[1]. Ils n'apparaissent qu'à deux reprises dans le récit, brièvement, d'abord pour enquêter sur les mystérieux évènements qui se produisent à Moulinsart[H 15], puis en Suisse, où, venus rendre visite à Tintin et Haddock à la clinique, ils seront soignés à leur tour[H 16].

C'est la troisième fois que Bianca Castafiore apparaît physiquement dans la série, mais au contraire de ses précédentes apparitions, elle n'est pas moquée dans cette aventure et bien que sa tenue ne perde rien de son extravagance, elle est d'une aide précieuse pour le capitaine et Tintin, jouant un rôle décisif dans la libération du professeur[2]. D'autres personnages font leur première apparition, comme le colonel Sponsz, chef de la police bordure, dans le rôle traditionnel du méchant, et l'assureur Séraphin Lampion, personnage aussi casse-pieds qu'hilarant[3].

Lieux de l'actionModifier

 
Le lac Léman à Nyon

L'histoire s'ouvre au château de Moulinsart et dans sa campagne environnante. Apparue dans le diptyque formé par Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge, cette demeure décentrée représente pour les lecteurs contemporains d'Hergé un refuge paisible et idéal, préservé des nuisances et des conflits dans le contexte de la Guerre froide. Pour autant, L'Affaire Tournesol rompt avec cette image de sérénité : dès la deuxième planche, dans la dernière case, Tintin et le capitaine Haddock qui se promènent dans le parc sont espionnés à leur insu par un agent secret syldave, lui-même observé par un contre-espion bordure. Cette composition en abyme en introduit la menace dans cet environnement d'apparente tranquillité, révèle ce qui sera le cœur de l'intrigue dans la suite de l'album[4].

Cet album est le seul qui se déroule en partie en Suisse. On y voit, par exemple, la gare Cornavin de Genève (bien que l’intérieur de la gare soit celui de la gare de Lausanne, et non de Genève)[réf. nécessaire] ainsi que l’hôtel Cornavin où l’on retrouve actuellement des statues de Tintin et Milou dans l’entrée. La maison du professeur Topolino à l’adresse « route de Saint-Cergue » à Nyon existe toujours mais elle porte le numéro 113 et non 57 bis[5]. En Suisse, cette maison est simplement appelée « maison de Tintin »[6]. Quant à l'ambassade bordure à Rolle, elle a peut-être pour modèle le bâtiment d'origine de l'École hôtelière de Genève[7].

Alors qu’ils se trouvent à Nyon, les héros traversent le lac Léman. Ils se trouvent alors en Haute-Savoie, d'abord au Port de Sciez (Bonnatrait)[8], puis à Cervens et enfin Bons-en-Chablais.

ParutionModifier

La publication des planches de L'Affaire Tournesol débute le et se poursuit jusqu'au , dans les colonnes du journal Tintin, avant que l'album soit édité chez Casterman au cours de l'année 1956. C'est d'ailleurs la première aventure de la série qui est publiée sans interruption depuis Le Trésor de Rackham le Rouge dix ans plus tôt[9]. La publication dans l'édition française du journal Tintin débute quant à elle en [10].

À l'origine, Hergé souhaite superposer au dessin de la couverture une matière plastique imitant les brisures de verre et donnant ainsi un effet de relief transparent à l'ensemble. Le projet est finalement abandonné à la demande de l'éditeur, afin de limiter les coûts de production[11].

Création de l'œuvreModifier

Contexte d'écritureModifier

Publié en 1956, L’Affaire Tournesol voit la réapparition de la rivalité Syldavie-Bordurie. Cette fois-ci, elle incarne l’opposition des blocs communiste et capitaliste, alors en pleine guerre froide (certains voient en Plekszy-Gladz une caricature de Staline). Néanmoins, beaucoup d’exégètes de Tintin voient dans les Bordures une caricature des Nazis : les uniformes ressemblant beaucoup aux uniformes SS, le salut « Amaih Pleksy-Gladz » comme évocation du « Heil Hitler »[12]. De plus, la future collaboration de Spontz avec une dictature militaire sud-américaine, dans Tintin et les Picaros, évoquera les anciens Nazis réfugiés en Amérique du Sud après la guerre et souvent « recyclés » pour organiser leurs polices secrètes.

Écriture du scénarioModifier

Après avoir réalisé successivement trois diptyques[Note 1], Hergé renoue avec le principe d'une histoire courant sur un seul album. Le scénario de cette nouvelle aventure doit beaucoup à l'apport de ses collaborateurs des Studios Hergé. Ainsi, le gag du sparadrap, qui court sur dix-sept cases, est une idée de Jacques Martin, « omniprésent dans la conception de cet album »[13]. Par ailleurs, le personnage de Séraphin Lampion est emprunté à celui de Pierre Delfeld, créé par le dessinateur Paul Jamin pour le journal satirique Pan[11].

Sources et documentationModifier

Pour la première fois dans l'histoire de la série, Hergé effectue de véritables repérages sur les lieux de l'action, lui qui a l'habitude de séjourner en Suisse[11]. L'hôtel Cornavin de Genève est ainsi fidèlement reproduit, même si Hergé commet une erreur en logeant dans la « chambre 122 », au premier étage, qui n'existe pas. Depuis la parution de l'album, la direction de l'hôtel a néanmoins installé une porte contre un mur, portant le no 122, afin que la réalité rejoigne la fiction[14]. Hergé a donc profité de ses voyages en Suisse pour réaliser des croquis de paysages, notamment des propriétés ou des places à Rolle et Nyon, et sur les rives du lac Léman, afin de repérer l'endroit précis où une voiture pouvait quitter la route et chuter dans l'eau, à la sortie de Genève[15].

 
Couverture de livre reproduite dans l'album.

Pour dessiner le laboratoire du professeur Tournesol à Moulinsart, Hergé suit les conseils de l'astronome Armand Delsemme, qui lui fournit également un exemplaire du livre de Leslie Earl Simon, German Research in World War II, dont Hergé reproduit la couverture dans une des cases de l'album, en prenant soin de retirer la croix gammée qui orne l'avion[16].

Références, apparitions et clin d'œilModifier

Hergé introduit des éléments de cohérence entre ses albums afin de donner à son œuvre une « apparence massive, compacte et cohérente ». Ainsi, utilisant le même procédé que de grands auteurs de la fin du XIXe siècle, il convoque dans chaque nouvelle aventure des personnages issus de précédentes histoires[17]. Outre les personnages récurrents da la série que sont Tintin, Milou, le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Nestor et les détectives Dupondt, Hergé fait appel à des personnages plus ou moins installés dans son œuvre. C'est le cas de la cantatrice Bianca Castafiore, déjà vue dans Le Sceptre d'Ottokar et Les Sept Boules de cristal.

Par ailleurs, certains éléments du scénario de L'Affaire Tournesol constituent autant de renvois plus ou moins évidents à de précédents albums. Ainsi l'épisode de l'enlèvement d'un personnage est un motif récurrent de la série, apparu avec Tintin en Amérique et de nouveau exploité dans Le Temple du Soleil. D'ailleurs, c'est déjà le professeur Tournesol qui en est la victime dans ce dernier album[18]. De même, Hergé prend l'habitude d'inscrire ses récits dans un même genre narratif : ainsi L'Affaire Tournesol s'apparente à une œuvre de science-fiction, comme l'ont été Objectif Lune et On a marché sur la Lune, une catégorie que rejoindra plus tard Vol 714 pour Sydney[19].

Hergé a pris l'habitude de se dessiner lui-même ou ses proches parmi les personnages qui peuplent ses albums. Ainsi s'est-il représenté, dans la dernière case de la treizième planche, en reporter interrogeant un témoin dans la foule amassée devant les grilles du château, après la série d'évènements mystérieux qui frappent Moulinsart[11]. C'est d'ailleurs sa dernière apparition dans la série. Hergé adresse également un clin d'œil à son ancien collaborateur Edgar P. Jacobs, qui avait débuté comme figurant et chanteur d'opéra, en le représentant comme un spectateur de l'opéra dans la planche 53, puis à travers le nom de Jacobini sur l'affiche figurant derrière le colonel Sponsz dans la planche suivante[20]. Enfin, le nom du professeur Topolino, le savant italien qui avait rendez-vous avec Tournesol, est une référence à l'univers de Walt Disney, dont le personnage de Mickey se nomme Topolino en italien[11].

AnalyseModifier

Analyse critiqueModifier

Pour de nombreux tintinologues, L'Affaire Tournesol est considéré comme l'album le plus abouti de la série. C'est le cas de Harry Thompson, qui regrette néanmoins la fin précipitée de l'histoire[21], ou de Michael Farr, pour qui il s'agit de l'une des meilleures créations d'Hergé[22]. Si Pierre Assouline le considère « moins ludique, mais plus parfait que d'autres »[23], Benoît Peeters souligne « la richesse du thème, la rapidité des enchaînements, la science des cadrages et l'art du dialogue[24] ». Ce dernier salue également l'apparition de Séraphin Lampion, qu'il considère comme « la dernière grande figure des Aventures de Tintin », et rapproche l'atmosphère de cet album de celle des romans d'espionnage de John Buchan et Eric Ambler[25].

Pour Jean-Marie Apostolidès, cette aventure marque le début de la troisième et dernière période de la série qui, selon lui, peut être caractérisée par la représentation par Hergé d'un monde dirigé par l'affairisme et dans lequel le travail de détective a préséance sur toute quête mystique[26].

Pierre Skilling analyse le rôle des Aventures de Tintin dans la formation de la conscience politique des enfants et considère à ce titre que L'Affaire Tournesol est une « synthèse du totalitarisme ». Le maréchal Plekszy-Gladz, omniprésent dans l'album sans jamais être montré, mène une dictature qui intègre à la fois « des éléments du fascisme nazi et du communisme stalinien », comme le culte de la personne symbolisé par les moustaches, tout en ayant des prétentions à la domination mondiale pour son pays. Il voit ainsi dans cet album une version adaptée aux enfants de l'essai de Hannah Arendt sur Les Origines du totalitarisme, publié au début des années 1950[27].

Sur le plan philosophique également, en secourant le professeur Tournesol, Tintin répond une nouvelle fois à l'appel de l'autre. Ce geste éthique représente un devoir irrépressible que le héros ne vit pas sous la forme d'une contrainte, ce qui fait dire au philosophe Martin Legros que « Tintin n'est pas un héros kantien ». Comme dans Le Temple du Soleil, déjà pour secourir Tournesol, ou plus tard Tintin au Tibet pour sauver Tchang, l'appel de l'autre constitue le motif initial de l'aventure[28].

Enfin L'Affaire Tournesol interroge la représentation du savant dans la bande dessinée, et pour Catherine Allamel-Raffin et Jean-Luc Gangloff, ce personnage remplit souvent la fonction d'amorce du récit dans la mesure où l'objet de sa création fournit une matrice narrative évidente. Ils soulignent également le fait que, dans la bande dessinée, les inventions potentiellement néfastes sont le plus souvent rapportées à un créateur individuel : ainsi, l'invention de l'arme à ultrasons du professeur Tournesol est à ce point attachée à son créateur que se l'approprier se traduit par l'enlèvement de celui-ci[29].

Style graphiqueModifier

Fidèle à son habitude, Hergé agrémente son dessin d'une série de conventions graphiques « qui dessinent une véritable grammaire de la bande dessinée moderne ». L'Affaire Tournesol révèle une utilisation particulièrement riche des onomatopées, visant à maintenir le rythme effréné de l'album. Le ton est donné dès la première planche, qui s'ouvre par une vignette dans laquelle on voit un téléphone surmonté d'un « DRRING » répété quatre fois et qui se conclut par un « BRROM » annonçant l'orage qui vient perturber la quiétude du capitaine et de Tintin[23],[H 17]. Parfois, Hergé procède même à une une simplification extrême en employant des « cases onomatopées », celles-ci se composant d'une seule onomatopée inscrite en gros caractères[30]. C'est le cas notamment lors de l'épisode de l'orage au début du récit. Lorsque la foudre s'abat sur le château, un « CRRAC » sur fond jaune est disposé au bas d'une case entièrement noire, puis plus loin, un énorme « BANG » qui emplit la case précède l'envolée du capitaine Haddock dans son lustre alors qu'il tenait le combiné du téléphone[H 18].

Parmi les autres signes graphiques, les gouttelettes de sueurs sont les plus employées et se présentent quasiment à chaque page. Entourant le visage des personnages, elles manifestent le plus souvent leur stupéfaction[30], comme par exemple lorsque le verre se brise dans les mains du capitaine Haddock[H 19]. De leur côté, les étoiles colorées constituent selon Jérôme Dupuis le « symbole d'une violence tempérée par l'humour »[30], comme lors de la première rencontre « frappante » entre Haddock et Séraphin Lampion[H 20]. Enfin, les spirales ont pour effet de « souligner l'effet comique [en] introduisant une sensation de vacillement dans l'univers bien ordonné d'Hergé » et traduisent le plus souvent l'étourdissement du personnage[30], comme quand le capitaine se retrouve à terre, propulsé par la porte tambour de l'hôtel[H 21].

Par ailleurs, certaines cases témoignent de la maîtrise d'Hergé dans la composition tout en livrant des indices sur la suite de son récit. C'est le cas de la dernière case de la deuxième planche : dans le parc du château, un agent syldave espionne Tintin, le capitaine Haddock et Nestor, tandis qu'il est lui-même observé par un agent bordure. Cette composition en abyme anticipe sur la course que mèneront les deux pays rivaux pour s'attacher les services du professeur Tournesol. De même, dans la septième case de la planche 14, sans texte, Tintin et le capitaine pénètrent dans le laboratoire du professeur. Tandis qu'ils entrent par le fond de la pièce, le lecteur est introduit par le premier plan où le regard est attiré par une parabole de grande dimension et représentée en gros plan, comme un signe avant-coureur de la suite du récit. La forme de l'objet peut même être vu comme une métaphore de l'avenir des deux héros, qui seront absorbés dans une affaire qui va rapidement les dépasser[4].

Dans un autre registre, l'album contient de nombreuses cases dans lesquelles l'appendice du phylactère ne renvoie à aucun personnage et indique seulement la provenance des paroles tandis que le locuteur n'est pas représenté dans l'image. Il s'agit là d'un élément de jonction du récit, l'appendice fonctionnant alors en un certain sens comme une flèche à suivre, indiquant au lecteur un élément qui ne lui sera révélé que dans l'image suivante. Hergé utilise régulièrement ce procédé dans la dernière case d'une planche de manière à maintenir l'attention du lecteur tout en créant chez lui l'impatience de connaître la suite[31]. Par un autre procédé, Hergé intéresse son lecteur à un élément du récit sans utiliser le moindre texte. C'est le cas notamment d'une case sans parole de la planche 15 qui montre un paquet de cigarettes et une clé dans les mains de Tintin[H 22]. Elle est un exemple de ce que Pierre Fresnault-Deruelle nomme les « images-constats » : il s'agit d'un grossissement qui « équivaut à un regard attentif » pour souligner la force d'un détail[31].

Le génie du burlesqueModifier

L'humour est omniprésent dans les Aventures de Tintin. D'une part, c'est un moyen pour Hergé de maintenir l'attention de son lecteur, alors que l'histoire parait en feuilleton dans la presse, de façon hebdomadaire. D'autre part, en multipliant les gags dans ses albums, l'auteur fait avancer le récit tout en faisant retomber la tension dramatique. Ainsi le gag sert de « respiration, de ponctuation dans une histoire bourrée d'action »[32]. Parmi les nombreux ressorts comiques de sa palette, Hergé utilise régulièrement les accessoires pour faire rire[32].

Dans L'Affaire Tournesol, Hergé use à deux reprises du comique de répétition. Dès le début de l'album apparaît le sketch de la boucherie Sanzot. C'est d'abord Nestor qui reçoit l'appel d'une cliente qui a composé un mauvais numéro. Alors que le capitaine Haddock reproche à son majordome d'avoir été impoli avec cette femme, c'est à son tour de répondre et d'adopter la même attitude. Plus tard, lorsque le capitaine cherche à joindre le château de Moulinsart par téléphone, il tombe en réalité sur le boucher. Entre-temps, le professeur Tournesol avait été pris en charge par une camionnette de la même boucherie, échappant ainsi, sans le savoir, à un premier enlèvement. De fait, Hergé répète le même gag mais en y apportant à chaque fois une variation, de façon à renforcer l'effet comique tout en introduisant un récit parallèle[33].

Le deuxième comique de répétition de l'album concerne le gag du sparadrap, qui a acquis une notoriété certaine. Soumis à Hergé par son collaborateur Jacques Martin, ce gag s'étend sur plusieurs planches tout en étant totalement étranger à l'intrigue en cours, comme une « histoire dans l'histoire ». Le fait d'être collé au personnage du capitaine Haddock renforce sa portée philosophique. Selon Christophe Barbier, pour qui Haddock « est l'homme rattrapé par ses actes », le sparadrap constitue « l'avatar visible du remords, [...] le petit châtiment dévolu aux petites bêtises ». Il symbolise l'acte répréhensible commis par chaque être humain, un temps caché mais qui finit par rattraper son auteur. C'est d'ailleurs le sens retenu par l'expression « le sparadrap du capitaine Haddock », passée dans le langage courant[34]. Le sparadrap peut aussi être vu comme une « fatalité intérieure », un caractère qui s'impose malgré soi et relève « plus de l'ordre de l'involontaire que du volontaire »[35]. Par ailleurs, le fait que pendant le trajet en avion, le sparadrap passe par plusieurs personnages différents avant de revenir vers le capitaine semble rappeler au lecteur l'humilité de la condition humaine, comme le souligne encore Barbier : « Le vol [...] relie Genève à la Bordurie, soit une ville bien connue à un pays imaginaire ; il est un temps suspendu vers un lieu inconnu, il est le condensé de l'humanité : ne sommes-nous pas tous les passagers d'un même voyage vers un même mystère ? »[34].

Évolution des personnagesModifier

Caractère des principaux personnagesModifier

Dans les albums du diptyque lunaire, le capitaine Haddock exprime son désir de rentrer à Moulinsart et d'y rester définitivement. Aussi dès la première planche de cette nouvelle aventure, alors qu'il dialogue avec Tintin au cours de leur promenade champêtre, la capitaine reformule ce vœu et dit n'aspirer qu'au calme et au repos, ce qui sera bientôt contredit par la nécessité de sauver le professeur des dangers qui le guettent. En ce sens, L'Affaire Tournesol marque un tournant dans la posture du capitaine : dans les albums suivants, sa résistance à l'aventure est de plus en plus forte et quand il s'engagera avec Tintin, ce sera le plus souvent à contrecœur[36].

Sur un autre plan, si l'alcoolisme de Haddock est un trait largement reconnu, la cécité semble être également un problème récurrent de ce personnage. L'essayiste Jean-Marie Apostolidès remarque qu'il entretient un rapport curieux avec les miroirs, symbole d'une difficulté à se voir lui-même. Ainsi dans cet album, au deuxième jour de l'action, le miroir devant lequel il fait sa toilette se brise en plusieurs morceaux, lui renvoyant une image déroutante de sa personne[H 23]. Plus loin, il est perturbé par son reflet déformé dans l'étrange instrument qu'il découvre dans le laboratoire de Tournesol[H 24], comme il l'avait été dans Le Trésor de Rackham le Rouge en se regardant dans un miroir convexe[37]. Apostolidès souligne également que chacune des aventures du capitaine Haddock est marquée par des maladresses de sa part, dues à ses difficultés de vision. C'est le cas, une nouvelle fois dans ce récit : à l'aéroport de Genève, il chute en se cognant dans la valise des deux espions bordures qui le suivent. Après avoir insulté ces deux hommes, il leur lance un avertissement, « je vous ai à l'œil », et comme un signe du destin, une paire de lunettes géante qui décore la boutique d'un opticien lui tombe sur le crâne[H 25].

Le critique Nicolas Rouvière explique que le personnage de Bianca Castafiore évolue de façon positive au fil des albums et abandonne « peu à peu son caractère de dondon casse-tympan ». Il note que son allure est cette fois resplendissante, alors qu'elle était tournée en ridicule dans Le Sceptre d'Ottokar[2]. Le capitaine, qui la rencontre pour la première fois[Note 2], en est troublé au point de bafouiller son propre nom, ce qui, selon plusieurs spécialistes, semble indiquer son trouble sexuel et préfigure les nombreux symboles érotiques qui peuvent être décryptés dans Les Bijoux de la Castafiore[36],[2]. En outre, la Castafiore se montre habile et résolue en cachant Tintin et le capitaine dans sa loge juste avant l'entrée du colonel Sponsz, sauvant ainsi la vie des deux héros[2]. La philosophe Manon Garcia en fait « une figure de la ruse féminine », feignant la sottise pour mieux aider ses deux amis[38].

De nouveaux entrants hauts en couleurModifier

L'Affaire Tournesol est l'occasion pour Hergé d'enrichir sa galerie de personnages. Le premier d'entre eux est appelé à devenir l'un des personnages récurrents des derniers albums : Séraphin Lampion, des assurances « Mondass », revêt dès sa première apparition le costume du « fâcheux par excellence ». Il effectue une entrée fracassante dès les premières planches de l'album en faisant irruption au château de Moulinsart pour y trouver refuge pendant l'orage. À défaut de s'éclipser, il prend immédiatement ses aises et se fait servir un apéritif sans y être réellement invité par le capitaine Haddock[39]. Décrit comme un « personnage carnavalesque » par Jan Baetens[40], Lampion intervient tout au long de l'album, au point d'installer sa famille à Moulinsart dans les dernières planches de l'album. Il revêt ainsi une dimension archétypale et symbolise l'éternel casse-pieds, « un importun à l'humour pesant dont on ne sait comment se débarrasser »[41]. De fait, Lampion s'inscrit dans la longue tradition littéraire et cinématographique du gêneur, du personnage ennuyeux et collant[42]. Benoît Peeters relève que si les personnages principaux de la série sont célibataires et sans enfants, Lampion est entouré d'une famille nombreuse, ce qui offre à Hergé l'occasion de « mettre en scène sa hantise des liens biologiques »[43]. Le nom de ce personnage s'avère aussi ironique : si son prénom renvoie à l'univers des anges, le personnage se révèle au contraire grossier et envahissant, « incapable de la même élévation », ce que renforce son nom de famille, Lampion, qui évoque une lumière grossière[44].

L'automobiliste italien Cartoffoli di Milano, qui prend en autostop Tintin et Haddock quand ces derniers sont à la poursuite des ravisseurs de Tournesol, est considéré comme l'un des « étrangers de passage » les mieux réussis dans l'œuvre d'Hergé. Bien qu'il ne soit présent que dans quelques planches, et que L'Affaire Tournesol marque sa seule apparition, ce personnage sort de l'ordinaire et offre une vision caricaturale des Italiens, entre raffinement et ostentation. Ses gants de cuir ajourés et son nœud papillon renforcent son élégance vestimentaire, tandis qu'il roule en Lancia Aurelia B20 coupé sport, une voiture de grand tourisme qui dominait alors le monde du rallye automobile au moment de la parution de l'album[45].

Enfin, le colonel Sponsz perpétue la série des « scélérats avec des faciès exécrables » qui peuplent les aventures de Tintin, au même titre que Rastapopoulos ou le docteur Müller[46]. Selon Pierre Ajame, « avec son crane rasé, moins une mèche, son uniforme impeccable et son monocle », ce personnage est l'un des meilleurs méchants de la série. Évoquant à lui seul les membres de la Gestapo et du KGB, Sponsz révèle un caractère ambivalent, celui d'un bourreau sans pitié capable de plus grande galanterie avec les dames et grand amateur de musique[47].

Autour de l’œuvreModifier

 
Reproduction du taxi que Tintin et le capitaine prennent pour se rendre à Nyon et qui finira dans le Lac Léman.

Les titres de travail de cet album incluaient notamment Le cas Tournesol, Tryphon, La galère de Tournesol, Bling blang pour Tintin et Il y a un espion à Moulinsart[réf. souhaitée].

Cet album est celui de la première apparition du personnage Séraphin Lampion. Il est aussi le premier mettant en scène le gag récurrent du faux-numéro de la « boucherie Sanzot ». Le vol de Tintin et Haddock pour Szohôd est le lieu de la scène mémorable où le capitaine Haddock tente de se débarrasser d'un sparadrap. Hergé reprend très brièvement le gag dans l'album ultérieur Vol 714 pour Sydney page 33.

Lorsque Tintin et les autres s’enfuient en char (page 60), Haddock se tourne vers Tournesol pour lui dire : « Sauvés, Tryphon ! », mais la bulle est orientée vers Tournesol. Cette erreur n'est pas présente dans la version parue dans le Journal de Tintin, no 387.

Clins d’œil et référencesModifier

Haddock porte un numéro de L'Écho illustré sous son bras[48].

Lampion chante la chanson Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine de Ray Ventura et ses collégiens à la dernière page de l'album.

Les moustaches du maréchal Plekszy-GladzModifier

Cet album est aussi considéré comme le chef-d’œuvre technique d'Hergé[réf. nécessaire]. On remarquera le magnifique graphisme de toute la partie "bordure" de l’album avec l’omniprésence de la forme stylisée d’une moustache en guidon, probablement celle du chef de l’État, Plekszy-Gladz, dictateur qui ressemble étrangement à Joseph Staline. Les uniformes, la décoration, les bâtiments officiels, les pare-chocs des véhicules, etc. comportent tous cette moustache, au demeurant élément habituel du stéréotype du dictateur. Cette omniprésence de la moustache se retrouve même dans l'orthographe des mots, qui pour beaucoup comportent un accent circonflexe, comme le nom de la capitale bordure, Szohôd. L’expression « Par les moustaches de Plekszy-Gladz » est d’ailleurs le juron bordurien par excellence.

Arme à ultrasonsModifier

 
Reconstitution du laboratoire de Tournesol au château de Cheverny.

L’amplification par ultrasons que met au point le professeur Tournesol est librement inspirée des recherches conduites sous le IIIe Reich par les services du ministère de l’armement d’Albert Speer. Ces travaux visaient à construire des projecteurs paraboliques capables d’amplifier grandement le son. Ces appareils, dont certains furent assemblés, étaient censés tuer un homme en trente secondes. Toutefois ce programme ne dépassa pas le stade expérimental. À la page 23 de la BD, on peut voir en gros plan l’ouvrage réel dont s’est inspiré Hergé, German Research in World War II, du colonel américain Leslie E. Simon[49].

Depuis les années 2000, les ultrasons sont employés comme arme sous le nom de « LRAD » (Long Range Acoustic Device). Il s'agit de panneaux de transducteurs ultra-sonores modulés en amplitude par le son enregistré que l'on veut, de préférence insupportable. Il sert à disperser les foules en technique de maintien de l'ordre ou à repousser des assauts tels que prise à l'abordage de navires ou de plateformes.

Différences entre l'histoire parue dans le Journal de Tintin et l'albumModifier

À partir du no 371 de l'édition française (parue en Belgique) du Journal de Tintin, L'Affaire Tournesol n'est plus en quatrième de couverture, mais sur deux pages au centre du journal. Chaque épisode qui se déroule sur deux pages est réduit dans l'album à une page. Il y a des suppressions de case, et assez souvent des cases sont réduites de format pour se superposer dans l'album. Parfois aussi les scènes sont raccourcies[réf. nécessaire].

L'édition française de L'Affaire Tournesol paraît en France à partir du numéro 328 du 3 février 1955. Il y aura une page par numéro du Journal de Tintin, toutes les 62 pages sont en bichromie et de format 18 x 24,5 cm. Est insérée ici une photo du cahier d'écolier d'origine.

 
Cahier d'écolier contenant les 62 pages originales de "l'affaire Tournesol" parues en France dans le journal Tintin.

Autour de l'albumModifier

AdaptationsModifier

Série animée de 1964Modifier

L'Affaire Tournesol fut adapté dans une série animée de 1964, et c'est le dernier épisode de la série. Au Royaume-Uni, et seulement en anglais, cet épisode, alors présenté par la télévision anglaise comme un film à part entière, est sorti en VHS dans les années 1980, puis en DVD au début des années 2000[réf. nécessaire].

Série animée de 1991Modifier

L'album fut également adapté dans la série animée de 1991. Dans cette adaptation, Tournesol est enlevé uniquement par les Bordures (les agents syldaves sont absents). Le professeur ne rencontre pas le professeur Topolino, il arrive chez lui après l'explosion de sa maison car il a raté son train pour Nyon. L'enlèvement de Tournesol survient après que Tintin et le capitaine sont sortis de l'hôpital, alors que le professeur est parti acheter des cartes postales. Si l'album marquait l'apparition de Séraphin Lampion comme personnage récurrent des aventures de Tintin, dans la série animée, celui-ci était déjà apparu dans Les Sept Boules de cristal où on le voit dans le public du music-hall palace[réf. nécessaire]. Dans l'album, après avoir libéré Tournesol, Tintin et Haddock sont toujours déguisés en membres de la Croix Rouge jusqu'à ce qu'ils se débarrassent des 2 policiers motards en détachant le toit de la voiture alors que dans la série, une fois Tournesol libéré, Tintin et Haddock virent leurs déguisements. Dans l'album, après la libération de Tournesol, Tintin annonce qu'en voiture, il leur faut 2 heures de route avant d'atterrir la frontière Syldave, alors que dans la série, c'est 1 heure de route, plus tard dans le char, Haddock dit qu'ils sont à 2 km de la frontière. Contrairement à l'album, dans le char, Tintin, Haddock et Tournesol ne découvrent pas de thunder flashes (pétards d'exercice) et le capitaine ne jette pas l'allumette allumée sur le pétard explosif accidentellement après avoir allumé sa pipe. Dans l'album, Tournesol détruit son microfilm grâce à l'allumette que Haddock utilise pour sa pipe alors que dans la série, il le détruit après que Haddock ait allumé l'allumette pour faire chauffer le bois dans sa cheminée.Dans la série, Kronick et Himmerzeck, 2 agents bordures chargés de surveiller Tintin et Haddock se présentent eux-mêmes alors que dans l'album c'est le policier de l'aéroport de la Bordurerie qui présente les deux agents Bordures qui doivent garder l'oeil sur Tintin et Haddock, tout en étant à leur disposition. Dans l'album à l'hélicoptère, Haddock tente de convaincre Séraphin Lampion de prévenir les policiers Français et Suisses pour sauver Tournesol aux mains des Bordures ce qu'il ne fait pas dans la série, vu que Lampion n'apparaît pas énormément.

Traduction en arpitan / francoprovençalModifier

À l’occasion du centenaire de la naissance d’Hergé, les éditions Casterman se sont associées à l’association Aliance culturèla arpitana pour adapter L'Affaire Tournesol dans la langue originelle des régions où l’action de l’album se déroule, l'arpitan (ou francoprovençal)[50]. L'album ainsi traduit s’intitule L'Afére Pecârd. En effet, le professeur Tournesol se voit transformé en Pecârd, du nom du savant vaudois Auguste Piccard qui servit de modèle à Hergé pour créer le personnage du professeur Tournesol. Tintin parle en arpitan savoyard alors que les personnages du canton de Vaud communiquent en vaudois. Le capitaine Haddock, quant à lui, jure en patois lyonnais-forézien[50]. Ainsi, le château de Moulinsart se trouve « téléporté » dans les monts du Lyonnais. La traduction a été opérée en orthographe de référence, standardisée.

Par rapport à la version originale, il faut noter quelques adaptations, notamment lorsque Tintin et Haddock survolent le Léman en hélicoptère : ils ne vont plus vers la France mais vers la Savoie[51].

L’album a été présenté officiellement à Nyon en , au musée des sapeurs-pompiers et à la bibliothèque du village de Cervens, deux communes réelles qui servent de décors à l'histoire.

Traduction en patois gruérienModifier

L'Afére Tournesol est le nom de la traduction en patois gruérien de L'Affaire Tournesol. Elle a été éditée en 2007 à l’occasion du centenaire de la naissance d’Hergé. La traduction est l'œuvre de Joseph Comba, président de la Société des patoisans de la Gruyère[réf. nécessaire].

Quelques modifications entre la version originale et la traduction
Page Version française Traduction Signification
5 Séraphin Lampion Cherafin Gâlèyà Séraphin Farceur
13 Friture Hyâ dè la Grevire Crème de la gruyère
13 Motus et bouche cousue, telle est notre devise. Je dirais même plus: botus et mouche cousue, c’est votre denise. I ché to, ma i deri rin, l’è nouthra dèveja. Ouê, I chè rin, ma i deri to: l’è nouthra dèdjija. Je sais tout mais je ne dirai rien, c’est notre devise. Oui, je ne sais rien mais je dirai tout, c’est notre déguisement.
22 Moule à gaufre Fê a brèchi Fer à bricelet (le bricelet est un biscuit typique)
28 “CD”... Cornichon Diplômé “CD”... Chindzo Diplôma “CD”... Singe diplômé

L'Affaire Tournesol dans l'art contemporainModifier

En 2008, la planche 12 de l'album fait son entrée dans les collections permanentes du Centre Georges-Pompidou et devient ainsi la première planche de bande dessinée à rejoindre l'inventaire de ce musée. Deux ans plus tard, elle représente le 9e Art lors de l'exposition Chefs-d'œuvre? au Centre Pompidou-Metz qui rassemble les grandes figures de l'histoire de l'art du XXe siècle[52].

La fresque dédiée à Tintin dans le parcours BD de Bruxelles, située dans la rue de l'Étuve, reproduit une case de L'Affaire Tournesol. On y voit le capitaine Haddock et Tintin s'échappant d'un bâtiment, en l'occurrence l'hôtel où ils doivent être surveillés par les agents bordures, par l'escalier de service[H 26],[53].

Par ailleurs, l'artiste de musique électronique Klaus Schulze est fortement impressionné par l'album. Il rend hommage dans une composition de près de 20 min[54]. Intitulée L'affaire Tournesol, elle se compose de deux titres distinctes :

  • Ces Petites Bandes Dessinées Modernes, 13 min 20 s
  • Petite Plante Dessinée…?, 6 min 17 s

La pochette de la musique L'affaire Tounesol représente Klaus Schulze enfant. D'après une photographie de passeport avec des couleurs vives rappelant l'univers de la bande dessinée[55]. L'artiste avait 10 ans lorsque l'album L'affaire Tournesol est paru la première fois. Les deux titres ont été réédités dans la compilation "La Vie Electronique 8"[54].L'album est une compilation qui porte le nom de "La vie électronique 8". La musique moderniste et futuriste est à l'image de l'histoire de Hergé, plongée dans le monde sombre des inventions technologiques.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge, Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil, Objectif Lune et On a marché sur la Lune.
  2. Dans Les Sept Boules de cristal, le capitaine assiste à son récital au music-hall, mais ne la rencontre pas personnellement.

RéférencesModifier

  • Version en album de L'Affaire Tournesol :
  1. L'Affaire Tournesol, planches 1 à 6.
  2. L'Affaire Tournesol, planche 7.
  3. L'Affaire Tournesol, planches 7 à 9.
  4. L'Affaire Tournesol, planches 10 à 13.
  5. L'Affaire Tournesol, planches 14 à 16.
  6. L'Affaire Tournesol, planches 17 à 21.
  7. L'Affaire Tournesol, planches 23 à 25.
  8. L'Affaire Tournesol, planche 26.
  9. L'Affaire Tournesol, planches 27 à 29.
  10. L'Affaire Tournesol, planches 30 à 41.
  11. L'Affaire Tournesol, planches 42 à 54.
  12. L'Affaire Tournesol, planches 55 et 56.
  13. L'Affaire Tournesol, planches 57 et 58.
  14. L'Affaire Tournesol, planches 59 à 62.
  15. L'Affaire Tournesol, planches 12 et 13.
  16. L'Affaire Tournesol, planche 28.
  17. L'Affaire Tournesol, planche 3, ligne 1 case 1 et ligne 4 case 3.
  18. L'Affaire Tournesol, planche 3, ligne 2 case 3 et ligne 4 case 3.
  19. L'Affaire Tournesol, planche 5, ligne 4, case 3.
  20. L'Affaire Tournesol, planche 5, ligne 1, case 3.
  21. L'Affaire Tournesol, planche 19, ligne 3, case 3.
  22. L'Affaire Tournesol, planche 15, ligne 3, case 3.
  23. L'Affaire Tournesol, planche 10, lignes 3 et 4.
  24. L'Affaire Tournesol, planche 14, ligne 3, case 3.
  25. L'Affaire Tournesol, planche 42, lignes 3 et 4.
  26. L'Affaire Tournesol, planche 50, ligne 3, case 3.
  • Autres références :
  1. Jean-Paul Meyer, « Étude d’un corpus particulier de perturbation langagière : Les lapsus de Dupond et Dupont dans les « Aventures de Tintin » (Hergé) », dans Béatrice Vaxelaire, Rudolph Sock, Georges Kleiber, Fabrice Marsac, Perturbations et réajustements : langue et langage, Strasbourg, Université Marc Bloch, , p. 297-310.
  2. a b c et d Nicolas Rouvière, « Trois figures antimusicales de la BD franco-belge : la Castafiore, Gaston Lagaffe et Assurancetourix », Recherches & Travaux, no 78,‎ , p. 195-212 (lire en ligne).
  3. Olivier Delcroix, « Le Tour du monde en 24 albums », Le Figaro, no HS,‎ , p. 22-39.
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  5. Albert Algoud, Le Tournesol illustré : Éloge d'un oublié de l'Histoire des Sciences, Tournai, Casterman, coll. « Bibliothèque de Moulinsart », , 96 p. (ISBN 2-203-01712-0), p. 71
  6. Xavier Lafargue, « «On habite dans la maison de Tintin» », Le Matin,‎
  7. Patrick Mérand, La géographie et l'histoire dans l'oeuvre d'Hergé, Sépia, , p. 82 à 83
  8. Quand Tintin et Haddock parlent patois sur les bords du Léman savoyard et suisse, le Journal de Bâle et Genève, 07/02/2019.
  9. Peeters 2006, p. 253.
  10. Lofficier & Lofficier, p. 67.
  11. a b c d et e Assouline 1996, p. 517.
  12. L’album de Franquin et Greg intitulé QRN sur Bretzelburg évoque un monde similaire, dont on ne sait pas s’il est nazi ou communiste.
  13. Assouline 1996, p. 516.
  14. Pascal Bieri, « La boîte aux lettres du professeur Tournesol », La Suisse,‎ , p. 23.
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  16. Assouline 1996, p. 518-519.
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  38. Manon Garcia, La Castafiore, c'est la puissance féminine que les hommes redoutent, in Tintin et le trésor de la philosophie, p. 86-89.
  39. François Rivière, Séraphin Lampion, in Le rire de Tintin, p. 34.
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  41. Frédéric Garcias, « Clin d'œil. Séraphin Lampion : portrait de l'assureur en parasite », Entreprises et histoire, no 72,‎ , p. 136-139 (lire en ligne).
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  43. Peeters 2006, p. 441.
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  45. Pascal Ory, Un témoignage sur le monde vu de l'Occident, in Le rire de Tintin, p. 126-127.
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  48. http://www.echomagazine.ch/presentation/histoire
  49. « Alliage no 47....Tintin au pays des savants », sur www.tribunes.com (consulté le 17 décembre 2015)
  50. a et b «L’affaire Tournesol» vient d’être traduite en arpitan, terme qui désigne les patois alpins parlés de Lyon à Aoste en passant par Savièse in Le Nouvelliste, Sion, 31 mars 2007.
  51. Tintin u payis arpitan, sur Arpitania.eu
  52. Sébastien Laffage-Cosnier, Jean-François Loudcher et Christian Vivier, « La guerre et ses représentations dans la bande dessinée : La destinée du héros sportif chez Pellos dans le journal Junior (1938-1940) », Modern & Contemporary France, vol. 20,‎ , p. 287-305.
  53. « À Bruxelles, les fresques BD désormais à 3m de haut », sur lavenir.net, L'Avenir, (consulté le 24 janvier 2021).
  54. a et b « Klaus Schulze – La Vie Electronique 8 », sur discogs.com (consulté le 18 avril 2019).
  55. « L'Affaire Tournesol », sur discogs.com (consulté le 18 avril 2019).

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Album en couleursModifier

Ouvrages sur l'œuvre d'HergéModifier

Ouvrages sur HergéModifier

Liens externesModifier