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Syldavie
Univers de fiction
Présent dans lʼœuvre
Créateur
Éditeur
Casterman / Droits : Moulinsart
Première apparition
Autre apparition
Caractéristiques
Type
Pays
Localisation
Capitale
Klow : 122 000 habitants (1939)
Langue
Devise nationale
Eih bennek, eih blavek.
(En langue française : « Qui s’y frotte s’y pique » ou « J’y suis, j’y reste » (Hier ben ik, hier blijf ik), selon le patois de Bruxelles, dont la langue syldave s'inspire).
Hymne national
Syldave, réjouis-toi
Ce roi est notre roi,
Son sceptre en fait foi.

Dans Les Aventures de Tintin, la Syldavie est un pays imaginaire situé en Europe de l'Est, dans les Balkans.

InspirationModifier

La Syldavie se situe dans la lignée des petits royaumes imaginaires, monarchies d'opérette d'Europe centrale, inventés par de nombreux auteurs de la fin du XIXe à la première moitié du XXe siècle. Celui qui initie ce genre littéraire appelé « Ruritanian novel » est Anthony Hope avec Le Prisonnier de Zenda (1894). En France, avec Koenigsmark (1918), Pierre Benoit rencontrera aussi un immense succès[1].

Nom, drapeau et armoiriesModifier

Le nom est formé de trois syllabes que l'on retrouve dans les noms « Transylvanie » et « Moldavie » ; le drapeau syldave rappelle celui de l'Albanie ou du Saint-Empire romain germanique, mais un pélican est substitué à l'aigle bicéphale, ce qui donne un drapeau jaune et noir aux couleurs partagées par les Flandres ou les Habsbourg, et dont l'emblème rappelle le logo d'une brasserie connue[2]. Sur les armoiries, les croissants de lune sur fond rouge rappellent le drapeau de l'Empire ottoman. Derrière les armoiries sont représentés, en croix, le sceptre d'Ottokar IV et une main de justice, deux regalias du pays.

GéographieModifier

Géographie généraleModifier

La Syldavie, « royaume du pélican noir », est un petit État d'Europe orientale, ne comptant que 642 000 habitants (les Syldaves).

Le pays est composé de deux grandes vallées (celles du fleuve Wladir et de son affluent le Moltus). Le nom de Wladir est peut-être inspiré par le prénom slave Vlad (« pouvoir ») ou du fleuve tchèque qui arrose Prague : la Vltava (Moldau en allemand). Cette dernière traduction semble avoir également inspiré le Moltus, à moins que ce nom fasse référence à l'Olt, fleuve de Roumanie. Les deux cours d'eau se rejoignant à Klow, la capitale et plus grande ville du pays.

Le relief du pays est assez accidenté et le massif montagneux des Zmyhlpathes, riche en gisements d'uranium, occupe une partie du territoire : la fin du nom est prise aux Carpathes (selon l'ancienne graphie, utilisée par exemple dans le roman de Jules Verne : Le Château des Carpathes) mais sa sonorité rappelle les myriapodes. Le paysage montagneux dans lequel évolue le journaliste à la poursuite du sceptre, entre Syldavie et Bordurie, est similaire à ceux des Alpes dinariques (ou Dinarides), massif des Balkans occidentaux, de type karstique. D'ailleurs, les environs du lac de Skadar, sur la frontière entre l'Albanie et le Monténégro, abritent un Parc national abritant de nombreuses espèces d'animaux différents... dont l'emblématique pélican frisé[3].

L'orthographe de la plupart des noms évoque la graphie polonaise.

Les paysages du pays, avec des lieux de culte des trois religions abrahamiques, semblent inspirés par l'ancienne Yougoslavie. Son emplacement n'est jamais précisé mais il est limitrophe d'un autre pays imaginaire, la Bordurie, dont les uniformes évoquent la Bulgarie de l'époque, et qui est une dictature évoquant à la fois le fascisme par ses uniformes, Staline par les moustaches de son chef le maréchal Plekszy-Gladz, et les régimes totalitaires en général par l'omniprésence de sa police politique.

Une des frontières communes des deux pays est le lac de Fléchizaff, qui servit d'ailleurs de repaire au brigand Rastapopoulos dans Tintin et le Lac aux requins. Le nom de ce lac est inspiré de l’expression « Jef! de flech’is af » « Jef, la flèche est tombée ! » bien connue de l'époque d'Hergé, venue du monde des tramways[4] et signifiant que la flèche (moyen de captation du courant de traction du tram) est hors du fil (décâblée). Klow étant sur la route du lac, la police fluviale syldave basée à Klow peut s'y rendre facilement.

Dans le Sceptre d'Ottokar, on apprend que la Syldavie est visiblement limitrophe de la Tchécoslovaquie puisque Tintin se rend de Prague à Klow en avion-taxi.

Le pays possède une façade maritime, sur laquelle se trouvent les villes portuaires de Dbrnouk (côte sud) et Douma.

Klow (Клов)Modifier

Klow est peuplée de 122 000 habitants (à la fin des années 1930). C'est une ville typique des Balkans jadis ottomans, avec ses minarets. Son nom est peut-être inspiré par Kiev ou Lviv en Ukraine (en polonais : Kijów et Lwów) ou encore Cluj en Roumanie[5]. Son apparence rappelle celle de plusieurs villes, dont Bitola, en République de Macédoine du Nord[3].

Elle fut fondée aux alentours de 1127 sur les ruines de la capitale turque de Syldavie (Zileheroum). Son nom qui signifie « ville reconquise » vient du syldave “kloho” (conquête) et de “ow” (ville). Ses sources thermales sont particulièrement réputées contre les affections cardiaques.

La ville est riche de divers monuments. Le premier d'entre eux est le château Kropow. C'est dans cette forteresse, sans doute le plus vieux monument de Klow, que sont gardés la couronne et le sceptre du roi de Syldavie depuis Ottokar IV, monté sur le trône en 1360. Le sceptre rappelle celui faisant partie de la panoplie des huissiers ministériels de la Pologne avant la guerre, comme on le voit sur une coupure de presse conservée par les archives Hergé[6]. L'édifice est inspiré de plusieurs châteaux médiévaux, tels que le Château de Kalmar en Suède, ou bien Olavinlinna en Finlande (dont Hergé conserva une photo). Les archives de Syldavie y sont également conservées dans une grande bibliothèque. Les peintures murales du château montrent par exemple saint Georges terrassant le dragon. Celles-ci seraient inspirées de celles de la Basilique Saint-Vital de Ravenne, en Italie, comme celle représentant l'empereur Justinien et sa cour. À l'instar de la Tour de Londres, il abrite les symboles de la monarchie mais n'est pas habité par le roi, qui vit dans un palais.

Le palais royal est le lieu de résidence du roi de Syldavie ; il abrite le Kursaal de Klow (opéra) et la Galerie des Fêtes où ont lieu les grands évènements. Dehors, les jardins sont équipés de statues et de petites serres courant le long des murs. Le jour de la Saint-Wladimir, le roi, après sa promenade en carrosse dans Klow, se rend dans la salle du trône pour y remettre des distinctions honorifiques telles que l'ordre du Pélican d'or. Le bâtiment serait à la fois inspiré du Palais royal de Bruxelles (en particulier pour la salle du trône où le roi honore Tintin) et celui de Buckingham. D'ailleurs, le carrosse royal dans lequel défile le souverain ressemble à celui de la famille royale anglaise[6].

Le musée d'histoire naturelle possède de beaux spécimens de dinosaures, tels que le Diplodocus gigantibus[7].

Niedzdrow (Нездров)Modifier

Niedzdrow est situé dans la vallée du Wladir, l'un des deux grands fleuves qui traversent le pays. Cette ville n'apparaît qu'une seule fois dans la bande dessinée, dans l'album Le Sceptre d'Ottokar. Dans cet album, durant le vol qui les amène à Klow, Tintin lit une brochure sur la Syldavie. Celle-ci montre une vue de Niedzdrow, village verdoyant situé au cœur de plusieurs collines.

Le nom Niedzdrow a peut-être été inspiré par la ville de Niedzica (pl) en Pologne, célèbre pour son château. De plus, le suffixe "ow" signifie « ville » en syldave. Quant à son allure, elle rappelle celle de Mostar, en Bosnie-Herzégovine[6]. Autre possibilité : l'expression polonaise « na zdrowie » = à ta santé ! ; « Nasdarovje » en russe.

Autres villes ou villagesModifier

  • Kragoniedin (Крагонедин), ville réputée pour ses sources thermales.
  • Dbrnouk (Дбрнук), façade maritime au sud (sans doute inspiré du port dalmate de Dubrovnik).
  • Zlip (Зліп), peut-être inspiré de Split.
  • Istow (Істов), à 55,9 km de Klow.
  • Douma (Дума), porte principale de la Syldavie sur la côte aussi, assurant une navette régulière par hydravion avec Marseille.
  • Tesznik (Тесзнік), à 85,8 km de Klow.
  • Sbrodj (Сбродж), où se trouve le centre spatial.

PolitiqueModifier

Dans Le sceptre d'Ottokar, la Syldavie est une monarchie. Le peuple est très attaché à son roi et aux traditions, notamment au défilé annuel du souverain muni de son sceptre.

Ce dernier est Muskar XII, menacé un temps de perdre son trône et l'indépendance du royaume, devant les menées de son puissant voisin, la Bordurie, et du traître, le colonel Jorgen, qui, pour faire annexer le pays à la Bordurie, tente de profiter d'un inconvénient des traditions syldaves, selon lesquelles le roi doit être vu, le jour de la fête nationale, tenant en main le sceptre d'Ottokar IV. Ce roi semble bon et bienveillant et tient Tintin en grande estime pour avoir sauvé son règne.

Le chef du protocole de la cour est le baron Halmazout[8].

Dans les albums ultérieurs où la Syldavie apparaît, le roi n'est plus mentionné, tout lien entre Tintin et lui semble avoir disparu.

Dans L'Affaire Tournesol par exemple, la réflexion de l'un des douaniers syldaves concernant "le régime" [dictatorial] bordure de Pleksy-Gladsz, peut laisser penser que la Syldavie n'est pas un régime autoritaire, pourtant dans cet album, des agents syldaves kidnappent Tournesol, comme si ce dernier n'avait pas dirigé le programme lunaire depuis la Syldavie et comme s'ils ignoraient les liens amicaux entre Tournesol, Tintin et le roi. Ces agents ne semblent à aucun moment chercher à sauver Tournesol des griffes des Bordures, ni à collaborer avec Tintin et Haddock à cet effet. Il n'est donc pas possible de dire quelle est la nature du régime syldave dans cet album.

Économie et cultureModifier

  • Le sous-sol est très riche (uranium).
  • Les plaines sont très fertiles, ce qui favorise la culture du blé, du bois de chauffage et du maïs "courtoisie"[réf. nécessaire], ainsi que l'élevage des chevaux, que le pays exporte.
  • On peut y pratiquer le gemmage.
  • La monnaie du pays est le khôr ; sur les billets de 200 khôr est dessiné le portrait du roi.
  • Les principales exportations sont l’eau minérale de Klow, le bois, le blé, le vin Szprädj et les chevaux.
  • Les violonistes et accordéonistes syldaves sont aussi très renommés.
  • Le territoire est desservi par la compagnie aérienne Syldair.
  • La Bloushtika est la danse nationale syldave.
  • Une des fêtes importantes est la Saint-Wladimir.
  • Le plat typique syldave, le Szlaszeck, est à base de viande (de chien par exemple[9]) servi avec des champignons, une salade et du vin rouge : le Szprädj.
  • Le pays développa, dans les années 1950, un programme de recherche atomique et un programme spatial employant des astronautes belges.
  • Dans les tenues traditionnelles, les hommes portent un fez rouge.

LangueModifier

La Syldavie a sa langue propre, le syldave. Cette langue fut créée en même temps que le pays par Hergé.

On peut supposer, en considérant sa phonologie, que le syldave appartient aux langues slaves. Mais si l'on cherche des mots apparentés dans d'autres langues européennes, le résultat est frappant : la plupart des mots sont empruntés au néerlandais ou encore à l'allemand, et, de ce fait, malgré son écriture, le syldave est une langue germanique. Dans une étude[10], sur laquelle se fonde Rainier Grutman, professeur au Département de français à la Faculté des arts de l'Université d'Ottawa[11], Mark Rosenfelder montre que le syldave est pour sa plus grande partie une déformation du marollien, un parler flamand naguère courant dans le quartier bruxellois des Marolles, avant sa gentrification. C’était d’ailleurs cette langue que Hergé entendait dans la bouche de sa grand-mère maternelle. Il procéda d'ailleurs de la même manière pour construire la langue des Arumbayas, ainsi qu'une bonne partie des noms propres pour les besoins de ses histoires. Voici quelques exemples :

Syldave Néerlandais Allemand Russe Français
werkhven werken Werken raboty travaux
wertzragh vertragen verspäten zamyedlyat' ralentir
kzommet komen kommen prittí venir
döszt dorst Durst jajda soif
ihn in in v dans

Dans Le Sceptre d'Ottokar, la devise du pays est Eih bennek, eih blavek, dont la traduction est réputée être « Qui s'y frotte s'y pique ». L'expression est surtout à rapprocher du marolien, ou du néerlandais Hier ben ik, hier blijf ik, signifiant en réalité « J'y suis, j'y reste » (ou littéralement, dans l'ordre des mots en néerlandais « Ici suis-je, ici resté-je »)[11].

HistoireModifier

Histoire de la SyldavieModifier

 
La miniature de la bataille de Zileheroum reproduite dans la brochure touristique lue par Tintin semble inspirée par les miniatures persanes du Xve siècle[12]. D'ailleurs, la miniature de la brochure date de la même époque.

La Syldavie connut une histoire aussi fantaisiste que mouvementée, puisqu'elle fut envahie par les Slaves (malgré sa graphie cyrillique, le syldave est une langue germanique) au VIe siècle avant qu'elle ne passe sous domination turque durant plus de deux siècles (on peut d'ailleurs noter un certain anachronisme, puisque ce n'est qu'au XIVe siècle que les Turcs ont commencé à envahir les Balkans). C'est en 1127 que ces derniers furent défait par Hveghi, qui remporta une victoire écrasante lors de la bataille qui opposa Slaves et Turcs près de Klow (alors Zileheroum). Hveghi allait par la suite devenir le roi Muskar Ier.

Ses successeurs s'affaiblirent peu à peu et la Bordurie, pays voisin, conquit le pays en 1195. En 1275, le baron Almaszout chassa les occupants et devint roi, deux ans plus tard, sous le nom d'Ottokar Ier. Mais il dut céder beaucoup de droits aux seigneurs, qui prirent de l'importance durant les siècles suivants. Cependant, ce n'est que sous le règne d'Ottokar IV que le pays se développa et fut unifié. À la suite d'une altercation avec un baron réclamant sa place, le roi se défendit avec son sceptre. Depuis ce jour, pour garder son trône, le roi doit présenter son sceptre à la foule lors de la fête nationale, la Saint-Wladimir. Cet événement est aussi à l'origine de la devise du pays : « Eih bennek, eih blavek ». Elle est traduite dans l'album par « Qui s'y frotte s'y pique », bien qu'en bruxellois cette phrase signifie « J'y suis, j'y reste ».

Liste des rois connus de SyldavieModifier

Dynastie de HveghiModifier

  • Muskar Ier Hveghi (1127-1168)
  • Muskar II (1168-1195)

Dynastie bordureModifier

Dynastie d'AlmazoutModifier

  • Ottokar Ier Almazout (1277-1298)
  • Ottokar II (1298-?)
  • Ottokar III (?-1360)
  • Ottokar IV (1360-?)

Plusieurs rois se sont succédé jusqu'à :

Muskar XII (le roi apparaissant dans Le Sceptre d'Ottokar).

La Syldavie dans les albums de TintinModifier

Elle est le théâtre, principal ou partiel, des événements survenant dans quatre albums des Aventures de Tintin :

Le Sceptre d'OttokarModifier

À l'époque du Sceptre d'Ottokar, la Syldavie est une monarchie (il n'est pas précisé si elle est absolue ou constitutionnelle), dont le roi est Muskar XII. Celui-ci est menacé de perdre son trône et l'indépendance du pays, devant les menées de son puissant voisin, la Bordurie, qui tente de profiter d'une faiblesse des traditions syldaves selon lesquelles le roi doit être vu, le jour de la fête nationale, tenant en main le sceptre d'Ottokar IV pour annexer le pays. Tintin et Milou — ce dernier faisant preuve d'une abnégation qui force le respect — parviennent à déjouer les manœuvres bordures et à rejoindre Klow, la capitale, pour y rapporter à la dernière minute le précieux insigne de pouvoir qui avait été dérobé.

C'est à l'occasion de cette aventure que Tintin croise pour la première fois le chemin de Bianca Castafiore et de son pianiste Igor Wagner, qui se rendent dans la capitale syldave pour y donner un concert de gala.

Objectif Lune et On a marché sur la LuneModifier

Tintin retrouve la Syldavie dans les années 1950, après que le professeur Tournesol a été approché par les autorités syldaves pour participer en grand secret à un programme d'exploration lunaire, sous l'œil intéressé des espions à la solde d'un pays étranger, dans lequel certains ont pu voir la Bordurie (mais ce n'est pas sûr : le lieu d'où agissent les espions est donné comme assez lointain de la Syldavie, et l'allure de leur chef est très occidentale). On n'apercevra guère, dans le diptyque Objectif Lune et On a marché sur la Lune, que la route qui va de l'aéroport au centre de recherches spatiales syldave, ce qui permet de voir s'accuser peu à peu le relief escarpé des montagnes où se trouve dissimulé ce centre.

L'Affaire TournesolModifier

L'évocation de la Syldavie dans L'Affaire Tournesol est un peu plus complexe : la première partie de l'album voit apparaître des agents secrets syldaves qui tentent par tous les moyens d'empêcher leurs ennemis bordures de mener à bien l'enlèvement du professeur Tournesol, inventeur d'une arme terrifiante convoitée par le dictateur bordure. L'enlèvement ayant réussi, on ne reverra la Syldavie que brièvement vers la fin, lorsque les héros en franchissent la frontière. Tintin et le capitaine Haddock se rendent en Bordurie et avec l'aide ponctuelle de la Castafiore et de sa camériste Irma, parviennent à délivrer le savant de la forteresse où il était emprisonné et à franchir la frontière bordure dans un char de l'armée bordure.

Tintin et le lac aux requinsModifier

L'album du film Tintin et le Lac aux requins, dessin animé (1972) puis album scénarisés par Greg, se déroule entièrement en Syldavie. Depuis cette époque, le pays balkanique, à la différence de certains de ses « voisins », n'a plus fait parler de lui.

Syldavie et monde réelModifier

Inspirations linguistiquesModifier

Selon Nikola Petrović-Njegoš (connaissance d'Élizabeth Dufour mère de Hergé) la « Bordurie » évoque la Bulgarie (bien que la moustache du tyran Plekszy-Gladz ressemble à celle de Staline), et la « Syldavie » à la Serbie et au Monténégro qui ont été opposés à la Bulgarie durant plusieurs conflits[13].

La langue syldave, proche du néerlandais, est inspirée du brusseleer[14], mais emprunte également quelques traits particuliers du wallon. Les lecteurs néerlandophones peuvent donc suivre le syldave assez facilement.

  • Eih bennek, eih blavek (devise syldave signifiant : qui s'y frotte s'y pique) est proche du néerlandais Hier ben ik, hier blijf ik (j'y suis, j'y reste) (cf. allemand standard Hier bin ich, hier bleibe ich.)
  • Czesztot on klebcz (lorsqu'un paysan voit Milou tomber du ciel) : un savoureux mélange wallon-argot français C'èsteût on clebs (c'est un chien).

Inspirations historiques et géographiquesModifier

Le complice des Bordures en Syldavie est un certain Müsstler, chef du parti La Garde d'acier. Il n’apparaît pas dans la série, n'est que mentionné qu'à deux reprises dans le Sceptre, mais il nous apprend beaucoup sur les inspirations historiques d'Hergé. Le patronyme du personnage est un mot-valise, construit sur les noms de deux dictateurs : l'Italien fasciste Mussolini et l'Allemand nazi Hitler. Celui-ci s'exprime avec un "Amaih !", terme inspiré du bruxellois, qui claque comme le terme allemand "Heil" employé lors de saluts fascistes. De plus, la Garde d'acier est inspirée de la Garde de fer, mouvement nationaliste roumain. Tous ces éléments sont liés à des mouvements et des dictateurs d'extrême droite européens[15].

En scrutant la correspondance et les interviews d'Hergé pour trouver des indices sur ses inspirations pour les deux pays imaginaires, les Tintinologues en ont décelé plusieurs. Une lettre datée du 5 octobre 1978 voit l'auteur confirmer à un lecteur par cette réponse vague :

« Je me suis inspiré des pays que l'on appelait naguère balkanique, Serbie, Albanie, Monténégro, etc. »

Mais plus intéressant, une lettre écrite le 12 juin 1939 à son éditeur, à propos de la parution du Sceptre en album, nous apprend :

« Si tu as un peu suivi l'histoire, tu verras qu'elle est tout à fait basée sur l'actualité. La Syldavie, c'est l'Albanie. Il se prépare une annexion en règle. Si l'on veut profiter du bénéfice de cette actualité, c'est le moment ou jamais. »

Il s'agit d'une allusion à l'annexion de ce pays par l’Italie en avril 1939, peu de temps avant la rédaction de cette lettre. Mais si cet indice peut laisser penser que l'Albanie fut une source d'inspiration pour Hergé, c'est essentiellement de nature historique[16].

Impact culturelModifier

 
Garde syldave représenté à l'entrée de Walibi, 1994.

Le 20 août 2008, le journal en ligne Rue89 a publié un article sur une guerre entre la Syldavie et la Bordurie (parodie de celui publié dans Le Monde par Bernard-Henri Lévy sur le conflit armé opposant alors la Géorgie et la Russie à propos de la province séparatiste d'Ossétie du Sud)[17].

Le professeur de droit public Olivier Jouanjan a consacré plusieurs articles au système constitutionnel syldave[18].

En avril 2010, le magazine britannique the Economist a publié une carte fantaisiste (une carte de l'Europe re-dessinée de manière, selon eux, à ce qu'elle puisse sortir de la crise) et fait apparaître la Syldavie et la Bordurie sur les territoires libérés par le déplacement de certains autres pays ; mais, contrairement à ce qui se passe dans les ouvrages d'Hergé, ici les deux pays n'ont pas de frontière commune[19].

En 1994, le musicien catalan Pascal Comelade a consacré un album entier aux Danses et chants de Syldavie.

En 2009, Les Voleurs de swing enregistrent l'album Anarchie en Syldavie où figurent notamment les morceaux Vol à la soviet (chant traditionnel Syldavo-bérurier) et Zakysor do dont le premier vers est « Depuis que je parle le syldavien ».

Depuis vingt ans (1992, 1997, 2003, 2013[20]), des chefs d’unités des Scouts unitaires de France (SUF) organisent, sous le nom de Fêtes de la Saint-Wladimir, des camps de Pâques de grande ampleur (plus de 500 scouts) dont les thèmes de jeu sont repris de la Syldavie et des aventures de Tintin.

Il est également fait référence à la Syldavie dans la bande dessinée Lou ! : la mère de l'héroïne est traductrice de syldave, on apprend qu'elle a étudié cette langue à l’université dans le tome 5, le professeur de syldave est la copie conforme du restaurateur syldave chez qui Tintin se rend dans Le Sceptre d’Ottokar.

Dans Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers), film de Bruno Podalydès sorti en 1998, le héros emmène une amie dans un restaurant syldave qui est la parfaite reconstitution d’une case du Sceptre d’Ottokar dans laquelle le serveur au gilet à carreaux écoute à la porte.

On retrouve aussi ce restaurant dans La Machination Voronov, Blake et Mortimer, scénarisé par Yves Sente et dessiné par André Juillard, dans lequel se rend un espion soviétique.

Dans la bande dessinée L'Élève Ducobu le protagoniste évoque un prétendu ancien proverbe syldave.

Un hors série GEO datant de 2015[16] consacre un chapitre à ce pays. En premier lieu, différentes hypothèses sont présentées afin d'en déterminer l'emplacement. Ensuite, une carte le représentant est montrée, établie en croisant les informations livrées dans les différentes aventures de Tintin où il apparaît, y compris Tintin et le lac aux requins[21].

Notes et référencesModifier

  1. Pascal Dayez-Burgeon, « Kœnigsmark : les recettes d'un best-seller », L'Histoire n°454, décembre 2018, p. 22-23.
  2. Selon l'exégète roumain Dodo Niță dans Tintin en Roumanie, éd. MJM, Craiova 2003 et 2007, des similitudes existent entre l'imagination d'Hergé et des éléments du monde réel :
    • la première syllabe de Syldavie se retrouve dans le nom de la Transylvanie et les deux autres dans celui de la Moldavie ; le nom entier évoque aussi le Slovaquie et la Slovénie ;
    • le drapeau ressemble par la disposition à ceux de l'Albanie, de l'Empire germanique et de la Flandre, mais seulement aux deux derniers par les couleurs, et le pélican est l'un des symboles du Delta du Danube, mais celui que l'on voit le plus facilement à Bruxelles, dans n'importe quel bar ou marché, est le logo de la brasserie française du Pélican de Mons-en-Barœul ;
    • dans Le Sceptre d'Ottokar (page 7), Tintin lit dans une encyclopédie que la Syldavie appartient à la péninsule des Balkans, sachant que l'auteur affirme que certains géographes englobent la Roumanie dans cette péninsule ;
    • les paysages, costumes et lieux de culte (appartenant à plusieurs religions, par exemple certains dessins montrent des minarets cylindriques de type ottoman, comme on en trouve dans les Balkans) sont très semblables à ceux de l'ex-Yougoslavie ;
    • dans Objectif Lune (page 61), la fusée qui décolle part de la Syldavie mais le point de départ d'où s'étire son sillage se trouve en Bohême ;
    • le nom de la capitale Klow est semblable à Kiev et Lviv (Ukraine, en polonais : Kijów et Lwów) et à Cluj (Roumanie).
    • La Roumanie [[Eau minérale naturelle#Eaux minérales de Roumanie [15],[16]|exporte de l'eau minérale]] et de l'uranium (utilisé pour la fusée lunaire).
    • Corneliu Zelea Codreanu, homme politique roumain créateur de la Garde de fer, est mort dans un attentat similaire à celui dont a failli être victime Tintin lorsqu'il fut transféré à Klow. Le politicien fut transporté avec d'autres prisonniers hors de leur prison près de Snagov, afin d'être exécutés par la gendarmerie. Il fut par la suite annoncé que l'homme fut exécuté pour avoir fui sa prison.
  3. a et b Jean Rolin, « Tintin, Grand voyageur du siècle : Balkans, où est passée la Syldavie », GEO,‎
  4. http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=1139676
  5. Dodo Niță, Tintin en Roumanie, éd. MJM, Craiova 2003 et 2007
  6. a b et c Philippe Goddin, « Tintin à la découverte des grandes civilisations, "Hergé et l'Europe chimère" », Beaux Arts Magazine & Le Figaro,‎ , p. 74 à 80
  7. Le nom de l'espèce a été inventé par Hergé pour renforcer l'aspect comique d'un gag, usant du latin de cuisine.
  8. Cf. Les bijoux de la Castafiore, p. 28.
  9. La présence de viande de chien dans la cuisine syldave relève de ces spécialités balkaniques aussi fictives qu'immangeables comme le doubitchou ou le kloug aux marrons plus tardifs : cette défiance moqueuse des occidentaux face aux « cuisines exotiques » s'exprime ici vis-à-vis des plats balkaniques, en fait assez proches des plats grecs, russes ou turcs qui eux, ne suscitent plus de sarcasmes et ont été finalement adoptés, tout comme les cuisines méditerranéennes ou asiatiques.
  10. Le Syldave d'Hergé : Une grammaire
  11. a et b Rainier Grutman, « « Eih bennek, eih blavek » : l’inscription du bruxellois dans Le sceptre d’Ottokar », Études françaises, Les Presses de l'Université de Montréal, vol. 46, no 2 « Hergé reporter : Tintin en contexte »,‎ , p. 83-99 (ISSN 0014-2085 et 1492-1405, DOI 10.7202/044536ar, lire en ligne)
  12. Kauffer 2011, p. 82-87
  13. Guerre serbo-bulgare, Seconde Guerre balkanique et les deux guerres mondiales : LA MARCHE DE L'HISTOIRE, le témoin du vendredi sur France Inter, 7 mars 2014.
  14. Le Syldave d'Hergé
  15. Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé, Paris, Historia, coll. « Hors-série », , 129 p.
  16. a et b « Tintin : Les arts et les civilisations vus par le héros d'Hergé », GEO, hors série,‎ , p. 92 à 105 (ISBN 2810415641)
  17. (fr) Zineb Dryef, « Choses vues dans la Syldavie en guerre », sur Rue89, (consulté le 22 août 2008)
  18. O. Jouanjan, "Courte notation sur une métaphore fondatrice du droit syldave" in Mélanges Pierre Moor, Berne, Staempfli, 2005, pp. 85-94 ; "Sur le Conseil supérieur de la Constitution syldave", in Mélanges Michel Troper, Paris, Economica 2006 ; "Le Carnet de notes de Sigismond Pnine" in Université : la grande illusion, Paris, L’esprit des péninsules, 2007. Voir Olivier Jouanjan, « Iurisfictio », (consulté le 2 mai 2010)
  19. Carte de The Economist
  20. Camps de Pâques inter-troupe SUF de la Saint-Wladimir 2013
  21. Carte visible sur ce lien : http://moserm.free.fr/moulinsart/syldavie.html

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • Rainier Grutman, « « Eih bennek, eih blavek » : l’inscription du bruxellois dans Le sceptre d’Ottokar », Études françaises, Montréal, vol. 46, no 2,‎ , p. 83-99 (lire en ligne)
  • Rémi Kauffer, « L'Anschluss : valse brune à Vienne », Historia, Paris « Hors-série » « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ , p. 82-87
  • Jean Rolin, « Balkans : Où est passée la Syldavie », Géo, Paris « Hors-série », no 1H « Tintin, grand voyageur du siècle »,‎ , p. 124-138
  • Tristan Savin, « Mais où est donc la Syldavie », Géo, Paris « Hors-série », no 3H « Tintin : les arts et les civilisations vus par le héros d'Hergé »,‎ , p. 82-93
  • Frédéric Soumois, Dossier Tintin : Sources, Versions, Thèmes, Structures, Bruxelles, Jacques Antoine, , 316 p. (ISBN 2-87191-009-X)
  • Frédéric Soumois, « Du rififi dans les Balkans », Historia, Paris « Hors-série » « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ , p. 80-81