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Le Lotus bleu

album de bande dessinée des Aventures de Tintin
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Lotus bleu.

Le Lotus bleu
5e album de la série Les Aventures de Tintin
image

Auteur Hergé
Genre(s) Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Dupond et Dupont
Tchang
Lieu de l’action Drapeau de l'Empire britanniques des Indes Raj britannique
Drapeau de Taïwan Chine
Concession internationale de Shanghai Shanghai

Titre original Les aventures de Tintin, reporter, en Extrême-Orient
Éditeur Casterman
Première publication 1936 (noir et blanc)
1946 (couleur)
Nb. de pages 115 (noir et blanc)
62 (couleur)

Prépublication Le Petit Vingtième
Albums de la série Les Aventures de Tintin

Le Lotus bleu (à l'origine Les Aventures de Tintin, reporter, en Extrême-Orient) est le cinquième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, prépublié en noir et blanc du au dans les pages du Petit Vingtième, supplément pour la jeunesse du journal Le Vingtième Siècle. La version couleur et actuelle de l'album a été réalisée en 1946.

Le Lotus bleu est classé à la 18e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle établi au printemps 1999 dans le cadre d'une opération organisée par la Fnac et Le Monde.

Sommaire

SynopsisModifier

Cet album est la suite des Cigares du pharaon. À la fin de ce précédent opus, Tintin est parvenu à démanteler une organisation de trafiquants de drogue. Seul son mystérieux grand maître, tombé dans un ravin et dont le corps n'a jamais été retrouvé, semble toujours en liberté.

 
Fumeurs d'opium chinois

Au début du Lotus bleu, un messager venu de la Chine vient rencontrer Tintin dans le palais du Maharadjah de Rawhajpoutalah, où le journaliste se repose (mais sans rester inactif car il est à l'affût de mystérieuses communications en morse sur ondes courtes qui lui permettront de trouver la fumerie d'opium éponyme). Ce messager, ressortissant chinois n'a eu que le temps de prononcer les mots Shanghaï et Mitsuhirato, avant d'être touché par une fléchette empoisonnée au radjaïdjah, le « poison qui rend fou ». Tintin est par la suite informé que le fakir, membre du gang, s'est évadé de prison.

Tintin part à Shanghai pour rencontrer Mitsuhirato. Arrivé en Chine, il reçoit une lettre d'un messager de ce dernier qui désire le rencontrer.

Le Japonais Mitsuhirato semble être un paisible commerçant, propriétaire d'une boutique de vêtements féminins. Très avenant, il dit à Tintin avoir envoyé le messager pour le mettre en garde de grands dangers. Il le convainc également de rentrer en Inde pour protéger le maharadjah. Plus tard un télégramme venant d'Inde, confirme les propos de Mitsuhirato. En repartant de chez le Japonais, Tintin est victime d'un attentat à la mitraillette. Il doit la vie à l'intervention d'un mystérieux jeune homme, sans toutefois rien comprendre à la situation, car son sauveur prend la fuite. Le soir à l'hôtel, Tintin s'apprête à boire du thé et le même homme casse sa tasse d'un adroit coup de revolver. Tintin, pensant qu'on en voulait à sa vie, le prend en chasse mais est arrêté par la police de la concession internationale de Shanghai.

Le lendemain Tintin, qui a réussi à sortir de prison après quelques péripéties, reçoit une invitation anonyme à se rendre rue T'aî P'in Lou. Au lieu du rendez-vous, il rencontre l'homme qui l'a sauvé lors de l'attentat, mais sans le reconnaître. Toutefois l'homme a à son tour été atteint par une fléchette empoisonnée et a perdu la raison. Il tente de décapiter Tintin au sabre, mais celui-ci s'est défendu et il a le dessus et remet le malheureux à la police. Tintin décide alors de mettre un terme à son séjour inutile à Shanghai et repart le lendemain pour l'Inde.

Sur le paquebot, il est enlevé par l'organisation de Wang Jen-Ghié, vieillard chinois qui combat le trafic d'opium. L'organisation s'appelle « Les Fils du Dragon ». Wang révèle à Tintin que c'est son propre fils, nommé Didi qui l'a sauvé lors de l'attentat à la mitraillette. En tirant sur la tasse, il a permis à Tintin d'éviter de consommer du thé empoisonné. Enfin, c'est ce même fils qu'il a rencontré rue T'aî P'in Lou mais celui-ci avait déjà perdu la raison. Il apprend en outre à Tintin que Mitsuhirato est en fait un trafiquant d'opium, et que le message indien est un faux et le messager envoyé est de lui. C'est ce que devait lui révéler Didi le soir de sa rencontre avec Tintin. À la suite d'un attentat simulé, le Japon envahit la Chine et Tintin est pris dans le conflit. Il est capturé par Mitsuhirato qui tente de l'empoisonner avec le poison qui rend fou. Tintin s'en sort grâce au domestique de Wang Jen-Ghié qui a remplacé le poison par de l'eau.

 
Figurines de Tintin et Milou cachés dans un vase du Lotus Bleu.

Poursuivi par la police de la concession internationale et par les autorités japonaises, Tintin sauve la vie d'un jeune Chinois orphelin, Tchang, en l'empêchant de se noyer dans le Yang-Tsé-Kiang (Yangzi Jiang). Ils deviennent vite amis. Après plusieurs péripéties - comme un nouvel attentat par les Japonais, où Tintin reçoit une blessure par balle à l'épaule - ils découvrent que le gang de trafiquants d'opium qu'il avait combattu en Inde est dirigé par Roberto Rastapopoulos (chef du gang du Kih-Oskh). Ce dernier révèle être l'homme que Tintin a vu tomber dans un ravin. Mitsuhirato demande à Tintin, prisonnier au côté de monsieur et madame Wang d’accepter tous le vrai poison qui rend fou afin d'avoir la vie sauve. Dans le cas contraire, ce sera Didi qui les exécutera.

Finalement, Tintin démantèle définitivement le gang grâce à l'aide de Tchang et les agents des Fils du dragon, conduisant à l'arrestation de Rastapopoulos, de Mitsuhirato et des autres trafiquants. La guérison de ceux qui étaient devenus fous est rendue possible avec la libération du professeur Fang Se-Yeng, kidnappé par l'organisation et qui était détenu au Lotus Bleu. La guérison du fils de monsieur Wang est suivie par l'adoption de Tchang par ce dernier, tandis que le Japon annonce retirer ses troupes d'invasion et quitte la Société des Nations. C'est avec une larme que Tintin quitte ses amis chinois alors qu'il embarque à bord d'un paquebot pour l'Europe.

AnalyseModifier

Pour Benoît Peeters, « avec Le Lotus bleu débutent réellement les Aventures de Tintin[1]. » Dans ce cinquième album de la série, Hergé arrive au bout du processus de transformation de sa saga, entamé dans Les Cigares du pharaon et passe de petites œuvrettes infantiles à la bande dessinée de premier plan, exigeante et réaliste.

Le début du réalismeModifier

Avec Le Lotus bleu, le réalisme fait son entrée dans la série.

 
Les premières œuvres d'Hergé sont parfois assez gênantes à cause des clichés qu'elles répandent, notamment Tintin au Congo.

Les quatre premiers albums (Tintin au pays des Soviets, Tintin au Congo, Tintin en Amérique et Les Cigares du pharaon) sont aujourd'hui connus, parfois moqués et même critiqués, pour leur fantaisie et leur naïveté : ils ne sont en effet qu'un compte rendu des clichés qu'Hergé et plus généralement la société belge de l'époque avaient de ces contrées lointaines. Hergé va ainsi se défendre toute sa vie d'être raciste à cause notamment de l'image assez gênante qu'il donne des Congolais dans Tintin au Congo. Il expliquait ainsi à Numa Sadoul, quelques années avant sa mort :

« Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se trouve que j'étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais... C'était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l'époque : « Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là ! » Et je les ai dessinés, ces Africains, d'après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l'époque, en Belgique. »

— Hergé[2]

Pour la dernière destination exotique qu'Hergé donne à son héros, il choisit la Chine. Il annonce ainsi dans Le Petit Vingtième la future aventure de son héros. C'est à ce moment qu'il reçoit une lettre :

« À la suite de cette annonce, j'ai reçu une lettre qui me disait, en substance, ceci : « Je suis aumônier des étudiants chinois à l'Université de Louvain. Or, Tintin va partir pour la Chine. Si vous montrez les Chinois comme les Occidentaux se les représentent trop souvent ; si vous les montrez avec une natte qui était, sous la dynastie mandchoue, un signe d'esclavage ; si vous les montrez fourbes et cruels ; si vous parlez de supplices « chinois » alors vous allez cruellement blesser mes étudiants. De grâce, soyez prudents : informez-vous ! » »

— Hergé[3]

Les craintes de l'aumônier se basent notamment sur des représentations stéréotypées des Chinois dans les premières aventures. D'abord dans Tintin au pays des Soviets, où Tintin prisonnier menace de se faire torturer par deux Chinois. Ensuite dans la première version de Tintin en Amérique, où le journaliste se fait enlever lors d'une réception en son honneur et menacé par un bandit d'être envoyé au fond du lac Michigan, tandis que ses deux complices chinois veulent manger Milou.


Après cette lettre, Hergé est mis en contact par l'abbé Gosset avec Zhang Chongren, un jeune étudiant chinois à l'Académie des Beaux-Arts. Les deux hommes sympathisèrent et se rencontrèrent régulièrement pendant la préparation de l'album. Zhang apprit ainsi à Hergé les bases de la culture et de l'histoire chinoise, confrontant pour la première fois l'auteur avec les contrées où il envoyait son personnage. Benoît Peeters résume ainsi la prise de conscience d'Hergé :

« Tintin, qui jusque-là se nourrissait allègrement de mythes et de poncifs, entreprend désormais de les combattre ; il sera celui qui démonte les apparences et non plus celui qui s'en satisfait. [...] Il prenait conscience de sa propre responsabilité de conteur. Désormais, il s'agira pour lui de présenter au lecteur une image aussi fidèle que possible des pays dans lesquels il envoie Tintin[pas clair], et donc de se documenter de façon aussi précise que possible. »

— Benoît Peeters, L'Œuvre Intégrale d'Hergé, volume 3[1]

 
Invasion des troupes japonaises à la suite de l'incident de Moukden.

Par le biais du père Neut et de l'abbé Gosset, Hergé rencontre d'autres chinois. Lou Tseng-Tsiang, ancien homme d’État chinois qui, converti au catholicisme, devint moine bénédictin en Belgique et vécut à l'Abbaye Saint-André de Bruges jusqu'à sa mort. Ainsi que Tchiao Tch'eng-Tchih, dit Arnold et sa femme Susan Lin, qui se lieront d'amitié avec Hergé et sa femme Germaine. Tandis que Germaine reçoit des conseils culinaires de la part de Susan Lin, Hergé est initié par Arnold, spécialisé dans le théâtre chinois, à l'écriture chinoise. Il sera le premier à expliquer son pays à Hergé[4].

Ce souci de réalisme sera dans cette aventure poussé au point de donner une vision très réaliste des tensions de l'époque entre la Chine et le Japon, allant jusqu'à en reconstituer les principales étapes telles que l'incident de Moukden, provoqué et instrumentalisé par les Japonais pour déclencher la conquête de la Mandchourie[5]. Hergé donne une forte coloration politique à l'album, faisant sien le combat pour la défense de la Chine. C'est sans doute la seule fois de sa carrière où il n'a pas la même opinion que la presse européenne, qui prenait la défense du Japon. Ce parti pris ne fut pas du goût de représentants japonais qui vinrent se plaindre à la direction du Vingtième Siècle. Un général alla même jusqu'à dire « Ce n'est pas pour enfants ce que vous racontez là... C'est tout le problème de l'Est asiatique ! ». Toutefois, les dirigeants chinois apprécièrent l'album ; l'épouse de Tchang Kaï-chek invita Hergé en Chine, mais celui-ci ne s'y rendit pas avant 1973.

En plus de se baser sur des conversations avec des Chinois, Hergé s'est constitué un épais dossier, traitant d'aspect très divers de la culture du pays :

« Nous conservons une soixantaine de feuilles format A4 sur lesquels Hergé avait collé des coupures de magazines, des illustrations, des croquis, ainsi que des photos tirées du Vingtième Siècle, le quotidien pour lequel il travaillait. »

— Dominique Maricq, archiviste des éditions Moulinsart, extrait lisible dans "Tintin : Les arts et les civilisations vus par le héros d'Hergé "

Les qualités de l'albumModifier

L'album est aussi pour Hergé l'occasion de se perfectionner, à plusieurs égards ; il souhaite notamment « se documenter plus sérieusement qu'il ne le fit précédemment[6]. »

Au niveau du scénario, Le Lotus bleu est le premier album véritablement unifié de la série[7]. Les Cigares du pharaon, l'album précédent, innovait déjà par sa volonté d'unification, avec notamment le signe du pharaon Kih-Oskh, qui revenait régulièrement dans l'histoire, mais il ne réussissait que modérément à cacher l'improvisation de l'aventure. Avec Le Lotus bleu, les éléments de roman populaire disparaissent, au profit d'une intrigue certes pleine de rebondissements, mais véritablement centrée sur la poursuite des trafiquants de stupéfiants. Cette unification n'empêche pas l'histoire d'être très variée, avec notamment l'amitié entre Tintin et Tchang, les victimes du poison-qui-rend-fou, ainsi que les manœuvres de Mitsuhirato et la recherche du professeur Fan-se-yang ; Hergé réussit le tour de force de relier tous ces éléments entre eux par l'omniprésence des trafiquants. L'auteur continuera d'ailleurs sur cette voie avec L'Oreille cassée, histoire encore plus fortement unifiée que Le Lotus bleu.

Enfin, les efforts graphiques dans ce nouvel opus sont impressionnants[7]. Voici ce qu'en dit Benoît Peeters :

« Graphiquement, la version noir et blanc du Lotus bleu est le premier chef d'œuvre d'Hergé. L'ensemble des planches se caractérise par un remarquable travail de stylisation où élégance et lisibilité se marient parfaitement. »

— Benoît Peeters, L'Œuvre Intégrale d'Hergé, volume 3[8]

Il note la parcimonie des décors : en effet, seuls les objets de base ou les éléments importants sont présents ; par exemple, Tintin ne se sert d'une théière que parce qu'elle va lui exploser au visage deux cases plus tard ! Après-guerre, on verra apparaitre de nombreux éléments « futiles » dans les nouvelles aventures de Tintin.

Amis et ennemisModifier

On peut également noter l'apparition des deux premiers véritables méchants de Tintin. On découvrait déjà un premier antagoniste particulièrement persévérant dans Tintin en Amérique : Bobby Smiles, mais il n'avait pas encore l'ampleur de ses successeurs, n'étant pas présent dans tout l'album. Mitsuhirato est le premier grand adversaire de Tintin. Chef de la filière japonaise du réseau de trafic de stupéfiants évoqué dans l'album précédent, il passe tout l'album à tenter d'éliminer le reporter et de l'empêcher d'accomplir ses missions, avant d'être déjoué par Tintin et Tchang et de se faire hara kiri à la fin de l'aventure, devenant ainsi un des premiers personnages décédés dans Les Aventures de Tintin et l'un des deux seuls à mourir par suicide (voir la section Autour de l'album). Le deuxième méchant bénéficie d'une aura particulière : il s'agit de Roberto Rastapopoulos, chef du trafic de stupéfiants, qui révèle enfin sa véritable nature à la fin de l'aventure, après s'être fait passer pour un homme bon depuis le début des Cigares du pharaon. À la différence de Mitsuhirato, il ne meurt pas, ce qui lui laisse l'occasion de retrouver Tintin de nombreuses années après dans Coke en Stock puis dans plusieurs autres aventures, gagnant le statut de pire ennemi de Tintin.

En plus de ces premiers ennemis apparaît le premier véritable ami de Tintin (si l'on excepte Milou, présent depuis le début de la série) : Tchang. Ce jeune Chinois est le premier personnage qui semble avoir une réelle importance pour le héros, avec qui il n'a pas de simples rapports d'action mais bel et bien des rapports affectifs[7]. À la fin de l'album, Tintin, obligé de quitter ce nouvel ami, lâche une des seules larmes de sa vie[7]. Il le reverra longtemps après, dans Tintin au Tibet, où il affrontera à nouveau de nombreux dangers pour lui venir en aide. Ce personnage est inspiré par Zhang Chongren, ami d'Hergé qu'il a rencontré pendant la préparation de l'histoire (voir Le début du réalisme). Comme son héros, il retrouvera son ami bien longtemps après, en 1981.

Allusions historiques et culturellesModifier

Cet histoire regorge d'allusions diverses, parfois inattendues [4],[9] :

Allusions historiquesModifier

 
Experts japonais inspectant la scène du « sabotage ferroviaire » de Moukden, prétexte à l'occupation japonaise de la Mandchourie. ()
  • Publié en 1936, Le Lotus bleu est sans doute l'album de Tintin le plus proche de l'actualité de l'époque. Hergé y fait clairement allusion à l'incident de Mukden, prétexte à l'invasion japonaise de la Mandchourie et prélude à la terrible guerre sino-japonaise de 1937. C'est aussi le premier album démontrant un vrai souci de réalisme, Hergé ayant reçu l'aide de Tchang Tchong Jen, jeune étudiant chinois en art qui lui avait été recommandé, et qui a servi de source d'inspiration pour le personnage de Tchang. Ainsi, tous les textes en chinois visibles dans cette bande dessinée ont une signification réelle et souvent, très politisée. Une profonde amitié liait les deux hommes. Georges & Tchang une histoire d'amour au vingtième siècle, une bande dessinée de Laurent Colonnier parue en 2012 raconte de façon très documentée la rencontre et le travail d'Hergé et Tchang à l'élaboration de l'album.
  • La situation politique de l'époque est également évoquée à travers quelques allusions à la Société des Nations, notamment avec le discours parfaitement mensonger prononcé par un diplomate japonais devant une assemblée amorphe.
  • Le personnage du consul de Poldévie, pris pour Tintin dans la fumerie d'opium, fait allusion à un célèbre canular de l'époque, se basant sur un pays fictif, la Poldévie. À ne pas confondre avec un autre pays, la République Poldomoldaque, peut-être inventée par Hergé, évoquée lors de la séance de cinéma où Tintin se rend.
  • Tchang raconte à Tintin que ses grands-parents ont été tués dans la Révolte des Boxers.
  • Le serveur de la fumerie d'opium ressemble à Du Yuesheng, célèbre membre du gang shanghaïen de la Bande Verte au début du XXe siècle. Mais Tchang Yifei, la fille de Tchang Tchong Jen, désapprouve cette comparaison, expliquant que "Mon père et Hergé n'ont rien dit à ce sujet."
  • Lorsque Tintin est condamné à mort, il doit se promener durant trois jours en portant une lourde cangue (appelée en chinois mu jia), sorte de pilori chinois que le prisonnier doit porter avec lui.

Allusions culturellesModifier

  • Tchang initie Hergé à la peinture chinoise, en particulier au Shanshui (chinois : 山水, montagne-eau), tout comme il le convainc d’utiliser le pinceau, un des quatre trésors du lettré chinois, ce qui lui sera très utile pour représenter les paysages. Il lui offre même une série de manuels utilisés dans les écoles d'arts de chez lui. Le travail remarquable qui en résulte se retrouve particulièrement lors du voyage à Hou Kou, où Tintin et Tchang évoluent à travers un paysage montagneux. Il est aussi visible à travers les différentes peintures affichées dans différents lieux visités dans la BD, que ce soit sur des laques ou des rouleaux de soie. Si la peinture de paysage existe depuis longtemps en Chine, elle a connu son avènement lors de la dynastie Song, dès le XIe siècle. Par renversement, le paysage prend alors de l'ampleur, au détriment des personnages humains, qui ne sont plus qu'un élément du décor. En parallèle, elle se nourrit des trois enseignements : le taoïsme, le bouddhisme et le confucianisme. La peinture de paysage shanshui a grandement influencé la culture chinoise, au point de servir de modèle à la conception du jardin chinois (qui à son tour, inspira différents types de jardins d'agrément).
  • Les deux amis se rendent au pied d'un vieux temple, qui doit être inspiré par la Pagode du Temple de Cishou, dans la banlieue de Pékin, comme l’atteste une photo des archives d'Hergé.
  • Parmi les différents éléments de décor chinois, on remarque souvent les fameuses céramiques, tel que le vase dans lequel se cache Tintin et qui réapparaîtra dans son appartement, au début de L'Oreille cassée. Il est peut-être inspiré des vases Qing produit à Jingdezhen, ville réputée pour sa production de porcelaine. Dans la maison de Wang Jen-Ghié, Tintin se réveille dans un lit qui ressemble à un lit de noces, meuble chinois offert en dot par la famille de la mariée. La statuette dorée sur un guéridon rappelle celles de style Gelugpa, école des bonnets jaunes, est la plus récente des quatre lignées du bouddhisme tibétain. Parmi les autres éléments de décors intérieurs représentés, on reconnait aussi des penjing, ancêtres des bonsaïs japonais.
  • Plusieurs créatures de la mythologie chinoise sont représentées dans l'aventure. Le dragon chinois (Long), bien-sûr, représenté de manière impressionnante dans la fumerie et reprise sur la couverture de l'album. Mais aussi des statues de lions gardiens à la sortie du commissariat de Hou Kou, posant chacun une patte sur une boule.
  • Lors de leur première conversation, Tintin et Tchang évoquent la manière dont beaucoup d'Européens imaginent alors les Chinois, de manière caricaturale, à partir de représentations datées et exagérées. Le héros évoque ainsi que ces derniers sont vus comme des gens fourbes et cruels coiffés d'une natte (signe de soumission à l’Empereur), inventant toutes sortes de supplices (voir Lingchi) et raffolant des nids d'hirondelle. Tout comme ils croient fermement que toutes les Chinoises sont forcées d'avoir les pieds bandés et que les rivières sont remplies de bébés chinois jetés à l'eau dès leur naissance[10].
  • Malgré son souci de réalisme, Hergé joue beaucoup avec la topographie shanghaïenne. Par exemple, la muraille qui entoure la ville, que l'on voit lorsque Tintin entre et sort de la ville n'existait plus à l'époque. Elle a en effet disparue en 1912 et n'a jamais été aussi haute. Quant à la porte de la ville, elle aurait été inspiré d'une porte se trouvant à Pékin (zh)[9]. De même que la représentation de cette ville se résume essentiellement à sa Concession internationale. Or, ses bâtiments étaient à l'époque d'architecture occidentale, avec beaucoup d'Art déco (dont la ville est une des capitales mondiales), tandis que les cases montrent plutôt l'architecture chinoise de la vieille ville (en). Tout comme les noms de rues présentés qui sont parfois fictives, comme l'adresse de l'industriel Gibbons, habitant au numéro 53 du Bund, quartier de la concession, qui ne comptait à l'époque de l'aventure qu'une trentaine de bâtiments.
  • L'Occidental Private Club, bien que fictif, s'inspire de ces clubs où se retrouvaient les étrangers, excluant les Chinois. Ils étaient très nombreux à l'époque de la BD, un prospectus touristique de 1939 en dénombrait d'ailleurs 200. Le Shanghai Club Building (en) par exemple, dont l'édifice existe encore aujourd'hui, transformé en hôtel de luxe. De même que la ville comptait alors beaucoup de cinémas, comme le Lyceum Theatre ou le Nankin (récemment déplacé pour céder la place à une avenue). Elle est d'ailleurs considérée comme le lieu de naissance de l'industrie cinématographique du cinéma chinois. Enfin, le Palace Hotel, dans lequel loge Rastapopoulos, est le nom d'un des deux bâtiments du Peace Hotel (en), actuellement nommé Swatch Art Peace Hotel. Détail intéressant, l'autre bâtiment, le Cathay Hotel (actuel Sassoon House), fut construit par Victor Sassoon (en), qui y résidait. Ce magnat anglo-indien a justement fait fortune dans le trafic d'opium, tout comme l'adversaire de Tintin.
  • Des caractères chinois (ou sinogrammes) sont disséminés dans l'album, que ce soit dans les bulles des Chinois ou dans les décors, rendant hommage à la calligraphie chinoise. La plupart sont réalisés par Tchang et sont donc rigoureusement exacts, bien que Hergé se soit aussi essayé à l'exercice. Un ouvrage leur est consacré, Le Lotus Bleu Décrypté[11].
  • Bien que l'histoire se déroule en quasi-totalité en Chine, de rares cases montrent des décors japonais (pages 18 et 22 de l'édition couleur), avec quelques éléments caractéristiques de la culture nipponne. Notamment lors que des Japonais (dont un coiffé d'un sandogasa (ja)) agitent des drapeaux nationaux, le tout devant un torii.

Autour de l'albumModifier

  • Le Lotus bleu est le premier album directement publié par les Éditions Casterman possédant des hors-texte. Ces hors-texte, à l'origine au nombre de 5, furent réduits à 4 lors de l'édition suivante de 1939.
  • Depuis 1993, Le Lotus bleu est édité au Japon, malgré le fort ton anti-japonais de l'album et l'allusion à l'incident de Mukden, très probablement perpétré par les Japonais, et qui fut le déclencheur de l'invasion japonaise en Mandchourie. La version japonaise comporte d'ailleurs une introduction expliquant la situation politique de l'époque. En outre, Hergé adopte pour la première fois une position anticolonialiste, décrivant une Chine opprimée par les Japonais et des Occidentaux sans scrupules et racistes, faisant du commerce d'opium et baignant dans des affaires louches.
  • Mitsuhirato se fait hara-kiri à la fin de cet album. Mitsuhirato et Wolff (On a marché sur la Lune) sont ainsi les seuls personnages de la série à se suicider.
  • La version originale présente quelques différences par rapport à la version actuelle :
    • Le fakir des Cigares du pharaon est visible après qu'il a rendu fou le messager chinois des Fils du Dragon, et avant sa nouvelle arrestation.
    • Les soldats chargés de bastonner Tintin dans sa cellule sont britanniques et non plus indiens, et dans leur chambre d'hôpital, un militaire leur rend hommage.
    • Une fois Rastapopoulos et Mitsuhirato arrêtés, en remontant le repaire, Tintin et Tchang tombent sur un autre gangster, que Tintin neutralise en lui claquant une porte sur la figure.
    • Dans le cinéma, Tintin entend parler du record de vitesse réalisé par Sir Malcolm Campbell dans son véhicule.

AdaptationsModifier

Autres versions de l'albumModifier

L'édition en couleurs date de 1946. Lors de la mise en couleur, seules quelques planches du début ont été redessinées. Les premières pages de l'album où Tintin est toujours en Inde sont redessinées pour ressembler aux albums récents, mais le reste du récit, à partir de la page où Tintin débarque en Chine, est laissé dans son style « ancien ».

Version animéeModifier

Cet album fut adapté dans la série animée de 1992 mais le contexte politique est très édulcoré et de nombreux personnages n'apparaissent pas.

Version radiophoniqueModifier

L'album a été adapté pour la radio, en 5 épisodes, sur France culture le 23 octobre 2016[12].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Peeters 1985, p. 7-8
  2. Sadoul 1989, p. 49-50
  3. Sadoul 1989, p. 36
  4. a et b Philippe Goddin, Tintin à la découverte des grandes civilisations, "Tintin et l'empire du milieu", Coédition Beaux Arts Magazine & Le Figaro, , p. 30-41
  5. Déplacé toutefois, pour les besoins de l'intrigue, sur la ligne Shanghai-Nanking, au kilomètre 123, près de la gare de Cheng Fou (Changzhou ?).
  6. Les archives de Tintin, Le Lotus bleu, Tchang Tchong-Jen, p. 14
  7. a b c et d Peeters 1985, p. 10
  8. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Intégrale p. 10
  9. a et b Anne Catin, Géo, "Tintin : Les arts et les civilisations vus par le héros d'Hergé ", Éditions Moulinsart, géo (23/10/2015 (ISBN 2810415641), « Avec le petit peuple de Chine »
  10. « Tintin, la Chine du Lotus bleu décryptée en six points », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 9 mars 2018)
  11. Patrick Mérand, Li Xiaohan, Le Lotus Bleu Décrypté, Sépia, , 64 p. (ISBN 978-2-84280-153-3)
  12. « Tintin chez le Maharadjah de Rawhajpoutalah », sur https://www.franceculture.fr, (consulté le 29 octobre 2016).

AnnexesModifier

Lien externeModifier

BibliographieModifier