Crise anglophone au Cameroun

conflit armé au Cameroun débuté en 2017
Crise anglophone au Cameroun
Description de cette image, également commentée ci-après
  • Territoire camerounais incontesté
  • Partie du Cameroun revendiquée par l'Ambazonie
  • Informations générales
    Date [1] - en cours
    (5 ans, 4 mois et 26 jours)
    Lieu Région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (ancien Cameroun méridional), Cameroun
    (Avec des débordements occasionnels dans la région du Littoral et de l'Ouest[2])
    Casus belli Assassinat de six militaires et policiers dans la Manyu dans la région du Sud-Ouest[3].
    Issue En cours
    Belligérants
    Drapeau du Cameroun CamerounFlag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg Ambazonie
    Commandants
    Drapeau du Cameroun Paul Biya
    Drapeau du Cameroun Philémon Yang
    Drapeau du Cameroun Joseph Dion Ngute
    Drapeau du Cameroun René Claude Meka
    Drapeau du Cameroun Valère Nka
    Flag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg Sisiku Julius Ayuk Tabe
    Flag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg Samuel Ikome Sako
    Flag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg Lucas Ayaba Cho
    Flag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg Ebenezer Akwanga
    Forces en présence
    Drapeau du Cameroun Forces armées camerounaises :
    12 500 hommes[4]

    Drapeau du Cameroun Milices de chefs locaux :
    9 000 hommes[4]
    Flag of the Federal Republic of Southern Cameroons.svg 2 000 à 4 000 hommes (en mai 2019)[5]
    Pertes
    800 à 1 000 morts (à partir de février 2020[7]~ 1 000 morts (à partir de juin 2019)[8]
    Civils : plus de 4 000 morts
    700 000 déplacés internes
    63 800 réfugiés au Nigeria (à compter de mars 2021)[6]

    Problème anglophone au Cameroun

    Batailles

    BatiboEkonaOpération Free BafutOpération Bamenda CleanEmbuscade de BamessingAttaque de Njitapon

    La crise anglophone au Cameroun (en anglais : Anglophone Crisis), aussi appelée guerre d'Ambazonie[9] ou la guerre civile camerounaise[10], est un conflit armé opposant le gouvernement camerounais à des groupes séparatistes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays. Ce conflit est une conséquence du problème anglophone[11] de longue date dont les causes sont profondes et de la crise socio-politique spécifique des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO) du Cameroun depuis fin 2016. Cette crise, initialement basée sur des revendications corporatistes des avocats et enseignants, bascule progressivement vers des revendications sécessionnistes fortes en raison des réponses jugées insuffisantes du gouvernement camerounais, du refus d'ouvrir un débat sur le retour au fédéralisme et de nombreuses violations des droits humains par les forces de sécurité camerounaises.

    Le , les indépendantistes anglophones des régions du NOSO déclarent symboliquement l'indépendance de ces deux régions sous le nom de Federal Republic of Ambazonia (République fédérale d'Ambazonie). La réaction répressive du gouvernement camerounais radicalise le mouvement indépendantiste et le conduit à se lancer dans la lutte armée.

    Anglophonie au CamerounModifier

    L'anglais et le français sont les deux langues officielles du Cameroun. Environ 20 % de la population est anglophone[12]. Sur dix régions, deux sont anglophones :

    Ces deux régions côtoient le Nigeria au sud-est. Elles constituaient auparavant le Cameroun méridional (Southern Cameroons), partie sud du Cameroun britannique qui s'est rattachée à la République du Cameroun (ancien Cameroun français) le .

    Marginalisation et revendicationsModifier

    Les facteurs justifiant les contestations des anglophones se situent dans le processus de décolonisation du Cameroun britannique et la gestion de la réunification des deux Cameroun ; on peut associer à cela à la mauvaise gouvernance et une centralisation excessive du pouvoir politique. Par exemple, sont détaillés par les évêques les points suivants[13] (présents au Cameroun francophone et anglophone) :

    « La sous-représentation des anglophones dans les jurys des concours d’entrée aux grandes écoles, dans les ministères, dans le gouvernement ; L’anglais (pourtant langue officielle au même titre que le français) n’est pas toujours employé dans les examens d’État, des documents publics, ou par les fonctionnaires qui se rendent dans les régions anglophones ; Une majorité de magistrats, personnel enseignant ou sanitaire, francophones dans ces régions ; La négligence des infrastructures de l’Ouest anglophone ; L’incompréhension du sous-système éducatif anglophone et du système juridique par les fonctionnaires francophones ; La marginalisation des anglophones dans l’admission à certaines grandes écoles »

    En 2016, deux corps de métiers font grève afin d'obtenir un respect de l'anglais comme langue officielle à égalité du français[14] :

    • des avocats demandent la traduction en anglais du Code de l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires ;
    • des enseignants demandent l'arrêt des nominations de francophones dans les régions anglophones.

    Coupure d'InternetModifier

    La coupure d’internet la plus longue sur le continent africain — 93 jours[15] — s'est produite dans les deux régions anglophones du Cameroun — le Nord-Ouest et le Sud-Ouest — du au .

    C'est une conséquence de la tension entre le pouvoir central et sa minorité linguistique. Les start-up camerounaises installées dans la « Silicon Mountain » s’inquiètent de ses conséquences[16].

    Internet est rétabli dans les régions anglophones le 20 avril vers 17h GMT[17].

    ContexteModifier

     
    Monument érigé à l'occasion du 150e anniversaire de l'établissement de Victoria à la baie d'Ambas, d'où dérive le nom « Ambazonie ».

    Le nom « Ambazonie » est tiré de la baie d'Ambas et d'Ambozes, le nom local de l'embouchure du fleuve Wouri[18]. C'est ici que la langue anglaise a été établie de façon permanente pour la première fois au Cameroun méridional, lorsque le missionnaire Alfred Saker a fondé une colonie d'esclaves affranchis dans la baie d'Ambas en 1858, qui a ensuite été rebaptisée Victoria (aujourd'hui Limbé). En 1884, la région est devenue le protectorat de la Baie d'Ambas, avec Victoria comme capitale. La Grande-Bretagne a cédé la région au territoire allemand du Kamerun en 1887. L'Allemagne a eu quelques difficultés à établir son contrôle sur l'arrière-pays de Victoria, et a mené les guerres du Bafut contre les fondations locales jusqu'en 1907[19].

    Après la Première Guerre mondiale et le Traité de Versailles, le Kamerun a été divisé entre un mandat français et un mandat britannique de la Société des Nations. Le mandat français était connu sous le nom de Cameroun français et comprenait la majeure partie de l'ancien territoire allemand. Le mandat britannique était une bande de terre allongée le long de la frontière de la colonie et protectorat du Nigeria, comprenant le Cameroun septentrional et le Cameroun méridional, y compris le protectorat historique de la baie d'Ambas. Ce territoire a été organisé sous le nom de Cameroun britannique.

    Les Britanniques ont administré les territoires par le biais de l'indirect rule, permettant aux autorités autochtones d'administrer la population selon leurs propres traditions. En 1953, la délégation du Cameroun méridional, lors d'une conférence à Londres, demande une région séparée. Les Britanniques acceptent et le Cameroun méridional devient une région autonome dont la capitale est toujours Buéa. Des élections sont organisées en 1954 et le parlement se réunit le 1er octobre 1954, avec Emmanuel Mbela Lifafe Endeley comme premier ministre.

     
    Évolution territoriale du Cameroun (1901-1962).

    Les Nations unies ont organisé un référendum dans le territoire le 11 février 1961 qui proposait deux alternatives aux populations : l'union avec le Nigeria ou l'union avec le Cameroun. La troisième option, l'indépendance, est combattue par le représentant britannique au Conseil de tutelle de l'ONU, Andrew Cohen, et n'est donc pas inscrite sur la liste. Lors du plébiscite, 60 % des électeurs du Cameroun septentrional ont voté pour l'union avec le Nigeria, tandis que 70 % des électeurs du Cameroun méridional ont opté pour l'union avec le Cameroun[20]. Ces résultats étaient dus en partie à la crainte d'une domination par le Nigeria, beaucoup plus grand[21]. Endeley a été battu aux élections du 1er février 1959 par John Ngu Foncha[22].

    Le Cameroun méridional s'est fédéré à la République du Cameroun le 1er octobre 1961 sous le nom de Cameroun occidental, avec son propre premier ministre. Cependant, les populations anglophones de l'ancien Cameroun méridional ne s'estiment pas traitées équitablement par le gouvernement du pays, majoritairement francophone à 80 %. Le président de l'époque, Ahmadou Ahidjo, craint que l'ancien Cameroun méridional ne fasse sécession du Cameroun, emportant avec lui ses ressources naturelles. À la suite d'un référendum le 20 mai 1972, une nouvelle constitution a été adoptée au Cameroun, qui a remplacé l'État fédéral par un État unitaire, et a également donné plus de pouvoir au président[23]. L'ancien Cameroun méridional a perdu son statut autonome et est devenu les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les groupes indépendantistes ont affirmé que cela violait la constitution, car la majorité des députés du Cameroun occidental n'avaient pas consenti à légitimer les changements constitutionnels. Ils ont affirmé que l'ancien Cameroun méridional avait effectivement été annexé par le Cameroun. Peu de temps après, les dirigeants politiques de l'ancien Cameroun français ont à nouveau modifié la constitution et ont nommé Paul Biya comme Premier ministre et successeur d'Ahmadou Ahidjo.

    Dans un mémorandum daté du 20 mars 1985, l'avocat et président du barreau camerounais Fongum Gorji Dinka a écrit que le gouvernement camerounais dirigé par Paul Biya était inconstitutionnel et a annoncé que l'ancien Cameroun méridional devait optenir son indépendance vis-à-vis du Cameroun en tant que République d'Ambazonie. Fongum Gorji Dinka a été incarcéré au mois de janvier suivant sans procès. Trois ans plus tard, il s'est évadé au Nigeria[24].

    En 1993, les représentants des groupes anglophones ont convoqué la première All Anglophone Conference (AAC1) à Buéa. La conférence a publié la ''Déclaration de Buéa", qui demandait des amendements constitutionnels pour restaurer la fédération de 1961. Cette conférence a été suivie par la deuxième All Anglophone Conference (AAC2), cette fois à Bamenda en 1994. Cette conférence a publié la "Déclaration de Bamenda", qui stipulait que si l'État fédéral n'était pas rétabli dans un délai raisonnable, l'ancien Cameroun méridional déclarerait son indépendance vis-à-vis du Cameroun. La CAA a été rebaptisée Conférence des peuples du Cameroun méridional (SCPC), puis Organisation des peuples du Cameroun méridional (SCAPO), avec le Conseil national du sud du Cameroun (SCNC) comme organe exécutif. De jeunes militants ont formé la Southern Cameroons Youth League (SCYL) à Buéa le 28 mai 1995. Le SCNC a envoyé une délégation, dirigée par John Ngu Foncha, aux Nations unies, qui a été reçue le 1er juin 1995 et a présenté une pétition contre "l'annexion" de l'ancien Cameroun méridional par l'ancien Cameroun français. Cette pétition a été suivie d'un référendum par signature la même année, qui, selon les organisateurs, a donné lieu à un vote de 99 % en faveur de l'indépendance, avec 315 000 personnes ayant voté[25].

    Les activités du SCNC étaient régulièrement perturbées par la police[26]. Le 23 mars 1997, une dizaine de personnes ont été tuées lors d'un raid sur une gendarmerie à Bamenda. La police a arrêté entre 200 et 300 personnes, pour la plupart des partisans du SCNC, mais aussi des membres du Front social démocrate (SDF), un parti d'opposition bénéficiant d'un soutien important dans les régions anglophones du pays. Lors des procès qui ont suivi, Amnesty International et le SCNC ont trouvé des preuves substantielles d'admissions par la torture et la force. Le raid et le procès ont entraîné l'arrêt des activités du SCNC[27]. En réponse à cela, en avril 1998, une petite faction a élu Esoka Ndoki Mukete, un membre haut placé du Front social démocrate, comme nouveau président du SCNC. En octobre 1999, lorsque de nombreux accusés ont été reconnus coupables dans le procès de 1997, la faction dirigée par Mukete s'est affirmée. Le 1er octobre 1999, des militants ont pris le contrôle de Radio Buea pour proclamer l'indépendance de l'ancien Cameroun méridional, mais n'y sont pas parvenus avant l'intervention des forces de sécurité. La direction et de nombreux membres du SCNC ont ensuite été arrêtés[27]. Après des affrontements avec la police, le SCNC a été officiellement déclaré illégal par les autorités camerounaises en 2001[28]. En 2006, une faction du SCNC a de nouveau déclaré l'indépendance de l'Ambazonie[27].

    En 2006, le Nigeria a cédé la péninsule de Bakassi au Cameroun, mettant fin à un conflit territorial qui durait depuis dix ans. Des milices locales opposées à ce changement de frontière ont pris les armes contre le gouvernement camerounais, déclenchant ainsi le conflit de Bakassi. Ce conflit était une insurrection maritime où les rebelles utilisaient des tactiques de piraterie, attaquant des navires, enlevant des marins et menant des raids maritimes jusqu'à Limbé et Douala. Alors que certains mouvements (comme le Mouvement pour l'autodétermination de Bakassi) cherchaient à faire de Bakassi un État indépendant, d'autres ont fini par lier leur cause à celle de l'Ambazonie. En novembre 2007, les Libérateurs du peuple du Cameroun méridional, un groupe jusqu'alors inconnu, ont tué 21 soldats camerounais. La plupart des milices de Bakassi ont déposé les armes en septembre 2009[29].

    Déroulement du conflitModifier

    PréludeModifier

     
    Mancho Bibixy (en jaune), un des leaders de la contestation anglophone, en 2017 à Bamenda haranguant la foule durant les manifestations.

    Le 6 octobre 2016, le Consortium de la société civile anglophone du Cameroun, une organisation composée de syndicats d'avocats et d'enseignants dans les régions anglophones, a lancé une grève[30]. Menés par Felix Agbor Balla, Fontem Neba et Tassang Wilfred, ils protestaient contre la nomination de juges francophones dans les régions anglophones[31]. Ils considéraient que cela menaçait le système de la common law[32], et faisait partie de la marginalisation générale des anglophones[33]. Les grèves ont été soutenues par des manifestations pacifiques dans les villes de Bamenda, Buéa et Limbé. Les activistes ont demandé la protection du système juridique des régions anglophones, et se sont opposés au droit romano-civiliste utilisé par le magistrat francophone pour remplacer le système de la common law. Ils ont demandé que plusieurs lois soient traduites en anglais, et que le système de la common law soit enseigné à l'Université de Buéa et de Bamenda[34].

    Le gouvernement camerounais a déployé les forces de sécurité pour réprimer les manifestations. Les manifestants ont été attaqués au gaz lacrymogène, des manifestants et des avocats auraient été agressés par des soldats[35]. Tout au long du mois de novembre 2016, des milliers d'enseignants des régions anglophones ont rejoint la grève des avocats. Toutes les écoles des régions anglophones ont été fermées[36].

    Deux semaines après le début des manifestations, plus de 100 manifestants ont été arrêtés, et six seraient morts. Des vidéos non confirmées diffusées sur les réseaux sociaux ont montré diverses scènes de violence, notamment le passage à tabac de manifestants par des policiers[37].

    En janvier 2017, le gouvernement camerounais a mis en place un comité pour entamer un dialogue avec les avocats militants. Les avocats ont refusé de discuter, exigeant que tous les militants arrêtés soient libérés avant tout dialogue. Les avocats ont soumis un projet d'État fédéral, et le gouvernement a réagi en interdisant purement et simplement leurs mouvements. Les manifestants étaient désormais ouvertement considérés comme une menace pour la sécurité par le gouvernement camerounais, et d'autres arrestations ont suivi[38]. Le gouvernement a également mis en place une coupure d'Internet dans les régions anglophones[39].

    À ce stade, la crise a commencé à susciter des réactions internationales. Plus de 13 000 Camerounais anglophones vivant dans le Maryland ont protesté contre la répression du gouvernement camerounais. Le 27 juin, Anthony G. Brown, membre du Congrès américain, a déposé une pétition auprès du Secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, pour demander au gouvernement camerounais de se préoccuper immédiatement de la situation et de résoudre les crises en cours[40]. Les États-Unis ont condamné les pertes de vies humaines et la brutalité contre les manifestants anglophones[41]. De nombreux séparatistes et fédéralistes espéraient que la répression conduirait à une intervention militaire internationale contre le gouvernement camerounais[42].

    La répression gouvernementale des manifestations a contribué à la généralisation des mouvements séparatistes. En septembre 2017, les séparatistes anglophones ont commencé à prendre les armes contre le gouvernement[43].

    2017 : Insurrection séparatiste, déclaration d'indépendance de l'Ambazonie et entrée en guerre du Cameroun contre les séparatistesModifier

    Début septembre 2017, l'Ambazonia Governing Council (AGovC), un mouvement séparatiste créé en 2013 par la fusion de plusieurs groupes[44], a officiellement déployé l'Ambazonia Defence Forces (ADF) dans les régions anglophones. Le 9 septembre, l'ADF a mené sa première action militaire, en attaquant une base militaire à Besongabang, dans la Manyu. Trois soldats camerounais ont été tués dans l'attaque, tandis que les ADF ont affirmé que leurs hommes ont réussi à retourner dans leur base sans subir de pertes[45]. Tout au long du mois de septembre, les séparatistes ont mené deux attentats à la bombe ; l'un visant les forces de sécurité à Bamenda[46], et l'autre visant des officiers de police. Si le premier attentat a échoué, le second a blessé trois policiers[47]. Le 22 septembre, des soldats camerounais ont ouvert le feu sur des manifestants, faisant au moins cinq morts et de nombreux blessés[48].

     
    Les rues de Buéa le jour de la ville fantôme, le 30 septembre.

    Le 1er octobre, le Southern Cameroons Ambazonia Consortium United Front (SCACUF), un mouvement de coordination composé de plusieurs mouvements indépendantistes, a déclaré unilatéralement l'indépendance de l'Ambazonie. Cette déclaration a été suivie de manifestations de masse dans les régions anglophones. Les séparatistes ont stratégiquement choisi cette date, car c'est l'anniversaire de la réunification du Cameroun. Le SCACUF se transformera plus tard en gouvernement intérimaire de l'Ambazonie (IG). Plusieurs mois après le début du conflit, le GI rejette l'idée d'une lutte armée, préférant une campagne diplomatique et la désobéissance civile. Cette position a fini par changer[49].

    L'armée camerounaise est entrée en force dans les régions pour combattre les séparatistes et réprimer les manifestations. Au cours de la journée, au moins huit manifestants ont été tués à Buéa et Bamenda[50]. L'armée camerounaise a également renforcé la frontière nigériane, et le 9 octobre, elle a affirmé avoir empêché des "centaines de combattants nigérians" de passer au Cameroun[51].

    Tout au long du mois de novembre, la mort de huit soldats, d'au moins 14 civils et de cinq fugitifs a été confirmée en raison du conflit[52]. Les séparatistes ont tué deux gendarmes à Bamenda au cours de la première semaine du mois[53]. Les deux derniers jours de novembre, cinq soldats et cinq policiers ont été tués dans deux attaques séparatistes distinctes près de Mamfé[54]. Le 1er décembre, le gouvernement camerounais a ordonné l'évacuation de 16 villages de la Manyu en prévision d'une offensive militaire[55], et le 4 décembre, il a officiellement déclaré la guerre aux séparatistes[56]. L'armée camerounaise est entrée dans la Manyu, reprenant deux villages le 7 décembre[57] et sécurisant Mamfé le 15 décembre, en partie avec des troupes d'élites[58]. Pendant l'offensive, les ADF ont mené des attaques de guérilla contre l'armée camerounaise[59], tuant au moins sept soldats tout au long du mois de décembre[60]. Le 18 décembre, l'armée camerounaise a commencé à détruire des dizaines de maisons civiles en représailles, et a tué plusieurs civils[60]. L'offensive de décembre a également connu des débordements occasionnels à la frontière nigériane[61].

    À la fin de 2017, plusieurs milices séparatistes avaient émergé, les ADF se distinguant comme la plus importante[62]. Pendant la campagne de guérilla dans la Manyu et la Mezam, elles avaient affronté l'armée à 13 reprises[63]. Les séparatistes s'étaient également étendus, et à la fin de l'année, ils étaient actifs dans cinq départements[64].

    2018 : Arrestation et extradition des leaders séparatistes, revers militaires pour les séparatistes et extension du conflitModifier

    Les séparatistes ont subi un revers important au début de l'année 2018. Le 5 janvier, des membres de l'IG ont été arrêtés par les autorités nigérianes[65], qui ont procédé à leur remise au Cameroun. Au total, 69 dirigeants et activistes ont été extradés au Cameroun, puis arrêtés, dont le président Sisiku Julius Ayuk Tabe. Comme la plupart des individus avaient présenté des demandes d'asile[66], l'expulsion est immédiatement devenue controversée, car elle violait peut-être la constitution nigériane[67]. Ils ont passé 10 mois dans un quartier général de la gendarmerie, avant d'être transférés dans une prison de haute sécurité à Yaoundé[67]. Samuel Ikome Sako a été annoncé comme président par intérim le 4 février, remplaçant Tabe pour le moment[68].

    Le mois de janvier a été marqué par une escalade des attaques de guérilla contre des cibles symboliques[69], ainsi que par des débordements répétés au Nigeria[70]. Les séparatistes ont commencé à s'en prendre aux chefs de village traditionnels, ainsi qu'aux administrateurs locaux qu'ils accusaient de se ranger du côté des forces de sécurité[71]. Les attaques contre les gendarmes se sont intensifiées[72] et les hommes armés ont également commencé à cibler les écoles pour imposer un boycott scolaire[73]. Le 24 février, les séparatistes ont enlevé le représentant régional du gouvernement pour les affaires sociales dans la région du Nord-Ouest, cherchant apparemment à l'échanger contre des militants séparatistes emprisonnés[74].

    La bataille de Batibo a eu lieu le 3 mars[75], produisant des pertes sans précédent des deux côtés[76] et forçant plus de 4 000 habitants à fuir[77]. Le 20 mars, les soldats camerounais ont libéré deux otages camerounais et un tunisien dans la Meme[76]. Une opération similaire a libéré sept otages suisses, six camerounais et cinq italiens le 4 avril, ce qui a amené les ADF à déclarer qu'ils ne prenaient pas d'otages et ne visaient pas les étrangers[78]. Le 25 avril, les séparatistes ont forcé l'armée camerounaise à se retirer de la ville de Belo[79].

    Tout au long du mois de mai, de violents affrontements ont eu lieu à Mbonge[80] et Muyuka, faisant de nombreuses victimes[81]. Le 20 mai, dans le but de boycotter les célébrations de la fête nationale du Cameroun, les forces séparatistes ont frappé dans plusieurs villages de l'ancien Cameroun méridional, notamment à Konye, Batibo et Ekona[82], et ont enlevé le maire de la ville de Bangem[83]. Le 24 mai, des soldats camerounais ont tué au moins 30 personnes en prenant d'assaut un hôtel à Pinyin[84]. Fin mai, le Cameroun avait également repris Belo, bien que les combats se soient poursuivis autour de la ville, qui a été presque entièrement abandonnée par ses habitants[85].

    À la mi-juin, les forces séparatistes ont commencé un blocus de l'autoroute Kumba-Buéa à Ekona, une ville située à environ 10 kilomètres de Buéa. Un assaut militaire contre les séparatistes à Ekona n'a pas réussi à lever le blocus[86]. Bien que les pertes liées à la bataille d'Ekona ne soient pas confirmées, le gouvernement camerounais a déclaré plus tard que plus de 40 soldats et policiers étaient morts dans la seconde moitié du mois de juin dans tout l'ancien Cameroun méridional[87]. Le conflit s'était alors étendue à Buéa, les séparatistes érigeant des barrages routiers et attaquant les soldats du gouvernement le 29 juin[88]. Les attaques à Buéa se sont intensifiées en juillet, avec une invasion le 1er juillet[89], une autre le 9 juillet[90] et une autre le 30 juillet[91].

     
    Véhicules brûlés après des affrontements à Buéa le 11 septembre.

    Le 16 août, des séparatistes ont attaqué un convoi transportant un membre du parlement à Babungo, dans le département du Ngo-Ketunjia, tuant au moins quatre soldats. Un civil pris entre deux feux a également été tué[92]. Huit jours plus tard, une attaque réussie de guérilla a tué deux gendarmes et blessé un commandant de brigade à Zhoa, à Wum, dans la région du Nord-Ouest[93]. En réponse, l'armée camerounaise a brûlé le village[94].

    Le mois de septembre a vu quelques revers pour les séparatistes, le gouvernement ayant lancé des attaques dans les zones rurales qu'ils contrôlaient[44]. De violents combats ont eu lieu à Muyuka, où le Cameroun a lancé une offensive[95]. L'armée camerounaise a connu un certain succès en éliminant les camps séparatistes. Lors d'un raid particulièrement meurtrier le 4 septembre, les soldats camerounais ont tué 27 séparatistes présumés près de Zhoa[96]. Un autre raid sur les camps séparatistes près de Chomba a tué au moins 15 séparatistes[97]. Les séparatistes ont également connu des succès ; le 9 septembre, 50 séparatistes ou plus ont mené avec succès trois attaques coordonnées sur des cibles multiples à Oku, brûlant le commissariat de police, détruisant les biens de l'Assistant Division Officer, volant un fourgon de police et enlevant trois officiers de police[98]. Le 11 septembre, les séparatistes ont pris le contrôle de deux quartiers de Buéa, bloquant les principales entrées de la ville et tuant un soldat du Bataillon d'intervention rapide (BIR)[99]. Une tentative d'enlèvement du Fon de Buéa a également eu lieu[100]. Le 27 septembre, les séparatistes ont forcé la police et les gendarmes à se retirer de Balikumbat, Ngo-Ketunjia[101]. Malgré les offensives gouvernementales en septembre, les séparatistes ont continué à contrôler de nombreuses zones rurales et urbaines[44].

    Le 30 septembre, en prévision du premier anniversaire de la déclaration d'indépendance de l'Ambazonie le 1er octobre, les autorités ont imposé un couvre-feu de 48 heures dans toute les régions anglophones. Cette mesure visait à empêcher la répétition des manifestations de masse qui avaient eu lieu l'année précédente. Il était interdit de se déplacer au-delà des limites des subdivisions et les rassemblements de quatre personnes ou plus en public étaient interdits. Les entreprises sont fermées et les parcs automobiles sont également fermés. Dans le même temps, en prévision de l'élection présidentielle camerounaise du 7 octobre, les séparatistes ont commencé à imposer leur propre fermeture, bloquant les principales routes avec des arbres ou des épaves de voitures. Tout au long de la journée, les forces de sécurité et les séparatistes se sont affrontés à Buéa, Bamenda et dans d'autres villes[102].

    En octobre, le conflit s'était étendu à la majeure partie des régions anglophones. À eux seuls, les ADF avaient affronté l'armée 83 fois[63], les milices séparatistes étaient désormais actives dans 12 départements et les attaques étaient désormais plus meurtrières[64]. Selon un analyste de l'International Crisis Group, en octobre, le conflit était dans l'impasse, l'armée étant incapable de vaincre les séparatistes, tandis que ces derniers n'étaient pas assez forts militairement pour expulser l'armée[63]. D'autres ont décrit les séparatistes comme étant gravement désarmés et au bord de la défaite, principalement en raison de leur manque d'accès à des armes appropriées[103]. Le 7 octobre, le jour de l'élection présidentielle camerounaise, des affrontements ont eu lieu dans plusieurs endroits à travers les régions anglophones, les deux parties se rejetant la faute ; le gouvernement camerounais a prétendu que les séparatistes avaient agi pour empêcher ce qu'ils considéraient comme une élection étrangère de se dérouler dans les régions anglophones[104], tandis que les séparatistes ont accusé le gouvernement d'être à l'origine de la violence[105]. Le taux de participation a donc été très faible, car "plus de 90 % des habitants" ont fui les violences dans certaines localités et, dans de nombreux cas, aucun fonctionnaire ne s'est présenté pour tenir les bureaux de vote[106]. Deux séparatistes ont été tués par les troupes gouvernementales alors qu'ils attaquaient un bureau de vote[107]. Après les élections, deux personnes de Kumba ont été assassinées pour avoir voté[108]. Le 17 octobre, la maison du président du SDF, John Fru Ndi, à Bamenda, a été incendiée par des hommes armés[109]. Le 23 octobre, l'armée camerounaise a lancé des attaques simultanées sur sept camps séparatistes ou plus dans la région du Nord-Ouest, déclenchant des combats qui ont duré plus de 24 heures. Au moins 30 séparatistes ont été tués, ainsi qu'un nombre inconnu de soldats camerounais[110].

    Début novembre, 79 élèves et quatre membres du personnel ont été enlevés dans une école de Nkwen, près de Bamenda[111]. Les 79 élèves ont été libérés sans rançon trois jours plus tard[112]. Le Conseil d'autodéfense de l'Ambazonie a affirmé que non seulement il n'avait rien à voir avec les enlèvements, mais qu'il avait également envoyé ses propres combattants pour tenter de retrouver les enfants[113]. Le mois de novembre a également été marqué par plusieurs affrontements majeurs. Le 11 novembre, selon les séparatistes, 13 soldats camerounais et deux séparatistes ont été tués lors d'une embuscade réussie[114]. Le lendemain, des soldats camerounais ont tendu une embuscade et tué au moins 13 séparatistes présumés à Donga-Mantung[115], puis 25 autres près de Nkambé[116]. Le 22 novembre, environ 40 combattants séparatistes et des civils non armés ont été tués à Bali par des soldats gouvernementaux, qui ont ensuite mis le feu à leurs cadavres. En l'absence de toute trace de blessure par balle sur les corps, des rapports non confirmés font état de l'utilisation de produits chimiques par les soldats[117]. Le 28 novembre, des séparatistes ont bloqué l'autoroute Buéa-Kumba[118]. Le mois a également été marqué par les premiers débordements importants dans d'autres régions du Cameroun. Le 29 novembre, au moins 30 personnes ont été enlevées par dix hommes armés non identifiés à Bangourain, dans la région de l'Ouest, et transportées dans des canoës à travers le réservoir du lac Bamendjing[119]. Un mois plus tard, deux séparatistes présumés ont été lynchés par les villageois, et l'armée camerounaise a lancé une offensive à proximité[120]. Bangourain a été attaqué une fois de plus le 22 décembre, ce qui a incité les séparatistes à accuser le gouvernement de mener une opération sous fausse bannière pour inciter les Camerounais francophones[121]. À Kembong, juste au sud de Mamfé, un véhicule militaire a heurté une bombe routière ; aucun soldat n'est mort, mais le véhicule a été détruit[122].

    Le mois de décembre a vu de nouveaux incendies de maisons par des soldats du gouvernement à Romajia[123], Kikiakom et Ekona[123]. Le 15 décembre, au moins cinq séparatistes ont été sommairement exécutés, probablement par d'autres séparatistes[124]. Le 21 décembre, le général de l'ADF Ivo Mbah a été tué lors d'un raid militaire à Kumba[125].

     
    Des soldats camerounais sur un pont, en direction de Wum, en décembre 2018.

    Le 31 décembre, les présidents du Cameroun et de l'Ambazonie ont abordé le conflit en cours dans leurs discours de fin d'année. Le président camerounais Paul Biya a promis de "neutraliser" tous les séparatistes qui refusaient de se désarmer, tout en soulignant que toute personne qui déposait ses armes pouvait être réintégrée dans la société[126]. Le président intérimaire de l'Ambazonie, Sako, a déclaré que les séparatistes passeraient d'une stratégie défensive à une stratégie offensive du conflit, et a annoncé qu'une escadre mobile de la police serait créée pour capturer des territoires et vaincre les milices gouvernementales. Il a également condamné toute personne impliquée dans des enlèvements de civils, et a promis de riposter contre toute personne impliquée dans de telles pratiques[127]. La même nuit, des combattants séparatistes ont attaqué le convoi du gouverneur de la région du Nord-Ouest, blessant au moins un soldat du gouvernement[128]. L'armée camerounaise a également annoncé l'assassinat d'Oliver Lekeaka, chef de la milice séparatiste Red Dragon, dans le Lebialem ; l'assassinat a été démenti par l'IG[129], ainsi que par des sources au sein de l'armée camerounaise. Oliver Lekeaka a refait surface dans une vidéo une semaine plus tard, prouvant que les rapports sur sa mort étaient faux[130].

    2019 : Nouvelle escalade du conflit, procès et condamnation des leaders séparatistes, attention internationale croissante et Grand dialogue nationalModifier

    L'année 2019 a commencé par une nouvelle escalade du conflit. Le 6 janvier, les Camerounais anglophones de la diaspora ont organisé des manifestations pour marquer le premier anniversaire de l'arrestation des dirigeants séparatistes. Tout au long de la journée, des affrontements armés ont eu lieu à Muyuka, Bafut. Mundum et Mamfé[131]. À Mamfe, deux généraux séparatistes ont été tués lorsque leurs camps ont été attaqués par le BIR[132]. Le 24 janvier, le général Andrew Ngoe de la SOCADEF a été tué à Matoh, Mbonge[133].

    Janvier a également vu le début des procès des dirigeants séparatistes, y compris Ayuk Tabe, qui avait passé un an en prison. Le procès a été compliqué par le fait que tous les dirigeants séparatistes ont rejeté leur nationalité camerounaise, ce que le tribunal a finalement ignoré. Les dirigeants ont ensuite refusé d'être jugés par des juges francophones. Le 1er mars, le procès a pris une tournure diplomatique : un tribunal nigérian a jugé que l'expulsion des dirigeants séparatistes était inconstitutionnelle et a ordonné leur retour au Nigeria. Néanmoins, le procès a repris[134].

    Les séparatistes sont devenus plus audacieux dans l'application des couvre-feux. Le jour même de l'ouverture du procès, les rues de Buéa étaient presque entièrement désertes[135]. Le 4 février, en prévision de la Fête de la Jeunesse du 11 février, les séparatistes ont décrété un couvre-feu de 10 jours, demandant aux habitants de toutes les régions anglophones de rester chez eux du 5 au 14 février[136]. Le couvre-feu a fait l'objet d'une controverse parmi les séparatistes, un porte-parole des Ambazonia Defence Forces affirmant qu'elle serait contre-productive[137]. Le lendemain, de grandes parties de Buéa ont été fermées, tandis que des affrontements armés ont eu lieu à Muea et Muyuka. La majeure partie de Bamenda a également été fermée, et des affrontements de moindre envergure ont eu lieu[138]. À Muyuka, un colonel séparatiste a été tué aux côtés de deux autres combattants séparatistes[139]. À Mbengwi, deux séparatistes ont trouvé la mort en attaquant le bureau divisionnaire de la ville[140]. À Bamenda, le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolph Lele Lafrique, a été escorté par des soldats pour assister à une petite célébration. L'escorte militaire a essuyé des tirs alors qu'elle se rendait à la cérémonie, faisant probablement des victimes. Les célébrations ont été boycottées dans la plupart des grandes villes des régions anglophones, notamment Buéa, Kumbo, Belo, Ndop, Ndu, Wum, Muyuka, Mamfé, Tombem, Mundemba et Lebialem, tandis qu'il y a eu une participation relativement importante à Nkambé[141].

    Début mars, deux graves incidents d'enlèvement ont eu lieu : l'un sur l'autoroute Kumba-Buéa, qui a été rapidement déjoué par le BIR[142], et l'autre à l'Université de Buéa, où plus de 15 étudiants ont été enlevés, battus et libérés[143]. Les séparatistes ont mis en place plusieurs barrages routiers, y compris une mission de nuit au cours de laquelle la milice Seven Karta a bloqué l'autoroute Bafut-Bamenda avec des murs en béton[144]. Le 14 mars, les soldats camerounais ont brûlé plusieurs maisons dans le Donga Mantung et dans le Menchum, et ont tué au moins 12 personnes (dont plusieurs ont été brûlées vivantes)[145]. Une semaine plus tard, des séparatistes - peut-être des ADF - ont mené un raid militaire à Penda Mboko, dans la région du Littoral, et ont blessé trois gendarmes[146], au mépris de l'IG[147].

    Le 31 mars, divers mouvements indépendantistes se sont mis d'accord pour former le Conseil de libération du Cameroun méridional (SCLC), un front uni composé de séparatistes et de fédéralistes[148]. Le 4 avril, les séparatistes ont imposé un couvre-feu de 10 jours à Buéa[149]. Le 9 avril, le SCLC nouvellement établi a déclaré une fin anticipée du couvre-feu, citant le fait qu'il affectait principalement les civils. Cependant, l'Ambazonia Self-Defence Council (ASC), la branche armée de l'IG, a déclaré que le SCLC n'avait aucune autorité pour mettre fin au couvre-feu sans le consulter au préalable[150].

     
    Des soldats camerounais à Bamenda en mai 2019.

    Le 14 avril, quatre soldats camerounais et trois combattants séparatistes ont été tués à Bali[151]. À Ekona, au moins six personnes ont été tuées lors d'une offensive gouvernementale[152]. Le lendemain, les forces de sécurité ont procédé à des arrestations massives à Buéa, à la recherche de bases séparatistes[153]. Le 24 avril, des hommes armés ont brûlé la maison du maire de Fundong[154]. Le 27 avril, le dirigeant du SDF John Fru Ndi a été enlevé à Kumbo par des séparatistes, mais a été libéré le même jour. Fru Ndi s'était rendu à Kumbo pour assister aux funérailles de Joseph Banadzem, le chef du groupe parlementaire du SDF. Les combattants séparatistes locaux avaient consenti à ce que les funérailles aient lieu, à condition qu'aucun Camerounais francophone n'y assiste[155]. Le 30 avril, des soldats gouvernementaux ont tué une personne et brûlé au moins 10 maisons à Kikaikelaiki dans le Bui[156].

    Le mois de mai a vu la crise anglophone recevoir une certaine attention internationale. Le 5 mai, suite aux appels du Parlement européen, il a été annoncé que la crise anglophone serait débattue au Conseil de sécurité des Nations unies[157]. Quelques jours plus tard, le gouvernement camerounais a annoncé qu'il était prêt pour un dialogue "inclusif" où tout sauf l'indépendance de l'Ambazonie pourrait être discuté[158]. Pendant ce temps, une crise de leadership a éclaté au sein de l'IG, forçant les petits mouvements séparatistes à choisir leur loyauté[159].

    En juin, les séparatistes ont annoncé qu'ils avaient commencé à produire leurs propres armes dans la zone de conflit. Peu de temps après, une mine a tué quatre policiers et en a blessé six autres[160], ce qui a convaincu de nombreuses personnes que les séparatistes n'étaient plus désarmés, mais bien armés[161]. Le même mois, il a été révélé que le gouvernement du Cameroun et les mouvements séparatistes allaient entamer des négociations[162]. Le 27 juin, John Fru Ndi a été enlevé pour la deuxième fois en deux mois[163].

    De violents combats ont eu lieu en juillet. Le 3 juillet, des séparatistes ont tendu une embuscade à un bateau militaire transportant 13 soldats camerounais sur la rivière Ekpambiri, dans le département de la Manyu. Trois soldats ont réussi à s'échapper, deux ont été secourus, un a été retrouvé mort après cinq jours, et sept sont toujours portés disparus. L'armée camerounaise a déclaré qu'elle savait de quelle base venaient les assaillants et qu'une opération serait lancée pour la détruire[164]. Le 8 juillet, au moins deux gendarmes ont été tués et plusieurs autres ont été blessés dans une embuscade à Ndop[165]. Le 11 juillet, au moins sept combattants séparatistes ont été tués à Esu[166]. Le lendemain, des hommes armés ont enlevé 30 passagers d'un bus passant par Belo, dans un cas apparent de luttes intestines entre milices séparatistes locales[167]. Un soldat camerounais et trois séparatistes ont été tués à Buéa le 14 juillet[168], et au moins un soldat camerounais et au moins cinq séparatistes ont été tués à Mbiame trois jours plus tard[169].

     
    Les forces de police se déploient à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé, lors des émeutes carcérales de juillet 2019 au Cameroun.

    Vers la fin du mois de juillet, deux émeutes majeures ont eu lieu dans les prisons. Le 22 juillet, des détenus séparatistes de la prison centrale de Kondengui ont participé à une manifestation contre les conditions de détention. La manifestation a dégénéré en émeute, qui a finalement été réprimée violemment. Une protestation et une répression similaires ont eu lieu à la prison centrale de Buéa quelques jours plus tard[170]. Plus de 100 détenus ont été déplacés vers des lieux de détention non divulgués[171], dont certains ont été soumis à la torture[172], et il y a eu des spéculations selon lesquelles certains ont été tués pendant les émeutes. L'IG a exigé du gouvernement camerounais qu'il rende compte de la disparition des détenus, menaçant d'imposer un couvre-feu englobant l'ensemble des régions anglophones s'il ne le faisait pas[173]. Le couvre-feu a commencé le 29 juillet[174]. De minuit au 31 juillet, les dix membres détenus de l'IG, dont Ayuk Tabe, ont entamé une grève de la faim au sujet des condamnés disparus.

    Le 4 août, des combattants séparatistes ont tendu une embuscade et tué un soldat et son chauffeur civil à Penda Mboko, dans la région du Littoral, la deuxième attaque depuis mars. Le 14 août, dans le but de saboter la nouvelle année scolaire, les milices séparatistes ont annoncé que des lockdowns seraient appliqués dans toute la région du 2 au 6 septembre et du 9 au 13, couvrant les deux premières semaines de l'année scolaire[175]. Le 15 août, au moins sept soldats du BIR ont été blessés lorsque leur véhicule est sorti de la route à Kumba ; alors que les séparatistes ont revendiqué l'incident, l'armée a affirmé qu'il s'agissait simplement d'un accident de la route.

    Le 20 août, les dix membres de l'IG détenus, dont Ayuk Tabe, ont été condamnés à la prison à vie par le tribunal militaire de Yaoundé[176]. Cette condamnation a été suivie d'une escalade militaire et d'une série de couvres-feux, anéantissant les espoirs d'une rentrée scolaire normale début septembre. En l'espace d'une semaine, la violence et l'incertitude ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir les régions anglophones[177]. En raison de l'escalade, les efforts déployés par le gouvernement pour rouvrir au moins 4 500 écoles avant le 2 septembre ont finalement échoué[178].

    En septembre, le Président Paul Biya a annoncé le Grand dialogue national, un dialogue politique qui se tiendrait avant la fin du mois[179]. Alors que les séparatistes ont rapidement rejeté l'initiative, citant les récentes condamnations à perpétuité des leaders séparatistes[180], les partis d'opposition au Cameroun se sont montrés intéressés par l'initiative et ont commencé à soumettre des propositions[181]. Pendant ce temps, le conflit continue ; le 20 septembre, les combattants séparatistes lancent une attaque ratée contre un hôtel de Bamenda où se trouvent plusieurs représentants du gouvernement. Pendant que le Grand dialogue national se déroule, un nombre important d'anglophones célèbrent le troisième jour de l'indépendance de l'Ambazonie le 1er octobre. Neuf personnes ont été tuées dans des affrontements à travers les régions anglophones ce jour-là[182], tandis que le "Field Marshall" Oliver Lekeaka de la milice Red Dragon a profité de l'occasion pour se déclarer souverain suprême du Lebialem. Le mois d'octobre a également vu la reddition publique du général séparatiste Ekeom Polycarp, qui a ensuite été assassiné par d'autres séparatistes[183]. Les séparatistes ont également commencé à ouvrir des "écoles communautaires" dans les régions anglophones, offrant une alternative aux écoles publiques qu'ils boycottaient depuis des années[184].

    Le 1er décembre, des combattants séparatistes ont mené leur première attaque contre un avion, en tirant sur un avion de ligne de Camair-Co alors qu'il atterrissait à l'aéroport de Bamenda. Personne n'a été blessé dans cette attaque, bien que plusieurs balles aient pénétré dans la cabine. Cet incident, le premier du genre, pourrait indiquer que les séparatistes s'attaqueront à des cibles gouvernementales plus importantes[185]. L'AGovC a annoncé que la compagnie aérienne en question transportait souvent des soldats et qu'elle considérait donc ses avions comme des cibles légitimes[186]. Les séparatistes ont également lancé leur campagne de sabotage des élections législatives camerounaises de 2020 et, en l'espace d'une semaine, ils ont enlevé une quarantaine d'hommes politiques, dont deux maires et au moins 19 conseillers municipaux[187]. Une attaque séparatiste contre un camion civil escorté par des militaires a fait trois morts parmi les civils le 19 décembre[188]. Le Cameroun a également lancé une série d'opérations à Mezam, Boyo, Donga Mantung, Bui, Ngo-Ketunjia et Boyo qui, en six jours, ont forcé environ 5 500 personnes à fuir leurs foyers[189]. Dans leurs discours de nouvel an respectifs du 31 décembre, les présidents Paul Biya du Cameroun et Samuel Ikome Sako de l'Ambazonie ont tous deux promis d'intensifier le conflit en 2020[190],[191].

    2020 : Élections législatives et esclade du conflit, pandémie de Covid-19 et cessez-le-feu unilatéral, opérations de l'armée camerounaiseModifier

     
    Des gendarmes camerounais arrivent à Buéa, le 9 janvier 2020.

    Les forces séparatistes ont commencé la nouvelle année en déclarant un couvre-feu de cinq jours pour le mois de février, destiné à empêcher la tenue des prochaines élections parlementaires dans les régions anglophones[192]. Des affrontements ont eu lieu à Buéa et Muyuka, où les séparatistes ont brûlé le bureau de l'officier divisionnaire[193]. Le 6 janvier, après avoir refusé d'écouter les demandes de ses camarades séparatistes de ne pas terroriser les civils, le commandant séparatiste "Général Divine" a été assassiné par ses propres hommes[194]. Suite à des soulèvements populaires contre les séparatistes à Balikumbat et Babungo, l'ADF a ordonné à ses combattants de prendre des mesures contre toute personne surprise à terroriser les civils. Le mois de janvier a également été marqué par ce qui est probablement le cas le plus grave de luttes intestines séparatistes à ce jour ; les Southern Cameroons Restoration Forces (loyales à l'IG) ont enlevé 40 combattants des Ambazonia Defence Forces, dont six ont ensuite été assassinés[195]. Le "général Chacha ", le commandant séparatiste responsable de l'enlèvement, a été capturé et sommairement exécuté par des soldats camerounais une semaine plus tard[196].

    Des élections législatives ont eu lieu en février et ont été marquées par une escalade sans précédent des deux côtés. Des centaines de soldats supplémentaires ont été déployés pour lutter contre les tentatives des séparatistes de saboter l'élection, tandis que les séparatistes ont enlevé 120 politiciens dans les deux semaines précédant l'élection. Les efforts déployés par le gouvernement camerounais pour éviter une répétition de la débâcle entourant l'élection présidentielle de 2018 ont finalement échoué, car le taux de participation dans les régions anglophones a été très faible. Les séparatistes, qui ont affirmé que 98 % de la population avait boycotté l'élection, ont salué cela comme une grande victoire[197]. Les résultats dans 11 circonscriptions ont ensuite été annulés en raison d'activités séparatistes, déclenchant une réélection partielle en mars. Les résultats ont été largement identiques, avec une participation marginale et des affrontements tout au long de la journée[198]. Moins d'une semaine après l'élection de février, des soldats camerounais et des Peuls armés ont perpétré le massacre de Ngarbuh, tuant au moins 23 civils à Ntumbaw, dans la région du Nord-Ouest, et suscitant une condamnation internationale[199].

    Le 1er mars, des soldats camerounais ont violé 20 femmes, tué un homme, et brûlé et pillé des maisons à Ebam, dans la région du Sud-Ouest. 36 personnes ont été emmenées dans un camp militaire, où nombre d'entre elles ont été sévèrement battues et torturées. Une personne est morte en captivité. Les autres ont été libérées entre le 4 et le 6 mars, après que leurs familles eurent versé de l'argent[200].

    Le 7 mars, une vingtaine de combattants séparatistes ont mené des attaques contre un poste de police et une gendarmerie à Galim, dans la région de l'Ouest, tuant deux gendarmes, deux policiers et quatre civils. Il s'agissait de la troisième attaque séparatiste dans la région de l'Ouest[201]. Le lendemain, un engin explosif improvisé a tué un soldat et blessé quatre soldats, deux policiers et un civil à Bamenda[202]. Le Cameroun a ensuite mené une offensive dans le Ngo-Ketunjia, où il a affirmé avoir détruit 10 camps séparatistes et tué au moins 20 combattants, dont certains avaient participé au raid de Galim[203].

    Le 26 mars, la SOCADEF a déclaré un cessez-le-feu de deux semaines pour donner aux gens le temps de se faire tester pour le COVID-19[204], une initiative saluée par les Nations unies[205]. L'IG et l'AGovC se sont déclarés prêts à ce que leurs groupes armés fassent de même, mais à condition que la surveillance internationale et les troupes camerounaises soient confinées dans leurs bases[206]. Le jour même de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu unilatéral de la SOCADEF et, par coïncidence, le jour même où le premier cas de COVID-19 a été confirmé dans les régions anglophones, le Président Sako a déclaré la fermeture des frontières de l'Ambazonie et la restriction des déplacements et des rassemblements publics afin de limiter la propagation du virus, à compter du 1er avril[207]. La veille de la déclaration de Sako, des séparatistes ont attaqué un véhicule blindé, tuant un soldat et 11 fonctionnaires, dont deux maires adjoints[208]. Le 8 avril, en réponse aux déclarations du gouvernement camerounais selon lesquelles la guerre touchait à sa fin, des séparatistes ont attaqué des bases militaires et détruit des infrastructures dans des villages des régions anglophones[209]. Alors que la SOCADEF a prolongé son cessez-le-feu unilatéral[209], les séparatistes ont mené des attaques coordonnées sur plusieurs villages[210], ont assassiné des membres d'un conseil traditionnel[211] et ont enlevé trois fonctionnaires[212]. Vers la fin du mois, le Cameroun a lancé l'opération Free Bafut, une série de raids dans et autour de Bafut visant à éradiquer complètement la présence séparatiste dans la région. Le 1er mai, le Cameroun a annoncé la mort de deux commandants séparatistes connus sous le nom de Général Alhaji et Général Peace Plant ; les séparatistes ont confirmé cette perte. Il y a également eu des victimes civiles ; une personne a été tuée par des soldats le premier jour de l'opération[213]. Les villageois locaux ont affirmé que 13 civils ont été tués dans les combats ; ceci a été démenti par l'armée camerounaise[214].

     
    Soldats camerounais entrant dans une ville en avril 2020.

    Le 10 mai, des combattants séparatistes ont assassiné le maire nouvellement élu de Mamfé, Ashu Priestly Ojong[215], et quelques heures plus tard, le chef du télécentre de Babeke, Kimi Samson, a également été assassiné par des séparatistes présumés[216]. Des affrontements tribaux ont eu lieu à Ndu, où des Peuls armés ont tué deux civils[217].

    Le 19 mai, l'un des membres emprisonnés du cabinet initial de l'IG, Barrister Shufai, qui avait été transféré dans un hôpital quatre jours auparavant, a été enchaîné et maltraité par des gardes. Shufai avait été transféré à l'hôpital après 10 jours de détérioration de son état de santé, et était inconscient à son arrivée[218]. Il a ensuite été renvoyé à la prison centrale de Kondengui, malgré le fait qu'il était immunodéprimé et le risque de contracter le COVID-19 dans une prison surpeuplée. Son traitement a été condamné par ses avocats et par Human Rights Watch[219].

    Le lendemain, le Cameroun a célébré sa fête annuelle de l'Unité. Les séparatistes avaient déjà annoncé un lockdown du 19 au 21 mai, et des combattants ont patrouillé dans les lieux publics pendant le jour férié pour faire respecter le lockdown[220]. Selon l'armée camerounaise, six personnes ont été tuées dans des affrontements au cours de la semaine précédente. Les séparatistes ont affirmé avoir enlevé neuf personnes ou plus qui avaient regardé les célébrations à la télévision[221]. À Bamenda, l'armée camerounaise a affirmé avoir découvert et désarmé plusieurs engins explosifs improvisés[222].

    Le 24 mai, l'armée camerounaise a installé une base militaire à Ngarbuh, dans le but déclaré de couper une route d'approvisionnement des séparatistes depuis le Nigeria. En l'espace d'une semaine, plus de 300 villageois ont fui, craignant la présence de soldats et une répétition du massacre de Ngarbuh[223]. Quatre jours plus tard, des soldats camerounais ont tué quatre hommes non armés à Buéa[224]. Une autre personne a été tuée par des soldats à Mbiame[225]. Vers la fin du mois, des séparatistes ont été condamnés par Human Rights Watch pour avoir enlevé et maltraité un travailleur humanitaire et des membres d'une organisation à but non lucratif. Tous ont finalement été libérés[226].

    Le 1er juin, au moins cinq soldats camerounais ont été tués dans une embuscade séparatiste à Otu, Manyu. Un nombre indéterminé de soldats ont également été blessés dans l'embuscade. Le lendemain, il a été rapporté que le journaliste Samuel Wazizi, qui avait été arrêté le 3 août 2019 pour des liens présumés avec des séparatistes, était mort dans un hôpital militaire après avoir été torturé par des soldats camerounais[227]. Les autorités camerounaises ont confirmé la mort de Wazizi trois jours après les rapports initiaux, ont réitéré l'accusation initiale contre Wazizi, et ont attribué sa mort à une "septicémie sévère"[228]. À Malende, Kumba, l'armée camerounaise a mené une opération pour expulser les séparatistes de la zone. Selon le Cameroun, sept séparatistes ont été tués lorsque l'armée camerounaise a envahi leur base[229]. Le 5 juin, des combattants séparatistes ont tué un commandant de gendarmerie à Njikwa[230]. À la mi-juin, l'armée camerounaise a lancé deux opérations distinctes qui ont tué un total de 24 séparatistes en quatre jours : 11 à Mbokam, et 13 à Bali, Batibo et Widikum. Le Cameroun a déclaré avoir eu un mort et un blessé au cours des combats[231]. Pendant les quatre jours de combat, l'armée camerounaise a levé le blocus de la route Bamenda-Enugu, où les rebelles avaient extorqué de l'argent aux voyageurs. Les séparatistes condamnent ce blocus et nient y être pour quelque chose[232].

    En juin, le Cameroun a prévu de commencer à reconstruire les régions anglophones avec le soutien du PNUD. En réponse, les séparatistes ont décrété un couvre-feu de trois jours dans toutes les régions anglophones[233]. Pendant ce temps, deux engins explosifs ont explosé à Yaoundé, faisant naître le soupçon que les séparatistes portaient désormais la guerre dans la capitale camerounaise ; la police camerounaise avait lancé un avertissement à ce sujet en janvier. Une autre explosion au début du mois de juillet a blessé deux personnes. Après les explosions, les forces de sécurité ont commencé à faire des descentes dans les quartiers où vivaient les anglophones déplacés. Dans les jours qui ont suivi, de nombreux anglophones ont accusé les autorités d'abus[234]. Début juillet, le Cameroun a lancé l'"Opération Ngoke-Bui", une série de raids sur les camps séparatistes de Ngo-Ketunjia, au cours desquels 17 séparatistes et au moins un soldat camerounais ont été tués[235].

    À la fin du mois de juin, The Africa Report a rapporté que le Cameroun avait largement repoussé les séparatistes hors de Buéa (bien qu'ils se soient ensuite affrontés avec l'armée à cet endroit au début du mois de juillet[236]), où de nombreux combats avaient eu lieu en 2018. Les milices séparatistes de la région du Nord-Ouest ont subi de lourdes pertes lors d'opérations en juin, et une source au sein de l'armée camerounaise a affirmé que le Cameroun était proche de gagner le conflit[237]. D'autres sources ont affirmé qu'aucun des deux camps ne gagnait, et que le mécontentement interne poussait le Cameroun vers un cessez-le-feu. Les appels internationaux à un cessez-le-feu mondial pour faire face à la pandémie COVID-19 en cours ont également fait pression sur le gouvernement camerounais[238]. Le 2 juillet, des responsables camerounais ont rencontré les dirigeants emprisonnés de l'IG pour discuter d'un cessez-le-feu[239]. Ayuk Tabe a énuméré trois conditions pour un cessez-le-feu : qu'il soit annoncé par le président Biya, que l'armée camerounaise se retire des régions anglophones, et une amnistie générale pour les séparatistes[240]. Selon un article publié dans The New Humanitarian, "Les deux séries de "pré-pourparlers" - la dernière aurait eu lieu le 2 juillet - se sont tenues à l'extérieur de la prison centrale de Kondengui où Sisiku est détenu et sont considérées comme des mesures de "renforcement de la confiance"[241]. Ces pourparlers ont été condamnés par d'autres factions du mouvement pour l'indépendance de l'Ambazonie, qui ont fait valoir qu'Ayuk Tabe avait été corrompu par le gouvernement camerounais. À peu près au même moment, les séparatistes ont imposé un verrouillage de trois jours en réponse aux plans camerounais visant à commencer la reconstruction des régions anglophones avec le soutien du PNUD, intitulé "Programme présidentiel pour la reconstruction et le développement" (PPRD)[242]. De violents combats ont eu lieu en juin, faisant des dizaines de victimes parmi les séparatistes[231].

    Le 13 juillet, une milice séparatiste connue sous le nom de "Gorilla Fighters"[243] et dirigée par le "général Ayeke" a enlevé 63 civils à Mmuock Leteh, dans le Lebialem. 25 d'entre eux ont été libérés le lendemain, et les autres le 15 juillet. Au moins certains des civils ont payé une rançon pour obtenir leur libération. Un otage anonyme a déclaré qu'ils avaient été maltraités[244]. Entre le 13 et le 19 juillet, l'armée camerounaise a mené des raids à Awing et à Pinyin, tuant au moins 15 combattants séparatistes, dont un général connu sous le nom de "Général Okoro". Un autre général séparatiste, le "général Bush", a été fait prisonnier.

    Le 14 août, des villageois ont tué 17 combattants séparatistes à Nguti, dans le Koupé-Manengouba. Un chef séparatiste local a identifié les personnes tuées comme étant des séparatistes voyous[245]. Le 19 août, il a été signalé que plus de 130 anciens combattants séparatistes s'étaient échappés des centres de réintégration. Selon les journaux locaux, un certain nombre d'entre eux ont rejoint les rangs des séparatistes[246]. Afin d'empêcher les séparatistes de produire leurs propres armes, les autorités ont interdit la vente de machettes et de barres de fer dans les régions anglophones[247].

    Septembre a vu une forte escalade à Bamenda. Des séparatistes ont tué un officier de police le 1er septembre[248]. Les forces de police ont répondu en détruisant des magasins et en tirant sans discernement, obligeant les gens à rester à l'intérieur[249]. Dans les jours qui ont suivi, des centaines de personnes ont été détenues et les habitants ont accusé les militaires d'atrocités[250]. Ailleurs dans Bamenda, des combattants séparatistes ont tué un officier de police et quatre jours plus tard, les troupes camerounaises ont tué le général séparatiste Luca Fonteh dans la ville[251]. Le 8 septembre, le Cameroun a annoncé l'opération Bamenda Clean pour éliminer les séparatistes de la ville[252] ; cette annonce a été suivie de peu par des civils accusant les soldats d'extorsion[253] ; les soldats camerounais ont exécuté sommairement deux personnes le 14 septembre[254] et cinq autres civils quelques jours plus tard[255]. Le 22 septembre, les soldats camerounais ont tué six civils à Buéa, prétendument pour ne pas leur avoir montré l'emplacement des cachettes séparatistes[255]. Un autre civil a été tué à Bui quatre jours plus tard[256].

    Le 28 septembre, le Cameroun a annoncé qu'au cours des quatre derniers jours, il avait expulsé les combattants séparatistes d'au moins une centaine d'écoles dans les régions anglophones, dans le but de rouvrir les écoles le 5 octobre. Au moins neuf combattants séparatistes et au moins deux soldats camerounais sont morts au cours des combats[257].

    Le 1er octobre a marqué le troisième anniversaire de la déclaration d'indépendance de l'Ambazonie. Pour commémorer l'occasion, les combattants séparatistes ont hissé des drapeaux de l'Ambazonie dans plusieurs zones des régions anglophones, notamment à Buéa. Des célébrations ont également eu lieu dans le Lebialem[258]. Les réfugiés anglophones au Nigeria ont également célébré le jour de l'indépendance[259]. Le Cameroun a envoyé des renforts pour arrêter les célébrations, et des affrontements ont été signalés à Bui, Momo et Boyo[260]. Le 11 octobre, le Cameroun a lancé une offensive de trois jours contre les séparatistes à Wabane[261] et dans le Lebialem[262]. Deux jours plus tard, il a été révélé que les forces armées camerounaises avaient tué le "Général Ayeke", commandant de la milice "Gorilla Fighters", à Besali, Wabane, Lebialem[243]. 13 otages ont été libérés du camp séparatiste, qui a ensuite été détruit. Un soldat camerounais a été tué au cours du même incident, et l'opération a été décrite comme "sanglante", bien que les autres combattants séparatistes de la base se soient échappés. Le cadavre du "général Ayeke" a été transporté par avion à Kumba où il a été exposé publiquement[263]. Au total, trois soldats camerounais et au moins 12 séparatistes sont morts au cours de cette offensive de trois jours[262].

    Le 24 octobre, le massacre de l'école de Kumba a eu lieu[264], 10 à 12 hommes armés tuant 7 enfants et en blessant 13 autres[265]. Personne n'a revendiqué la responsabilité de l'attaque, et le gouvernement camerounais et les mouvements séparatistes se sont mutuellement accusés[264]. Quelques jours plus tard, le gouvernement camerounais a annoncé que le BIR avait identifié et tué un commandant séparatiste responsable du massacre[266].

    Le 4 décembre, les forces séparatistes ont commencé à appliquer un couvre-feu de quatre jours visant à perturber l'élection régionale du 6 décembre[267]. Tout au long de la journée électorale, des affrontements ont eu lieu à Bamenda. Plusieurs personnes ont été blessées par balle et un conseiller du RDPC a été tué après avoir été pris entre deux feux lors d'une fusillade entre les combattants séparatistes et les forces de police[268]. À Kumbo, des combattants séparatistes sont entrés dans une église et ont pris les occupants en otage. Des affrontements ont également eu lieu à Buéa[269]. À Babessi, un combattant séparatiste est tombé dans une embuscade et a été tué à son domicile par des soldats[270].

    Dans un discours de fin d'année, Samuel Ikome Sako du gouvernement intérimaire de l'Ambazonie a déclaré qu'une conférence de rédaction de la Constitution de toute l'Ambazonie se tiendrait au cours de l'année 2021, et que les régions du nord-ouest et du sud-ouest seraient réorganisées en zone équatoriale, zone du milieu et zone de la savane. Sako a également déclaré que les séparatistes achetaient davantage d'armes et que la lutte se poursuivrait[271]. Entre-temps, Paul Biya a remercié la population des régions anglophones d'avoir aidé le gouvernement dans la lutte contre les séparatistes, et a appelé les autres pays à sévir contre les activités séparatistes de la diaspora[272].

    2021 : Recours aux engins explosifs improvisés par les séparatistes et alliance entre le Biafra et l'AmbazonieModifier

    Le 6 janvier, des combattants séparatistes ont tendu une embuscade au convoi de l'officier divisionnaire supérieur de Momo près de Njikwa, en utilisant des engins explosifs improvisés[273]. Cinq soldats et un civil ont été tués[274]. Deux jours plus tard, des séparatistes ont tué trois officiers de gendarmerie, un policier et deux civils à un poste de contrôle à Matazem. Quatre autres personnes ont été blessées[275].

    À la mi-janvier, les séparatistes ont tenté de saboter le Championnat d'Afrique des nations de football 2020 à Limbé, qui avait été reporté. Le 14 janvier, des explosions ont été entendues à l'extérieur du Stade de Limbé. Une milice séparatiste appelée les "Fako Action Forces" en a revendiqué la responsabilité[276]. Le lendemain, des séparatistes présumés ont brûlé un camion de bière à Likomba, dans le Fako. Les forces de sécurité ont poursuivi les assaillants, et une fusillade qui a suivi a fait deux morts parmi les séparatistes présumés[277].

    Au cours des premiers mois de 2021, les séparatistes ont commencé à recourir massivement aux engins explosifs improvisés lors de leurs embuscades, ce qui a entraîné des pertes camerounaises plus importantes[278]. Le 18 février, sept soldats camerounais ont été tués par un engin explosif improvisé à Babessi[260]. Le 24 février, au moins deux soldats ont été tués et au moins cinq autres ont été blessés[279] lors d'une embuscade séparatiste à Kumbo avec des engins explosifs improvisés suivis de coups de feu[280]. À la suite de l'incident, les soldats se sont lancés dans une fusillade à la recherche des assaillants[281]. À Bui, le Cameroun a lancé l'"Opération Bui 1", qui a entraîné la mort de 12 séparatistes et de deux soldats camerounais ; quelques jours plus tard, une milice séparatiste connue sous le nom de Bui Warriors a lancé une série d'attaques à l'engin explosif improvisé contre des soldats camerounais dans le Bui, suivies d'une attaque contre une prison. Les Bui Warriors ont affirmé avoir tué au moins cinq soldats lors de ces seules attaques à l'engin explosif improvisé. Trois soldats du BIR ont été blessés lorsque leur véhicule a heurté un engin explosif improvisé entre Kumbo et Ndop le 10 avril[282]. La milice du Red Dragon a réussi à tendre une embuscade à un véhicule militaire à Alou avec un engin explosif improvisé le 24 avril[283], tandis que la milice Seven Karta a mené une attaque similaire à Bafut[284]. Le 29 avril, les "Bambalang Marine Forces" ont mené un raid transfrontalier à Ngalim, dans la région de l'Ouest, tuant quatre soldats et partant avec plusieurs armes, sans subir aucune perte[285]. Un mois plus tard, la même milice a tué cinq soldats dans une attaque contre un avant-poste dans le Bui[286], deux semaines après le début d'une offensive séparatiste contre le Cameroun dans la région[287].

    Le 9 avril, l'AGovC s'est officiellement alliée au Peuple indigène du Biafra, dirigé par Nnamdi Kanu[288]. Selon le chef adjoint de la défense de l'ADF, Daniel Caapo, cela impliquerait des opérations militaires conjointes, des bases d'entraînement conjointes et un effort pour saisir la frontière mutuelle et assurer une libre circulation des armes et du personnel[289]. L'ADF a proposé de former les militants de l'IPOB dans des camps situés sur le territoire contrôlé par l'Ambazonie[290]. Lucas Ayaba Cho a également proposé une alliance avec les forces démocratiques du Cameroun, suggérant que l'Ambazonie aide à renverser Paul Biya[291]. L'alliance AGovC-IPOB a été dénoncée par le gouvernement intérimaire de l'Ambazonie ainsi que par d'autres groupes séparatistes biafrais[292].

    Le 4 mai, les séparatistes ont tendu deux embuscades avec des engins explosifs improvisés à Akwaya, faisant des victimes inconnues[293], et à Ekona[294]. Trois civils ont été tués lorsqu'un bus a heurté un engin explosif improvisé à Sabga le 9 mai ; les séparatistes en ont revendiqué la responsabilité et ont déclaré que l'engin était destiné à des cibles militaires[295]. À la mi-mai, les "Fako Mountain Lions" ont envahi Muyuka et Muea et ont essentiellement défié l'armée camerounaise d'attaquer ; la bataille qui a suivi a vu la mort de deux soldats camerounais[296].

    À la mi-mai, les séparatistes ont lancé une offensive dans le Bui contre l'armée camerounaise, qui a riposté en brûlant des maisons civiles dans plusieurs villages[297]. Au cours du week-end du 23 au 25 mai, plus de 25 soldats camerounais ont été tués et plus de 12 véhicules militaires ont été endommagés à Kumbo dans le Bui[298]. Le 24 mai, l'armée camerounaise a affirmé avoir tué le commandant séparatiste "Général Akwaba" et un nombre indéterminé de combattants lors d'un raid sur leur camp à Kumbo[286]. Le lendemain, cinq soldats camerounais, dont un commandant de brigade[299], ont été tués lorsque la milice séparatiste des Bambalang Marine Forces a attaqué un avant-poste de l'armée à Noni dans le Bui. Les séparatistes ont également saisi des armes et des équipements[286]. À Ekona, les Lions de la Montagne de Fako ont mené trois attaques à l'engin explosif improvisé contre l'armée camerounaise, et trois civils ont été tués dans les échanges de tirs qui ont suivi[300]. À Jakiri, Bui, des soldats camerounais ont arrêté trois personnes et les ont ensuite assassinées[301].

    2022 : Incidents lors de la Coupe d'Afrique des Nations, invasion séparatiste du territoire nigérian, offensives de l'armée camerounaise et série d'attaques séparatistesModifier

    Le 3 janvier, des séparatistes ont fait exploser un engin explosif improvisé dans la ville de Limbé, dans la région du Sud-Ouest, qui devait accueillir des matchs de la Coupe d'Afrique des Nations de football 2021, dont la tenue a été reportée. Les combattants séparatistes qui avaient juré de perturber la Coupe d'Afrique des Nations 2021 dans la ville ont déclaré sur les médias sociaux qu'ils étaient responsables de l'explosion et ont affirmé qu'il s'agissait d'un "signe avant-coureur de ce qu'ils feront pendant l'AFCON"[302].

    L'AFCON retardée doit se tenir à Limbé et Buéa à partir du 9 janvier. Le Cameroun a déployé des troupes supplémentaires dans ces villes, tandis que les séparatistes ont mis en garde la Confédération africaine de football contre la tenue du tournoi[303].

    Le 12 janvier, l'équipe nationale de football du Mali a suspendu son entraînement avant le match de l'AFCON contre la Tunisie à la suite d'affrontements entre les séparatistes et les forces armées camerounaises à Buéa, faisant deux morts[304]. Trois policiers ont également été blessés par une bombe artisanale[305]. Lors d'un autre incident près de Buéa, un soldat camerounais a été tué dans une embuscade tendue par des séparatistes ; l'Ambazonia Defence Forces (ADF) en ont revendiqué la responsabilité. La Fédération tunisienne de football a décidé d'annuler la séance de récupération d'après-match de l'équipe nationale de football de Tunisie en raison de "menaces terroristes"[306].

    Le 31 janvier, une milice séparatiste connue sous le nom de "Bui Warriors" a affronté les forces camerounaises à Bamkikai, Kumbo, jusqu'à ce que l'armée camerounaise se retire de la zone. Au moins trois soldats camerounais auraient été tués, et un véhicule militaire aurait été détruit[307].

    Le 2 mars, sept personnes, dont un officier divisionnaire et un maire, ont été tuées dans une embuscade tendue par des séparatistes à Ekondo-Titi, dans la région du Sud-Ouest. L'ADF en a revendiqué la responsabilité[308].

    Le 5 avril, les séparatistes ont attaqué l'Université de Bamenda pour avoir défié une opération de ville fantôme[309]. Dans la Manyu, au moins sept soldats camerounais ont été tués et sept autres ont été blessés dans une attaque séparatiste contre quatre postes de contrôle militaires[310].

    Le 6 avril, des séparatistes ont enlevé des manifestants présumés anti-séparatistes à Oku, dans la région du Nord-Ouest[311]. Des séparatistes ont mis le feu à un nombre indéterminé de maisons qui appartiendraient au peuple Mbororos à Ndu, dans la région du Nord-Ouest[312]. 33 séminaristes ont été enlevés contre rançon par des séparatistes à Mamfé, région du Sud-Ouest, puis libérés 24 heures après leur enlèvement[313],[314]. Quatre soldats camerounais ont été tués et six autres ont été blessés dans une embuscade tendue par les séparatistes à Mamfé[310].

    Le 20 mai, de multiples affrontements entre l'armée camerounaise et des séparatistes ont eu lieu dans les régions anglophones du Cameroun lors de la fête nationale. L'armée camerounaise a affirmé qu'au moins 28 séparatistes avaient été tués au cours de ces combats, tandis que l'ADF a affirmé que 24 soldats camerounais avaient été tués[315].

    Le 29 mai, les forces séparatistes ont envahi les villages d'Obonyi et de Kajifu à Akwaya, près de la frontière nigériane, apparemment dans le but d'enlever certaines personnes. Des affrontements ont eu lieu et de nombreux villageois ont traversé la frontière pour se réfugier dans les villages de Bashu et Danare à Boki, dans l'État de Cross River. Les séparatistes les ont poursuivis en territoire nigérian et ont tué au moins 20 personnes, en ont blessé 70 autres et ont incendié des dizaines de maisons. L'invasion est condamnée par la Ligue des Nations du Biafra (BNL), un groupe séparatiste biafrais qui entretient par ailleurs des relations amicales avec le mouvement séparatiste. La BNL a menacé de réagir si les dirigeants séparatistes ne condamnaient pas l'invasion[316],[317]. À Batibo, l'armée camerounaise a libéré plusieurs otages détenus par l'ADF, dont la sénatrice Elizabeth Regina Mundi qui était détenue depuis le 30 avril. L'armée a déclaré avoir tué dix séparatistes et en avoir capturé trois[318]. L'ADF a nié avoir subi des pertes et a déclaré que les combattants avaient libéré les otages afin de pouvoir s'échapper à temps. L'ADF a également allégué que l'armée camerounaise avait maltraité des civils lors de la recherche du sénateur[319]. À Kumbo, les soldats camerounais ont tué cinq personnes[320].

    Le 7 juin, entre cinq et neuf gendarmes camerounais ont été tués et trois autres ont été blessés lors d'une attaque séparatiste contre un poste de contrôle à Njitapon, Kouoptamo, région de l'Ouest. L'attaque était dirigée par le général No Pity[321]. Plus d'une centaine de combattants ont participé à l'attaque, et sont arrivés dans des bateaux volants dont les moteurs ont été coupés afin de ne pas faire de bruit. Les séparatistes ont ensuite fait sauter le poste de contrôle avec des grenades, et ont utilisé un lance-roquettes pour détruire les véhicules de l'armée. Les renforts de l'armée camerounaise ne sont pas arrivés avant que les séparatistes ne se soient déjà retirés de l'autre côté de la rivière[322].

    Les 25 et 26 juin, le BIR a mené des opérations dans les villages de Banten, Mborshia, et Yere dans la division de Bui, au cours desquelles ils ont amusé une cachette des ADF et tué entre deux et cinq combattants. Les ADF ont affirmé que deux soldats camerounais avaient également été tués[323].

    Le 12 juillet, Oliver Lekeaka, chef des Red Dragon, a été tué à Menji. Les forces armées camerounaises ont pu récupérer le corps trois jours plus tard. Selon le gouvernement camerounais, Oliver et l'un de ses gardes avaient été tués lors d'un raid de l'armée camerounaise[324]. Les séparatistes ont affirmé qu'Oliver avait été tué par une personne de l'intérieur au cours de luttes intestines entre séparatistes ; son assassin avait révélé l'emplacement du corps aux forces camerounaises[325].

    Le 31 juillet, les forces armées camerounaises ont lancé une attaque multifrontale de trois jours contre les ADF dans le district de Batibo. Deux combattants séparatistes connus sous le nom de "Colonel John" et "Général Rasta" ainsi que 15 autres combattants ADF ont été tués par les forces camerounaises à Bambui, et 18 autres auraient été capturés. L'armée camerounaise a déclaré que onze de ses forces avaient été blessées au cours de l'opération, tandis que les ADF ont affirmé avoir tué "au moins deux douzaines" de soldats. Des témoins oculaires locaux ont fait état de pertes des deux côtés, ainsi que de décès de civils[326]. Les ADF ont confirmé la mort de onze de leurs hommes[327] et ont déclaré qu'ils avaient annulé une offensive à Bamenda impliquant 300 combattants en raison des pertes[328]. À Bwabwa, six civils ont été enlevés par les séparatistes[329].

    Le 28 août, de multiples attaques séparatistes ont eu lieu dans au moins trois localités différentes des régions anglophones. Trois soldats ont été tués et de nombreux autres blessés dans une embuscade tendue par Seven Karta à Bafut. À Ngokuv, le nombre de victimes est inconnu après que les guerriers de l'unité de Bui ont tiré une roquette sur un véhicule blindé. À Eyumodjock, une brigade de gendarmerie a été attaquée par des séparatistes ; les gendarmes se sont échappés avant que l'attaque ne se produise[330],[331].

    2023Modifier

    Les 1 et 2 janvier, à la suite de l'annonce faite par le président Paul Biya dans son discours du Nouvel An, selon laquelle l'armée camerounaise écrasait la rébellion séparatiste, les séparatistes ont pris des mesures pour imposer des couvre-feux locaux. Les forces armées camerounaises ont annoncé qu'elles avaient déployé des dizaines de soldats à Oku, Kumbo et Jakiri, dans la région du Nord-Ouest, et ont affirmé avoir tué 11 séparatistes. Les Ambazonia Defence Forces (ADF) ont annoncé que les séparatistes avaient étendu leur emprise territoriale et que le conflit allait se poursuivre[332].

    Du 1 au 3 février, les séparatistes ont mené une série d'attaques à Bamessing, Oku, Nkambé, Kumbo et Kom en utilisant des engins explosifs improvisés (EEI). L'armée camerounaise a déclaré que plusieurs civils ont été tués ou enlevés, tandis que certains véhicules militaires ont également été détruits. Le commandant des forces de restauration de l'Ambazonie, Sagon Jaguar, a déclaré dans une vidéo que ses forces avaient détruit cinq véhicules militaires à Bamessing en utilisant des engins explosifs improvisés[333].

    Le rôle de la communication dans la criseModifier

    Les stratégies communicationnelles des acteursModifier

    La communication au Cameroun est de par sa nature très centralisée[334], car ce sont les mêmes médias traditionnels qui monopolisent la diffusion de l’information[335], il n’est donc pas rare que l’information soit assez semblable entre les différentes maisons de presses. On constate un haut niveau d’homologie politique du journalisme, c’est-à-dire que les journaux montrent leur implication politique de manière explicite. Une sorte de censure est même appliquée dans certains cas (lourde critique du gouvernement, appel à la rébellion, etc.). Le cas le plus évident est l’interdiction de la diffusion de la seule chaîne retransmise depuis l’étranger dédiée au Cameroun anglophone, SCBC TV, qui est considérée comme un outil de propagande séparatiste. L’État ayant un rôle très important dans l'organisation médiatique du pays, cette crise est devenue un des principaux sujets de discussion dans les médias camerounais et il est courant pour les citoyens camerounais de prendre position sur cette crise.

    Face à cette crise sociale qui est devenue humanitaire, la stratégie du gouvernement consiste essentiellement par trois techniques : réfuter toute forme de persécution et de mise à l’écart de la communauté anglophone. Selon lui, les anglophones ont toujours été traités de la même façon que le reste des citoyens camerounais. Sur le plateau de télévision de la chaîne France 24, le ministre de l’administration territoriale Paul Atanga Nji, affirme que la communication avec ces groupes avait même d’ailleurs été établie en 2016, avant que le conflit ne prenne l’ampleur d’une guerre civile. Il nie aussi toute forme mise à l’écart de l’Ouest anglophone du pays. De plus, les allégations des dirigeants de la révolution anglophone seraient mensongères en tout point. Selon le groupe de Paul Biya, les accusations d’exactions (incendies, tortures, meurtres…) commis par les forces de sécurité camerounaises sont fausses ou alors exagérées pour pouvoir discréditer le mouvement séparatiste. La deuxième technique est de diaboliser au maximum les séparatistes. Ceux-ci seraient selon le gouvernement une minorité d’individus assoiffés de pouvoir qui influencent une population peu instruite ou mal informée pour arriver à leurs fins comme le dit le ministre de la communication Issa Tchiroma Bakary dans une interview réalisée par France 24[réf. nécessaire][source insuffisante]. Finalement la dernière composante de leur stratégie de communication est de rassurer les médias étrangers et la population camerounaise francophone en déclarant que tout est sous contrôle[336], et en minimisant les dégâts annoncés par les Nations unies. En effet l’ONU a déclaré que 470 000 personnes ont été déplacées. Le ministre de l’organisation territoriale Paul Atanga Nji a démenti cette information sur le plateau télévisé de France 24 réfutant de manière très agressive les statistiques et les chiffres assez élevés, jusqu'à accuser l’Organisation des Nation unies d’être conspirationniste. En effet selon le gouvernement camerounais, ils y aurait 152 000 déplacés dont 90 000 sont rentrés chez eux, et que la situation chaotique qui régnait est en train de s’apaiser[337].

    Issa Tchiroma Bakary et Paul Atanga Nji sont les principaux acteurs de cette communication intra nationale et internationale. Leurs discours se sont toujours basés sur une relation attaque-défense lors des interviews, c’est-à-dire qu’ils se défendent des accusations et contre-attaque en critiquant les séparatistes anglophones. Ils répondent aux journalistes en défendant leur “camp” sans chercher à répondre aux réelles questions des journalistes et parfois en les évitant. La communication du côté des anglophones est très peu sophistiquée dû aux manques de moyens et à l’arrestation systématique de leurs porte-parole et à celle de leur leader Sisiku Julius Ayuk Tabe condamné à la prison à vie le 20 août 2019[338]. Elle repose essentiellement sur le bouche à oreille, de postes et de dénonciations sur les réseaux sociaux et d’une chaîne de propagande interdite appelée SCBC TV[339].

    Visions internationales et le rôle des réseaux sociauxModifier

    Les médias internationaux et en particulier les médias français (Le Monde, France 24…) mettent davantage l’accent sur la crise humanitaire, les violences et les dégâts causés par celle-ci et essaient d’expliquer pourquoi il y a une crise sans vraiment chercher de responsable[340]. La prise de position est délicate pour les pays étrangers (hors de l’Afrique subsaharienne) à cause du manque d’information sur les réelles circonstances du conflit, de plus prendre parti pour les anglophones serait remettre en question le gouvernement camerounais. Cela n’est pas le cas des médias africains tels que BBC Afrique qui ont tendance à remettre en cause les actions de l'État camerounais en montrant beaucoup d’images et témoignages de victimes anglophones mais pas du gouvernement au pouvoir[341].

    Le rôle des réseaux sociaux est considérable, en effet, au début de la crise, les réseaux sociaux ont permis à la population anglophone d’organiser leur rébellion et de rassembler les foules qui partagent leurs opinions. Selon les résultats d’un sondage au sein du Cameroun, 90 % des Camerounais anglophones pensent que l’utilisation des réseaux sociaux a donné une portée plus importante que prévue à leurs revendications[342]. Elle a d’ailleurs provoqué l’intervention des organisations étrangères et a attiré l’attention de la population internationale[343],[344].

    StratégieModifier

    Stratégie militaireModifier

     
    Des soldats camerounais lors d'une escarmouche contre des combattants séparatistes.
     
    Armes des combattants séparatistes de Bamenda, saisies par l'armée camerounaise en février 2019.

    L'armée camerounaise mène une guerre contre-insurrectionnelle, visant à frapper la base de soutien des séparatistes. Cela comprend l'incendie des maisons où se trouvent des armes et, selon les habitants mais démenti par l'armée, la réalisation d'attaques de vengeance[345]. En août 2018, le ministre de la Défense du Cameroun a annoncé que l'armée serait renforcée par 2 600 nouvelles recrues, dont 2 000 iraient au BIR[346]. En plus de l'expansion de l'armée, le gouvernement a soutenu les groupes d'autodéfense locaux, qui étaient plus de trente en octobre 2019[347]. Le gouvernement a également mis en place des centres de réhabilitation à Bamenda et Buéa pour réintégrer les séparatistes qui se sont rendus[348]. Sans victoire militaire en vue, l'armée camerounaise a cherché à au moins contenir le conflit dans les zones rurales. Fin 2018, l'armée camerounaise visait à contrôler toutes les zones urbaines ainsi que les points stratégiques de la campagne, et ne cherchait pas à reconquérir l'ensemble des régions anglophones. Dans certains cas, cela a impliqué une compréhension tacite mutuelle sur la question de savoir qui contrôlait certaines zones ; les postes de contrôle séparatistes et militaires sont parfois à proximité les uns des autres, sans qu'aucun des deux camps n'attaque[349]. La stratégie camerounaise consistant à donner la priorité aux zones urbaines a commencé à donner des résultats au cours du premier semestre 2020 ; en juin, les séparatistes avaient été largement repoussés hors de Buéa[350].

    Les séparatistes mènent une guerre de guérilla. Numériquement et matériellement défavorisés, les séparatistes mènent des tactiques du hit-and-run, des embuscades et des raids. Selon les ADF, en juin 2018, ils comptaient 1 500 combattants, répartis dans 20 camps à travers les régions anglophones du Cameroun[351]. En mai 2019, des sources indépendantes ont mesuré le nombre total de combattants séparatistes entre 2 000 et 4 000, un chiffre qui comprenait de nombreux ex-soldats et ex-policiers, un nombre important de femmes combattantes et des dizaines de mercenaires nigérians. Les Nigérians parmi les rebelles étaient pour la plupart des criminels et d'anciens insurgés qui avaient déjà pris part à la crise dans le delta du Niger. De nombreuses milices séparatistes, dont l'ADF et le SOCADEF, sont directement commandées par des chefs de la diaspora aux États-Unis, en Norvège, en Allemagne et dans d'autres pays ; les organismes d'aide ont souvent dû négocier avec ces chefs par téléphone, plutôt qu'avec les séparatistes sur le terrain[352].

    Au début du conflit, les séparatistes ont eu du mal à se procurer des armes à feu, devant se contenter de fusils de chasse et, dans certains cas, de pistolets à un coup. Au fil du conflit, ils ont progressivement obtenu un accès limité à des armes plus sophistiquées, en capturant certaines armes auprès de l'armée camerounaise et en achetant d'autres au Nigeria (où ils ont bénéficié du soutien d'officiers de l'armée nigériane). Ils ont également bénéficié de campagnes de collecte de fonds (y compris l'introduction de leur propre crypto-monnaie, l'AmbaCoin), lancées par des militants de la diaspora pour acheter des armes pour les milices séparatistes. Cela a commencé à donner des résultats visibles au cours du premier semestre de 2019[353]. Alors qu'ils étaient gravement dépassés à l'automne 2018[354], les séparatistes étaient devenus bien armés à l'été 2019[355]. Ils ont également déclaré qu'ils avaient commencé à produire leurs propres armes au sein des régions anglophones, une déclaration suivie de peu par une explosion à Mamfé qui a tué quatre policiers[356]. En novembre 2020, la fabrication d'armes par les séparatistes dans les régions anglophones était devenue un problème sérieux pour le Cameroun[357]. Les engins explosifs improvisés, en particulier, se sont avérés efficaces pour les séparatistes, et leur utilisation fréquente, seule ou dans le cadre d'embuscades, a commencé à causer de lourdes pertes camerounaises à partir du début de 2021[358]. Le Cameroun ne dispose que d'un nombre limité de véhicules blindés protégés contre les mines antipersonnel, et les attaques par engins explosifs improvisés sont devenues de plus en plus sophistiquées (y compris la détonation à distance). Cela a provoqué une grave baisse de moral parmi les soldats camerounais[359]. De plus, certaines milices séparatistes ont commencé à s'associer avec des séparatistes biafrais, qui les ont aidés à accéder au trafic d'armes au Nigeria[360]. En septembre 2021, à la suite de l'embuscade de Bamessing dans laquelle 15 soldats ont été tués et deux véhicules blindés détruits, le ministre camerounais de la Défense Joseph Beti Assomo a annoncé un "changement de paradigme" dans le conflit[361].

    Les séparatistes bénéficient d'un soutien local important, les civils leur donnant de la nourriture, les informant sur les mouvements des troupes, ou les aidant carrément à mener des attaques[362]. Dans les territoires contrôlés par les séparatistes, un contrat social commun veut que les civils développent des liens étroits avec les combattants séparatistes, qui en retour les défendent contre les raids de l'armée[349]. Contrairement à la plupart des soldats camerounais déployés dans la région, les séparatistes sont des locaux, et connaissent donc mieux le terrain. Le général camerounais Donatien Melingui Nouma a déclaré que les séparatistes ont un avantage sur l'armée en ce qui concerne la connaissance du champ de bataille : « Ils connaissent le terrain. Ce sont des jeunes des villages locaux. Nous essayons de les chercher mais nous ne pouvons pas les trouver. Nos hommes ne sont pas familiers avec la forêt ». Les autorités camerounaises ont admis qu'elles avaient peu de contrôle sur la situation sécuritaire en dehors des villes[345]. Le journaliste français Emmanuel Freudenthal, qui a passé une semaine avec les rebelles des Ambazonia Defence Forces (ADF) en 2018, a déclaré que les séparatistes contrôlaient une grande partie de la campagne parce que les infrastructures des régions anglophones sont si peu développées qu'il est difficile pour le gouvernement camerounais d'accéder à ces zones[351].

    Le gouvernement intérimaire de l'Ambazonie a souligné que le conflit se déroulera uniquement dans les régions anglophones, et affirme que les attaques à travers la frontière ont été des opérations sous fausse bannière par le gouvernement camerounais[363]. Cette position n'est pas partagée par l'AGovC. En mars 2019, l'ADF a annoncé qu'il porterait la lutte armée dans les régions francophones du Cameroun, défiant ainsi le gouvernement intérimaire[364]. L'ADF s'est allié au Peuple indigène du Biafra et à sa branche armée, le Réseau de sécurité de l'Est, en 2021, et a déclaré que cette alliance entraînerait des opérations militaires conjointes[365]. Le leader de l'AGovC, Lucas Ayaba Cho, a résumé la stratégie de l'ADF de la manière suivante : « 60% du PIB du Cameroun est réalisé en Ambazonie. [...] Nous devons essayer d'élever le coût de l'occupation à un niveau supérieur aux profits qu'ils obtiennent ici »[366].

    Stratégie politique, diplomatique et de propagandeModifier

    Selon Millan Atam, président du Southern Cameroonians Congress of the People, les séparatistes renforcent le soutien à leur cause en deux phases distinctes. La première phase a consisté à créer une capacité interne de résistance à l'armée camerounaise et à renforcer la foi en leur cause. Une fois qu'une partie significative de la population de l'ancien Cameroun méridional a clairement souhaité la sécession, les séparatistes ont approché la communauté internationale pour défendre leur cause[367].

    Le gouvernement camerounais a essayé de limiter l'étendue des effets du conflit sur la vie quotidienne à l'ancien Cameroun méridional, et dépeint le conflit comme une bataille entre le chaos et la stabilité, dans laquelle le gouvernement représente cette dernière. À cette fin, les autorités locales ont pénalisé les entreprises qui respectaient les "villes fantômes" déclarées par les séparatistes[368]. Le gouvernement a licencié et remplacé les administrateurs locaux qui avaient fui les régions, malgré leurs craintes d'enlèvements[369]. Afin de lutter contre le boycott scolaire des séparatistes, selon des sources locales à Ndop, les soldats camerounais ont forcé les enfants à aller à l'école, souvent par la violence et les menaces[370].

    Pour éviter que la crise anglophone ne devienne un véritable conflit intercommunautaire, les autorités camerounaises ont cherché à obtenir le plus de soutien possible au sein de la population anglophone. En août 2018, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji a offert l'amnistie aux séparatistes qui déposent leurs armes, affirmant qu'ils seraient ''reçus comme des fils prodigues". Le ministre a également annoncé un plan de reconstruction des infrastructures détruites en raison du conflit[371]. En février 2021, le gouvernement a affirmé que 4 000 anglophones avaient demandé à rejoindre l'armée, dont des centaines d'anciens combattants séparatistes[372].

    Les deux parties ont utilisé WhatsApp pour diffuser leur propagande[373]. Les autorités camerounaises ont arrêté des journalistes en les accusant de propager de fausses informations, la peine encourue étant de six mois à deux ans de prison[374].

    Crimes de guerreModifier

    Par l'armée camerounaiseModifier

     
    Des soldats camerounais brulant une école à Eka.

    Des preuves photographiques montrent que les forces armées camerounaises adoptent une stratégie cohérente consistant à brûler les villages. L'armée a affirmé que les soldats qui ont été filmés étaient des séparatistes portant des uniformes volés de l'armée camerounaise, ce qui a été démenti par les résidents locaux. Les images satellite montrent que les villages ont subi d'importants dégâts. Les journalistes se sont vu refuser l'entrée dans les zones de conflit, et les soldats ont été interdits de porter des téléphones portables[375]. En août 2018, le Centre pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique a publié une liste de 106 villages qui avaient été attaqués par les forces gouvernementales depuis octobre 2017. Citant des récits de témoins oculaires, des vidéos et des photos comme preuves, le Centre a affirmé que 71 de ces villages avaient été complètement détruits et dépeuplés, tandis que les 34 autres avaient été partiellement désertés[376].

    Les engins explosifs improvisés devenant une menace croissante pour ses soldats, le Bataillon d'intervention rapide aurait forcé des civils à agir comme des démineurs humains[377].

    Par les séparatistesModifier

     
    Un lycée bilingue détruit à Fontem.

    Fin 2017, les séparatistes ont déclaré un boycott scolaire, et ont attaqué et brûlé les écoles qui ont refusé de fermer leurs portes. Entre février 2017 et mai 2018, au moins 42 écoles ont été visées[375]. Certains séparatistes considèrent les écoles comme des cibles légitimes car la langue française y est enseignée comme une matière obligatoire[378]. En juillet 2019, près de 6 000 écoles avaient fermé à travers les régions anglophones, affectant plus de 600 000 enfants. Les séparatistes ont commencé à ouvrir leurs propres écoles en septembre 2019, mais celles-ci étaient insuffisantes pour couvrir les besoins éducatifs dans les zones qu'ils contrôlaient. En septembre 2020, les séparatistes de premier plan Mark Bareta et Eric Tataw ont appelé à la fin du boycott des écoles[379], mais Sisiku Julius Ayuk Tabe, Samuel Ikome Sako et Lucas Ayaba Cho ont rejeté cet appel, insistant tous sur le fait qu'un cessez-le-feu devait précéder la reprise des cours[380]. Les attaques contre les écoles ont coûté aux séparatistes une certaine perte de soutien parmi les habitants qui avaient l'habitude de sympathiser avec leur cause[381]. En septembre 2021, l'Ambazonia Defence Forces ont donné des instructions pour la réouverture des écoles[382].

    Dans leurs efforts pour rendre les régions anglophones ingouvernables, les éléments séparatistes ont mutilé des employés de sociétés d'État[383]. Des enlèvements contre rançon ont également eu lieu fréquemment[384], de même que des chantages exercés sur des civils pour qu'ils transfèrent de l'argent afin de financer la lutte armée. Néanmoins, il ne fait aucun doute que des éléments séparatistes ont perpétré de nombreux actes de ce type[385], suscitant parfois la condamnation du gouvernement intérimaire de l'Ambazonie[383].

    Tout au long de l'année 2017, il n'y a pas eu de rapports indiquant que les ADF utilisaient la violence contre des civils. En octobre 2018, cinq incidents de ce type avaient été signalés, bien que ces attaques n'aient pour la plupart pas été mortelles ; un décès de civil a été attribué à une attaque des ADF. D'autres groupes séparatistes avaient attaqué des civils 25 fois dans le même laps de temps, et étaient responsables de 13 décès de civils[386]. Les séparatistes ont également été accusés d'utiliser des écoles et des églises comme casernes militaires[387] ; en juillet 2019, le Cameroun a accusé les séparatistes d'occuper plus de 50 écoles[388]. Les forces séparatistes se sont également livrées à une extorsion généralisée de la population civile dans les régions anglophones[389].

    En 2021, certains combattants séparatistes ont commencé à s'habiller avec des uniformes militaires camerounais capturés comme ruse de guerre[390], violant la Convention de La Haye de 1907 IV, article 23[391].

    Bilan humainModifier

    Entre septembre 2017 et février 2018, le Cameroun a affirmé avoir perdu 22 soldats et policiers dans le conflit. En mai, au moins 44 soldats et policiers avaient été tués. En juin 2018, le chiffre officiel est passé à 84 morts[392]. En l'espace de deux semaines, dans la seconde moitié du mois de juin, le chiffre officiel est passé à plus de 120 morts[393]. En octobre 2018, l'armée et la police avaient perdu au moins 175 de leurs éléments. Les pertes séparatistes étaient estimées à plusieurs centaines[394].

    Le conflit s'est intensifié au début de l'année 2019. En juin, les pertes militaires et policières camerounaises étaient estimées à environ 500 morts. Les séparatistes avaient perdu environ 1 000 combattants. Bien que les pertes civiles soient difficiles à déterminer, en mai 2019, elles étaient estimées par des sources indépendantes à environ 650 tués, sur un bilan total de 1 850 morts[5]. En janvier de la même année, le diocèse de Kumbo avait pu documenter 385 décès civils dans la seule ville de Kumbo au cours des sept derniers mois. En septembre 2019, des sources indépendantes ont déclaré que le conflit avait coûté la vie à environ 3 000 personnes, en comptant à la fois les combattants séparatistes et les civils[395]. En février 2020, entre 800 et 1 000 soldats camerounais avaient été tués[396]. En outre, au moins 250 membres de l'ethnie Mbororos avaient été tués en juillet 2020, en comptant à la fois les civils et les militants anti-séparatistes[397]. Les pertes camerounaises ont augmenté en 2021, car les séparatistes étaient de mieux en mieux armés[398].

    Les groupes anglophones ont contesté ces chiffres. Alors que les mouvements fédéralistes ont affirmé que le conflit avait fait entre 3 000 et 5 000 morts à l'été 2019, les séparatistes ont affirmé qu'entre 5 000 et 10 000 personnes avaient été tuées[399].

    Conséquences humanitairesModifier

     
    Déplacés internes des régions anglophones à Douala en mars 2020.

    En janvier 2018, 15 000 personnes avaient fui les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun pour se réfugier au Nigeria[400]. Ce nombre est passé à au moins 40 000 personnes en février[401]. En août 2018, plus de 180 000 personnes avaient été déplacées en raison du conflit[402]. En mai 2019, 530 000 personnes avaient été déplacées à l'intérieur du pays et 35 000 avaient fui au Nigeria[5]. En juin 2019, l'UNICEF a déclaré que 1,3 million de personnes dans les régions anglophones avaient besoin d'une aide humanitaire[403].

    Autres conséquencesModifier

    Le conflit a gravement nui à l'économie locale. En juin 2018, le Cameroon Development Corporation, une entreprise publique comptant 22 000 employés, a déclaré que le conflit pourrait entraîner la perte de 5 000 emplois à court terme. En juillet 2018, l'ONG camerounaise Human Is Right a indiqué que le conflit avait provoqué une augmentation de 70 % du chômage dans le secteur agricole. Les secteurs de l'huile de palme et du cacao dans la région du Sud-Ouest avaient pris un coup sévère, l'entreprise publique Pamol Plantations Plc abandonnant les plantations dans certaines zones. L'entreprise privée Telcar Cocoa a indiqué que la production de cacao avait chuté de 80 %. L'ONG a suggéré que les entreprises passent des accords avec les séparatistes afin de sauvegarder leurs installations[404]. En 2019, les recettes fiscales annuelles dans les régions anglophones avaient chuté de 800 000 à 1 000 dollars, et en 2020, presque tous les agents du fisc avaient fui leurs postes de passage à la frontière nigériane[405]. Les séparatistes visent à empêcher l'État camerounais de percevoir des revenus des régions anglophones, afin que le coût du contrôle des régions dépasse les avantages[406].

    Le conflit a provoqué l'exode de la communauté d'affaires nigériane des régions anglophones, ainsi que des commerçants nigérians qui géraient les marchés clés[407].

    Des milliers de personnes déplacées ont fui vers des zones naturelles protégées, mettant en danger la faune et la flore qui s'y trouvent[408].

    RéactionsModifier

    Au CamerounModifier

     
    Des expatriés camerounais anglophones marchent pour soutenir la cause séparatiste.

    La crise anglophone est devenue une question qui divise la politique camerounaise. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, considère les séparatistes comme des terroristes et soutient une solution militaire au conflit[409]. Le RDPC a soutenu à la fois la tenue et la conclusion du Grand dialogue national, qui a été organisé par le gouvernement camerounais[410]. En septembre 2020, le gouvernement camerounais était divisé sur la question des pourparlers avec les séparatistes, avec un camp, y compris le premier ministre, qui préconise une fin négociée du conflit, et l'autre camp qui s'oppose aux négociations[411].

    Pendant ce temps, l'opposition n'a pas ménagé ses critiques à l'égard de la gestion du conflit par le gouvernement. En janvier 2019, le Front social démocrate a annoncé qu'il s'opposerait à toute élection future dans le pays tant que le conflit est en cours. Le parti soutient une solution négociée au conflit, et a demandé un cessez-le-feu, l'ouverture d'un dialogue, l'amnistie pour toutes les personnes emprisonnées dans le cadre du conflit, la création d'une commission de vérité et de réconciliation, et la décentralisation du pays[412]. En mars 2019, le Front social démocrate a accusé des membres du gouvernement camerounais de soutenir certains éléments armés dans les régions anglophones. En mai 2019, le Front social démocrate a annoncé qu'il boycotterait les célébrations de la Fête nationale en signe de sympathie pour les populations des régions anglophones vivant dans un état de guerre civile[413].

    De plus petits partis d'opposition, comme le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), reprochent également au gouvernement de ne pas avoir résolu la crise anglophone[414]. Le 26 janvier 2019, des partisans du MRC ont envahi l'ambassade du Cameroun en France, invoquant entre autres raisons la crise anglophone[415]. En mai 2019, le MRC a rejoint le Front social démocrate pour boycotter les célébrations de la Fête nationale. En août 2020, le leader du MRC, Maurice Kamto, a menacé de lancer une "gigantesque campagne nationale" pour renverser le président Paul Biya si ce dernier convoquait le corps électoral sans avoir d'abord résolu la crise anglophone[416]. Le Cameroon People's Party a adopté une approche nuancée, condamnant à la fois le gouvernement et les séparatistes. Le leader du parti, Kah Walla, a déclaré que le conflit pouvait être résolue en faisant du Cameroun une fédération[417].

    Pays et organisations internationalesModifier

    La crise anglophone est devenue un défi diplomatique pour le Cameroun, et a endommagé les relations du pays avec certains de ses alliés. Alors que les États membres de l'Union africaine[418] et la France[419] ont adopté une position neutre ou se sont rangés du côté du gouvernement camerounais, plusieurs pays européens et les États-Unis ont critiqué le Cameroun[420]. Les États-Unis ont été particulièrement virulents dans leurs critiques ; En juillet 2019, à la suite d'une mission d'enquête de certains de ses membres dans le pays, la Chambre des représentants a appelé à la réintroduction d'un système fédéral au Cameroun[421],[422].

    En juin 2019, la Suisse a annoncé que le gouvernement camerounais et les séparatistes lui avaient demandé d'agir en tant que médiateur, et que des négociations auraient lieu. C'était le premier cas connu de pourparlers entre les deux parties belligérantes, et il a été accueilli avec un soutien international[423]. Cependant, les pourparlers ont finalement échoué[424]. Les pourparlers ont été appelés le "processus suisse", mais ils n'ont été soutenus que par une faction du mouvement indépendantiste. Sisiku Julius Ayuk Tabe et Lucas Ayaba Cho s'y sont tous deux opposés, et le gouvernement camerounais n'a pas non plus adhéré aux pourparlers, ce qui les a rendus inefficaces. La faction du mouvement alignée sur Samuel Ikome Sako a continué à insister sur le fait que les pourparlers facilités par la Suisse sont le seul moyen de résoudre le conflit[425].

    Voir égalementModifier

    Notes et référencesModifier

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    Voir aussiModifier

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    Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Crise anglophone au Cameroun.

    BibliographieModifier

    • Bouopda Pierre Kamé, La crise anglophone au Cameroun, Paris, L'Harmattan, 2018, 184 p. (ISBN 978-2-343-14078-0)

    Articles connexesModifier

    VidéographieModifier

    DocumentairesModifier

    • Cameroun : la guerre des langues, réalisé par Ulrike Däßler et David Martin, 2020 (Présentation sur Arte)

    Liens externesModifier