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Crise anglophone au Cameroun

conflit au Cameroun du Sud
Carte du Cameroun mettant en valeur les régions anglophones.

La crise anglophone au Cameroun (Anglais: anglophone crisis)est un épisode du problème anglophone de longue date au Cameroun, également connue sous le nom de guerre d'Ambazonie ; elle est liée à la situation socio-politique spécifique des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis la fin de 2016. Cette crise, initialement basée sur des revendications corporatistes des avocats et enseignants, bascule progressivement vers des revendications sécessionnistes fortes en raison des réponses insuffisantes du gouvernement camerounais, du refus d'ouvrir un débat sur le retour au fédéralisme et de nombreux abus des droits humains par les forces de sécurité camerounaises.

Le , des indépendantistes anglophones des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest déclarent l'indépendance symbolique de l'ancien Cameroun britannique (Southern Cameroons). La réaction répressive du gouvernement camerounais radicalise le mouvement sécessionniste et transforme les revendications en un conflit armé.

Sommaire

Anglophonie au CamerounModifier

Article détaillé : Langues au Cameroun.

L'anglais et le français sont les deux langues officielles du Cameroun. Environ 20 % de la population est anglophone[1]. Sur dix régions, deux sont anglophones :

Ces deux régions côtoient le Nigeria à l'ouest. Anglophone au Cameroun aujourd'hui fait référence au territoire et peuple de l'ancien Cameroun britannique (British Southern Cameroon), devenu les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au Cameroun.

Marginalisation et revendicationsModifier

Les facteurs justifiant les récriminations des anglophones se situent dans le processus de décolonisation du Cameroun britannique et la gestion de la réunification des deux Camerouns; on peut associer à cela la mauvaise gouvernance et une centralisation excessive du pouvoir politique. Par exemple, sont détaillés par les évêques les points suivants[2] (présents au Cameroun francophone et anglophone) :

« La sous-représentation des anglophones dans les jurys des concours d’entrée aux grandes écoles, dans les ministères, dans le gouvernement ; L’anglais (pourtant langue officielle au même titre que le français) n’est pas toujours employé dans les examens d’État, des documents publics, ou par les fonctionnaires qui se rendent dans les régions anglophones ; Une majorité de magistrats, personnel enseignant ou sanitaire, francophones dans ces régions ; La négligence des infrastructures de l’Ouest anglophone ; L’incompréhension du sous-système éducatif anglophone et du système juridique par les fonctionnaires francophones ; La marginalisation des anglophones dans l’admission à certaines grandes écoles »

En 2016, deux corps de métiers font grève afin d'obtenir un respect de l'anglais comme langue officielle à égalité du français[3] :

  • des avocats demandent la traduction en anglais du Code de l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires ;
  • des enseignants demandent l'arrêt des nominations de francophones dans les régions anglophones.

Coupure d'InternetModifier

La coupure d’internet la plus longue sur le continent africain – 93 jours[4] – s'est produite dans les deux régions anglophones du Cameroun – le Nord-Ouest et le Sud-Ouest – du 19 janvier 2017 au 20 avril 2017.

C'est une conséquence du conflit entre le pouvoir central et sa minorité linguistique. Les start-up camerounaises installées dans la « Silicon Mountain » s’inquiètent de ses conséquences[5].

L'internet est rétabli dans les régions anglophones le 20 avril vers 17h GMT[6].

Attentats et répression au CamerounModifier

En , quatre attentats au cocktail Molotov ou à la bombe, qui ne font aucune victime, sont attribués aux militants anglophones[7].

Le , des séparatistes proclamés annoncent une indépendance symbolique des deux régions anglophones, et provoquent des manifestations. La dispersion violente de ces rassemblements cause au moins dix-sept morts parmi les manifestants[8].

Le lundi 9 juillet 2018, des échanges de tirs[9] ont été entendus à Buéa, la grande ville anglophone désignée capitale de l'état non-reconnu d'Ambazonie.

VictimesModifier

En vingt mois, à patir de fin 2016, le conflit aurait fait 1 850 morts et forcé plus de 530 000 personnes à fuir leur domicile, d’après les Nations unies[10].

2017 Modifier

  • Journée du 7 novembre 2017, des personnes, présumées auteures de l’assassinat du soldat Yaya Emmanuel[Quand ?] sont appréhendées et mises aux arrêts.
  • Nuit du 9 au 10 novembre 2017, attaque de la garde d’un pont reliant le Cameroun au Nigéria à Akwem, non loin de la ville de Mamfe.
  • Jeudi 1 décembre 2017, Paul Biya traite les secesionnistes de terroristes suite à la mort de 6 soldats de l'armée régulière[11]
  • Journée du 5 décembre 2017, les Forces de Défense du 22e Bataillon d’Infanterie Motorisée de Nsanakang à Mamfe repoussent une attaque.
  • Nuit du 5 au 6 décembre 2017, 3 personnes attaquent des gendarmes au poste de pesage de Bombé-Bakundu près de la ville de Kumba.
  • Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2017, attaque menée par près de 200 assaillants contre la caserne de la Gendarmerie de Mamfe. Morts et blessés dans les deux camps.
  • Dans un rapport, Human RightsWatch dénonce 26 cas de torture et de détention en secret[12].

2019

  • En mai 2019, 23 morts ont été enregistrés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Parmi les victimes, plusieurs éléments des forces de sécurité, un enseignant et un nouveau-né[13].

Leaders et protagonistesModifier

Sisuku Ayuk TabeModifier

En avril 2019, Sisuku Ayuk Tabe[14] refuse de comparaître à un procès[15].

Réactions internationalesModifier

  • Le 6 février 2019, Les États-Unis tout en se félicitant de la coopération contre le terrorisme, coupent l'assistance militaire au Cameroun en mettant fin à un programme d'armement et de formation militaire de 17 millions d’euros environ, invoquant de graves violations des droits humains. D'autres programmes se poursuivent mais pourraient éventuellement être rompus "si la situation l'exige". Les États-Unis demandent au gouvernement camerounais " de faire preuve de plus de transparence dans les enquêtes sur les allégations crédibles de violations flagrantes des droits de l’homme par les forces de sécurité "[16]. Au même moment, une quinzaine d’ONG invitent l'ONU à enquêter sur de graves violations des droits de l'homme dans les régions anglophones du pays[16].
  • Le 19 avril 2019, Le Parlement européen a adopté jeudi une résolution très critique vis-à-vis des autorités camerounaises[17].
  • Le 7 mai 2019 Le Congrès américain adopte la résolution 358 : Appelant les parties du conflit au Cameroun à dialoguer sans conditions préalables

Notes et référencesModifier

  1. « La crise au Cameroun anglophone : un mal profond aux racines lointaines », sur terangaweb.com, (consulté le 2 décembre 2017).
  2. « Cameroun : le « problème anglophone » vu par les évêques », sur catholique.fr, (consulté le 2 décembre 2017).
  3. « Cameroun anglophone : aux origines de la crise », sur france24.com, (consulté le 2 décembre 2017).
  4. William Tchango, « Cameroun - Coupure d’internet: Le bilan sera très lourd », cameroon-info.net, 20 avril 2017 [1]
  5. « Cameroun : 1,3 million de dollars perdus depuis la coupure d’Internet en zone anglophone », JeuneAfrique.co,‎ (lire en ligne, consulté le 20 avril 2017) ; « Crise anglophone au Cameroun : la coupure d’internet pèse sur la « Silicon Mountain » - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 5 avril 2017)
  6. « Cameroun : retour de l'internet dans les régions anglophones », BBC Afrique, consulté le 21 avril 2017 [2]
  7. « Cameroun – Actes terroristes: Les régions du Nord-Ouest et du Littoral cibles de 4 attentats en deux semaines », sur actucameroun.com, (consulté le 2 décembre 2017).
  8. « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », sur lemonde.fr, (consulté le 2 décembre 2017).
  9. « Cameroon-Info.Net:: Echanges de tirs à Buea, grande ville du Cameroun anglophone », sur www.cameroon-info.net (consulté le 9 juillet 2018)
  10. « Crise anglophone au Cameroun : Human Rights Watch dénonce des cas de torture », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  11. « Crise anglophone au Cameroun : Paul Biya dénonce une « bande de terroristes » », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  12. Human Rights Watch | 350 Fifth Avenue et 34th Floor | New York, « Cameroun : Recours régulier à la torture et à la détention au secret », sur Human Rights Watch, (consulté le 30 mai 2019)
  13. « Cameroun : le gouvernement tente de rassurer sur la situation en zone anglophone », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  14. « Cameroun : Julius Sisiku Ayuk Tabe leader séparatiste déjà déchu ? », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  15. « Crise anglophone au Cameroun : pourquoi les leaders séparatistes boycottent leur procès », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  16. a et b RFI (2019) Droits de l'homme au Cameroun: les États-Unis suppriment de l'aide militaire, communiqué du 09-02-2019, modifié le 09-02-2019
  17. « Arrestations d’opposants et crise anglophone au Cameroun : le parlement européen hausse le ton », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  18. « Cameroun : le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira le 13 mai sur la crise anglophone », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Thomas Atenga, Georges Madiba, La communication au Cameroun : les objets, les pratiques, Archives contemporaines, 2012, 172 p. (ISBN 9782813000927)
  • Bouopda Pierre Kamé, La crise anglophone au Cameroun, L'Harmattan, Paris, 2018, 184 p. (ISBN 978-2-343-14078-0)

Articles connexesModifier