République d'Ambazonie

République auto-proclamée
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République fédérale d'Ambazonie

(en) Federal Republic of Ambazonia

Drapeau
Drapeau.
Description de l'image Map_of_the_Federal_Republic_of_Ambazonia_(claimed).png.
Administration
Forme de l'État République autoproclamée et non reconnue internationalement
Président de la République Samuel Ikome Sako
Langues officielles anglais
Capitale Buea

3° 52′ N, 11° 31′ E

Géographie
Plus grande ville Bamenda
Superficie totale 43 700 km2
Fuseau horaire UTC +1
Histoire
Indépendance du Cameroun (déclarée)
Démographie
Population totale (2015) 3 521 989 hab.
Densité 81 hab./km2
Économie
Monnaie Franc CFA (CEMAC) (XAF​)
Divers
Code ISO 3166-1 CMR, CM​
Domaine Internet .cm
Indicatif téléphonique +237


La république d'Ambazonie ou Amba Land est le nom donné par les indépendantistes anglophones du Cameroun à l'ancien Cameroun du Sud, non reconnu internationalement.

ÉtymologieModifier

Selon le Dictionnaire de l'origine des noms et surnoms des pays africains[1] :

« Le nom Ambazonia a été préféré à Southern British Cameroons afin de ne pas confondre cette zone avec la région territoriale du sud (Southern Cameroon). Les « autonomistes ambazoniens » avaient à cœur de trouver un nom local afin de bannir « Cameroun » qu’ils considéraient comme le symbole du lourd fardeau de l’héritage colonial. Pour cela, ils ont fouillé dans les livres d’histoire et inventé le nom Ambazonia. Celui-ci dérive d’Ambas, nom donné à la région de l’embouchure du fleuve Wouri. Ce site, en forme de baie, avait alors reçu le nom anglais Ambas Bay[1]. »

HistoireModifier

 
L'évolution territoriale du Cameroun entre 1901 et 1962.

De l'indépendance du Cameroun à la tentative d'indépendance de l'AmbazonieModifier

Le Cameroun du Sud est la partie sud de l'ancien territoire sous mandat dénommé Cameroun britannique, qui a été uni à la « République du Cameroun » (ancien Cameroun français) en 1961 au sein d'une « République Fédérale du Cameroun » à la suite d'un référendum, durant lequel la partie nord de ce Cameroun britannique (Cameroun Britannique du Nord ) opta pour son rattachement au Nigeria.

En 1972, à la suite d'un nouveau référendum, le premier président camerounais Ahmadou Ahidjo supprime l'État fédéral et le remplace par un État unitaire.

Néanmoins, indépendantistes et autonomistes remettent en cause cette décision, arguant que les droits de la minorité anglophone ne sont pas respectés par la majorité francophone du pays. Parmi eux, les plus radicaux[2] pensent que l'indépendance est nécessaire pour garantir ces droits[3].

À l'opposé, les tenants de l'unité du territoire camerounais font valoir le fait, généralement occulté par les sécessionnistes, que le Cameroun était une entité autonome et non divisé en zones linguistiques avant la Première Guerre mondiale.

De 1884 à 1914, le territoire camerounais a en effet été un protectorat allemand sous le nom de Kamerun. La défaite de l'Empire allemand en 1918 entraîna son démantèlement et la répartition des territoires entre français et britanniques en tant que mandats de la Société des Nations.

 
Drapeau revendiqué.

En procédant à ce que les sécessionnistes vont appeler « annexion », le président Ahidjo affirma qu'il ne revenait qu'à cet état antérieur du pays tel qu'il était avant le premier conflit mondial. Pour le gouvernement d'Ahidjo comme pour celui de Biya, la période 1916-1961 n'a été en fin de compte qu'une parenthèse dans la longue histoire moderne du Cameroun, une parenthèse que fermera définitivement Biya en 1984 en effaçant toute référence à la partition antérieure du pays dans sa dénomination : « République unie du Cameroun » laissera la place à « République du Cameroun ».

Déclaration d'indépendance et conflit séparatisteModifier

Arrestations des responsables séparatistesModifier

Le , Sisiku Ayuk déclare symboliquement l'indépendance de la république d'Ambazonie, déclenchant une répression par les forces de l'ordre se soldant par des morts, des blessés, des émeutes, barricades, manifestations, couvre-feu, etc[4]. En janvier 2018, le Nigéria compte entre 7 000 et 30 000 réfugiés liés au conflit et à la répression à la suite de cette déclaration d'indépendance[5].

Le 5 janvier 2018, des membres du gouvernement intérimaire d'Ambazonia, dont le président Sisiku Julius Ayuk Tabe , ont été arrêtés au Nigéria et déportés au Cameroun. Ils ont ensuite été arrêtés et ont passé 10 mois dans un quartier général de gendarmerie avant d’être transférés dans une prison à sécurité maximale de Yaoundé. Un procès a débuté en décembre 2018.

Le 4 février 2018, il a été annoncé que M. Samuel Ikome Sako deviendrait le président par intérim de la République fédérale d'Ambazonia, succédant temporairement à Tabé. Sa présidence a vu l'escalade de la guerre et son extension à tout le sud du Cameroun. Le 31 décembre 2018, Ikome Sako a déclaré que 2019 verrait le passage d'une guerre défensive à une guerre offensive et que les séparatistes s'efforceraient d'obtenir une indépendance de facto sur le terrain.

En avril 2019, Sisuku Ayuk Tabe[6] le leader indépendantiste, refuse de comparaître à un procès[7].

Le 20 août 2019 au matin le tribunal militaire de Yaoundé condamne Julius Ayuk Tabe et neuf autres de ses partisans à la réclusion criminelle à vie[8].

Élections camerounaises de 2020Modifier

Les élections législatives et municipales du 9 février 2020 entraînent un regain de violence dans les régions anglophones du Cameroun, autour de la tentative d'indépendance de l'Ambazonie. Les groupes séparatistes promettent des représailles à ceux qui iraient voter, en réaction le gouvernement central du Cameroun augmente ses effectifs militaires dans la zone[9]. Dans les deux semaines précédant les élections, selon Human Rights Watch, les rebelles séparatistes enlèvent plus d'une centaine de personnes dans les deux régions anglophones, tandis que les forces de sécurité commettent de nombreux abus de pouvoir[9]. Le 7 février 2020, c'est depuis sa cellule à la prison centrale de Yaoundé que Sisiku Julius Ayuk Tabe, président du gouvernement intérimaire d’Ambazonia, a déclaré, qu’ils sont plus que jamais engagés dans une indépendance totale ou une résistance à jamais.[10]. Le jour du scrutin, les rebelles séparatistes empêchent l'accès aux urnes[9]. Si le taux de participation aux élections a été faible dans tout le Cameroun, y compris en zone francophone, le taux de participation dans les régions Sud-Ouest et Nord-Ouest a été probablement encore plus faible, à cause des menaces, des violences et des blocages des urnes, bien que le gouvernement central camerounais n'ait pas communiqué officiellement le taux de participation, ni les résultats de ces régions[9].

Les violences en zone anglophone se poursuivent après le scrutin. Ainsi, le 14 février 2020, 23 civils dont 15 enfants et 1 femme enceinte sont massacrés à Ntumbo, un village du Nord-Ouest[11]. L'opposition camerounaise (surtout le Mouvement pour la renaissance du Cameroun) et les ONG locales accusent l'Armée et le gouvernement central d'avoir perpétré le massacre[11]'[11]. Le 18 février, l'Armée camerounaise reconnaît sa responsabilité, avançant une explication controversée selon laquelle des soldats auraient été attaqués par 7 terroristes séparatistes, et que dans la contre-attaque les militaires auraient accidentellement déclenché un incendie responsable de la plupart des morts[11].

De la déclaration de l'indépendance de l'Ambazonie au massacre de Ntumbo, le conflit entre le gouvernement camerounais et les rebelles séparatistes a provoqué environ 3000 morts et 700.000 déplacés[9].

GéographieModifier

La république d'Ambazonie est formée des actuelles régions camerounaises du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

Elle est située entre le Nigeria à l'ouest et au nord, le reste du Cameroun à l'est et l'océan Atlantique au sud.

Elle couvre une superficie de 43 700 km2.

DémographieModifier

Les habitants de cette région sont essentiellement anglophones ou plutôt des camerounais d'expression majoritairement anglaise ; ils étaient 3 047 032 selon le recensement de 2005 (dernier effectué), soit 17,4 % de la population camerounaise.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Arol Ketchiemen. Dictionnaire de l’origine des noms et surnoms des pays africains, Favre, 2014. p. 78-81
  2. « Journal Du Cameroun.com: Plus de 80 sécessionnistes interpellés au Sud-Ouest du Cameroun », sur www.journalducameroun.com (consulté le 17 mai 2016)
  3. « Le sud anglophone boycotte la présidentielle | Slate Afrique », sur Slate Afrique (consulté le 17 mai 2016)
  4. « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », Le Monde,‎
  5. Joan Tilouine, « Patrick, Camerounais anglophone réfugié au Nigeria : “Plus que jamais, je suis ambazonien !” », sur Le Monde Afrique,
  6. « Cameroun : Julius Sisiku Ayuk Tabe leader séparatiste déjà déchu ? », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  7. « Crise anglophone au Cameroun : pourquoi les leaders séparatistes boycottent leur procès », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 30 mai 2019)
  8. « Cameroun: le dirigeant des séparatistes anglophones Julius Ayuk Tabe condamné à la prison à vie (avocats) », sur RFI, (consulté le 20 août 2019)
  9. a b c d et e « Un village du Cameroun anglophone cible d'une attaque armée, 14 enfants tués », sur france24.com, (consulté le 17 février 2020)
  10. « Sisiku Ayuk Tabe, leader de l’Ambazonia emprisonné : « nous restons engagés pour l’indépendance totale ou la résistance pour toujours » », sur Actu Cameroun, (consulté le 9 février 2020)
  11. a b c et d « Un village du Cameroun anglophone cible d'une attaque armée, 14 enfants tués », sur france24.com, (consulté le 17 février 2020)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Mark Dike DeLancey, Rebecca Mbuh, Mark W. Delancey, « Ambazonia (Ambazania)», in Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Scarecrow Press, 2010 (4e éd.), p. 36 (ISBN 9780810873995)

Lien externeModifier