Couvre-feu

interdiction de sortir après une heure fixée

Un couvre-feu est une interdiction à la population de circuler dans la rue durant une certaine période de la journée, qui est généralement la nuit et tôt le matin. Elle est ordonnée par le gouvernement ou tout responsable d'un pays, d'une région ou d'une ville. Cette mesure est souvent décrétée lors de la déclaration de la loi martiale ou de l'état de siège, mais peut aussi être appliquée en temps de paix. Le couvre-feu peut se limiter aux mineurs (États-Unis, Anti-Social Behaviour Act de 2003 en Grande-Bretagne, etc.).

Une patrouille du couvre-feu arrête des noctambules dans une ville occupée, à onze heures le soir, durant la guerre franco-prussienne.

Son but est de permettre aux forces de l'ordre, civiles ou militaires, de mieux assurer la sécurité de la zone sous couvre-feu ou de limiter la libre circulation d'une certaine catégorie de personnes, comme les femmes ou les mineurs.

Par périodeModifier

Moyen ÂgeModifier

 
Cloche de couvre-feu à Moreton-in-Marsh (Angleterre).

L'historiographie anglaise suggère que le couvre-feu fut une mesure répressive imposée par Guillaume le Conquérant aux Anglo-Saxons en 1068, probablement dans le but d'empêcher une rébellion et les fréquents incendies des habitations en bois à la suite de feux laissés imprudemment allumés. Cette mesure obligeait ainsi les habitants à couvrir le feu jusqu’à extinction, de 8 heures du soir à 6 heures du matin. Pour le chercheur Lionel Cresswell, l'origine anglo-normande du couvre-feu relève du mythe[1] car cette coutume existait depuis longtemps sur tout le territoire français, britannique, espagnol et italien. Le roi des Anglo-Saxons Alfred le Grand aurait ainsi mis en place une cloche de couvre-feu (en) à Oxford dès le IXe siècle[2].

Le couvre-feu se développe dans les villes européennes au XIIIe siècle : une cloche le signale à la tombée de la nuit pour indiquer qu'il est temps de recouvrir les feux d'un couvercle de fonte pour éviter tout incendie[3],[4].

Seconde Guerre mondialeModifier

Le couvre-feu est généralisé par la Wehrmacht dans les territoires occupés.

Entré en vigueur dès le début de l’occupation de Paris dés le 14 juin 1940, le couvre-feu instauré de 20 heures à 6 heures n’a pas été imposé de façon linéaire jusqu’à la libération de Paris, le 25 août 1944. Le premier, mis en place lors de l'entrée des troupes allemandes, n’a duré que 48 heures[5].

2020Modifier

En FranceModifier

Le couvre-feu est une des mesures préconisées par la doctrine de la « guerre contre-insurrectionnelle ». Pendant la bataille d'Alger. Il a ainsi permis à l'armée française d'arrêter à domicile, la nuit, les personnes soupçonnées de soutenir le FLN[6]. Il deviendra par la suite un élément clé de ce type de guerre[réf. nécessaire].

Le couvre-feu a été utilisé en métropole : c'est ainsi lors d'une manifestation pacifique contre le couvre-feu pour tous les « Français musulmans d'Algérie » qu'a eu lieu le massacre du 17 octobre 1961 à Paris.

Des couvre-feux ont été mis en place localement pour les mineurs. Ceux-ci concernaient certaines communes qui, en été, rencontraient des incivilités commises par des mineurs. Les maires de ces communes ont pris des arrêtés municipaux de couvre-feu pour les moins de 13 ans, entre 23 heures et 6 heures, et dans certains quartiers de la ville[7].

La tradition de la cloche de couvre-feu subsiste dans quelques rares villes en France, notamment à Strasbourg avec la Zehnerglock située dans le beffroi de la cathédrale qui sonne tous les soirs à 22h06[8].

Lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises et en vertu du décret de l'état d'urgence, quelques villes ont mis en place un couvre-feu, notamment Le Raincy en Seine-Saint-Denis, et également Marmande[9].

Lors du mouvement des Gilets jaunes débuté en novembre 2018 à La Réunion, l'activité économique est paralysée, les routes bloquées, les établissements scolaires[10],[11] et structures de l'État fermées. Des renforts policiers sont envoyés depuis la métropole. Un couvre-feu est instauré du 20 au 24, de 21 h à 6 h, dans 14 villes de l'île[12].

Durant la pandémie de Covid-19, de nombreuses villes imposent un couvre-feu par arrêté municipal dans le but de rendre plus efficace le confinement national[13].

Le , Emmanuel Macron annonce la mise en place d'un couvre-feu pour les agglomérations de Paris, l'Ile-de-France, Rouen, Lyon, Grenoble, Marseille, Toulouse, Montpellier, Lille et Saint-Étienne de 21 h à h pour quatre semaines au moins à partir du vendredi 16 octobre à minuit[14]. A partir du samedi 24 octobre, 54 départements appliquent le couvre-feu ainsi que la Polynésie française. Cela représente plus de 46 millions de français[15].

Aux États-UnisModifier

Les États et les municipalités des États-Unis ont parfois décrété des couvre-feux pour la population dans son ensemble, souvent en raison de conditions météorologiques extrêmement défavorables ou de troubles politiques.

En 2015, la ville de Baltimore à la suite de manifestations décrète un couvre-feu pour cinq jours et interdit à tous les citoyens de sortir à l'extérieur de 22 heures à 5 heures du matin, à l'exception de ceux qui se rendaient au travail ou en revenaient et de ceux qui avaient des urgences médicales[16].

En 2020, des couvre-feux à l'échelle de la ville sont promulgués dans les grandes villes du pays en raison de manifestations concernant le meurtre de George Floyd[17].

AviationModifier

Par analogie, le terme de « couvre-feu » est souvent utilisé pour désigner les restrictions concernant les atterrissages et décollages de nuit sur certains aéroports, aux fins de lutte contre le bruit.

Dans la culture populaireModifier

Au cinémaModifier

Le film La Traversée de Paris, réalisé par Claude Autant-Lara, avec Bourvil et Jean Gabin comme acteurs principaux et sorti en , évoque en très grande partie la période de couvre-feu imposée par les autorités allemandes durant la Seconde guerre mondiale[18].

Le film américain réalisé par Edward Zwick The Siege qui fut exploité en France sous le titre Couvre-feu, sorti en 1998, évoque en fait la ville et la population de New York, placés sous loi martiale et l'état d'urgence.

Dans le film V pour Vendetta un couvre-feu est mis en place.

Notes et référencesModifier

  1. (en) Lionel Cresswell, « The “curfew”: its origin and history », Gentleman magazine, no 278,‎ , p. 599-617.
  2. (en) P.H. Ditchfield, Old English Customs Extant at the Present Time, George Redway, , p. 130
  3. Site lci.fr, article "Mais au fait, d'où vient le terme couvre-feu ?", consulté le 14 octobre 2020
  4. Site lejdd.fr, article "Qu'est-ce qu'un couvre-feu?", consulté le 14 octobre 2020.
  5. Site actu.fr, article "Occupation nazie, guerre d'Algérie : le Covid-19, troisième couvre-feu de l'histoire de Paris", consulté le 15 octobre 2020.
  6. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions].
  7. (en) Jurisprudence du Conseil d'État du 9 juillet 2001.
  8. Site jds.fr, article "5 trucs insolites sur la Cathédrale de Strasbourg", consulté le 14 octobre 2020
  9. « Marmande : un couvre-feu pour les mineurs de la Gravette », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le 28 juin 2019).
  10. Les services de l’État à La Réunion, « Fermeture des crèches et établissements scolaires - Mercredi 21 novembre 2018 », sur reunion.gouv.fr, (consulté le 20 novembre 2018).
  11. « Maintien de la fermeture des établissements scolaires le mercredi 21 novembre 2018 », académie de La Réunion,‎ (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2018).
  12. Les services de l’État à La Réunion, « Restriction de la circulation des personnes et des véhicules du 20 au 24 novembre 2018 », sur reunion.gouv.fr, (consulté le 20 novembre 2018).
  13. « Coronavirus : voici 112 villes qui appliquent désormais un couvre-feu », Le Journal du dimanche,‎ (lire en ligne).
  14. Site franceinter.fr, article d'Adèle Bossard "Heure, durée, attestations, amendes : le couvre-feu, comment ça marche ?", consulté le 15 octobre 2020.
  15. « Covid-19 : Jean Castex annonce un couvre-feu dans 38 départements supplémentaires et en Polynésie », Le Monde, 22 octobre 2020.
  16. « Levée du couvre-feu et retrait de la Garde nationale à Baltimore », sur Le Monde, (consulté le 22 octobre 2020)
  17. « Mort de George Floyd : affrontements et couvre-feux dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis », sur Franceinfo, (consulté le 22 octobre 2020)
  18. Site lefigaro.fr, article "«Le couvre-feu possède une dimension fortement traumatique dans la mémoire collective", consulté le 15 octobre 2020.

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier