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Guerre du Golfe

Guerre opposant l'Irak à une coalition, de 1990 à 1991
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guerre du Golfe (homonymie).
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : La Guerre du golf.
Guerre du Golfe
Description de cette image, également commentée ci-après

Dans le sens des aiguilles d'une montre depuis le haut : des F-15E, F-16 et F-15C de l'USAF volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu ; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l'opération Granby ; vue par caméra d'un Lockheed AC-130 ; « autoroute de la mort » ; blindé de combat M728

Informations générales
Date (6 mois et 26 jours)
Lieu Irak, Koweït, Arabie saoudite, Israël et golfe persique
Casus belli Invasion du Koweït par l'Irak
Issue

Victoire de la Coalition

  • Retrait des forces irakiennes du Koweït
  • Restauration de la monarchie koweïtienne
  • Destruction d'infrastructures irakiennes et koweïtiennes
  • Échec des soulèvements chiites et kurdes contre le gouvernement irakien
  • Autonomie du Kurdistan irakien, établissement par les États-Unis d'une zone d'exclusion aérienne dans le nord de l'Irak
  • Saddam Hussein reste au pouvoir
  • Maintien des sanctions à l'encontre de l'Irak jusqu'en 2003
  • La résolution 687 du conseil de sécurité de l'ONU met en place les termes du cessez-le-feu, conduisant à des controverses sur le désarmement de l'Irak.
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau du Koweït Koweït
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de la France France
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite


Soutiens :
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau du Japon Japon
Drapeau de l'Irak Irak
Commandants
Drapeau des États-Unis George H. W. Bush
Drapeau des États-Unis Dick Cheney
Drapeau des États-Unis Colin Powell
Drapeau des États-Unis Norman Schwarzkopf
Drapeau des États-Unis John J. Yeosock
Drapeau des États-Unis Walter E. Boomer
Drapeau des États-Unis Charles Horner
Drapeau des États-Unis Stanley Arthur
Drapeau des États-Unis J. William Kime

Drapeau du Koweït Sheikh Jaber Al Ahmad
Drapeau du Koweït Sheikh Saad Al Abdullah

Drapeau de l'Arabie saoudite King Fahd
Drapeau de l'Arabie saoudite Saleh Al-Muhaya
Drapeau de l'Arabie saoudite Khalid bin Sultan
Drapeau du Royaume-Uni Margaret Thatcher
Drapeau du Royaume-Uni John Major
Drapeau du Royaume-Uni Peter de la Billière
Drapeau du Canada Brian Mulroney
Drapeau du Bangladesh Hussain Muhammad Ershad
Drapeau de la France François Mitterrand
Drapeau de la France Michel Roquejeoffre
Drapeau de l'Irak Saddam Hussein
Drapeau de l'Irak Ali Hassan al-Majid
Drapeau de l'Irak Izzat Ibrahim al-Douri
Drapeau de l'Irak Salah Aboud Mahmoud
Drapeau de l'Irak Hussein Kamel al-Majid
Drapeau de l'Irak Abid Hamid Mahmud
Forces en présence
956 600, dont 700 000 américains 650 000 soldats
Pertes
Coalition : 292 morts dont 147 tués par l'ennemi, 467 blessés en action, 776 blessés, 31 chars d'assaut détruits, 32 chars Bradley IFV détruits ou endommagés, un char M113 APC détruit, deux chars MCV-80 Warrior détruits, une pièce d'artillerie détruite, 75 avions détruits
Koweït : 4 200 tués, 12 000 capturés, environ 200 chars capturés ou détruits, plus de 850 autres véhicules blindés détruits ou capturés, 57 avions perdus et au moins 8 capturés (Mirage F1), 17 navires coulés et 6 capturés
Irak : de 20 000 à 35 000 morts, plus de 75 000 blessés, 3 700 chars détruits, 2 400 VTT détruits, 2 600 pièces d'artillerie détruites, 110 avions détruits, 137 avions partis en Iran, 19 navires coulés et 19 endommagés
Civils koweïtiens : plus de 1 000 morts, 600 personnes disparues
Civils irakiens : 3 664 morts
Autres civils : 300 morts et d'autres blessés

Batailles

Invasion irakienne du Koweït :

Bataille des ponts · Prise du palais Dasman · Bataille de l'île de Failaka · Vol 149 British Airways

Intervention des forces de la Coalition :

Opération Artimon · Busiris · Salamandre · Daguet · Bataille d'Ad-Dawrah · Bataille de Khafji · Bataille au large de Bubiyan · Bataille de Hafar Al-Batin · Opération Bouclier du désert · Tempête du désert · Highway of Death · Bataille de 73 Easting · Medina Ridge · Aérodrome de Jalibah · Bataille de Norfolk

Incidents après le cessez-le-feu :
Bataille de Rumaila · Aérodrome de Safwan

La guerre du Golfe, est un conflit qui oppose, du 2 août 1990 au 28 février 1991, l'Irak à une coalition de 35 États, dirigée par les États-Unis à la suite de l'invasion et l'annexion du Koweït par l'Irak. La guerre est divisée en deux phases : l'opération Bouclier du Désert (en anglais Desert Shield), du 2 août 1990 au 17 janvier 1991, au cours de laquelle les troupes se renforcent et défendent l'Arabie saoudite, et l'opération Tempête du Désert (en anglais Desert Storm), du 17 janvier au 28 février, phase de combat, qui commence avec un bombardement aérien et naval, suivi d'un assaut terrestre et qui se termine avec une victoire des forces de la coalition qui parviennent à repousser l'armée irakienne hors du Koweït et à avancer en Irak. La coalition cesse sa progression et déclare un cessez-le-feu 100 heures après le début de la campagne terrestre. Au cours de la guerre, les combats sont limités à l'Irak, le Koweït et des zones le long de la frontière avec l'Arabie saoudite ; l'Irak lance des missiles Scud contre des cibles militaires de la coalition en Arabie saoudite et contre Israël.

La guerre du golfe est aussi connue sous d'autres noms, comme la guerre du golfe persique, la première guerre du golfe, la guerre du Koweït, la première guerre d'Irak, ou tout simplement « guerre d'Irak » jusqu'à ce que le terme fasse à la place référence à la guerre de 2003, également connue aux États-Unis comme « opéraion liberté de l'Irak ». L'occupation du Koweït par l'armée irakienne, qui commence la 2 août 1990, est condamnée par la communauté internationale et conduit à des sanctions économiques immédiates contre l'Irak par les membres du conseil de sécurité de l'ONU. Le président américain George Bush déploie les forces des États-Unis en Arabie saoudite et exhorte d'autres pays à envoyer leurs propres armées sur le terrain. De nombreuses nations rejoignent la coalition, ce qui en fait la plus grande alliance militaire depuis la Seconde Guerre mondiale. La grande majorité des forces militaires de la coalition viennent alors des États-Unis, avec l'Arabie saoudite, le Royaume-Uni et l'Égypte comme principaux contributeurs, dans l'ordre. Le Koweït et l'Arabie saoudite paient environ 32 milliards de dollars sur les 60 milliards que coûte le conflit.

Ce conflit est aussi marquée par la mise en place d'émissions d'information en direct du front de bataille, principalement par le réseau américain CNN. La guerre gagne également le surnom de « Guerre de jeu vidéo » après la diffusion quotidienne d'images provenant de caméras installées à bord des bombardiers américains au cours de l'opération Tempête du désert.

Sommaire

Contexte historiqueModifier

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Donald Rumsfeld, en tant qu'envoyé spécial américain au Moyen-Orient, rencontre Saddam Hussein les 19 et 20 décembre 1983.

Tout au long de la guerre froide, l'Irak est allié à l'Union soviétique, et il y avait des désaccords entre le pays et les États-Unis. Les États-Unis sont préoccupés par la position de l'Irak vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Les États-Unis désapprouvent également le soutien qu'apporte l'Irak à de nombreux activistes arabes comme Abou Nidal, ce qui conduit les États-Unis à placer l'Irak sur la liste des États soutenant le terrorisme, le 29 décembre 1979. Les États-Unis restent officiellement neutres après l'invasion de l'Iran par l'Irak en 1980, qui devient la guerre Iran-Irak, bien qu'ils fournissent des ressources, un soutien politique et quelques avions « non militaires » à l'Irak.

En mars 1982, l'Iran lance une fructueuse contre-offensive (opération Victoire Indéniable) et les États-Unis intensifient le soutien qu'ils apportent à l'Irak afin d'empêcher l'Iran de contraindre l'Irak à la capitulation. Dans une tentative américaine d'établir des relations diplomatiques complètes avec l'Irak, le pays est retiré de la liste des États soutenant le terrorisme. Apparemment, cela était dû à l'amélioration du système d'écoutes du régime, bien que l'ancien assistant du secrétaire adjoint américain à la défense déclare par la suite : « Personne n'avait de doutes sur le fait que [les Irakiens] continuaient à être impliqués dans le terrorisme... La vraie raison était de les aider à gagner la guerre contre l'Iran. ». Avec des succès militaires de l'Irak et le refus de l'offre de paix par l'Iran au mois de juillet, les ventes d'armes atteignent un pic en 1982. Lorsque le président irakien Saddam Hussein expulse Abou Nidal vers la Syrie après que les États-Unis en ont fait la demande en novembre 1983, l'administration Reagan envoie Donald Rumsfeld rencontrer Saddam Hussein en tant qu'envoyé spécial et crée des liens. En août 1988, au moment où le cessez-le-feu avec l'Iran est signé, l'Irak se retrouve criblé de dettes et les tensions montent au sein de la société. La majeur partie de cette dette est détenue par l'Arabie saoudite et le Koweït. L'Irak fait pression sur ces deux nations pour effacer les dettes, mais elles refusent.

Le différend entre l'Irak et le Koweït implique également le fait que l'Irak revendique le Koweït comme territoire irakien. Le Koweït a fait partie de la province ottomane de Basra. Dès lors, ce dernier est revendiqué par l'Irak comme étant un territoire irakien légitime. La dynastie souveraine du Koweït, la famille al-Sabah, a conclu un accord de protectorat en 1899, qui assigne la responsabilité de ses affaires étrangères au Royaume-Uni. Le Royaume-Uni fixe la frontière entre les deux pays en 1922, rendant l'Irak pratiquement sans accès à la mer. Le Koweït rejette par la suite les tentatives irakiennes d'obtenir des dispositions complémentaires dans la région.

L'Irak accuse aussi le Koweït de dépasser les quotas de production de pétrole fixés par l'OPEP. Afin que l'organisation maintienne son prix à 18 dollars le baril, une certaine discipline est nécessaire. Les Émirats Arabes Unis et le Koweït sont régulièrement en surproduction. Pour ce dernier, il s'agit en partie de réparer les pertes causées par les attaques iraniennes lors de la guerre Iran-Irak et de payer pour les pertes d'un scandale économique. Il en résulte une chute des prix, jusqu'à 10 dollars le baril, correspondant à une perte de sept milliards de dollars par an pour l'Irak. Ce manque à gagner est équivalent à son déficit de la balance de paiements en 1989. Les revenus qui en résultent ne suffisent plus à subvenir aux besoins du gouvernement, et encore moins à réparer les infrastructures endommagées. La Jordanie et l'Irak souhaitent alors plus de discipline et obtiennent un petite victoire. Le gouvernement irakien décrit cela comme de la guerre économique, et considère que le Koweït a aggravé la situation avec des forages directionnels réalisés à travers la frontière, dans le gisement de Rumaila. À la même époque, Saddam Hussein cherche à tisser des liens étroits avec les États arabes qui ont soutenu l'Irak lors de la guerre. Il obtient le soutien des États-Unis, et pense que l'existence de liens avec des États du golfe pro-occidentaux pourrait aider à amener et maintenir l'Irak dans la sphère d'influence des États-Unis.

L'énorme diminution des exportations de pétrole de ces deux pays de l'OPEP - Iran et Irak - représente autant de bénéfices pour l'Arabie saoudite et le Koweït, auprès desquels l'Irak est respectivement endetté à hauteur de 45 milliards de dollars américains et de 15 milliards de dollars. Saddam Hussein exige des deux pays arabes non seulement l'annulation de ces dettes, mais aussi un don d'une valeur égale, et menace de représailles armées en cas de désaccord. La reconversion de l'économie de guerre en économie de marché s’opère lentement en Irak. Le Koweït dont Bagdad se voulait déjà souverain en 1958 et qui avait réchappé aux menaces du Général Kassem qui revendiquait « le territoire koweïtien comme partie intégrante de l'Irak » juste après la pleine indépendance déclarée le 19 juin 1961 grâce aux appuis britannique et arabe[1],[2], suscite l'ire de Saddam Hussein. Une diminution du cours du baril de pétrole brut d'un seul dollar fait perdre 1 milliard de dollars par an[3] à l'Irak. Or le Koweït, qui restreint l'accès irakien au Golfe Persique et à fortiori à la mer, produit de plus en plus de pétrole et ne respecte même pas ses quotas. L'ultime casus belli arrive lorsque le Koweït est accusé de forer du côté irakien de la frontière entre les deux pays.

Le 25 juillet 1990, Saddam Hussein rencontre l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie. Celle-ci, bien au fait de ce qui se prépare (« nous constatons que vous avez amassé des troupes nombreuses à la frontière »), lui laisse entendre que « les États-Unis n'ont pas d'opinion sur les conflits opposant deux pays arabes »[4]. Le 30 juillet, une réunion de médiation est organisée à Djeddah ; elle échoue[5].

DéroulementModifier

 
Entraînement des forces britanniques, 6 janvier 1991.
 
4 F-111 lors de la campagne aérienne de 1991.
 
Avions de la coalition durant l'Opération Bouclier du Désert. De bas en haut:Un Alpha Jet et un Mirage F-1 du Qatar, un autre Mirage F-1 mais français, un F-16 américain et un CF-188 Hornet canadien.
 
Forces égyptiennes, syriennes, omanaises, koweïtiennes et françaises lors d'une revue le 8 mars 1991 après la victoire.
 
Image de la défaite des forces irakiennes le long de l'« autoroute de la mort ».

On peut distinguer quatre phases :

Effectifs des belligérantsModifier

Effectifs et équipements de l'armée irakienne au Koweït et dans la région :

Effectifs de la coalition : 938 545 hommes

  •   États-Unis : 535 000 hommes, 80 navires, 6 porte-avions, 2 navires-hôpitaux, des sous-marins, 1 350 avions, 1 500 hélicoptères, 1 000 chars d'assaut, 2 000 blindés, 1 800 pièces d'artillerie
  •   Arabie saoudite : 118 000 hommes, 21 navires, 145 avions, 550 chars d'assaut, 1840 blindés, 500 pièces d'artillerie
  •   Turquie : 95 000 hommes, 92 avions dont 42 envoyés en renfort par l'OTAN (surveillance de la frontière, n'a pas participé au combat)
  •   Royaume-Uni : 36 000 hommes (terre : 29000, air : 4000, mer : 3000), aidés de 78 avions, 80 hélicoptères, 23 navires, 180 chars d'assaut, 300 blindés légers et 76 pièces d'artillerie (SAS dans la guerre du Golfe)
  •   Égypte : 35 600 hommes (Corps expéditionnaire égyptien durant la deuxième guerre du Golfe), 300 chars d'assaut, 100 blindés légers, plusieurs pièces d'artillerie
  •   Émirats arabes unis : 40 000 hommes, confortés de 15 navires, 80 avions et 200 blindés
  •   Oman : 25 500 hommes, auxquels s'ajoutent 4 navires, 63 avions et 50 chars)
  •   Syrie : 20 800 hommes, 300 blindés
  •   France : 19 000 hommes (terre : 12 000, air : 1 160, mer : 2 400, réserves à Djibouti : 3400), 15 navires, 60 avions, 120 hélicoptères, 40 chars d'assaut, 100 chars légers, 600 blindés, 18 pièces d'artillerie (Opération Daguet)
  •   Koweït : 22 000 hommes, 30 avions (15 Mirage F1 CK1 et CK2 + 15 A4 SKYHAWK )et 34 hélicoptères
  •   Maroc : 17 000 hommes, quelques chars
  •   Pakistan : 10 000 hommes
  •   Allemagne : 5 navires, 18 avions, équipements radars déployés en Turquie dans le cadre de l'OTAN, divers équipements militaires envoyés en Israël pour sa protection (des blindés de détection de gaz toxiques, 10 hélicoptères, 2 sous-marins, des missiles, etc.) (n'a pas participé directement au conflit contre l'Irak)
  •   Bahreïn : 7 400 hommes
  •   Bangladesh : 6 000 hommes
  •   Canada : 2 700 hommes (Opération Friction : 3 navires, 37 avions, un Hôpital de campagne[7])
  •   Italie : 1 950 hommes, 5 navires, 22 avions
  •   Nigeria : 500 hommes
  •   Niger : 800 hommes
  •   Argentine : 900 hommes, 2 navires
  •   Australie : 600 hommes, 3 navires, 2 unités médicales
  •   Nouvelle-Zélande : 2 avions de transport, 1 unité médicale de 40 personnes
  •   Espagne : 500 hommes, 7 navires
  •   Sénégal : 495 hommes (dont 92 tués dans un crash d'un C-130 de l'armée saoudienne)
  •   Belgique : 400 hommes, 5 navires, 12 avions et des munitions pour les alliés (N'a pas participé aux opérations contre l'Irak, 12 F-16 en défense en Turquie.)
  •   Corée du Sud : 1 avion de transport, 1 unité médicale,
  •   Pays-Bas : 400 hommes, 3 navires, des équipements radars
  •   Grèce : 200 hommes, 1 navire
  •   Sierra Leone : 200 hommes
  •   Honduras : 150 hommes
  •   Hongrie : 1 unité médicale de 37 personnes
  •   Danemark : 1 navire, 1 unité médicale, des missiles déployés en Turquie dans le cadre de l'OTAN
  •   Norvège : 1 navire
  •   Portugal : 1 navire
  •   Pologne : 1 hôpital de campagne de 130 personnes, 2 navires-hôpitaux
  •   Roumanie : 1 hôpital de campagne de 360 hommes, 1 unité de décontamination chimique de 160 hommes
  •   Suède : 1 hôpital de campagne avec 525 personnes
  •   Tchécoslovaquie : 1 unité de lutte antichimique forte de 300 hommes, protégée par 37 soldats
  •   Singapour : 35 médecins militaires

Une des particularités de la guerre est le nombre important de pays (34) y ayant participé, qui plus est, tous à l'encontre du camp irakien. Les besoins en pétrole satisfaisant un nombre croissant de pays, le paroxysme de l'anti-impérialisme, des mouvements pour la paix et la démocratie expliquent une telle intervention. Cela faisait plus de 23 ans et la guerre des Six Jours qu'aucune annexion ne s'était produite. La guerre civile libanaise touche à sa fin et l'URSS s'est retirée d'Afghanistan. De plus l'Union soviétique, et par ricochet, les États-Unis, membres du conseil permanent de l'ONU, cessent d'user de leur veto. L'Union soviétique est en effet dans la période de perestroïka et de glasnost, ce qui éloigne chez les Américains la peur qu'un régime communiste profite de la guerre pour se mettre en place. De même, ils redoutent peu l'arrivée d'un régime islamiste hostile aux Occidentaux, de par la faible influence de l'Iran et les bonnes relations en façade entre la république islamique du Pakistan et les États-Unis. La volonté pour les anciens États-satellites de l'URSS de démontrer leur aptitude à intervenir sans Moscou est également un facteur d'intervention.

ConséquencesModifier

PertesModifier

Pertes militaires irakiennesModifier

  • 100 000 morts selon la Coalition, 20 000 morts et 60 000 blessés selon l'Irak, entre 3 000 et 5 000 morts et entre 8 000 et 15 000 blessés selon plusieurs experts[8]. 175 000 prisonniers de guerre annoncés à la fin du conflit, chiffre réévalué à 86 000 dont 2 500 blessés.
  • 139 avions (plus 114 réfugiés en Iran), 8 hélicoptères, 74 bateaux, 2 089 chars, 856 véhicules de transport, 2 140 pièces d'artillerie. Un total de 40 victoires aériennes alliés a eu lieu, 27 par des missiles AIM-7M, 10 par des missiles AIM-9M/P, 2 hélicoptères détruits au canon par des A-10, un autre détruit en vol par une bombe à guidage laser tirée depuis un F-15E Strike Eagle[9].

Pertes militaires de la coalition occidentaleModifier

Au total, dans toute l'opération Tempête du désert, les pertes de la coalition sont de 240 morts et 776 blessés, qu'il convient d'additionner avec les 138 soldats tués et 2 978 blessés hors combat, dans divers accidents, depuis Bouclier du désert ; 41 militaires alliés étaient par ailleurs prisonniers des Irakiens. 81 aéronefs (dont 48 américains, 7 britanniques et 3 saoudiens) sont détruits[10].

  • États-Unis : 148 morts, 458 blessés, 60 avions (34 abattus, 26 accidentés), 15 hélicoptères, 18 chars M1 Abrams, 20 VCI M2/M3 Bradley (dont 17 détruits par des tirs fratricides), une pièce d'artillerie, deux navires (USS Tripoli et USS Princeton) sont mis hors de combat par des mines.
  • Royaume-Uni : 6 morts, 6 blessés, 7 avions.
  • Arabie saoudite : 18 morts, 20 blessés, 2 avions.
  • Contingents arabes : 13 morts, 43 blessés.
  • France : 3 morts, 27 blessés, 2 avions, 2 hélicoptères Gazelle (pertes des aéronefs accidentelles).
  • Italie : 1 avion.
  • Sénégal : 92 morts dans un crash d'un Lockheed C-130 Hercules de l'armée saoudienne le 21 mars 1991[11], 8 blessés.

Pertes civiles en Irak et conséquences à long termeModifier

Il n'existe aucun chiffre officiel sur les pertes civiles irakiennes, mais il faut différencier les morts directement dues aux bombardements (« dégâts collatéraux ») des morts causées par la destruction d'infrastructures civiles (installations électriques, services de distribution d'eau potable, etc.). En tout, on estime en général le bilan de 50 000 à 130 000 morts chez les civils, dont plus de 30 000 dans l'insurrection en Irak de 1991 après le cessez-le-feu. Une source non confirmée, la Bibliothèque des Émeutes, annonce un bilan de 750 000 morts dans cette guerre civile.

Selon le colonel Kenneth Rizel (2001[12]), l'application de la théorie des cinq cercles du colonel John A. Warden III durant la guerre, en ciblant les infrastructures matérielles et en préconisant l'usage de bombardements stratégiques couplés à des bombes guidées, aurait fait preuve d'un succès indéniable, bien que moralement problématique. Ainsi, selon lui, cette campagne aérienne a permis d'éviter nombre de « dégâts collatéraux », ne faisant que 3 000 morts chez les civils de façon directe malgré le largage de 88 000 tonnes de bombes en 43 jours[12] (ce qui est davantage que ce qui fut largué en 1943 par les Alliés). En revanche, la destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques, qui a permis d'anéantir les capacités de command and control de l'armée irakienne, a provoqué l'explosion d'épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d'eau potable et d'eau usagée. 100 000 civils ont pu ainsi être touchés indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile aurait doublé[12]. L'organisation mondiale de la santé (OMS) n'enregistre aucun cas de choléra en 1990, plus de 1 200 en 1991 et plus de 1 300 en 1994[13]. La typhoïde était passée d'environ 1 600 cas en 1990 à plus de 24 000 en 1994[13].

Le rapport d'une mission de l'ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari, envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l'Irak, décrit l'état du pays comme « quasi-apocalyptique » [14].

Un autre rapport de l'ONU, de 1999[15], souligne les effets à plus long terme de cette campagne de bombardements qui a anéanti la plupart des infrastructures nécessaires à la survie de la société (eau, électricité, hôpitaux, etc.). Selon ce rapport, le taux de mortalité à l'accouchement est passé de 50 pour 100 000 en 1989 à 117 en 1997, tandis que le taux de mortalité infantile (compris pour inclure les enfants de moins de 5 ans), est passé pendant la même période de 30 pour 1 000 à plus de 97 pour 1 000[15]; entre 1990 et 1994, il avait été multiplié par 6[13]. Avant la guerre, en 1990, l'Irak produisait environ 8 900 millions de watts; en 1999, ce chiffre avait été réduit à 3 500[13]. Cette réduction drastique est due à la fois aux bombardements aériens et aux sanctions économiques appliquées ensuite par l'ONU (résolution du Conseil de sécurité des Nations unies no 661 ; la résolution 687 d'avril 1991 permettait l'envoi de denrées alimentaires et de fournitures médicales, mais pas des matériaux nécessaires à la reconstruction du réseau électrique et d'eau potable)[13]. La difficulté essentielle tient à la distinction entre les morts indirectes causées par les bombardements et celles causées par les sanctions, qui ont empêchées la reconstruction du pays[13].

Pertes civiles dans les autres paysModifier

 
Chars d'assaut M-84 des forces armées koweïtiennes.
  • Koweït : 1 082 morts durant le conflit, 625 disparus, 400 tués par engins explosifs en 1991 (durée estimée pour un déminage total : 20 ans), milliers de blessés.
  • Jordanie : 14 morts, 26 blessés (chauffeurs de poids-lourds pris dans les bombardements alliés sur la route Amman-Bagdad).
  • Israël : 2 morts et 304 blessés par tir de Scud Irakien sur le pays qui est resté neutre.
  • Arabie saoudite : 2 morts, 76 blessés.

Autres préjudices humainsModifier

La guerre du Golfe a généré une nouvelle entité pathologique : le syndrome de la guerre du Golfe.

Par ailleurs, l'utilisation d'uranium appauvri par la Coalition porte à polémique sur la santé des militaires des deux camps et de la population locale.

Coût du conflitModifier

Les pertes économiques, les dépenses militaires et les conséquences écologiques de ce conflit relativement court mais de haute intensité sont énormes.

Coût financierModifier

Le Quid 2000 indique :

  • Irak : 500 milliards de dollars de destructions pour faits de guerre depuis 1980 en incluant la guerre Iran-Irak (300 milliards de destructions militaires et 200 de destructions civiles), plus 200 de réparations dues à l'Iran et au Koweït. La dette concernant les fournisseurs étrangers dépassant les 50 milliards a été effacée en grande partie après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003.
  • Koweït : 20 milliards de dollars de destructions.
  • États-Unis : 61,1 milliards de dollars de dépenses militaires, dont 43,1 furent remboursés par des pays alliés (Arabie saoudite : 16,8 ; Koweït : 11,1 ; Japon : 9,4 ; Allemagne : 6,6 ; Émirats : 4 ; Corée du Sud : 0,17 ; autres états : 0,02).
  • Arabie saoudite : 60 milliards de dépenses militaires et d'aides économiques.
  • France : 1,2 milliard de $ de dépenses militaires, plus pertes des exportations en Irak estimé à 3 milliards.
  • Royaume-Uni : 1,23 milliard de $ de dépenses militaires, 1,7 milliard de pertes économiques.
  • Turquie : 7 milliards de $ pertes économiques, 2,4 milliards d'aide de la part de l'Arabie saoudite, du Koweït, de l'Allemagne et de la CEE.
  • Jordanie : 3 à 4 milliards de pertes économiques.
  • L'ensemble des nations arabes a estimé au total les pertes financières à 800 milliards de $.

1,88 milliard de gallons d'essence ont été consommés sous la juridiction du U.S. Central Command durant les opérations Desert Shield et Desert Storm entre le 10 août 1990 et le 31 mai 1991. Soit 44,8 millions de barils en 295 jours [16].

Bilan écologiqueModifier

 
Avions de la coalition survolant des puits de pétrole incendiés par les troupes irakiennes lors de leur retraite après l'Opération Tempête du désert. Red Adair participa à leur extinction après le conflit.

En plus des destructions dues à tout conflit militaire et de l'impact sanitaire de l'uranium appauvri, il y eut un désastre écologique régional dû à l'incendie de 732 puits de pétroles koweïtiens par les forces irakiennes qui voulaient ainsi obscurcir le ciel dans l'idée de gêner l'activité aérienne de la Coalition et de nuire à l'économie mondiale, environ 20 millions de tonnes de pétrole furent déversées dans le sol.

Sur le quart sud du Koweït, une fumée noire s'éleva à 600 mètres du sol. La visibilité fut réduite de 25 à 4 km dans la région et il y eut une chute de la température jusqu'à −10 °C. Les conditions météorologiques furent modifiées jusqu'à 500 km à la ronde. Des traces de fumée furent retrouvées sur l'Himalaya. Le dernier puits fut éteint le 6 novembre 1991.

Lors de la marée noire due à l'ouverture volontaire du terminal de Mina al Ahmadi par l'Irak le , 800 000 tonnes de pétrole brut se répandirent dans le golfe Persique et polluèrent les côtes koweïtiennes, saoudiennes et iraniennes. Un bombardement mené par des F-111 de l'USAF pour limiter l'écoulement du brut et incendier le pétrole ainsi que les mesures prises telles que des barrages flottant ont limité les dégâts.

Dans la culture populaireModifier

Notes et référencesModifier

  1. « 19 juin 1961 Proclamation d'indépendance du Koweït », sur http://www.acig.org/, Perspective Monde, (consulté le 31 décembre 2010).
  2. Tom Cooper, Stefan Kuhn, Ahmad Sadik, « Kuwait « Emergency », 1961 », sur http://www.acig.org/, Air Combat Information Group, (consulté le 31 décembre 2010).
  3. Cahier documentaire sur le Golfe L'Irak produit environ 2,5 millions de barils par jour à l'époque, soit environ 1 milliard de barils par an.
  4. Noam Chomsky considère que Saddam Hussein « interpréta de travers l'approbation américaine à son projet de modification, par la force, de sa frontière avec le Koweït ; il y vit le feu vert pour s'en emparer » dans La loi du plus fort. Mise au pas des États voyous, Le Serpent à Plumes, 2002, p. 56.
  5. (en) [PDF] « Preparation Paper Security Council 28 November 1990 Decision on Kuwait », (consulté le 29 septembre 2009).
  6. Robert A. Pape, Bombing to Win: Air Power and Coercion in War, Cornell University Press, avril 1996, (ISBN 978-0801483110).
  7. (fr) Opération Friction, Jean Morin, Richard Gimblett, Dundurn Press Ltd., 1997, (ISBN 1-55002-259-8).
  8. (fr) Dix ans après la libération du Koweït, le face-à-face entre coalisés et irakiens dans le désert en 1991 rappelle les incertitudes de l'offensive terrestre, Ludovic Monnerat, 24 février 2001.
  9. « Il y dix ans, le missile affirmait sa suprématie pendant la guerre du Golfe », Science et Vie, no 215 HS,‎ , p. 118 (ISSN 0036-8369).
  10. Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du Règlement par la commission de la Défense nationale et des forces armées en conclusion des travaux d'une mission d'information (sur les conditions d'engagement des militaires français ayant pu les exposer, au cours de la guerre du Golfe et des opérations conduites ultérieurement dans les Balkans, à des risques sanitaires spécifiques, 15 mai 2001.
  11. Dédommagement des 92 « Diambars » décédés pendant l'opération « Tempête du désert»: Après avoir reçu des miettes, les familles des soldats vont donner la preuve que l'État avait encaissé 91 milliards, Abdou Aziz Seck, 9 novembre 2009, Le Populaire.
  12. a, b et c Rizer, Kenneth, "Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives, Air & Space Power Journal, mai 2001.
  13. a, b, c, d, e et f Ruth Blakeley, Department of Politics, University of Bristol, 2001 (Revised in February 2003), Bomb Now, Die Later.
  14. Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War..
  15. a et b United Nations Report. Annex II of S/1999/356. “Report of the Second Panel Established Pursuant to the Note by the President of the Security Council of 30 January 1999 (S/1999/100) concerning the current humanitarian situation in Iraq.”.
  16. J. P. Stucker, J. F. Schank, B. Dombey-Moore, Assessment of DoD Fuel Standardisation Policies, RAND Corporation, 1994.

Voir aussiModifier