Jean-Pierre Elkabbach

journaliste français

Jean-Pierre Elkabbach
Image illustrative de l’article Jean-Pierre Elkabbach
Jean-Pierre Elkabbach en 1991.

Nom de naissance Haïm Jean-Pierre El Kabbach
Naissance (83 ans)
Oran (Algérie française)
Nationalité Française
Profession Journaliste
Spécialité Politique, interview
Distinctions honorifiques Légion d'honneur
Médias
Pays France
Média Télévision, radio
Fonction principale Dirigeant puis président de chaîne et de station
Conseiller auprès de dirigeants
Radio France Inter, Europe 1
Télévision ORTF, Première Chaîne, Deuxième chaîne, Antenne 2, La Cinq, France 3, France Télévisions, TF1, Public Sénat, CNews

Jean-Pierre Elkabbach, né le à Oran, est un journaliste et éditorialiste français.

Il a occupé différents postes de direction au sein du groupe Lagardère Media, étant notamment président d'Europe 1 de 2005 à 2008. De à l'été 2019, il est intervenu quotidiennement dans la matinale de CNews, pour y réaliser une interview politique d'une quinzaine de minutes.

BiographieModifier

 
Jean-Pierre Elkabbach lors de la matinale d'Europe 1 à la gare de Lyon (Paris), le .
 
Jean-Pierre Elkabbach et Gilles Bouleau en entretien avec Vladimir Poutine à Moscou, le .

Famille, enfance et étudesModifier

Haïm Jean-Pierre El Kabbach, dit Jean-Pierre Elkabbach, est né dans une famille juive d'Oran[1],[2], Jean-Pierre Elkabbach est le mari de Nicole Avril. Il a un frère et une sœur plus jeunes que lui. Son père, Charles Elkabbach, négociant en import-export, est passionné de football et sera notamment vice-président de l'Olympique de Marseille[3], sa mère, Anne Sadok[4], est femme au foyer.

Son enfance est marquée par la mort de son père le , alors qu'il lisait une prière à la Grande synagogue d'Oran. Depuis, il est devenu "juif laïc"[5] et lui a fait la promesse de rendre son nom célèbre. Après des études au lycée Lamoricière d'Oran, où il devient Lauréat Zellidja, il décroche son baccalauréat et part pour Paris réaliser des études à l'Institut français de presse, à la faculté des lettres de l'Université de Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris[6]. Parallèlement, il suit des cours de théâtre, une passion acquise depuis son appartement à Oran, où il entendait de son balcon chanteurs et comédiens répéter dans le théâtre d'Oran[7]. Au cours de ses vacances de l'été 1960 en Algérie, il entre à Radio Alger et, devant sa motivation, le rédacteur en chef le prend en stage. Journaliste à Oran, Alger et Constantine, il est arrêté, lors du putsch des généraux en 1961, par les paras qui lui reprochent d'être un pied-noir traître à l'Algérie française[8]. Il est alors nommé à Paris, où il travaille à l'Office de radiodiffusion télévision française jusqu'en 1968, quand, pour avoir fait grève, il est mis au placard et muté à Toulouse, puis envoyé comme correspondant à Bonn[9].

Cursus professionnelModifier

En 1970, il devient présentateur du journal télévisé de la première chaîne. En 1972, il rejoint la deuxième chaîne pour y occuper la même fonction jusqu'en 1974, tout en animant le magazine Actuel 2. En 1974, il présente la tranche d'information de midi de France Inter, puis il est successivement, à partir de 1975, rédacteur en chef de France Inter, rédacteur en chef à la direction de l'information de Radio France et directeur de l'information d'Antenne 2 en 1977. En particulier, il commente le couronnement de Jean-Bedel Bokassa, empereur de Centrafrique en . En octobre 1979, il écarte Claude Sérillon de la présentation de la revue de presse de la chaîne (ce dernier y avait traité l'affaire des diamants de Bokassa[10]. De 1977 à 1981, il anime différentes émissions, dont Cartes sur table, avec Alain Duhamel. Invention de l’humoriste Thierry Le Luron, la phrase que lui aurait lancé Georges Marchais, secrétaire du Parti communiste, « Taisez-vous, Elkabbach ! » connaît un certain succès public au point de devenir le titre d'un livre écrit par le journaliste et son épouse, Nicole Avril, en 1982. Cette phrase semble être un raccourci d'une phrase — « me coupez pas la parole… » — que Georges Marchais avait pour habitude de lancer dans ses entretiens quand il était agacé par l'intervention hâtive d'un journaliste[11].

Jugé proche de l'ancienne majorité, il est évincé de l'antenne à la suite de l'élection de François Mitterrand en 1981. Il rejoint Europe 1 en 1981[9], où il est successivement animateur de Découvertes jusqu'en 1987, directeur d'antenne et présentateur du 8 h - 9 h de 1987 à 1988, puis directeur général adjoint en 1988.

En , il devient conseiller auprès du président et du directeur général de La Cinq, Yves Sabouret. Il conservera cependant à Europe 1 ses fonctions de directeur général adjoint, ainsi que ses émissions. En 1991, pour cette chaîne de télévision, il anime le magazine Pile et face et coanime avec Pierre Géraud l'émission dominicale Dimanche, 20 h 10, Elkabbach jusqu'au une semaine avant la mort de la chaîne privée. Il anime ensuite l'émission Repères sur France 3 de à . Entre et , il s'entretient à plusieurs reprises avec François Mitterrand pour le documentaire François Mitterrand : conversations avec un Président, diffusé en cinq volets après la mort du président de la République.

En , il est élu président de France 2 et France 3, qui deviennent France Télévisions. Il est contraint de partir en 1996, suite au scandale des contrats faits aux animateurs-producteurs, notamment Jean-Luc Delarue, Nagui et Arthur. Un rapport des dépenses de la Télévision Françaises révèle pour la première fois les montants de ces contrats (qui n'étaient alors jamais divulgués) et des avances versées aux-dits animateurs-producteurs. En effet, le coût des émissions produites et des avances versées était en décalage avec le coût apparent à l'écran. La polémique enfle, notamment à cause des Guignols qui décrivent Elkabbach et les animateurs comme des "voleurs de patates". Un expert est accrédité par le Tribunal de Commerce de Paris pour juger du coût réel des programmes, plus particulièrement ceux produits par Réservoir Prod, la société de production de Jean-Luc Delarue qui se lancera alors dans une bataille juridique contre la chaîne de télévision. Jean-Pierre Elkabbach devra s'expliquer devant les employés de France Télévision, à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Le personnel de la chaîne votera pour la première fois la défiance contre son président, suspicieux du lien qui le lie aux animateurs. Acculé, il devra démissionner de son poste.

Il revient alors à Europe 1 pour animer l'émission L'invité du matin à h 20 et le Club de la presse jusqu'en juillet 2000. Nommé conseiller spécial pour la stratégie des médias du groupe en 1990 par Jean-Luc Lagardère, il devient en directeur général de l'antenne d’Europe 1 et administrateur de Lagardère Active Broadcast, tout en conservant son émission matinale. En 2005, il est nommé président d'Europe 1 par Arnaud Lagardère, président de Lagardère Media. Il est contesté au sein de sa rédaction, d'abord en , pour avoir demandé conseil à Nicolas Sarkozy avant de choisir un journaliste politique suivant le ministre de l'Intérieur[12], puis, durant la campagne présidentielle de 2007, où il est accusé d'être partial en faveur du candidat de l'UMP. Après l'annonce erronée de la mort de Pascal Sevran, dans le journal de 19 heures d'Europe 1 du , qu'il considère d'abord comme « une erreur collective », il doit confirmer qu'il est l'auteur de l'information, et qu'il s'agit là d'une faute individuelle[13]. En , il doit s'expliquer devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui adresse une mise en demeure à la station[14]. Un mois plus tard, début , il est remplacé à la présidence d'Europe 1 par Alexandre Bompard, qui dirigeait jusqu'alors le pôle sport de Canal+. Tout en restant à l'antenne pour son entretien matinal, Jean-Pierre Elkabbach est nommé à la tête de Lagardère News, une structure rassemblant les médias d'information du groupe Lagardère.

Il est condamné en à une amende pour avoir tenu des propos manquant de mesure et d'objectivité, à la suite d'une plainte de Martine Aubry[15].

En 1997, il refuse de prendre sa retraite, expliquant qu'il est impliqué sur plusieurs projets.

À partir de , parallèlement à ses activités sur Europe 1 et pendant trois mandats, il préside la chaîne parlementaire Public Sénat, où il anime l'émission littéraire Bibliothèque Médicis[16]. En , Gilles Leclerc lui succède à la présidence de la chaîne mais Jean-Pierre Elkabbach poursuit toutefois son émission littéraire Bibliothèque Médicis[17]. En , il fait partie du jury de l'émission Qui veut devenir président ? sur France 4[18].

Le Point le considère comme « proche de la droite »[19].

À partir de , il est remplacé par Fabien Namias à la tête de l'interview politique quotidienne de h 20 en semaine sur Europe 1[20] et par Antonin André pour le Grand Rendez-Vous.

Il rejoint CNews le , et est nommé à 79 ans conseiller de l'actionnaire majoritaire Vincent Bolloré, qui dirige cette chaîne.

Dans la fictionModifier

Jean-Pierre Elkabbach joue son propre rôle dans la série télévisée Baron noir (2016), en interrogeant, en compagnie d'Arnaud Leparmentier et de Michaël Darmon, dans son émission Le Grand Rendez-vous diffusée par Europe 1, i-Télé et Le Monde, le président de la République fictif, Francis Laugier (incarné par Niels Arestrup).

Vie personnelleModifier

Marié le à Nicole Avril[21], il est le père de l'actrice Emmanuelle Bach[22], de son vrai nom Elkabbach, qu'il a eue avec Holda Trinkle — dite Holda Fontaine — en 1968.

CritiquesModifier

Jean-Pierre Elkabbach est accusé d'être trop proche du pouvoir, par exemple par l'émission satirique Les Guignols de l'info ou par Vincent Quivy[23]. Dans son essai intitulé Profession : Elkabbach, paru en 2009[24], l'auteur explique la longévité du journaliste par sa familiarité avec les dirigeants et ses concessions pour s'attirer leurs grâces[25].

D'après le journaliste Paul Amar, Jean-Pierre Elkabbach aurait sollicité le soutien de Nicolas Sarkozy pour une nomination comme président de France 2 et France 3 en échange d'un soutien à Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995[26],[27].

Le chanteur Alex Beaupain cite « Elkabbach » et sa « mise au placard » après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981 dans sa chanson Au départ (album Pourquoi battait mon cœur, 2011).

L'absence supposée d'indépendance de Jean-Pierre Elkabbach est régulièrement pointée par des médias tels que le mensuel Le Monde diplomatique[28],[29], l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné ou encore le site de critique des médias Acrimed[30], proche de la gauche antilibérale.

Ségolène Royal a dénoncé à plusieurs reprises les méthodes de Jean-Pierre Elkabbach ; allant jusqu'à refuser plusieurs fois, pendant la campagne présidentielle française de 2007, d'être interrogée par ce dernier[31].

En 2020, Médiapart[32], s'appuyant sur des écoutes téléphoniques réalisées en 2013 dans le cadre de l’enquête sur le supposé financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, révèle que Jean-Pierre Elkabbach précisait les questions qu'il allait poser lors d'interview au ministre Brice Hortefeux, mais aussi les réponses que pouvait donner l'ex-ministre de l'Intérieur[33],[34].

PublicationsModifier

  • Jean-Pierre Elkabbach et Nicole Avril, Taisez-vous Elkabbach !, éditions Flammarion, , 348 p. (ISBN 978-2-08-064421-3, LCCN 82153307)
  • Jean-Pierre Elkabbach, 29 mois et quelques jours, Paris, éditions Grasset, , 345 p. (ISBN 978-2-246-54341-1, LCCN 97169395)
  • Jean-Pierre Elkabbach avec Édouard Balladur, Passion et longueur de temps, Paris, éditions Fayard, (ISBN 978-2-213-02330-4)
  • « François Mitterrand : conversations avec un président » : documentaire tourné entre avril 1993 et juin 1994, diffusé sur France 2 au mois de mai 2001 en cinq épisodes.

DistinctionsModifier

En , l'ancien président français Jacques Chirac lui remet les insignes d'officier de la Légion d'honneur[35],[36]. En , le Premier ministre Manuel Valls le promeut commandeur de la Légion d'honneur[37].

En , il est fait citoyen d'honneur de sa ville natale d'Oran[38].

En , il est décoré des insignes d'officier de l’ordre tunisien du Mérite culturel[39].

Notes et référencesModifier

  1. Bertrand de Saint-Vincent, Tout Paris, Grasset, , 496 p. (ISBN 978-2-246-78513-2, lire en ligne), p. 175.
  2. (en) Alex Hughes et Keith Reader, Encyclopedia of Contemporary French Culture, Taylor & Francis, , 618 p. (ISBN 978-0-415-26354-2, lire en ligne), p. 183.
  3. Jean-Pierre H. Elkabbach, Nicole Avril, Taisez-vous, Elkabbach !, Flammarion, , p. 11.
  4. Who's Who in France, dictionnaire biographique, 1992-1993. Éditions Jacques Lafitte 1992
  5. Pascal Nivelle, « Cause toujours », sur liberation.fr, .
  6. Vincent Quivy, Profession, Elkabbach, Éditions du Moment, , p. 213.
  7. Vincent Quivy, Profession : Elkabbach, Éditions du Moment, , p. 36.
  8. Vincent Quivy, Profession : Elkabbach, Éditions du Moment, , p. 47-53.
  9. a et b (fr) « Le CV de Jean-Pierre Elkabbach », sur Challenges.fr, .
  10. (fr) « L’homme du jour : Claude Sérillon », sur L'Humanité, .
  11. « Georges le cathodique », de Yves Jeuland, de France 5 / France 2 / Lobster Films / INA, 2007 [présentation en ligne].
  12. « Europe 1 prête pour 2007 », sur L'Humanité, .
  13. « Comment Elkabbach a tué Pascal Sevran », sur Libération, .
  14. « Affaire Sevran : Europe1 écope d'un carton jaune », sur Le Figaro, .
  15. « «La preuve par l'image»: Martine Aubry relaxée. », sur Libération.fr, (consulté le 28 avril 2019)
  16. Julien Lalande, « Gilles Leclerc nouveau PDG de Public Sénat », sur Ozap.com, .
  17. « La chaîne Public Sénat proposera à la rentrée une grille « plus dynamique » avec moins d'émissions », sur telesatellite.com, .
  18. Kevin Boucher, « « Qui veut devenir président ? » sur France 4, à la recherche des futurs talents de la politique », sur PureMédias, .
  19. « Europe 1 : Jean-Pierre Elkabbach sauvé par François Hollande », Le Point, 14 mai 2012
  20. Julien Bellver, « Europe 1 : Jean-Pierre Elkabbach remplacé par Fabien Namias » sur PureMédias, 12 décembre 2016
  21. François Ouisse, « 5 infos sur… Jean-Pierre Elkabbach » sur Télé 2 semaines, 17 novembre 2016
  22. Bruno Courtois, « La fille d'Elkabbach est inspecteur dans "PJ" » sur Le Parisien, 12 mai 2000
  23. (fr) F. Dumas, « Toulon - Un Toulonnais s'attaque à Elkabbach », sur Var-Matin, .
  24. Vincent Quivy, Profession : Elkabbach, Paris, éditions du Moment, , 219 p. (ISBN 978-2-35417-039-4, LCCN 2009402837).
  25. « Profession Elkabbach : une biographie à charge contre le journaliste politique », sur politique.net, .
  26. Confidence de Nicolas Sarkozy à Paul Amar, Blessures, 2014.
  27. « Paul Amar : « Elkabbach a proposé à Sarkozy de faire élire Balladur contre la direction de France Télévisions » », sur France Info, .
  28. Marie Bénilde, « La faute professionnelle de M. Elkabbach », Information 2.0, Les blogs du Diplo, 30 avril 2008.
  29. « L’indépendance, une anomalie ? », Le Monde diplomatique, décembre 2013.
  30. Jean-Pierre Elkabbach sur Acrimed, Acrimed.
  31. « Ségolène Royal / Jean Pierre Elkabbach : la réconciliation » (consulté le 19 septembre 2014).
  32. Elkabbach-Hortefeux: écoutez la connivence, par Fabrice Arfi et Karl Laske, Médiapart, 26 février 2020 https://www.mediapart.fr/journal/france/250220/elkabbach-hortefeux-ecoutez-la-connivence?onglet=full
  33. Elkabbach et Hortefeux : quand le journaliste soufflait questions et réponses à l’ex-ministre, ouest-france.fr, 25 février 2020
  34. Quand Elkabbach soufflait à Hortefeux ce qu'il devait dire pendant une interview, valeursactuelles.com, 25 février 2020
  35. (fr) « Décoré par Chirac, Elkabbach fait un tabac », sur Le Parisien, .
  36. (fr) « Jean-Pierre Elkabbach décoré par Jacques Chirac », sur Leblogtvnews.com, .
  37. Décret du 11 juillet 2014.
  38. (fr) Renaud Revel, « Les mots de Jean-Pierre Elkabbach », sur L'Express,
  39. [1].

Liens externesModifier