Affaire des diamants

affaire impliquant Valéry Giscard d'Estaing Jean-Bedel Bokassa

L’affaire des diamants, ou affaire des diamants de Bokassa, est une affaire politique impliquant le président français Valéry Giscard d'Estaing et l'ancien président puis empereur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa.

L’affaire débute en octobre 1979 suite aux révélations du Canard Enchaîné concernant la remise confidentielle de diamants de grande valeur, à Giscard d'Estaing, qui est alors ministre français de l'Économie et des Finances, puis président de la République ainsi qu’à des membres de sa famille et de son entourage, par le président de la République centrafricaine, Bokassa.

La publication de ce document intervient alors que Bokassa vient d’être renversé du pouvoir, lors d'une intervention militaire de la France (opération Barracuda et opération Caban), sur l'ordre de Giscard d'Estaing.

L’affaire se poursuit avec la publication successive d'autres documents, mentionnant la remise confidentielle de diamants à Valéry Giscard d'Estaing à au moins quatre reprises, ainsi qu'à des membres de sa famille et de son entourage.

Valéry Giscard d'Estaing ignore d’abord les accusations, puis conteste la valeur estimée des diamants. Le scandale le rattrape lors de la campagne à l’élection présidentielle de 1981, où à deux mois du scrutin, il affirme avoir vendu les diamants au profit d’œuvres caritatives. Ce scandale contribue à l’échec de Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle face à François Mitterrand.

ContexteModifier

Relations entre Giscard d'Estaing et BokassaModifier

D’après Valéry Giscard d'Estaing, Jean-Bedel Bokassa et lui se connaissent depuis 1970, et se sont rencontré lors des obsèques du général de Gaulle[1].

Jusqu'à son élection à la présidence de la République française, Giscard d'Estaing s'était rendu trois fois en Centrafrique, en décembre 1970, mars 1971 et avril 1973. Il s'agissait à chaque fois de voyages privés organisés dans une concession de chasse du nord du pays à l'invitation d'Henry de La Tour d'Auvergne, un cousin de son épouse et un grand amateur de chasse africaine. À chaque voyage, Giscard d'Estaing (qui était ministre des finances du gouvernement français) avait rencontré le président Bokassa à Bangui avant de reprendre l'avion pour Paris[1].

Peu après son élection à la présidence de la République française en 1974, Valéry Giscard d'Estaing rencontra de nouveau Bokassa et des membres de son gouvernement dans le château de ce dernier en Sologne. Après les entretiens entre les deux chefs d'État et le déjeuner, le président centrafricain remit au président français plusieurs cadeaux en guise d'amitié notamment un panneau décoratif en ivoire et des plaquettes de diamants. Les deux hommes se rencontrèrent encore à Bangui en mars 1975, lors d'un voyage officiel, où des cadeaux furent échangés, le président centrafricain offrant encore trois carrés de compositions en brillants aux côtés de défenses d'éléphants.

Dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing déclare s'être encore rendu en Centrafrique pour deux voyages privés en août 1976 et août 1978 dans la concession de chasse et bien qu'ayant décliné l'invitation de Bokassa à lui rendre visite, c'est ce dernier qui se déplaça pour rencontrer le président français en vacances[1].

Les relations personnelles entre les deux hommes restaient cordiales. Bokassa était cependant peu apprécié par la plupart de ses pairs et il reprochait la diminution de l'aide financière française. Les relations entre les deux pays ne s'étaient pas arrangées après son couronnement comme empereur avec un faste napoléonien et le refus de Giscard d'Estaing d'y assister[note 1].

Répression en Centrafrique et renversement de BokassaModifier

En janvier et , des troubles violemment réprimés par les troupes commandées par les généraux François Bozizé et Mayo Mokola[2] ont lieu à Bangui. Des écoliers en sont les principales victimes. En mai, Bokassa est présent à l'ouverture de la conférence franco-africaine où il est ostracisé par ses collègues Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. La conférence demande qu'une commission sous présidence sénégalaise enquête sur les troubles et la répression à Bangui. Elle est acceptée par Bokassa alors que le président Giscard d'Estaing déclare, lors de la conférence de presse qui suit, que si la culpabilité de Bokassa dans les exactions commises à Bangui était démontrée, celui-ci devrait alors quitter le pouvoir.

Le , le rapport de la commission d'enquête dénonce la responsabilité personnelle quasi-certaine de Bokassa dans le massacre d'une centaine d'enfants. Le 17 août, le ministère de la coopération annonce la cessation de l'aide française à la Centrafrique. Le , la France lance l'opération Caban qui aboutit à la mise en place d'un nouvel homme fort, David Dacko, qui avait été chassé du pouvoir en 1965. Dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing détaille les journées qui ont précédé le renversement de Jean-Bedel Bokassa, l'implication de l'armée française et l'opération Barracuda qui aboutit à la fin de l'empire centrafricain[1].

En septembre 1979 Bokassa est renversé et est ainsi emmené de force par les parachutistes français au Tchad et, de là, part en exil en Côte d'Ivoire, où il accuse la France de l'avoir trahi.

Déroulement de l’affaireModifier

Publications du Canard enchaîné en 1979Modifier

Le , peu après la chute du despote africain, Le Canard enchaîné publie le fac-similé d'une commande de Bokassa en 1973 au Comptoir national du diamant pour une plaquette de diamants de trente carats destinée à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances[3],[4].

Le journal évalue alors ces diamants à un million de francs, estimation approximative qui est contestée par VGE[5]. Selon Le Point, le document est authentifié par Mme Dimitri, ancienne secrétaire de Bokassa[6].

D’autres documents mentionnent que deux cousins de Valéry Giscard d'Estaing, ainsi que deux de ses ministres et un de ses conseiller, ont eux aussi reçu des diamants d’une grande valeur[6].

Le Monde reprend l'information le même jour, le journal déplore l'absence de commentaires du président de la République français[7].

L'Élysée publie un communiqué le même jour indiquant « que les échanges de cadeaux de caractère traditionnel, notamment lors des visites de membres du gouvernement dans les États étrangers, n'ont, en aucun cas, ni le caractère ni la valeur qui ont été mentionnés par certains organes de presse à propos du Centrafrique ». Selon Laurent Martin, cette réponse est perçue comme ambiguë par la presse d'opposition[8] et les journaux étrangers : «Les informations firent le tour de la planète  : le grand quotidien japonais Asahi Shimbun,(…) le Washington Post, (…) New York Times, Time(…), Newsweek. »[8].

Le 17 octobre 1979, Le Canard enchainé affirme que Giscard d'Estaing aurait reçu d'autres diamants également, en 1970 lors d’un safari privé, en 1972, et en 1975 alors qu’il est président de la République, pendant sa première visite officielle en Centrafrique[6],[9].

Le 26 octobre 1979, à l'Assemblée nationale, un membre de l’opposition, Georges Fillioud accuse le gouvernement d'avoir « étouffé l'affaire des diamants »[10].

Le 27 novembre 1979, alors qu’il avait jusque là ignoré les accusations[6], Valéry Giscard d'Estaing réagit personnellement lors d'une interview télévisée. Il estime qu'« il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison »[11] et précise: « Avant que mon mandat ne s'achève, tous les cadeaux que j'ai reçus, et dont la liste sera conservée, auront été utilisés à l'une ou l'autre de ces fonctions, c'est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées » et « Je ne vous cache pas qu'il est assez désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d'ailleurs, m'en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l'heure actuelle, présentés ». puis « Enfin, à la question que vous m'avez posée sur la valeur de ce que j'aurais reçu comme ministre des finances, j'oppose un démenti catégorique et, j'ajoute, méprisant. »[12],[13],[9].

Le 11 décembre 1979, deux mois après les premières révélations, Giscard affirme à la presse que les lettres publiées par Le Canard enchaîné sont des faux[6].

Incarcération de Roger Delpey, la source supposée des documentsModifier

Bokassa imagine profiter de l’effet suscité par la publication du Canard enchaîné en octobre 1979 pour « vider son sac » et réaliser sa vengeance contre VGE et prépare sa contre-attaque avec l'aide de Roger Delpey, un vétéran d’Indochine, proche des réseaux de Jacques Foccart (écarté par Giscard en 1974)[11].

En 1980, une enquête est menée par la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui interpelle Roger Delpey à la sortie de l'ambassade de Libye[11] puis perquisitionne son domicile où elle découvre des documents vierges officiels à en-tête de l’empire centrafricain, signés de la main de Bokassa[11],[14]. Il est alors soupçonné d'être un faussaire et d’être l’informateur du Canard enchaîné – ce que démentent le Canard enchainé[11],[15]. Il est incarcéré en détention préventive pendant sept mois, jusqu'au [16],[17],[14], accusé d' « intelligence avec une puissance étrangère ». Le tribunal conclut par un non-lieu en novembre 1981[18].

En 1985, il sera débouté par la Cour de cassation de sa demande d'indemnité pour arrestation arbitraire[19].

Selon le Canard enchaîné, la note de Bokassa de 1973 lui avait été remise par un haut fonctionnaire du ministère français de la Coopération en poste à Bangui après la chute de Bokassa et non par Roger Delpey comme l'affirmait la DST[20],[8].

Condamnation du Canard enchainé pour diffamation envers les cousins Giscard d'EstaingModifier

Après les révélations du Canard enchaîné, les deux cousins de Valéry Giscard d'Estaing, François et Jacques Giscard d'Estaing, poursuivent le journal en diffamation[21],[22],[23]

En première instance, le Canard est condamné pour diffamation envers le seul François Giscard d'Estaing, estimant que le fait que décrire qu'il avait reçu des diamants n'était pas répréhensible mais qu'il était diffamatoire de suggérer qu'il y avait eu une contre-partie. En appel, le Canard enchainé est condamné le 23 décembre 1980 et doit payer à chacun 1 franc symbolique de dommages-intérêts[21].

Campagne présidentielle de 1981 et échec de GiscardModifier

Le 16 septembre 1980, le Canard enchaîné relance l’affaire en publiant un entretien téléphonique avec Jean-Bedel Bokassa qui affirme « avoir remis à quatre reprises des diamants au couple présidentiel. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai remis à cette famille-là. » [24],[3],[25],[8].

Les opposants à Valéry Giscard d’Estaing suivant des motivations et des objectifs différents, trouvent dans cet épisode des diamants et dans la personne de Bokassa l’occasion de pouvoir faire tomber le président sortant lors de l’élection présidentielle de 1981[11]. Ainsi, ses affiches électorales sont détournées par le Service d’action civique qui fait coller « deux diamants étincelants »[11],[26].

Le , Valéry Giscard d'Estaing déclare lors de l'émission le Grand Débat sur TF1 : « En fait, ce n'était pas du tout, comme on l'a dit, des diamants, c'est-à-dire de grosses pierres ayant une grande valeur et que l'on pouvait garder pour soi, auxquelles on pouvait donner je ne sais quelle destination. C'était plutôt des produits de la Taillerie de Bangui qui sont plutôt utilisables sur un plan de décoration en bijouterie. »[27],[28],[29]. Il déclare également que les diamants auraient été vendus et que l’argent aurait été remis à la Croix-Rouge centrafricaine et à des bonnes œuvres[6]. Selon le Canard Enchainé, la présidente de la Croix-Rouge centrafricaine aurait certifié par écrit, le 17 mars 1980, n'avoir rien reçu de l'Élysée[6] mais elle aurait été dissoute le 28 mars par le nouveau gouvernement, sans que l'on sache où était passé la somme correspondant au don[6]. Dans un article du 22 mars 1981 de Le Point, l'Élysée aurait vendu les diamants pour une somme de 114 977 francs d’après sa comptabilité consultée par le journal[9].

Le 8 mai 1981, à deux jours du second tour de l'élection présidentielle, Bokassa donne une interview au Washington Post, dans laquelle il réaffirme avoir offert des diamants à VGE, en présence de témoins, à quatre occasions en huit ans. Il affirme, contrairement aux indications du président français, lui avoir offert des diamants de 10 à 20 carats. Il soutient également avoir offert à la famille Giscard d’Estaing, dont deux cousins, plus de diamants qu’à n’importe qui d’autre. Bokassa reconnaît accorder cette interview, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, dans le but d’empêcher la réélection de VGE : « Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute »[3],[25].

Rétrospectivement, la plupart des titres de presse s'accordent pour dire que le scandale a contribué à l’échec de Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle face à François Mitterrand[30],[31],[32].

La source du Canard : Maurice EspinasseModifier

Le document a été remis au journal par Maurice Espinasse, haut fonctionnaire français[6].

Espinasse avait été directeur de l'École nationale de l'administration locale et conseiller de Bokassa. Il n'est plus en poste en Centrafrique durant le septennat de Giscard d'Estaing mais secrétaire général du CIES, en charge de l'accueil des étudiants africains, un organisme qui dépend du ministère de la coopération. Espinasse connait bien les réseaux franco-africains, notamment Jacques Foccart, lequel était en relation avec Roger Delpey[5]. Après l'opération Barracuda, Claude Angeli avait demandé à Pierre Péan de récupérer auprès d'Espinasse ladite note, qu'il affirmait détenir. La version officielle serait qu'elle aurait été retrouvée dans les décombres du palais de Bangui.

Après l’affaireModifier

Mémoires de Giscard d'Estaing en 1991Modifier

Dans le tome 2 de ses mémoires publiés en 1991, Valéry Giscard d'Estaing se déclare surpris par ces attaques qui reposent sur des éléments selon lui totalement faux et dément avoir reçu une plaquette de trente carats. Il est surtout consterné par l'attitude du Monde, alors que la veille son directeur, Jacques Fauvet, a diné avec lui lors d'une réception donnée à l'ambassade du Portugal[7] où les deux hommes ont discuté des affaires nationales et internationales. Jacques Fauvet signe le lendemain un éditorial accusateur intitulé « La vérité et l'honneur ». À partir de ce jour, Valéry Giscard d'Estaing ne lira plus Le Monde, blessé par les accusations fondées sur les seules informations du Canard enchaîné, et par la mise en cause de son père et de ses cousins dans des activités liées à l'Afrique mais qui n'avaient rien à voir avec Bokassa et son cadeau. En décidant, selon ses termes, de traiter l'affaire par le mépris et de faire confiance aux autres journaux pour mener une enquête scrupuleuse qui rétablirait la vérité, son attitude est néanmoins perçue comme de l'arrogance et un aveu de culpabilité. D'ailleurs, au-delà du don des diamants, c’est l’ensemble du mode de vie du Président et de sa famille qui est critiqué.

Valéry Giscard d'Estaing mentionne que René Journiac, le conseiller aux affaires africaines du président français, pensait que c’était une supercherie[1]. D’après lui, avec une comparaison graphologique, il semblait que le style de signature n'aurait pas été conforme à celui de Bokassa en 1973, semblant présumer que l'ancien chef d'État centre africain n'aurait pas apposé d’après lui, sa signature sur les documents que très récemment. Mais surtout, d’après lui les titres sous lesquels Bokassa avait signé (président, président à vie, maréchal-président, Sa Majesté l'empereur), mentionnés dans les documents publiés dans le Canard enchaîné, seraient des titres postérieurs à celui qu'il utilisait en 1973[1].

Dans ses mémoires, Giscard d'Estaing estime que l'ex-empereur aurait pu a posteriori signer une telle note en Côte d'Ivoire durant son exil.

Valéry Giscard d'Estaing publie dans ses mémoires une expertise qui aurait été certifiée, des plaquettes des diamants en date de décembre 1980 pour la somme totale de 114 977 francs[1], correspondant à la somme observée par Le Point le 22 mars 1981 dans la comptabilité de l'Élysée[33],[3]. Il reproduit également la note mentionnant qu'une partie du montant de leur vente aurait été rétrocédée au gouvernement de Bangui pour le remettre au Croix-Rouge de Centrafrique[1], alors que le reste aurait été versé à des œuvres caritatives du pays[1]. Il ajoute que l'Ambassadeur de France à Bangui, Jacques Humann, a été chargé de remettre le chèque au président David Dacko et que, eu égard aux affirmations de la presse selon laquelle cet argent n'aurait pas été remis à la Croix-Rouge de Centrafrique, de vérifier si cela a été le cas. Il écrit « vérification faite, celle-ci l'avait bien reçue » et souligne que l'ensemble de démarches a été consignées et déposées aux Archives nationales[1].

Réception de ces MémoiresModifier

Dans sa biographie consacrée à l'ancien président, Jean Bothorel accrédite la version que relate Giscard d'Estaing et ajoute plusieurs autres précisions conjoncturels et factuels[5],[8].

Jacques Foccart (qui était le secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches jusqu’en 1974) confirme pour sa part la version du Canard enchaîné comme le rapporte l'historien Laurent Martin[8],[34].

Article de l’Express de 2007Modifier

En 2007, Clémence Pène dans l'Express évoque « une contre-enquête publiée par Le Point vient rapidement infirmer la plupart des accusations. » et affirme que « la note est fausse, la signature l'indique. »[35], ce qui n’est pas présent dans l’article de le Point du 17 octobre 1979 évoqué par l’article[36], celui-ci confirmant la version du Canard enchaîné, et mettant en doute uniquement l’estimation de la valeur des diamants[36]. Louis-Marie Horeau publie un droit de réponse au nom du Canard enchaîné affirmant concernant l’accusation de faux de l’Express, qu’ «aucune expertise n'a jamais abouti à une telle conclusion. » et qu'il existe un débat entre spécialistes concernant la valeur réelle des diamants[37].

«Le vrai Canard» de Karl Laske et Laurent Valdiguié en 2008Modifier

En 2008, Karl Laske et Laurent Valdiguié publient un livre sur le Canard enchainé, intitulé « Le vrai Canard » de [38],[39]. Il revient notamment sur l’affaire des diamants de Bokassa dans son chapitre «Giscarat».

Le journaliste Pierre Péan à l’origine des révélations du Canard en 1979, et qui était en 1977 à Bangui, distingue notamment deux affaires des diamants. Il révèle ainsi que le fameux haut fonctionnaire français mentionné par les journalistes du Canard était Maurice Espinasse, qui fut directeur de l'École nationale de l'administration locale et conseiller de Bokassa. Après l'opération Caban qui avait déposé l'empereur de Centrafrique, Claude Angeli, rédacteur en chef du Canard enchaîné, aurait demandé à Pierre Péan de récupérer auprès d'Espinasse une note, que celui-ci s'était vanté de détenir, et qui prouvait que Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des finances, avait reçu une plaquette de 30 carats. La note récupérée par Pierre Péan est publiée le 10 octobre dans le numéro du Canard portant le titre de une « Quand Giscard empochait les diamants de Bokassa »[39].

À partir du 5 décembre, d'autres documents sont publiés affirmant que le président français avait reçu encore plus de diamants. D’après les auteurs, c'est ce que Péan appelle la seconde affaire des diamants, car le Canard n’aurait eu en sa possession qu’un seul document prouvant l’une des remises de diamants à Giscard. D’après les auteurs, « Pour partie des «faux», mais authentiques dans ce qu’ils décrivaient, ces documents auront donc eu raison du successeur de Pompidou. »[39].

Selon Michel Gaillard, le directeur de la publication du journal satirique, dans un article paru dans Le Canard enchaîné, le 26 novembre[40], « les deux journalistes [auteur du livre Le Vrai Canard] ne cherchent pas à dévoiler la face cachée de notre hebdomadaire, seulement à lui nuire, à le salir". "Le Canard (...) en a vu d'autres. Mais jamais d'aussi mauvaise facture et vulgaire inspiration. »[41] ce que réfutent les deux auteurs ajoutant que le livre a pour origine un « collectif de journalistes », déjà à l'origine d'une enquête sur Nicolas Sarkozy[42].

Selon l'historien Laurent Martin, qui a en outre travaillé au Canard et y conserve des proches, considère dans Politis que « Le Vrai Canard » de Karl Laske et Laurent Valdiguié est un livre à thèse, systématiquement à charge contre l’hebdomadaire satirique, ce qui en réduit l’intérêt[43].

Le Monde revient sur son traitement de l’affaire en 2014Modifier

En 2014, dans une enquête intitulée Le jour où… Le Monde choisit de torpiller Giscard[7], Raphaelle Bacqué revient sur l'affaire telle qu'elle fut vécue à l'intérieur du journal Le Monde et évoque l'aspect très politique de son exploitation. Son enquête mentionne notamment l'hostilité générale des journalistes du Monde à Giscard d'Estaing et leurs proximités avec l'opposition. Elle indique aussi les débats internes entre ceux, tels que le chef du service politique, Raymond Barillon, qui sont circonspects et réticents à reprendre les révélations du Canard enchaîné et ceux, tels l'éditorialiste Philippe Boucher, « abhorrant le giscardisme », qui veulent pousser l'affaire en l'amalgamant notamment avec des révélations mentionnées par Minute sur un permis de construire obtenu par Raymond Barre et des informations sur le patrimoine en Afrique de cousins de Giscard. Philippe Boucher, nommé au Conseil d'État en 1991 par François Mitterrand, reconnaîtra en 2014 avoir eu la dent un peu dure dans l'exploitation de cette histoire[7].

Après la mort de Giscard d’Estaing en 2020Modifier

Le 9 décembre 2020, après la mort de Valéry Giscard d'Estaing, Le Canard enchaîné publie un article reprenant sa version de l’affaire des diamants[6].

Documentaire censuréModifier

Le documentaire Parole d'homme de Bernard Cuau analyse, avec l'aide d'un professeur de logique une intervention télévisée de Valéry Giscard d'Estaing où il se défend d'avoir reçu les diamants. Le film tente de montrer qu'en analysant le discours, on voit que Giscard d'Estaing dit le contraire de ce qu'il déclare et qu'il a effectivement bien reçu ces diamants[44]. Le film sera censuré[44]. Laurent Fabius serait venu le visionner « en cachette » à l'Université Paris VII où enseignait Bernard Cuau[44].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Il fut représenté par le ministre de la Coopération, Robert Galley.

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Valéry Giscard d’Estaing, Le Pouvoir et la Vie. Tome 2, L'affrontement., Cie 12, , p. 292, 295, 309, 319-325, 341, 342, 484
  2. Didier Bigo, Pouvoir et obéissance en Centrafrique, Karthala, , p. 196-197
  3. a b c et d L’affaire des «diamants de Bokassa», indissociable de VGE, lematin.ch, 3 décembre 2020
  4. Mort de Valéry Giscard d’Estaing. Le Sarthois Pierre Péan et l’affaire des diamants de Bokassa, ouest-france.fr, 3 décembre 2020
  5. a b et c Jean Bothorel, Un si jeune président..., Grasset, , 408 p. (ISBN 978-2246493211)
  6. a b c d e f g h i et j « L'histoire d'un d'Estaing contrarié. La brillante carrière de Giscarat », Le Canard enchaîné,‎ , p. 4
  7. a b c et d Raphaelle Bacqué, Le jour où... « Le Monde » choisit de torpiller Giscard, Le Monde, 25 juillet 2014
  8. a b c d e et f Laurent Martin, Le Canard Enchaîné ou les Fortunes de la vertu - Histoire d'un journal satirique 1915-2000., Flammarion, (ISBN 978-2080680419), p. 441,694, 695, note 732
  9. a b et c Le Point Afrique, « Valéry Giscard d'Estaing et l'Afrique : un amour contrarié », sur Le Point, (consulté le 13 décembre 2020)
  10. « M. Fillioud (P.S.) reproche au gouvernement d'avoir " étouffé l'affaire des diamants " », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 décembre 2020)
  11. a b c d e f et g Jean-Pierre Bat, « Les diamants (de Bokassa) sont éternels « Pré carré » et guerre fraîche : la fabrique de la Françafrique », Afrique contemporaine (n°246),‎ , p. 127 à 246 (lire en ligne)
  12. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Valéry Giscard d'Estaing à propos des diamants reçus de Bokassa », sur Ina.fr, (consulté le 11 décembre 2020)
  13. Article du Monde du 12 mars 1981, Article du Monde du 29 avril 2006
  14. a et b Roger Delpey, Prisonnier de Giscard, Grancher,
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  17. « Les documents transmis au parquet de Paris sont restitués à M. Roger Depley », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 décembre 2020)
  18. Claude Wauthier, Quatre présidents et l'Afrique. De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Éd. du Seuil, , p. 324
  19. En 1991, il conteste son appartenance supposée à l'extrême droite affirmée par VGE dans son livre, le poursuit et le fait condamner sur cette affirmation à un franc de dommages et intérêts pour diffamation, jugement définitif après arrêt de la Cour de cassation (chambre mixte) le 3 juin 1998.
  20. L'Express, n°2627
  21. a et b « L'histoire d'un d'Estaing contrarié. Le droit n'est pas son cousin », Le Canard enchaîné,‎ , p. 4
  22. « Les quatre procès intentés par les cousins du chef de l'État : deux condamnations pour " Minute " mais une seule pour " le Canard enchaîné " dans l'affaire des diamants », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2020)
  23. « Le procès des cousins du Chef de l'Etat contre le Canard enchainé : Appel le 19 novembre », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2020)
  24. Antoine Jeuffin, « Les diamants de Bokassa : l'affaire qui a empoisonné la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing », sur www.franceinter.fr, (consulté le 13 décembre 2020)
  25. a et b Le Canard enchaîné, 15 octobre 1980
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  27. Institut National de l’Audiovisuel- Ina.fr, « Valéry Giscard d'Estaing à propos de l'affaire des diamants », sur Ina.fr, (consulté le 12 décembre 2020)
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  30. Gérard Courtois, L’« affaire des diamants », le boulet du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, lemonde.fr, 3 décembre 2020
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  33. Le Point Afrique, « Valéry Giscard d'Estaing et l'Afrique : un amour contrarié », sur Le Point, (consulté le 9 décembre 2020)
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  40. Le Canard enchaîné, 26 novembre 2008
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