Honoré Mercier

journaliste, avocat et homme politique canadien

Honoré Mercier
Illustration.
Fonctions
9e premier ministre du Québec

(4 ans, 10 mois et 22 jours)
Lieutenant-gouverneur Louis François Rodrigue Masson
Auguste-Réal Angers
Législature 6e, 7e
Prédécesseur Louis-Olivier Taillon
Successeur Charles-Eugène Boucher de Boucherville
BarreauQuebec Logo.png 18e Bâtonnier du Québec
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Athanase, Sainte-Anne-de-Sabrevois (Bas-Canada)
Date de décès (à 54 ans)
Lieu de décès Montréal (Canada)
Parti politique Libéral, nationaliste
Conjoint Léopoldine Boivin
Virginie St-Denis
Profession Avocat, journaliste
Religion Catholicisme romain

Signature de Honoré Mercier

Honoré Mercier
Premiers ministres du Québec

Honoré Mercier, né le à Saint-Athanase et décédé le à Montréal, est un avocat, un journaliste et un homme politique québécois[1],[2],[3]. Il est le 9e premier ministre du Québec, fonction qu'il occupe du au , sous la bannière du Parti libéral, et bâtonnier du Québec de 1886 à 1887. Il est le premier d'une suite de premiers ministres du Québec à parler d'autonomie provinciale et le premier à considérer l'indépendance du Québec[4]. Pendant son mandat, Honoré Mercier a été élevé au titre de comte romain par le pape Léon XIII[5].

BiographieModifier

Enfance et formationModifier

 
Maison natale d'Honoré Mercier, lieu patrimonial du Canada[6].

Honoré Mercier est né le à Saint-Athanase-d'Iberville, dans le secteur qui est devenu Sainte-Anne-de-Sabrevois en 1888. Il est le fils de Jean-Baptiste Mercier, cultivateur, et de Marie Kimener[7]. Baptisé le à l'église de Saint-Athanase, son parrain est Jean-Baptiste Simard et sa marraine est Rose Boutin[8]. Du côté patrilinéaire, Honoré Mercier descend de Julien Mercier (1621-1676), un des pionniers de la Nouvelle-France, originaire de Tourouvre dans le comté du Perche, une ancienne province française. La maison natale d'Honoré Mercier a été déclarée lieu patrimonial du Canada en 2006[6].

Patriote et libéral convaincu, Jean-Baptiste Mercier est un grand partisan du chef patriote Louis-Joseph Papineau, qu'il soutient lors de la Rébellion des Patriotes de 1837[9]. Il participe même au mouvement en cachant chez lui deux rebelles dont la tête était mise à prix[10]. Il est arrêté après les avoir aidé à s'exiler aux États-Unis[10]. La demeure familiale étant un « foyer d'organisation libérale », Honoré Mercier rencontre des chefs politiques locaux durant son enfance[10]. Lors de la Saint-Jean-Baptiste de 1852, à Saint-Jean-sur-Richelieu, il est d'ailleurs profondément marqué par le discours de Charles Laberge, un avocat, journaliste et homme politique qui fait alors l'éloge des Fils de la Liberté[11].

Le père d'Honoré Mercier, qui occupe pendant un moment le poste de commissaire d'école, accorde beaucoup d'importance à l'éducation. Ainsi, en 1854, Honoré entreprend son cours classique au collège Sainte-Marie de Montréal, auprès des Jésuites[11]. Il est un élève assidu, curieux intellectuellement, qui organise des débats et s'intéresse aux grands auteurs et à la France[11]. Comme son père, il s'intéresse à la politique et, notamment, à Louis-Joseph Papineau[11]. En 1862, à Saint-Hyacinthe, il entame d'ailleurs des études en droit auprès d'Augustin-Cyrille Papineau, un avocat libéral qui est le neveu du grand chef patriote[11]. Honoré Mercier poursuit sa formation à Montréal en 1864 et est admis au barreau le 3 avril 1865. Quelques jours plus tôt, son père meurt[11].

Début de carrière et premiers engagements politiquesModifier

Parallèlement à ses études en droit, Honoré Mercier commence sa carrière de journaliste[11]. À l'âge de 22 ans, il devient l'éditeur du Courrier de Saint-Hyacinthe[2], un journal conservateur proche de George-Étienne Cartier[11]. Mercier y fait la promotion de l'indépendance du Canada vis-à-vis du Royaume-Uni[11], critique la volonté du Canada-Ouest d'avoir une représentation proportionnelle au Parlement du Canada-Uni[11] et s'oppose au projet de confédération dès 1864, croyant qu'il irait contre les intérêts des Canadiens français[12].

En plus de la pratique du droit et du journalisme, Honoré Mercier commence à s'impliquer dans le monde politique. Malgré les penchants libéraux de sa famille, il est plus proche des conservateurs, qu'il considère plus susceptibles d'accomplir l'union des forces canadiennes-françaises face aux Anglo-Saxons[13]. En 1863, dans le cadre d'une élection partielle dans Bagot, il soutient les conservateurs au détriment de ses patrons avocats Maurice Laframboise et Augustin Papineau[13].

Honoré Mercier prend toutefois ses distances avec ses amis du Parti conservateur en 1864, à l'aube de la Confédération. Il s'oppose à ce projet politique, qu'il estime susceptible d'accentuer la mise en minorité des francophones au Canada[14]. Mercier redoute également l'esprit centralisateur du premier ministre canadien John A. Macdonald[14]. N'étant pas en phase avec les positions de George-Étienne Cartier, il démissionne donc du Courrier de Saint-Hyacinthe en juillet 1864[14].

Il se concentre alors sur sa carrière d'avocat et commence sa pratique à Saint-Hyacinthe. Il participe à la fondation de l'Union catholique de Saint-Hyacinthe, un cercle de débats et un centre culturel catholique conservateur[15]. Le 29 mai 1866, à la cathédrale de la ville, il marie Léopoldine Boivin, la fille d'un commerçant bien en vue[16]. L'année suivante, fort de sa réputation d'avocat criminaliste[16], Honoré Mercier rejoint le Parti libéral[17]. Bien qu'il reste nationaliste, ce changement de camp lui attire les foudres de ses anciens compagnons conservateurs, qui lui reprochent une trahison[15].

Durant la même période, en 1869, un drame frappe la famille Mercier. Léopoldine, qui a la santé fragile, meurt en donnant naissance à leur premier enfant, Élisa[16].

Création du Parti national et première électionModifier

Au début des années 1870, Mercier participe à la fondation du Parti national, une formation politique ayant pour objectif de réunir libéraux et conservateurs dans l'objectif commun de défendre le Canada français[17]. Cette coalition rassemble plusieurs jeunes avocats comme François Béïque, Laurent-Olivier David, Louis-Amable Jetté et Joseph Doutre[17]. En 1871, dans le contexte de la Rébellion de la rivière Rouge des Métis du Manitoba, les conditions semblent propices à la convergence des Canadiens français[17]. Toutefois, le programme réformateur du Parti national (abolition du Conseil législatif, vote secret, Sénat fédéral électif, décentralisation, autonomie des provinces, etc.) attire plus de libéraux que de conservateurs et la coalition ne parvient pas à prendre forme[18].

Le 8 mai 1871, Honoré Mercier marie Virginie St-Denis, cousine de sa défunte première épouse, Léopoldine[19]. Ils auront cinq enfant : Honoré, Héva, Paul-Émile, Iberville et Raoul[19]. Iberville et Raoul meurent en bas âge[19]. Aux élections générales fédérales de 1872, il est élu à la Chambre des communes en tant que député libéral-national de la circonscription de Rouville[19]. Bien que les conservateurs se maintiennent au pouvoir, ces élections permettent aux libéraux de faire de nets progrès[19]. Mercier lance alors sa carrière parlementaire et s'engage dans l'opposition aux politiques de John A. Macdonald[19].

Un court passage en politique fédéraleModifier

À la Chambre des communes, la question des écoles acadiennes du Nouveau-Brunswick est le premier dossier d'importance sur lequel se penche Mercier[20]. Depuis 1871, le Parlement de Fredericton ne reconnait plus les écoles publiques « séparées », à savoir les écoles catholiques acadiennes[20]. Invoquant l'article 93 de la Constitution canadienne, mis en place pour protéger les droits des minorités anglophones du Québec, les Acadiens du Nouveau-Brunswick demandent l'intervention du gouvernement fédéral pour protéger leurs écoles[21]. Le premier ministre John A. Macdonald refuse toutefois d'intervenir et une vague de soutien aux Acadiens traverse alors le Québec[21]. Honoré Mercier, malgré ses convictions autonomistes en ce qui a trait aux pouvoirs des provinces face au fédéral, considère comme encore plus importante la protection des droits des minorités francophones[21]. Le 14 mai 1873, il prononce son premier discours au Parlement, soutenant les revendications acadiennes[21]. Le Conseil privé de Londres donne toutefois raison à John A. Macdonald et les Acadiens perdent leurs écoles[21]. Pour Mercier, il s'agit d'une nouvelle démonstration de l'hostilité du fédéral envers les minorités francophones[21].

Aux élections générales de 1874, suite au scandale du Pacifique, qui voit le gouvernement conservateur du Macdonald embourbé dans une affaire de corruption, les libéraux d'Alexander Mackenzie accèdent au pouvoir[22]. Toutefois, Mackenzie n'apprécie pas Honoré Mercier, qu'il considère trop indépendant et nationaliste[22]. Il décide donc de l'écarter et le député de Rouville se voit contraint de quitter Ottawa[22]. Il reprend alors la pratique du droit à Saint-Hyacinthe[22].

À l'été 1878, Mercier, qui cultive l'ambition de retourner à Ottawa, se présente aux élections générales comme candidat à Saint-Hyacinthe[23]. Ses opposants conservateurs lui font toutefois une redoutable campagne, n'hésitant pas à rappeler au public ce qu'ils considèrent comme un retournement de veste[23]. Ils publient une brochure de 16 pages, intitulée Honoré Mercier. Le candidat libéral du comté de Saint-Hyacinthe. Son passé et son présent., dans laquelle ils commentent les textes que Mercier a publié à l'époque où il était rédacteur en chef du Courrier[23]. Les conservateurs le présentent comme un « caméléon » et un « vire-capot », n'hésitant pas à rappeler la véhémence avec laquelle il attaquait jadis les libéraux[23]. La campagne semble efficace : Honoré Mercier perd l'élection par 6 voix[23]. Il décide alors de réorienter sa carrière politique vers l'arène provinciale[23].

Ministre et député provincialModifier

 
Henri-Gustave Joly de Lotbinière en 1890.

Le 5 novembre 1878, Pierre Bachand, député provincial libéral de Sainte-Hyacinthe et trésorier du gouvernement, décède à 43 ans[24]. Pour le remplacer, le premier ministre libéral Henri-Gustave Joly fait appel à Honoré Mercier, tout juste battu aux élections fédérales[24]. Joly offre également à Mercier le poste de solliciteur général de la province[24]. Ce dernier accepte : il est assermenté ministre le 30 avril 1879 et se lance en campagne électorale à Saint-Hyacinthe[24]. Il remporte l'élection partielle du 3 juin[2], malgré de nouveaux assauts de ses opposants conservateurs et du Courrier de Saint-Hyacinthe[24].

À peine élu, il se voit toutefois renvoyé dans l'opposition lorsque le Parti conservateur de Joseph-Adolphe Chapleau renverse le gouvernement Joly à l'automne 1879[25]. Mercier cultive alors encore le projet d'un parti qui permettrait la coalition des libéraux et des conservateurs au nom de l'intérêt des Canadiens français[25] . Chapleau est également sensible à un tel projet, lui qui veut modérer l'aile ultramontaine de son parti qui menace sa majorité en chambre[11]. En coulisses, Mercier fait savoir au premier ministre qu'il est ouvert à l'idée d'une coalition, mais pas à n'importe quel prix : il veut notamment l'abolition du Conseil législatif, où des conservateurs siègent à vie et bloquent les réformes libérales[11]. Finalement, les tractations s'ébruitent et les rivalités partisanes sont trop fortes, alors le projet n'aboutit pas[25]. En 1880, Honoré Mercier demeure député, mais quitte Sainte-Hyacinthe pour installer son bureau d'avocat à Montréal, où il espère avoir accès à une meilleure clientèle[26].

Après que le Parti libéral du Québec ait subi une série de débâcles électorales, Honoré Mercier remplace Henri-Gustave Joly comme chef du Parti en 1883[3]. Devenu chef de l'opposition, Mercier est décrit comme un bourreau de travail[27]. Sous sa gouverne, l'opposition libérale est beaucoup plus agressive, ne laissant pas la moindre marge de manœuvre aux conservateurs. À l'été 1883, Mercier fonde même un journal, Le Temps, afin de soutenir le Parti libéral dans l'arène médiatique[27]. Il considère alors La Patrie, journal libéral fondé par Honoré Beaugrand, comme trop radical[27].

Premier ministre du QuébecModifier

 
Louis Riel, fait prisonnier en 1885.

Honoré Mercier s'oppose fortement à l'exécution de Louis Riel en 1885[28]. Ce chef métis, en exil au Montana depuis le soulèvement de la Rivière-Rouge en 1870, vient alors d'être condamné à mort par les autorités fédérales après qu'il est revenu au Manitoba pour y mener un soulèvement armé[28]. Une vague de solidarité avec les Métis, catholiques et francophones, traverse alors le Québec[28]. L'exécution de Louis Riel, le 16 novembre 1885, permet à Mercier de gagner l'appui populaire, le Parti conservateur du Québec perdant des plumes à la suite de l'aval donné par son équivalent fédéral à la pendaison de Riel[28]. Le 22 novembre, devant 50 000 personnes réunies au champ de Mars, il prononce son fameux discours où il fustige ses adversaires politiques pour la mort de Riel :

« Riel, notre frère est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime du fanatisme et de la trahison ; du fanatisme de sir John et de quelques-uns de ses amis ; de la trahison de trois des nôtres qui, pour garder leur portefeuille, ont vendu leur frère. »[28]

Honoré Mercier profite de l'affaire Riel pour construire une coalition avec des conservateurs dissidents (les « conservateurs-nationaux ») en vue de l'élection provinciale québécoise du 14 octobre 1886. Son « Parti national » y remporte une majorité de sièges (la coalition étant très largement constituée d'anciens libéraux, le nom libéral fut bientôt restitué). Les conservateurs, réduits au statut de minorité à l'Assemblée législative, continuent à gouverner pendant quelques mois de plus, mais Mercier devient premier ministre du Québec en janvier 1887[29].

Il avance l'idée des conférences interprovinciales en 1887 et organise d'ailleurs la première conférence interprovinciale en octobre de la même année[30],[31]. Cette Conférence de Québec réunit 20 ministres et 5 premiers ministres provinciaux canadiens, John A. Macdonald refuse d'y participer[32]. Présidée par Oliver Mowat, premier ministre de l'Ontario, on y réaffirme l'autonomie provinciale, critique les relents centralisateurs du gouvernement fédéral et pointe du doigt son pouvoir de désaveu, qu'on considère utilisé de manière abusive[32]. Il est le premier dirigeant provincial québécois à défendre l'idée de l'autonomie provinciale à l'intérieur de la confédération, faisant campagne pour abolir le droit revendiqué par le gouvernement fédéral d'avoir un veto sur la législation des provinces : Honoré Mercier veut redéfinir la loi constitutionnelle de 1867. Sur le plan territorial, il revendique l'agrandissement du Québec vers le nord[11]. Cette revendication ne sera satisfaite qu'en 1912, soit une vingtaine d'années après sa mort[11].

 
Construction du chemin de fer au Québec (entre 1880 et 1890).

En politique intérieure, Honoré Mercier est d'ailleurs particulièrement actif dans la colonisation du territoire, notamment pour contrer l'exil des Canadiens français vers les États-Unis[33]. Il crée le ministère de la Colonisation en 1888[33]. Il offre le poste de sous-ministre au curé Antoine Labelle, champion de la colonisation des Laurentides[33]. Bien que Labelle soit d'allégeance conservatrice et proche de Joseph-Adolphe Chapleau, Mercier réussit à en faire un allié[33]. Le premier ministre investit dans les chemins de fer afin d'ouvrir l'accès à des régions isolées, construit des ponts sur les rivières importantes, s'intéresse aux potentiels de l'hydroélectricité[11] et offre du soutien financier aux agriculteurs[33].

 
Vitrail de 1893, relatant la visite d'Honoré Mercier, à Tourouvre, en 1891 (église Saint-Aubin, Tourouvre).

Sur le plan social, Mercier crée des postes de commissaires pour surveiller le respect des heures de travail, met en place des lois pour améliorer les conditions des femmes et des enfants dans les manufactures, favorise l'ouverture de bibliothèques (malgré l'opposition du clergé) et investit dans l'éducation en finançant les écoles publiques[11]. Il ouvre des écoles de soir pour favoriser l'alphabétisation de la classe ouvrière et défend les droits des minorités anglophones à avoir leurs propres écoles[11]. Il met également en branle des réformes institutionnelles : augmentation du nombre de sièges à l'Assemblée (de 65 à 73), facilitation de l'accès à la justice ou encore extension du droit de vote aux étudiants aux ouvriers et aux instituteurs[11].

Attaché aux principes du libre-échange, Mercier favorise le commerce avec les États-Unis et le reste du Canada, principalement par le biais des chemins de fer[11]. Mercier n'hésite d'ailleurs pas à solliciter l'investissement de capitaux étrangers, notamment lors de voyages en France et aux États-Unis[11]. Il reproche également au gouvernement fédéral de ne pas assez appuyer financièrement le Québec et veut « assainir » les finances publiques de la province[11]. Pour ce faire, il augmente les rentes sur les terres publiques, contracte des prêts à long terme (pour limiter les taux d'intérêt) et impose des droits sur la coupe du bois et des taxes sur les mines et les chemins de fer[11].

Fin de carrièreModifier

Honoré Mercier est réélu à l'élection de 1890 avec une majorité accrue. Le 30 avril 1891, il est anobli par le pape Léon XIII, qui lui confère le titre de comte romain, transmissible à ses descendants en primogéniture masculine[5]. La noblesse pontificale lui est décernée en reconnaissance de son rôle dans le règlement de la question des biens des jésuites au Québec et dans la fusion des deux facultés de médecine catholiques de Montréal[5] en ce qui est aujourd'hui la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Cependant, les manœuvres du grand organisateur du Parti libéral, Ernest Pacaud, autour du financement d'un projet de chemin de fer, font tomber le gouvernement Mercier à la fin de 1891 : c'est le scandale de la Baie des Chaleurs[11]. Mercier est alors accusé d'avoir octroyé des contrats publics à des amis du parti et d'avoir touché des pots-de-vin pour financer son luxueux train de vie et ses voyages à l'étranger[34]. Le Parti conservateur s'empare alors du dossier, faisant pression pour qu'une enquête soit menée[34]. Le , Honoré Mercier est démis de ses fonctions par le lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers, après qu'un rapport sénatorial eut conclu que son gouvernement avait détourné des fonds publics[34].

C'est Charles-Eugène Boucher de Boucherville qui prend alors les reines de la province[35]. Ce dernier déclenche des élections le 8 mars 1892 : Honoré Mercier est sévèrement battu (le Parti libéral ne conserve que 18 sièges) et doit abandonner la direction du parti à Félix-Gabriel Marchand[36]. Il est mené en procès plus tard la même année et trouvé non coupable lorsqu'un second rapport l'innocente[37]. Cependant, sa santé se détériore (il souffre du diabète) et sa carrière politique est terminée[37]. De plus, Honoré Mercier, qui a vécu une vie fastueuse, doit faire face à ses créanciers : il déclare faillite et perd presque tous ses biens[37].

Il se fait remarquer une dernière fois en prononçant le discours du parc Sohmer, resté célèbre. Dans ce discours, Mercier critique l'Union et la Confédération, exprime ses convictions républicaines et les raisons pour lesquelles il souhaite un Canada indépendant où les provinces seront des États autonomes comme aux États-Unis[38].

DécèsModifier

 
La tombe de Honoré Mercier, cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Montréal

Il meurt en 1894 à l'âge de 54 ans, et il est enterré au cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal. Une foule estimée à 25 000 suivit son cortège funèbre.

FamilleModifier

Son fils, aussi nommé Honoré Mercier (1875-1937), fut député à l'Assemblée législative et ministre des gouvernements Gouin et Taschereau[39] et le fils de celui-ci, également nommé Honoré Mercier (1908-1988), fut lui aussi député[39]. Le gendre d’Honoré Mercier, Lomer Gouin, fut premier ministre du Québec. Un autre de ses petits-fils, Gaspard Fauteux[40], fut député fédéral puis lieutenant-gouverneur du Québec. Enfin, son arrière-arrière-petit-fils Thomas Mulcair fut ministre dans le gouvernement du Québec puis chef du Nouveau Parti démocratique du Canada.

HommagesModifier

 
Le pont Honoré-Mercier, en 1934.

Dans la culture populaireModifier

En 1956, dans la première série d'émissions du téléroman Les Belles Histoires des pays d'en haut, le premier ministre Honoré Mercier, alors personnifié par l’acteur Pierre Boucher, a été présenté à l’écran pour de courtes apparitions, dont celle le présentant faisant un discours sur le mont Tremblant devant des colons.

Le premier ministre fait une courte apparition dans le long-métrage québécois Louis Cyr : L'homme le plus fort du monde, sous les traits de l'acteur Alain Lépine.

En 2016, dans la série télévisée Les Pays d'en haut, une reprise du téléroman Les Belles Histoires des pays d'en haut, Honoré Mercier est fréquemment mentionné et il apparaît occasionnellement à l'écran, sous les traits de l'acteur Jean Maheux.

DistinctionsModifier

 
Honoré Mercier était comte romain

Les distinctions attribuées à Honoré Mercier sont les suivantes[1] :

ArchivesModifier

Deux fonds d'archives sont conservés au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui concernent Honoré Mercier : le fonds de la Famille Mercier[42] et le fonds de la famille Mercier-Gouin[43]. Il y a aussi un fonds Honoré Mercier à Bibliothèque et Archives Canada[44].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Pierre Dufour et Jean Hamelin, « MERCIER, HONORÉ », Dictionnaire biographique du Canada, Université Laval et University of Toronto, vol. 12,‎ (lire en ligne)
  2. a b et c « Honoré Mercier (père) - Assemblée nationale du Québec », sur www.assnat.qc.ca (consulté le 27 avril 2020)
  3. a et b Daniel Latouche, « Mercier, Honoré », The Canadian Encyclopedia / L'Encyclopédie canadienne,‎ (lire en ligne)
  4. W.H. McConnell, « Histoire constitutionnelle », The Canadian Encyclopedia / L'Encyclopédie canadienne,‎ (lire en ligne)
  5. a b c et d Journal La Justice (Ernest Chouinard, rédacteur en chef), UNE NOUVELLE DISTINCTION CONFEREE A L'HONORABLE H. MERCIER, Québec, Québec, Canada, , 4 p. (lire en ligne), p. 2
  6. a et b « Maison natale Honoré-Mercier », sur lieuxpatrimoniaux.ca (consulté le 28 avril 2020)
  7. Kemeneur, Quemeneur… dit Laflamme, selon René Jetté, Répertoire des noms de famille du Québec, des origines à 1825, Montréal 1988 (ISBN 2-9801-2400-1).
  8. Extrait du registre paroissial de Saint-Athanase pour l'année 1840 : Baptême 170, Honoré Mercier, « Le seize octobre mil huit cent quarante par nous Prêtre soussigné a été baptisé Honoré né hier du légitime Mariage de Jean Baptiste Mercier cultivateur et de Marie Kimener de cette paroisse. Parrain Jean Baptiste Simard Marraine Rose Boustin, qui n'a su signer. Le Parrain et le Père ont signé avec nous. Signé : JBaptiste Simard, JBaptiste Mercier, Eus Durocher prêtre ».
  9. Rumilly, Robert, 1897-1983., Honoré Mercier et son temps, t. I, Montréal, Fides, , 418 p. (ISBN 0-7755-0562-5 et 978-0-7755-0562-7, OCLC 2970438, lire en ligne), p. 10
  10. a b et c Robert Rumilly, Honoré Mercier et son temps, tome I, p. 11.
  11. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w Claude Corbo, « Honoré Mercier (1840-1894) - La Fondation Lionel-Groulx », sur www.fondationlionelgroulx.org (consulté le 8 avril 2020)
  12. Couture, Pierre, 1946-, Honoré Mercier : l'un des plus grands premiers ministres du Québec, Michel Brûlé, (ISBN 978-2-89485-411-2 et 2894854110, OCLC 227504743, lire en ligne), p. 26-27
  13. a et b Gallichan, Gilles., Honoré Mercier : la politique et la culture, Québec, Septentrion, , 212 p. (ISBN 2-89448-018-0 et 978-2-89448-018-2, OCLC 31779143, lire en ligne), p. 21
  14. a b et c Gallichan, p. 23.
  15. a et b Gallichan, p. 24.
  16. a b et c Gallichan, p. 25.
  17. a b c et d Gallichan, p. 26.
  18. Gallichan, p. 27.
  19. a b c d e et f Gallichan, p. 28.
  20. a et b Gallichan, p. 31.
  21. a b c d e et f Gallichan, p. 32.
  22. a b c et d Gallichan, p. 33.
  23. a b c d e et f Gallichan, p. 35.
  24. a b c d et e Gallichan, p. 36.
  25. a b et c Gallichan, p. 37.
  26. Gallichan, p. 38.
  27. a b et c Gallichan, p. 39.
  28. a b c d et e Gallichan, p. 41.
  29. https://plq.org/fr/histoire/#page-content
  30. « Honoré Mercier », sur PLQ (consulté le 3 juin 2020).
  31. Éric Bédard et Jacques Beauchamp, « Honoré Mercier et la première conférence interprovinciale », sur radio-canada.ca, Aujourd'hui l'histoire (consulté le 28 avril 2020)
  32. a et b Gallichan, p. 47.
  33. a b c d et e Gallichan, p. 48.
  34. a b et c Gallichan, p. 63.
  35. Gallichan, p. 65.
  36. Gallichan, p. 68.
  37. a b et c Gallichan, p. 69.
  38. Honoré Mercier, L'avenir du Canada : discours prononcé au parc Sohmer à Montréal, le 4 avril 1893, Montréal, Gebhardt-Berthiaume, , 91 p. (lire en ligne)
  39. a et b « Honoré Mercier (fils) - Assemblée nationale du Québec », sur www.assnat.qc.ca (consulté le 27 avril 2020)
  40. « Gaspard Fauteux - Assemblée nationale du Québec », sur www.assnat.qc.ca (consulté le 27 avril 2020)
  41. Revue française de l'étranger et des colonies, , 622 p. (lire en ligne), p. 94.
  42. Fonds Famille Mercier (P74), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  43. Fonds Famille Mercier-Gouin (P764), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  44. « Fonds Honoré Mercier, Bibliothèque et Archives Canada » (consulté le 2 juin 2020)

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages, mémoires, thèses

  • Claude Corbo, Honoré Mercier par lui-même. Fiction historique, Montréal, Del Busso, , 231 p. (ISBN 978-2-923792-88-0, présentation en ligne)
  • Pierre Couture, Honoré Mercier, l'un des plus grands premiers ministres du Québec, Montréal, Michel Brûlé, , 170 p. (ISBN 978-2-89485-411-2)
  • Gilles Gallichan, Honoré Mercier. La politique et la culture, Sillery, Éditions du Septentrion, , 212 p. (ISBN 2-89448-018-0, présentation en ligne)  
  • Gérard Bergeron, Révolutions tranquilles à la fin du XIXe siècle. Honoré Mercier, Félix-Gabriel Marchand, Montréal, Éditions Fides, , 232 p. (ISBN 2-7621-1891-3, lire en ligne)
  • Luc Bertrand, Honoré Mercier, Montréal, Lidec, , 59 p. (ISBN 2-7608-7050-2)
  • Ernest Mercier et Association des Merciers d'Amérique du Nord (collab.), Mercier depuis des siècles ; origine, généalogie, réalisation, histoire, Chez l'auteur, , 502 p.
  • Pierre Dufour, L'administration Mercier, 1887-1891 : anatomie d'une légende, Ottawa, Université d'Ottawa, , 368 p. (lire en ligne)
  • Pierre Charbonneau, Le projet québécois d'Honoré Mercier, Saint-Jean-sur-Richelieu, Éditions Mille roches, , 254 p. (ISBN 2-89087-003-0)
  • Robert Rumilly, Honoré Mercier et son temps, t. II : 1888-1894, Montréal, Éditions Fides,
  • Robert Rumilly, Honoré Mercier et son temps, t. I : 1840-1888, Montréal, Éditions Fides,  
  • Robert Rumilly, Mercier, Montréal, Éditions du Zodiaque, , 545 p.
  • Léon-Mercier Gouin, « Honoré Mercier et la Compagne de Jésus », dans Deux aspects d'Honoré Mercier, Montréal, , 46 p. (lire en ligne), p. 37-46
  • Père Paul Desjardins, s.j., « Honoré Mercier. Collégien. 1854-1862 », dans Deux aspects d'Honoré Mercier, Montréal, , 46 p. (lire en ligne), p. 5-36
  • Avila Bédard, Honoré Mercier, patriote et homme d'action. Discours prononcé devant la Société Saint-Jean-Baptiste de Notre-Dame du Chemin, Montmagny, Le Courrier-sentinelle, , 35 p.
  • Honoré Mercier, patriote et homme d'état. Conférence prononcée, le 14 décembre 1922, dans la salle du Cercle paroissial de la paroisse du Saint-Enfant-Jésus, à Montréal, sous la présidence d'honneur de Sir Lomer Gouin, ministre de la justice, Louis-Adhémar Rivet, Montréal, Librairie Beauchemin, , 140 p.
  • Philippe Roy (compilation), Devant la statue de Mercier. Discours et récits de l'inauguration du monument, S.l., s.é., , 133 p. (lire en ligne)
  • Charles Langelier, Souvenirs politiques, récits, études et portraits, t. 2 : De 1890 à 1896, Mercier, son renvoi d'office, son procès, sa mort, Québec, Dussault et Proulx, , 272 p.
  • Charles Langelier, Souvenirs politiques, récits, études et portraits, t. 1 : De 1878 à 1890, Québec, Dussault et Proulx, , 359 p.
  • Joseph Israël Tarte, Procès Mercier. Les causes qui l'ont provoqué, quelques faits pour l'histoire, Montréal, Louis-Joseph et Eugène Tarte, , 195 p. (lire en ligne)

Articles

  • Claude Corbo, « Honoré Mercier (1840-1894) », sur fondationlionelgroulx.org,  
  • Gilles Gallichan, « Les bibliothèques publiques au temps d’Honoré Mercier », Documentation et bibliothèques, vol. 38, no 4,‎ , p. 181–186 (lire en ligne)
  • « Mercier Honoré », Encyclopédie de L'Agora,‎ (lire en ligne)
  • Mario Béland, « Un destin inachevé. L’assemblée des six comtés de Charles Alexander Smith », Cap-aux-Diamants, no 30,‎ , p. 30–33 (lire en ligne)
  • Daniel Latouche, « Mercier, Honoré », The Canadian Encyclopedia / L'Encyclopédie canadienne,‎ (lire en ligne)
  • Gilles Gagné, « Le scandale de la Baie des Chaleurs », Cap-aux-Diamants, no 83,‎ , p. 20–23 (lire en ligne)
  • Gilles Gallichan, « Lorsque les députés pouvaient sceller le sort des gouvernements », Cap-aux-Diamants, no 73,‎ , p. 18–23 (lire en ligne)
  • Augustin Gosselin, « Honoré Mercier à l'abbaye de Bellefontaine », Histoire Québec, vol. 6, no 3,‎ , p. 33-35 (lire en ligne)
  • Guy Bélanger, « L’affaire Desjardins-Mercier », Cap-aux-Diamants, no 30,‎ , p. 26-29 (lire en ligne)
  • Pierre Dufour et Jean Hamelin, « Mercier, Honoré », Dictionnaire biographique du Canada, Université Laval et University of Toronto, vol. 12,‎ (lire en ligne)  
  • J. R. Miller, « Honoré Mercier, la minorité protestante du Québec et la loi relative au règlement de la question des biens des Jésuites », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 27, no 4,‎ , p. 483–507 (lire en ligne)
  • Séraphin Marion, « Le Triangle Québec, Paris et Ottawa au cours des années 1888 et 1889 », Les Cahiers des dix, no 42,‎ , p. 61–73 (lire en ligne)

Écrits d'Honoré Mercier

  • Honoré Mercier et Claude Corbo, Discours 1873-1893, Montréal, Del Busso, , 434 p. (ISBN 978-2-923792-84-2, présentation en ligne)
  • Honoré Mercier, Georges Aubin et Renée Blanchet, Dis-moi que tu m’aimes. Lettres d’amour d’Honoré Mercier à Léopoldine. 1863-1867, Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles, , 312 p. (ISBN 978-2-89583-268-3, présentation en ligne)
  • Honoré Mercier et Joseph Octave Pelland, Biographie, discours, conférences, etc. de l'Hon. Honoré Mercier, Grand' croix de l'ordre de St. Grégoire le Grand, officier de la Légion d'honneur et premier ministre de la province de Québec, Montréal, , 814 p. (lire en ligne)
  • Honoré Mercier, Esquisse générale de la Province de Québec, Québec, , 64 p. (lire en ligne)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier