Charles Ier d'Anjou

roi de Naples et de Sicile
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Charles Ier d'Anjou
Illustration.
Portrait de Charles Ier d'Anjou
réalisé par Arnolfo di Cambio en 1277.
Titre
Roi de Sicile

(16 ans, 7 mois et 29 jours)
Prédécesseur Manfred
Successeur Pierre Ier
Roi de Naples

(19 ans et 1 jour)
Prédécesseur Manfred
Successeur Charles II d'Anjou
Comte d'Anjou et du Maine

(39 ans)
Prédécesseur Domaine royal
Successeur Charles II d'Anjou
Comte de Provence et de Forcalquier

(39 ans)
Prédécesseur Raimond Bérenger IV de Provence
Successeur Charles II d'Anjou
Roi de Jérusalem

(7 ans)
Prédécesseur Hugues III de Lusignan (de fait)
Marie d'Antioche (de droit)
Successeur Jean II de Lusignan
Roi d'Albanie

(12 ans)
Prédécesseur Création du titre
Successeur Charles II d'Anjou
Biographie
Dynastie Maison capétienne d'Anjou-Sicile
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (France)
Date de décès (à 57 ans)
Lieu de décès Foggia (Naples)
Sépulture Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Naples[1]
Père Louis VIII
Mère Blanche de Castille
Conjoint Béatrice de Provence
Marguerite de Bourgogne
Enfants Louis
Blanche
Béatrice de Sicile
Charles II d'Anjou
Philippe
Robert
Isabelle d'Anjou

Charles Ier d'Anjou
Rois de Sicile

Charles Ier d'Anjou, né le à Paris et mort le à Foggia, roi de Naples et de Sicile (1266-1285), est le dernier fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille. Comte d’Anjou et du Maine, il devient comte de Provence par son mariage avec Béatrice de Provence en 1246. Il accompagne son frère Louis IX pendant la septième croisade en 1248[2].

Allié à la papauté, il s'empare de Naples et de la Sicile, en battant Manfred et Conradin à Bénévent (1266) et à Tagliacozzo (1268). Il étend son pouvoir dans les Balkans et devient roi d’Albanie en 1272. En 1277 il devient également le prétendant au trône de Jérusalem. La colère suscitée par la présence française déclenche les Vêpres siciliennes en 1282. Charles est chassé de la Sicile par une coalition des Siciliens avec Pierre III d'Aragon, et sa flotte est défaite dans la baie de Naples en 1284. Premier roi de Naples de la dynastie angevine, il est le créateur d'un éphémère empire méditerranéen[2].

Biographie modifier

Premières années modifier

Charles naît à la fin du mois de mars 1227. Il est le dernier des sept enfants et le fils posthume de Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille. Le prénom de Charles, inhabituel chez les Capétiens, met en avant son ascendance carolingienne. Charles est d'abord destiné à une carrière ecclésiastique, selon la volonté de son père[3]. En 1232, la mort sans descendance de ses frères Jean et Philippe Dagobert, font de lui l'héritier de vastes domaines dans le centre de la France[1].

En 1237, à dix ans, Charles est à la cour de son frère, Robert d'Artois[4]. À treize ans, il possède une petite cour, un cheval pour la chasse, des serviteurs, un professeur et un prêtre. Il est formé à l'atmosphère de la cour de France, au milieu des tournois, de la poésie courtoise et des chansons. Contrairement à son frère aîné, Louis IX, il n'est pas imprégné des sollicitations religieuses de ses premières années[1]. Il se passionne plutôt pour la poésie, la médecine et le droit[4].

Comte de Provence modifier

Charles suit son frère Louis IX en 1242 au cours d'une expédition militaire contre le comte de la Marche[4]. C'est la première fois qu'il s'engage dans une entreprise militaire. Le , il épouse Béatrice de Provence, comtesse de Provence et de Forcalquier, fille du comte Raymond Bérenger V de Provence et de Béatrice de Savoie[5]. Par ce mariage, il devient lui-même comte de Provence et comte de Forcalquier, principautés qu'il continue de gouverner jusqu'à sa mort[1].

En , Charles est élevé au rang de chevalier à Melun[6]. Son frère Louis IX le nomme trois mois plus tard comte d'Anjou et du Maine[5], créant de ce fait la seconde dynastie angevine[1]. Charles se déplacera très rarement dans ces deux comtés et mettra à leur tête des baillis pour les administrer[7].

Dès le début de son gouvernement, Charles doit faire face à un important parti anti-français. Les grandes villes, comme Arles, Avignon et Marseille, en plein essor économique, sont quasiment indépendantes, et cherchent à conserver leur autonomie. De son côté, Charles vise à renforcer l'administration. Son action est interrompue par la croisade de 1248[1].

Participation à la septième croisade modifier

 
La bataille de Mansourah lors de la septième croisade (1250).

Charles accepte l'invitation de son frère Louis IX à la septième croisade, malgré la situation explosive du comté de Provence. Il embarque avec Louis et Robert d'Artois à Aigues-Mortes le , et débarque le à Chypre, où Béatrice donne naissance à un fils qui meurt peu après. En Égypte, Charles combat avec vaillance mais est fait prisonnier en 1250 à la bataille de Mansourah avec le reste des croisés. Il est libéré un mois plus tard moyennant le paiement d'une forte rançon. Affaibli par le paludisme, et inquiet des désordres qui ont lieu dans son comté, Charles propose de ramener l'armée en France. Louis IX reste finalement en Terre Sainte mais autorise ses deux frères à retourner en France[1].

Charles débarque en Provence en . Il soumet Arles, puis Avignon, et assiège la ville de Marseille en . Charles obtient la soumission du chef de la rébellion, Barral des Baux, puis de la ville de Marseille en [1],[8]. Charles abolit les taxes locales, encourage la construction navale et le commerce des céréales[9]. Il ordonne l'émission de nouvelles pièces de monnaie, appelées provençaux, pour promouvoir l'utilisation de la monnaie locale dans les petites transactions[10]. Il instaure dans son comté le monopole du sel, aussi appelé « gabelle »[11]. À la fin des années 1250, le commerce du sel constitue près de 50% des revenus du comté[11].

Un prince ambitieux modifier

 
Statue de Charles d'Anjou, à Hyères.

En Italie, le pape Innocent IV cherche à détacher la Sicile des ambitions de l'empereur Conrad IV. En 1252, un légat pontifical est envoyé en Angleterre auprès de Richard de Cornouailles afin de lui proposer la couronne de Sicile. Richard demande certaines garanties, et fait trainer les négociations jusqu'au printemps 1253. Le légat se tourne finalement vers Charles qui semble plus favorable[12]. Cependant les négociations échouent, en raison des troubles en Provence, de la situation financière du prince angevin, et des succès de Conrad dans le sud de l'Italie[1].

Dans le même temps, Charles participe à la guerre de Succession de Flandre et du Hainaut en s'alliant avec Marguerite de Flandre et Guillaume de Dampierre, contre Guillaume de Hollande et Jean d'Avesnes. La lutte prend fin en . L'arbitrage de Louis IX, au retour de Terre Sainte, oblige Charles à renoncer au comté de Hainaut[1].

Charles retourne en Provence, où il améliore sa position. En 1254, Béatrice donne naissance à un deuxième fils, le futur Charles II d'Anjou. En 1257, Charles renforce ses liens avec la ville de Marseille et rachète aux héritiers du prince Guillaume des Baux leurs droits sur la vice-royauté d'Arles. Il soumet le comté de Vintimille l'année suivante et étend sa domination à l'est du comté. En 1259, il s'ingère dans les affaires italiennes, et s'empare de plusieurs villes d'Italie, où il installe des garnisons françaises. Il voit ses ambitions arrêtées à l'est par le marquis de Gênes, un allié de Manfred, et par le marquis de Montferrat. Une nouvelle révolte éclate en Provence en 1262, dirigée par Boniface de Castellane[13]. La révolte est soutenue en Aragon par Jacques II de Majorque et Pierre III d'Aragon, qui a épousé la fille de Manfred. Un accord est signé avec le marquis de Gênes à Aix-en-Provence en , par lequel Charles cède les villes de Vintimille, Roquebrune et Monaco[1].

Lutte contre Manfred et Conradin modifier

En Italie, le nouveau pape Urbain IV veut chasser définitivement la maison de Hohenstaufen. En 1262, le pontife propose la couronne des Deux-Siciles à Charles d'Anjou. Il persuade le roi de France Louis IX que ce royaume sera un instrument précieux en vue de la prochaine croisade que le monarque cherche à promouvoir. Toutefois, Charles souhaite d'abord consolider son autorité en Provence. C'est chose faite en , avec la reconquête de Castellane, grâce à la médiation de Jacques d'Aragon. Enfin, selon un nouvel accord, la ville de Marseille doit abattre ses fortifications et mettre sa garnison à la disposition du prince angevin[1].

En , le pape envoie l'archevêque de Cosenza en France et en Angleterre pour obtenir, si nécessaire avec de l'argent, le consentement des rois. En Angleterre, Henri III, à la lutte avec les barons, renonce aux revendications de son fils Edmond de Lancastre. En France, la reine Marguerite de Provence oblige son fils, le futur Philippe III, à ne pas former d'alliance avec son oncle[1]. Louis IX autorise finalement le pape à entamer des négociations avec son frère[14]. Urbain IV a décidé de ne pas sous-estimer l'expansion de Charles d'Anjou, et cherche à lui donner des conditions strictes. Le prince ne doit pas influencer les affaires ecclésiastiques dans le royaume. Enfin, l'union des Deux-Siciles à l'Empire est formellement interdite[1],[15].

Dans la ville de Rome, dans le cadre de la lutte entre guelfes et gibelins, un soulèvement populaire expulse la noblesse gibeline, et Charles d'Anjou est élu sénateur à perpétuité[16]. Cette élection est l'œuvre personnelle du cardinal Riccardo Annibaldi, un homme entièrement dévoué au prince angevin[17]. Le pape, surpris par la nouvelle, décide de ne pas s'opposer à l'élection. Urbain IV meurt en et Charles met à profit ce retard pour s'assurer un passage en Italie du Nord. Au début de l'année 1265, il reçoit le soutien de plusieurs villes du nord de l'Italie. En , l'élection du pape Clément IV renforce la position de Charles d'Anjou[1].

Afin de secourir rapidement le parti angevin à Rome, Charles embarque avec quarante navires et 1 500 hommes le . Il débarque sans encombre à Ostie le , malgré une tentative de blocus par les forces de Manfred. Le comte de Provence est reçu avec les honneurs à Saint-Paul-hors-les-Murs, et est accompagné jusqu'au palais de Saint-Pierre. L'armée de Charles traverse les Alpes sans grande difficulté en , et fait sa jonction avec le prince à Rome[1].

Charles est couronné roi de Sicile à Rome, au palais du Latran, le [18]. Il met aussitôt son armée en marche afin de s'emparer de son nouveau royaume. Manfred abandonne la ville de Capoue afin de se retirer en Apulie, mais sa retraite est coupée par les forces angevines près de la ville de Bénévent. Au cours de la bataille de Bénévent, le , l'armée allemande est vaincue après une bataille disputée, et Manfred trouve la mort[1].

Charles fait une entrée triomphale dans Naples avec sa femme Béatrice. Il se charge de rétablir l'ordre dans son royaume et de distribuer des emplois à ses chevaliers. Il augmente les charges publiques, donne à des seigneurs français les fiefs confisqués au seigneur du pays, et s'attire le mécontentement de ses sujets. La reine Béatrice de Provence meurt à Nocera en 1267. En , Charles expulse le parti gibelin de Florence, obtient du pape le titre de vicaire général en Toscane, et fait son entrée dans la ville[19]. Dans le nord de l'Italie, des députés gibelins font appel à un prince de seize ans, Conradin, le neveu de Manfred[20].

En 1268, le jeune Conradin se rend à Pavie accompagné de 3 500 hommes d'armes, puis traverse la Lombardie et la Toscane sans rencontrer de résistance. Au même moment, une révolte éclate dans le royaume des Deux-Siciles. Charles part combattre la rébellion et effectue le siège de Lucera en Apulie. Malgré l'excommunication du pape, Conradin entre à Rome en triomphateur. Le jeune prince quitte aussitôt la ville à la tête de 5 000 hommes d'armes afin de rencontrer Charles d'Anjou. Le [21], au cours de la bataille de Tagliacozzo, une charge de la réserve angevine provoque la déroute de l'armée allemande, et Conradin prend la fuite en direction de la Sicile[1].

Conradin et ses compagnons sont capturés à Astura au sud de la ville d'Anzio[22]. Ils sont transférés au Castel dell'Ovo à Naples avant d'être assignés à une apparence de procès[1]. Conradin et ses compagnons sont accusés de trahison et de rébellion, puis sont décapités sur la place du Marché de Naples le [23]. Charles d'Anjou élimine ainsi un concurrent dangereux pour la couronne des Deux-Siciles, et consolide une dynastie mise à mal par les révoltes en Apulie et en Sicile. En Calabre, à Naples et à Rome, l'insurrection italienne est réprimée dans le sang[24]. Charles réprime sévèrement les populations de certaines villes rebelles à son règne, telle que Lucera dont la population musulmane est passée au fil de l'épée après un siège de plusieurs mois[25]. L'exécution du dernier héritier de la maison de Hohenstaufen provoque l'indignation non seulement des gibelins, mais aussi des guelfes et des milieux ecclésiastiques qui commencent à prendre leurs distances avec Charles d'Anjou[1]. Les partisans de Conradin s'enfuient à la cour du roi Pierre III d'Aragon, qui a épousé la fille de Manfred, Constance de Hohenstaufen[26].

La croisade générale modifier

 
Possessions de Charles d'Anjou vers 1270.

En 1267, Charles fiance son fils Philippe avec Isabelle, la fille du prince Guillaume II d'Achaïe. D'après le traité de Viterbe, la principauté d'Achaïe doit revenir à Philippe si Guillaume meurt sans héritier mâle. Par ailleurs, Charles s'engage à restaurer Baudouin II de Courtenay sur le trône de Constantinople, en échange de la suzeraineté sur l'Achaïe, l'Épire, Corfou, plusieurs d'îles de la Mer Égée, et le tiers des conquêtes à venir, à la seule exclusion de la ville de Constantinople. L'accord est conclu par le mariage de Béatrice, fille de Charles, avec Philippe de Courtenay, fils de Baudouin[1]. En , Charles épouse en secondes noces Marguerite de Bourgogne[27].

En France, Louis IX prépare une nouvelle croisade qui, sous l'influence de Charles d'Anjou, se dirigera vers Tunis[28]. D'après son confesseur Geoffroy de Beaulieu, Saint Louis est convaincu que le sultan de Tunis al-Mustansir est prêt à se convertir au christianisme[29]. Louis IX quitte Aigues-Mortes en juillet à bord de navires génois, mais meurt de maladie devant Tunis le , avant l'arrivée de son frère. Charles débarque finalement avec de puissants renforts et prend le commandement de la croisade. Il soumet le sultan de Tunis, proclame son neveu Philippe III roi de France, et fait du sultan un vassal des Deux-Siciles, avant de rentrer dans ses États[28].

En 1273, le nouveau pape Grégoire X refuse la candidature à l'Empire de Philippe III, contre la volonté de Charles d'Anjou. L'autorité impériale passe entre les mains de Rodolphe de Habsbourg. Au même moment, le pape négocie avec Michel VIII Paléologue en vue de la réunion des deux Églises. Pour ce dernier, cet accord est un moyen de se défaire des ambitions angevines sur Byzance[1]. Le , le célèbre théologien Thomas d'Aquin meurt après avoir quitté son couvent de Naples pour se rendre au concile de Lyon[30]. Selon une légende, immortalisée par Dante Alighieri, il aurait été empoisonné par Charles, qui craignait qu'il ne fasse part de ses doléances contre le roi[30].

Le pape Grégoire X meurt le [31]. Charles soutient l'élection du pape Innocent V, qui le gratifie en retour en confirmant ses titres de sénateur de Rome et de vicaire impérial de Toscane[32]. Un traité de paix est signé entre Charles et la ville de Gênes le [33]. Les privilèges des marchands génois sont restaurés, tandis que les Génois reconnaissent la souveraineté de Charles sur Vintimille[33]. Innocent V meurt le . Charles force les cardinaux à élire le pape Adrien V, qui meurt également quelques jours plus tard. Le nouveau conclave, réuni à Viterbe, est éloigné de l'influence de Charles[34]. Son adversaire, le cardinal Giovanni Gaetano Orsini, parvient à faire élire le pape Jean XXI le [34].

En 1277, Marie d'Antioche, en lutte avec Hugues III de Chypre pour la couronne de Jérusalem, vend ses droits à Charles d'Anjou, contre une rente annuelle de quatre mille tournois[34]. Le , une expédition du capitaine angevin Roger de San Severino à Saint-Jean-d'Acre fait reconnaître Charles à la plupart des barons latins[35]. Charles ordonne à San Severino d'éviter tout conflit avec le sultanat mamelouk d'Égypte[36]. Après la mort du pape Jean XXI, le cardinal Orsini est élu sous le nom de Nicolas III le [37]. Il oblige Charles d'Anjou à renoncer à ses titres de sénateur de Rome et de vicaire impérial de Toscane[38]. Le frère de Nicolas III, Matteo Orsini lui succède à Rome, et son neveu, Latino Malabranca, en Toscane[39].

Charles d'Anjou prépare une entreprise d'envergure afin de combattre Byzance. En s'emparant de l'héritage de Manfred en 1266, Charles entre également en possession de la façade maritime de l'Albanie. Or l'Albanie est sillonnée par des vallées fluviales orientées est-ouest qui font du pays une base de départ pour la conquête de Constantinople. Dès 1278, Charles noue des alliances avec Jean de Thessalie et Nicéphore d’Épire, les ennemis de Michel VIII Paléologue. Il hérite de la principauté d'Achaïe de Guillaume II de Villehardouin, mort le . Il envoie en Albanie de nombreuses troupes, de l'argent, des chevaux et de grandes quantités de matériels. Il donne le commandement de l'armée à Hugues de Sully, qui assiège la ville de Berat en 1280. Le siège dure plus d'un an. Après une embuscade, au cours de laquelle Hugues de Sully est fait prisonnier, l'armée byzantine s'empare du camp angevin et inflige une sévère défaite aux troupes françaises[40].

En , après des élections tumultueuses, dirigées en sous-main par Charles d'Anjou, Simon de Brion est nommé pape sous le nom de Martin IV[41]. Le pape, entièrement favorable à la politique angevine, annule brusquement la réunion des deux Églises, et prononce l'excommunication de l'empereur Michel VIII Paléologue[1].

Les « Vêpres siciliennes » modifier

 
Représentation des Vêpres siciliennes du XIVe siècle.
Nova Cronica, Giovanni Villani.

En Sicile, la population voue depuis plusieurs années une haine profonde pour l'administration angevine, à qui elle reproche son imposition excessive et l'arrogance de ses fonctionnaires[42]. La colère populaire, longtemps contenue, éclate le près de Palerme[43]. Au soir du lundi de Pâques, un sergent français outrage une jeune fille et provoque l'indignation des Siciliens[42]. Au son des cloches de l'église du Saint-Esprit, qui sonne le service des vêpres, tous les Français qui se trouvent dans la ville de Palerme sont massacrés[44]. La commune déclare aussitôt la fin du règne de Charles d'Anjou et la soumission de la ville à l'Église romaine. Le mouvement se répand rapidement et la Sicile est le théâtre d'une véritable chasse aux Français, dont très peu en réchappent. Près de 2 000 Français et Provençaux sont massacrés[42]. Le pape Martin IV prononce l'excommunication des rebelles le [45]. Charles débarque à Messine le et commence le siège de la ville[46].

Guerre contre l'Aragon modifier

 
Pierre III d'Aragon débarque à Trapani, ms, Biblioteca Vaticana.

Les Siciliens mettent leurs espoirs dans le roi d'Aragon Pierre III, un opposant de longue date de Charles d'Anjou. En effet, après avoir épousé Constance, le roi d'Aragon est devenu le dernier représentant de la cause Hohenstaufen[47]. Pierre III débarque par surprise à Trapani le et entre à Palerme trois jours plus tard[42]. La flotte provençale de Charles de Salerne, fils de Charles d'Anjou, est détruite par l'amiral Roger de Lauria au cours de la bataille de Malte. Ce dernier entame alors le blocus maritime de la ville de Naples[1].

En 1283, le pape excommunie Pierre d'Aragon et lui confisque son royaume. Il proclame la croisade et nomme le jeune Charles de Valois, fils de Philippe III, souverain de l'Aragon. La même année, Charles d'Anjou provoque Pierre d'Aragon en combat singulier, mais ce duel n'a pas lieu[48]. Le , une nouvelle flotte dirigée par Charles de Salerne tente de détruire la base aragonaise de Nisida, au large de Naples. Sa flotte est interceptée par Roger de Lauria et Charles de Salerne est fait prisonnier[1].

Charles d'Anjou meurt à Foggia le [49]. Son corps est ensuite transféré à Naples et enterré dans la cathédrale[50].

À Paris, il a habité dans son hôtel des 2-4, de l'actuelle rue du Roi-de-Sicile, à l'angle de la rue Pavée (14-22).

Ascendance modifier

Descendance modifier

De son premier mariage avec Béatrice de Provence (1229-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier, il eut :

Son second mariage avec Marguerite de Bourgogne-Tonnerre (1250-1308), comtesse de Tonnerre, fut sans postérité.

Héraldique modifier

Dans la culture modifier

Dans la Divine Comédie, Dante Alighieri montre Charles d'Anjou dans le Purgatoire, « chantant en accord » avec Pierre III d'Aragon dans la vallée des princes négligents[51].

Notes et références modifier

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x et y (it) Peter Herde, « Carlo I d'Angiò, re di Sicilia », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 20, 1977. [lire en ligne].
  2. a et b (en) « Charles of Anjou », Encyclopædia Britannica, 2010.
  3. Dunbabin 1998, p. 3, 10.
  4. a b et c Dunbabin 1998, p. 11.
  5. a et b Dunbabin 1998, p. 42.
  6. Dunbabin 1998, p. 13.
  7. Dunbabin 1998, p. 30.
  8. Runciman 1958, p. 74.
  9. Dunbabin 1998, p. 47.
  10. Dunbabin 1998, p. 46.
  11. a et b Dunbabin 1998, p. 48.
  12. Runciman 1958, p. 57.
  13. Dunbabin 1998, p. 77-78.
  14. Fabre 1834, p. 188.
  15. Voir la lettre Dicit Jeremias, émise par Urbain IV le 25 avril 1264, au sujet des négociations avec Charles d'Anjou : texte latin et traduction française dans Patrick Gilli, Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin XIIe -mi- XIVe siècle), Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, chapitre 2, disponible en ligne.
  16. Dunbabin 1998, p. 132.
  17. Jordan [1909], p. 459-460 ; Gilli, Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes, op. cit., en ligne.
  18. Dunbabin 1998, p. 133.
  19. Runciman 1958, p. 100.
  20. Fabre 1834, p. 197-200.
  21. Fabre 1834, p. 201-203.
  22. Runciman 1958, p. 114.
  23. Fabre 1834, p. 205-207.
  24. Fabre 1834, p. 204.
  25. Léonard 1954, p. 72.
  26. Dunbabin 1998, p. 99.
  27. Dunbabin 1998, p. 182.
  28. a et b Fabre 1834, p. 207-209.
  29. Dunbabin 1998, p. 196.
  30. a et b Runciman 1958, p. 161.
  31. Runciman 1958, p. 170.
  32. Runciman 1958, p. 171-172.
  33. a et b Runciman 1958, p. 172.
  34. a b et c Runciman 1958, p. 173.
  35. Runciman 1958, p. 178-179.
  36. Dunbabin 1998, p. 97.
  37. Runciman 1958, p. 182.
  38. Runciman 1958, p. 183.
  39. Runciman 1958, p. 185.
  40. Aude Rapatout, « Charles Ier d'Anjou, roi d'Albanie », Hypothèses, Publications de la Sorbonne, 2006/1 (9) [lire en ligne].
  41. Runciman 1958, p. 190-191.
  42. a b c et d Norwich 2018, p. 185.
  43. Dunbabin 1998, p. 107.
  44. Fabre 1834, p. 220-221.
  45. Runciman 1958, p. 221.
  46. Fabre 1834, p. 223.
  47. Norwich 2018, p. 184.
  48. Joseph Petit, Charles de Valois, Paris, 1900, p. 3-8 [lire en ligne].
  49. Norwich 2018, p. 188.
  50. Dunbabin 1998, p. 232.
  51. Dante, La Divine Comédie : Purgatoire, VII, 112-114.

Annexes modifier

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Bibliographie modifier

  • Gaëlle Audéon, La Septième croisade et le vrai Louis IX : 1248-1254, Editions L'Harmattan, coll. « Historiques, Série Travaux », , 184 p. (ISBN 978-2-14-027451-0, présentation en ligne).
  • V. L. Bourilly, R. Busquet, La Provence au Moyen Âge, Paris, 1924.
  • Léon Cadier, Essai sur l'administration du Royaume de Sicile sous Charles Ier et Charles II d'Anjou, Paris, 1891 [lire en ligne].
  • Augustin Fabre, Histoire de Provence, Marseille, (lire en ligne), p. 158-235.
  • Patrick Gilli, Julien Théry, « La lutte contre les Hohenstaufen et leurs alliés », dans Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin XIIe -mi- XIVe siècle), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, chapitre 2. [lire en ligne].
  • Michel Grenon, Charles d'Anjou : frère conquérant de Saint Louis, L'Harmattan, 2012 (ISBN 978-2336003450).
  • Xavier Hélary, La dernière croisade, Paris, Perrin, 2016 (ISBN 978-2262038199).
  • Georges Jehel, Charles d'Anjou (1226-1285) : un Capétien en Méditerranée, CAHMER Université de Picardie Jules Verne, 2005.
  • Édouard Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, Paris, 1909, p. 410-615 [lire en ligne].
  • Émile-Guillaume Léonard, Les Angevins de Naples, Paris, PUF,
  • John Julius Norwich, Histoire de la Sicile : De l'Antiquité à Cosa Nostra, Paris, Tallandier, .
  • Régis Rech, « Charles d'Anjou et le Limousin », dans Bibliothèque de l'école des chartes, 2000, p. 443-473 [lire en ligne].
  • Alexis de Saint-Priest, Histoire de la conquête de Naples par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, Paris, 1847.
  • Julien Théry, « Les Vêpres siciliennes », dans Les trente nuits qui ont fait l'histoire, Belin, 2014, p. 89-103. [[lire en ligne]
  • Noël-Yves Tonnerre (dir.) et Élisabeth Verry (dir.), Les Princes angevins du XIIIe au XVe siècle : un destin européen, Rennes, Presses Universitaires de Rennes (PUR), coll. « Histoire », , 320 p. (ISBN 2-86847-735-6, présentation en ligne, lire en ligne).
  • (en) Jean Dunbabin, Charles I of Anjou: Power, Kingship and State-Making in Thirteenth-Century Europe, Bloomsbury, (ISBN 978-1-78093-767-0)
  • (en) Steven Runciman, The Sicilian Vespers : A History of the Mediterranean World in the Later Thirteenth Century, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-107-60474-2)

Articles connexes modifier

Liens externes modifier