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Pol Aurélien

saint breton et premier évêque de la ville de Saint-Pol-de-Léon

Pol Aurélien
Image illustrative de l’article Pol Aurélien
L'icône de saint Pol Aurélien avec son attribut ordinaire (un dragon à ses pieds), peinte pour l'Association orthodoxe Sainte-Anne (Bretagne).
Saint
Naissance vers 480
Pays de Galles
Décès  
Batz (Armorique)
Autres noms Paulinus Aurelianus, Paol Aorelian
Fête 12 mars

Pol Aurélien, Paul Aurélien, ou Pol de Léon, en latin Paulinus Aurelianus, en breton Paol Aorelian, est, selon une construction littéraire et hagiographique tardive forgée à partir du IXe siècle, un saint breton sauroctone et le premier évêque de la ville de Saint-Pol-de-Léon et du pays du Léon au VIe siècle. Il est fêté le 12 mars.

C'est un des Sept saints fondateurs de la Bretagne continentale. La ville de Saint-Pol-de-Léon est une étape du pèlerinage médiéval des sept saints de Bretagne continentale appelé aujourd'hui « Tro Breizh » (Tour de Bretagne).

Sommaire

ContexteModifier

 
Étole de saint Pol Aurélien dans l'église de l'île de Batz. Il l'aurait mise autour du cou du monstre de l'île de Batz pour le frapper avec son bâton.

Le patronyme de Paul (Pol) Aurélien, et l'origine bretonne insulaire suggèrent qu'il a pu appartenir à une famille patricienne également connue pour avoir produit Ambrosius Aurelianus qui semble avoir conduit les opérations de défense des Bretons de l'île de Bretagne contre les Saxons entre 470 et 485. Cela confirmerait l'émigration bretonne en Armorique de groupes de Bretons, sous la conduite des princes et du clergé. Les historiens ont longtemps privilégié l'hypothèse selon laquelle cette émigration étalée dans le temps à partir du Ve siècle, était liée uniquement à la colonisation de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons. Il s'agit à l'origine d'un mouvement diffus de moines d'origine aristocratique formés au pays de Galles ou d'Irlande, qui émigrent par vagues successives pour des raisons encore mal connues, et qui parcourent l'Armorique en y diffusent un christianisme celtique. Pour ce qui concerne le clergé, on a parlé de "saints organisateurs" et Pol Aurélien apparaît être l'un d'eux[1].

Sa Vita en latin a été composée en 884 par Gurmonoc (Wrmonoc), prêtre et moine de Landévennec, afin de donner ses lettres de noblesse au fondateur de l'évêché. En effet, la fondation des premiers évêchés n'est connue le plus souvent que par des traditions locales tardives et légendaires qui visent à prouver l'antériorité d'un siège par rapport à un autre[2]. Après avoir raconté dans un premier livre l'existence insulaire de son héros, depuis sa prime enfance jusqu'à sa jeunesse, Gurmonoc entame, avec le second livre, l’aventure armoricaine de saint Pol Aurélien. Le texte nous est connu par deux manuscrits[3] : celui du Xe, provenant de l'abbaye de Fleury-sur-Loire, et conservé à la Bibliothèque publique d'Orléans, est l'un des plus beaux fleurons de la Renaissance Carolingienne en Bretagne. Le second manuscrit, de la fin du XIe ou du début du XIIe, est conservé à la Bibliothèque nationale[4].

HagiographieModifier

Selon l'hagiographie médiévale, Paul, surnommé Aurélien, nait vers 480 à Pen Ohen (ou Penychen, toponyme signifiant « tête de bœuf »), aujourd'hui Boverton, dans la province de Glamorgan du Dyved (pays de Galles). Issu d'une noble famille britto-romaine, il a neuf frères et trois sœurs. Les hagiographes médiévaux ont fait de Juthwara (en) et de Sidwell (en) ses sœurs. Comme d'autres enfants de la noblesse, son père Porphino le met dès l’âge de 9 ans en pension dans le monastère d’Ynys Pyr (île de Pyrus, aujourd'hui Caldey) où il devient l’élève de saint Ildut, et où ont été formés Samson, Brieuc, Malo ou Gildas[4].

Dès l'âge de quinze ans, il obtient de son abbé de se faire ermite à Pen Ohen. Devenu abbé d'un groupe de douze prêtres, il est ordonné prêtre à son tour à l'âge de vingt deux ans, par l’évêque de Winchester, d'après Albert le Grand. Il séjourne cinq ans dans l'abbaye de sa sœur Sicofolla, à la cour du roi Mark pour y enseigner les évangiles. Après avoir accompli sa mission il a une vision divine demandant d'aller prêcher en terre d'Armorique. Après avoir refusé une charge d’évêque en Cornouaille insulaire à la cour du roi MarK, il se prépare donc à rejoindre sur le continent son cousin Gwithur, vraisemblablement pour introduire en Armorique la réforme de Germain d'Auxerre, dont Hiltud est le disciple, contre le pélagianisme. Selon la légende, le roi Mark consent à le laisser partir, mais refuse de lui donner une de ses cloches qui aurait permis à Pol de tenir les démons éloignés[5].

C'est ainsi qu'en 517, il débarque, accompagné de douze prêtres et de douze cousins ou parents, à Porz an Ejen (Porz Paul) en Ouessant (l'île d'Ossa à Heussa) et fonde un monastère dans le bourg de Lampaul (ermitage de Pol), toujours à Ouessant.

Il rejoint ensuite le continent[6] où il fonde un deuxième monastère à Lampaul-Plouarzel et un troisième à Lampaul-Ploudalmezeau, en face de l’Aber Ildut. Il effectue plusieurs voyages sur l'île de Batz où il est reçu par le comte Withur (Gwithur), un de ses cousins. Selon la légende, lors du dîner un énorme poisson est servi dans le ventre duquel l'on retrouve la cloche que le roi Mark lui avait refusée (cette cloche nommée "Hir-glaz" est aujourd'hui exposée à la cathédrale). À la demande de son cousin, le comte Withur, Paul débarrasse l'île de Batz d'un dragon avec l'aide de Nuz, gentilhomme de Cléder[7]. Cette légende fait de Pol « un archétype commun aux nombreux saints sauroctones bretons : celui-ci consacre la sainteté du personnage, qui délivre le pays d’un maléfice et le débarrasse d'un démon tutélaire. Les saints primitifs entre les IVe et Xe siècle ne correspondent pas au profil des saints gallo-romains, qui étaient présentés comme des martyrs : ce sont plutôt des magiciens. Saint Paul, comme saint Tugdual, ne combat pas le dragon par le glaive. Saint Pol terrasse le serpent avec son étole ! C'est le merveilleux qui l'emporte[8] ». Withur lui fait don d'une ancienne forteresse romaine, Kastell Paol (l’actuel Saint-Pol-de-Léon), où il s'établit[4].

Le roi franc Childebert Ier (511-558) le fait ordonner évêque et le place à la tête de l’évêché de Léon à Castel-Paol (Saint-Pol-de-Léon). Après avoir confié sa charge d'évêque à l’un de ses disciples, Pol Aurélien part se retirer, vers l'an 553, dans son monastère de l’île de Batz, où il finit ses jours. Il meurt selon le chanoine Aubert, le 12 mars 594 (d'où la date de sa fête) à l'île de Batz. Lors des invasions nordiques, ses reliques sont transférées à Fleury-sur-Loire en 954 (monastère de S. Florent), où elles ont été détruites par les Huguenots au XVIe siècle (vers l'an 1567). Seul un ossement de son bras serait conservé à Saint-Pol-de-Léon[4].

PostéritéModifier

Pol Aurélien est particulièrement honoré dans la ville de Saint-Pol-de-Léon dont la cathédrale porte son nom.

Son nom est à l'origine de plusieurs noms de communes du Finistère : Lampaul-Ploudalmézeau, où l'église Saint-Paul-Aurélien lui est dédiée, Lampaul-Guimiliau, Lampaul-Plouarzel, Lampaul (Ouessant).

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Notes et référencesModifier

  1. Bernard Merdrignac, « Des origines insulaires de saint Paul Aurélien » dans Tanguy B., Daniel T., Sur les pas de Paul Aurélien, Colloque international Saint-Pol-de-Léon, 1991, Brest-Quimper, CRBCSAF, p. 67-77
  2. Jean Julg, Les évêques dans l'histoire de la France : des origines à nos jours, Éditions Pierre Téqui, , p. 25-26.
  3. Ch. Cuissard, Revue celtique, t. 5, 1881-1883, p. 417-458, d'après le ms. Orléans, Bibl. de la Ville, 261 [217] (IXe-Xe siècle). – Dom Plaine, Analecta Bollandiana, t. 1, 1882, p. 209-258, d'après le ms. Paris, Bibl. nat., lat. 12942 (XIe-XIe siècle). BHL 6585.
  4. a b c et d Bernard Merdrignac, « “Quatre langues” et “deux oreilles” : Paul Aurélien et Marc Conomor » dans Langues de l’histoire, langues de la vie. Mélanges offerts à Fañch Roudaut, Brest, Les amis de Fañch Roudaut, 2005, p. 39-53.
  5. Voir un Extrait de la Vie des saints de la Bretagne armoricaine d'Albert Le Grand, dominicain de Morlaix, publié en 1636 sur wikisource : s:Vie des saints de la Bretagne armoricaine.
  6. L'abbé Alexandre Thomas écrit en 1889 qu'à la pointe de l'île Melon « on montre une roche appelée encore aujourd'hui Roc'h-ar-Marc'h-Du et où, dit-on, aurait débarqué saint Pol. (...) Au temps de saint Pol, ce n'était probablement même pas une île, car elle n'était séparée de la terre ferme que par un canal qui n'a même pas trente mètres de largeur », voir Alexandre Marie Thomas, "Saint Pol-Aurélien et ses premiers successeurs", 1889, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9739054p/f70.image.r=Porspoder?rk=3390574;4.
  7. La légende raconte qu'à cette époque vivait là un terrible dragon. « Saint Pol marcha vers la bête d’un pas ferme et lui ayant passé son étole autour du cou, il y fit un nœud, dans lequel il glissa, en guise de corde, son bâton. Il le conduisit ainsi à l’extrémité nord de l’île et lui ordonna de disparaître à jamais dans les profondeurs marines », écrit son hagiographe. Le lieu-dit Toul ar sarpant (le trou du dragon) à l'île de Batz illustre cette légende de saint. Cf Jean Pierre Bayard, Achille Jubinal, La légende de Saint-Brendan, découvreur de l'Amérique, G. Trédaniel, , p. 184.
  8. Bernard Riol, Le livre des saints bretons, Éditions Ouest-France, , p. 131

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier