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Toni Morrison

écrivain américaine
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Toni Morrison
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Toni Morrison en 2008
Nom de naissance Chloe Anthony Wofford
Naissance (86 ans)
Lorain, Ohio, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale
Romancière, éditrice, universitaire
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Anglais américain
Genres
dramatique, fantastique, historique

Œuvres principales

Signature de Toni Morrison

Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford), née le à Lorain en Ohio, est une romancière, essayiste, dramaturge, librettiste, professeur de littérature et éditrice américaine, lauréate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de littérature en 1993. Elle est à ce jour la huitième femme et le seul auteur afro-américain à avoir reçu cette distinction[1].

C’est le roman Beloved, dont l'édition française remonte à 1989, qui a fait connaître Toni Morrison en France. Mais sa notoriété américaine était venue dix ans plus tôt, coup sur coup, en l'espace de deux romans : Sula (1973) et Le Chant de Salomon (1977).

Sommaire

BiographieModifier

Née dans une famille ouvrière de quatre enfants, Toni Morrison s'intéresse très tôt à la littérature et se passionne en particulier pour les œuvres de Jane Austen et de Léon Tolstoï. Elle s'inscrit à l'Université Howard en 1949 pour étudier la littérature et soutient une thèse sur le thème du suicide chez William Faulkner et Virginia Woolf en 1953 à l'Université Cornell. Après son diplôme, elle entame une carrière de professeure à l'Université de Texas Southern, avant de retourner à Howard, alors « réservée » aux Noirs.

En 1958, elle épouse Howard Morrison, avec qui elle a deux enfants. Après son divorce en 1964, elle s'installe à Syracuse puis à New York et travaille comme éditrice chez Random House. Chargée du secteur de la littérature noire, elle contribue à sa promotion, en éditant notamment les autobiographies de Mohamed Ali et Angela Davis et une anthologie d'écrivains noirs, The Black Book, en 1973. Parallèlement, elle enseigne l'anglais à l'Université d'État de New York, avant d'obtenir un poste de professeure de littérature à l'Université de Princeton où elle reste en activité jusqu'en 2006. Elle vit actuellement à Princeton[2].

Elle écrit son premier roman, The Bluest Eye, à l'âge de 39 ans. Elle obtient le prix Pulitzer pour Beloved en 1988 et reçoit le prix Nobel de littérature le 7 octobre[3] 1993 pour l'ensemble de son œuvre. L'Académie suédoise la récompense ainsi car « son art romanesque, caractérisé par une puissante imagination et une riche expressivité, brosse un tableau vivant d'une face essentielle de la réalité américaine. »[4],[5]. En 2005, elle est nommée Docteure honoris causa en Arts et Littérature de l'Université d'Oxford, puis en 2011, de l'Université de Genève[6]. En 2006, le jury du supplément littéraire du New York Times consacre Beloved « meilleur roman de ces 25 dernières années » et en novembre de la même année, le Musée du Louvre fait de Toni Morrison son invitée d'honneur, proposant un programme de lectures, rencontres et conférences avec l'auteure et ses amis artistes, écrivains ou professeurs. Depuis 2002, elle s'investit également dans la littérature pour enfants avec son fils Slade Morrison (qui décède en 2010 à l'âge de 45 ans[7]). Elle a récemment obtenu un poste à la direction du magazine The Nation.

Son roman le plus connu et le plus vendu, Beloved, a été adapté au cinéma en 1998 par Jonathan Demme avec Oprah Winfrey, Danny Glover et Thandie Newton dans les rôles principaux.

ŒuvreModifier

 
Graffiti représentant Toni Morrison à Vitoria-Gasteiz en Espagne.

Toni Morrison a donné un nouveau souffle à la littérature américaine de la seconde moitié du XXe siècle en général et aux lettres afro-américaines en particulier[8]. Son style allie précision, violence, lyrisme et acuité de l'observation psychologique et sociale[9]. La plupart de ses romans se rapprochent du réalisme magique latino-américain[10]. Entre rêve et réalité, ils décrivent la misère des Noirs aux États-Unis depuis le début du XXe siècle dont ils restituent les voix passées ou présentes et le folklore. Avec l'approche d'une conteuse, Morrison en recompose, fragment par fragment, la mémoire dense et complexe[11]. Son œuvre revisite systématiquement l'histoire de son pays du point de vue des laissés-pour-compte et se dote de techniques narratives singulières, puisant son inspiration dans le jazz, l'oralité, l'argot et la culture populaire[12]. Les romans de Morrison sont polyphoniques. Ils fragmentent la chronologie, ont recours aux récits enchâssés et à l'épiphanie, font circuler le point de vue de différents personnages et répètent des scènes identiques sous un angle différent. Selon l'Académie suédoise, « on ne peut qu'être séduit par sa remarquable technique narrative qui porte la marque d'un esprit original, même si l'on peut en déceler les racines chez Faulkner et les Américains des États du Sud. »[5]. L'auteure mêle une peinture minutieuse de l'esclavage et du ségrégationnisme américains à des éléments narratifs irrationnels, surnaturels ou merveilleux, pour la plupart inhérents aux croyances et aux mythes afro-américains[13].

Ses récits, qui refusent le manichéisme, trouvent un écho contemporain et évoquent les difficultés internes à l'éthique de la communauté noire qui, outre le racisme et la pauvreté, se voit déchirée entre l'héritage culturel des ancêtres et le modèle de promotion sociale des Blancs. Les thèmes de l'identité bafouée, de l'origine insaisissable et du déracinement occupent une place centrale dans son œuvre[14].

The Bluest Eye relate le parcours de Pecola, jeune fille détestée par sa mère et violée par son père[13]. Sula raconte l'histoire de Sula Peace, jeune habitante anticonformiste et hédoniste d'un quartier noir de l'Ohio au début du XXe siècle, qui devient le bouc émissaire de toute une ville. Song of Solomon prend pour point de départ la quête d'identité d'un adolescent, Macon « Milkman » Dead III, dont la tante Pilate nourrit l'imaginaire par des récits mystiques[13]. Tar Baby décrit la relation amoureuse entre deux Noirs d'un milieu social différent, Son et Jadine, et étudie le conflit intérieur de l'héroïne, diplômée de la Sorbonne et tiraillée entre sa formation européenne et le souvenir lointain et fantasmé de son ascendance africaine[13]. Beloved explore le sort tragique de Sethe, hantée par le spectre de sa fille qu'elle égorgea afin de lui épargner la condition d'esclave[9]. Dans Jazz, Morrison prend le prétexte d'un crime passionnel pour dépeindre l'univers de Harlem[14]. Avec Un don, elle représente, dans une parabole morcelée et bucolique où diverses temporalités et voies narratives s'entremêlent, un XVIIe siècle dans lequel la servitude n'est pas encore liée à la question raciale[9],[15]. Home se conçoit comme un voyage initiatique et épique au cœur de l'Amérique raciste des années 1950[16].

Ses fictions ont presque toutes pour personnage principal des femmes généralement martyrisées, ce qui lui a valu l'étiquette d' « écrivain féministe » qu'elle n'a jamais revendiquée, déclarant à ce sujet : « Cela dévoierait certains lecteurs qui pourraient croire que je me suis engagée dans l'écriture d'un tract féministe. Je ne souscris pas au patriarcat mais je ne crois pas qu'il doive être supplanté par un matriarcat. Je pense que c'est une question de droit équitable et de portes ouvertes sur toutes sortes de choses. »[17].

La romancière se déclare défiante envers toute identité figée et prend également ses distances avec un certain discours idéologique sur l'identité noire[14],[15]. Ses ouvrages, dans lesquels cohabitent le registre tragique et un questionnement métaphysique, atteignent une forme d'humour qui passe par une tonalité burlesque et fantastique[14].

Opinions politiquesModifier

Aux États-Unis, les propos de Toni Morrison concernant Bill Clinton ont fait grand bruit lorsqu'elle a qualifié celui-ci de « premier Président noir américain », expliquant son idée par le fait que « Clinton présente toutes les caractéristiques du citoyen noir : un foyer monoparental, une origine très modeste, une enfance dans la classe ouvrière, une grande connaissance du saxophone et un amour de la junk food digne d'un garçon de l'Arkansas. »[18]. Cette opinion a été adoptée par les supporters de Clinton notamment au Congrès électoral des Noirs américains (« The Congressionnal Black Caucus »: the CBC)[19] ou au contraire tournée en dérision par ses détracteurs. L'animateur républicain et conservateur Rush Limbaugh fait souvent référence, de manière sarcastique, à l'ancien président en ces termes. Toni Morrison a apporté publiquement son soutien à Barack Obama lors de l'investiture démocrate puis pour sa campagne aux élections présidentielles de 2008 et 2012[15],[20]. Le président Barack Obama la décore par ailleurs de la Médaille présidentielle de la Liberté fin 2012[20].

PublicationsModifier

RomansModifier

  • Paradise (The Trilogy #3), éd. Plume, 1997, rééd. 1999,
  • Jazz (The Trilogy #2), éd.  Plume, rééd. 1993,
  • Beloved (The Trilogy #1), éd.  Vintage, 1987, rééd. 2004,
  • Song of Solomon, éd. Vintage, 1977, rééd. 2004,
  • Sula, éd. Plume, 1973, rééd. 2002,
  • The Bluest Eye, éd. Plume, 1970, rééd. 2005,

LibrettisteModifier

  • Livret de l'opéra Margaret Garner du compositeur Richard Danielpour , 2005

ThéâtreModifier

  • Desdemona, 2011,
  • Dreaming Emmett , 1986

Romans traduits en françaisModifier

  • L'Œil le plus bleu ((en) The Bluest Eye, Holt, Rinehart & Winston, 1970), trad. Jean Guiloineau
  • Sula, 1992 ((en) Sula, 1973), trad. Pierre Alien
  • Le Chant de Salomon, 1996 ((en) Song of Solomon, 1977), trad. Jean Guiloineau
  • Tar Baby, 1996 ((en) Tar Baby, Knopf, 1981), trad. Jean Guiloineau
  • Jazz, 1998 ((en) Jazz, Knopf, 1992), trad. Pierre Alien
  • Paradis, 1998 ((en) Paradise, 1997), trad. Jean Guiloineau
  • Love, 2004 ((en) Love, 2003), trad. Anne Wicke
  • Un don, 2009 ((en) A Mercy, 2008), trad. Anne Wicke

Regards sur son oeuvre, articles et interviews et autresModifier

Articles de presseModifier

  • Toni Morrison : « Être black n’a pas toujours été beautiful », interview menée par Laurence Lemoine pour le magazine Psychologies, 2012[21],
  • Toni Morrison, les quatre livres à lire en priorité, article d'André Clavel pour l'Express, 2012[22]

Documents audiovisuels et audio-phoniquesModifier

  • Toni Morrison en personne, interview menée par Audrey Ripoull pour France Inter, 2016[23]
  • Toni Morrison, inlassable conteuse de l'Amérique noire, émission animée par Tirthankar Chanda pour RFI, 2015[24],
  • Toni Morrison, émissions sur France Culture, 2012[25]

SourcesModifier

  1. (en) « Toni Morrison | American author », Encyclopedia Britannica,‎ (lire en ligne)
  2. Au Louvre, Toni Morrison invite l'"Étranger" à se forger sa culture - 20Minutes.fr, information en continu.
  3. Universalia, Encyclopaedia universalis France, 1994
  4. En anglais: « who in novels characterized by visionary force and poetic import, gives life to an essential aspect of American reality. » (source: Site officiel de la Fondation Nobel, in "Nobelprize laureates for literature", partie consacrée à Toni Morrison (1993)
  5. a et b Michem Boulet-Guilloux, « Toni Morrison a lié son œuvre à la cause noire aux USA », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  6. « Dies academicus 2011: deux regards sur les droits humains - SERVICE DE COMMUNICATION - UNIGE », sur www.unige.ch (consulté le 27 décembre 2015)
  7. « About the Artist », SladeMorrison.com (consulté le 14 mai 2011)
  8. Toni Morrison sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  9. a, b et c « Critique d'"Un don" de Toni Morrison », Le Magazine littéraire,‎ (lire en ligne)
  10. Claude Le Fustec, « Le réalisme magique : vers un nouvel imaginaire de l’autre? », Amerika, revue de littérature américaine,‎ (lire en ligne)
  11. Œuvre de Toni Morrison sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 07 novembre 2013.
  12. Biographie de Toni Morrison sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 07 novembre 2013.
  13. a, b, c et d « Toni Morrison » sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  14. a, b, c et d « Reconstruire une identité bafouée » sur l'encyclopædia Universalis, consulté le 07 novembre 2013.
  15. a, b et c Philippe Coste, « Toni Morrison : "En France, on ne m'aurait jamais donné un job" », L'Express,‎ (lire en ligne)
  16. Philippe Boulet-Gercourt, « "Home", voyage dans l'Amérique raciste », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  17. Traduction de l'anglais: « it's off-putting to some readers, who may feel that I'm involved in writing some kind of feminist tract. I don't subscribe to patriarchy, and I don't think it should be substituted with matriarchy. I think it's a question of equitable access, and opening doors to all sorts of things. » (en) Jaffrey Zia, « The Salon Interview with Toni Morrison », Salon.com,‎ (lire en ligne)
  18. Propos traduit de l'anglais: « the First black president », « Clinton displays almost every trope of blackness: single-parent household, born poor, working-class, saxophone-playing, McDonald's-and-junk-food-loving boy from Arkansas. » (source: "Clinton as the first black President," The New Yorker, octobre 1998, accessible depuis février 2007
  19. Page=/Nation/archive/200110/NAT20011001e.html "Congressional Black Caucus," CNSNews.com, octobre 2001
  20. a et b Philippe Boulet-Gercourt, « Toni Morrison, star de la rentrée », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  21. Psychologies.com, « Toni Morrison : « Être black n’a pas toujours été beautiful » », Psychologies,‎ (lire en ligne)
  22. « Toni Morrison, les quatre livres à lire en priorité », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  23. « Toni Morrison en personne », France Inter,‎ (lire en ligne)
  24. « Toni Morrison, inlassable conteuse de l'Amérique noire », RFI,‎ (lire en ligne)
  25. « Toni Morrison : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le 23 novembre 2017)

Voir aussiModifier