Ouvrir le menu principal

L'oralité est, au sens large, un « procès de communication où un message est transmis de vive voix par un locuteur à un auditoire[1] ». D'une civilisation à une autre, d'une culture à une autre, cette façon de communiquer peut être adoptée à plus ou moins grande échelle. On peut ainsi parler de l'oralité d'une tradition, transmise de bouche à oreille pour alimenter une mémoire ancestrale et non écrite. La notion d'oralité a également été utilisée dans plusieurs champs des sciences humaines.

Trois modes de langageModifier

Historiquement, avec l’agriculture et l’élevage, des villages ont fait leur apparition en établissant des réseaux de communication plus ou moins complexes. Ce premier espace de communication se fait ressentir autour de sociétés nommées primitives, ou de l’oralité. Cette communication se caractérise par trois traits principaux : un langage naturel, magique et global.

Un langage naturelModifier

La liaison qui unit le langage et la nature est très visible, notamment dans le langage verbal. Les comparaisons sont nombreuses ainsi que les formes imagées se référant aux animaux et aux plantes. Dans ces manifestations communicationnelles, les gestes, surtout les danses, illustrent très bien le caractère naturel du langage par l’imitation du comportement de l’animal. Il ne faut pas oublier qu’ici, l’animal n’est pas un modèle inférieur à l’homme mais une créature douée. Vêtements, peintures corporelles et usages de peaux, de dents, de plumes, sont également des actes de communication captant ou s’intégrant dans les forces de la nature. L'ensemble de ces symboles naturels représente le langage principal de ces tribus africaines. Comme dernière référence à la nature, les traces graphiques et les objets sont aussi un système de communication. Les figurines et les sculptures, selon leurs formes, sont porteuses de signes de la vie et l’on remarque combien les organes génitaux y occupent une part lourde de signification.

Un langage magiqueModifier

La magie est une croyance qui se repose sur trois dogmes : les réalités physiques et psychiques sont liées, cette totalité possède une âme, détient une force et celle-ci peut être manipulée par l’Homme. Par exemple, dans certaines tribus indigènes ou chez nos aïeuls, il était interdit de parler ouvertement de l’état de grossesse. Il fallait employer des périphrases imagées pour exprimer cela. On peut donc parler ici de pouvoir des mots en tant que croyance selon laquelle la pensée est influencée par l’impact physique des mots. La prononciation, les gestes, les mimiques jouent également un rôle essentiel dans l’oralité. Il est question ici non pas des signes de la magie mais de la magie des signes. L’exemple du masque permet également de mettre en évidence cet aspect magique du langage. En effet, dans les tribus, celui qui enfile un masque perd toute identité et permet à l’ancêtre de se manifester à visage découvert. On trouve alors naturellement le masque dans les cérémonies qui marquent les grands rites de passage dans la vie de la tribu. Les tatouages et scarifications (comme les bijoux placés sous la peau, les balafres, etc.) permettent également, grâce aux incisions et peintures corporelles, de signaler l’appartenance tribale ou sous-tribale.

Un langage globalModifier

Dans ce mode de langage, ce ne sont pas les mots, mais les phrases dans leur totalité qui sont importantes. C’est pourquoi on utilise énormément de proverbes et de dictons dans ces types de communication. Le langage de l’oralité est aussi multi-sensoriel. L’ouïe est privilégiée surtout dans les populations qui vivent dans un monde de sonorités ainsi que le sens visuel pour ce qui est des habits, parures, masques, etc. Le discours parlé s’accompagne de gestes des mains. Tous les sens réunis font appel à la communication orale. C’est le corps tout entier qui parle. Dans l’oralité, tout est parole : le corps physique dans ses sens, le corps social dans ses rites, le corps terrestre minéral, végétal, animal, etc. Ils font l’objet des récits mythiques et historiques, des légendes, contes et fables.

Une structure groupaleModifier

La présence permanente d’une solidarité de groupe est capitale pour les tribus primitives. Cependant, les ancêtres ainsi que les chefs ont une place plus importante au sein de la tribu. C’est donc le sentiment d’appartenance, la conscience du groupe, l’attachement aux symboles spécifiques et toute la participation au groupe primitif qui sont essentiels à leur mode de vie.

Une mentalité globalisanteModifier

Les sociétés dites primitives ont une vision plus globale du cycle de la vie. Tout d’abord, ces sociétés ont une conception cyclique du temps. L’Homme se trouve dans un cercle qui se répète indéfiniment. Quant à l'individu, il n’est pas reconnu qu'en tant que personne individuelle, mais comme un membre d’une communauté. C'est ainsi que l’Homme n'est entier que lorsque sa conscience collective se conjugue avec sa conscience individuelle. En se percevant autant à une échelle individuelle qu'à celle de sa tribu, l’Homme des sociétés dites primitives s’appuie sur l’unité qui englobe le multiple, l’union profonde et le global du groupe. C'est une mentalité qui intègre en son essence la science de la complexité telle qu'elle fut élaborée par Edgar Morin.

Typologie du patrimoine oralModifier

RécitModifier

VersModifier

Les récits en vers les plus populaires sont généralement la ballade et l'épopée.

ProseModifier

Parmi les récits fictifs en prose figurent le conte populaire, la randonnée, le conte d'animaux, le conte facétieux, le conte réaliste et le conte merveilleux. Les récits non fictifs sont plutôt caractérisés par la biographie, l'anecdote, la légende et le mythe.

Non-RécitsModifier

Les jeux, les devinettes, les comptines, les formules, les exorcismes, les proverbes et les chants sont pour leur part des non-récits.

L'oralité dramaturgiqueModifier

Dans les études théâtrales, la notion d’oralité est entre autres définie comme la capacité des dramaturgies à « inscrire dans le texte même une partie des contraintes de leur énonciation (qu’il s’agisse de l’oralisation des acteurs ou de la diction intérieure du lecteur), sur le plan non seulement sonore mais également visuel[2] ». En ce sens, l’oralité d’un texte relève donc d’un ensemble de procédés (rythmiques, prosodiques, etc.) qui orientent une appréhension (auditive, respiratoire, temporelle, etc.) spécifique du lecteur.

Pour approfondirModifier

BibliographieModifier

  • Les systèmes de communication, approche socio-anthropologique, Lohisse J., éditions Armand Colin, 1998.
  • Parler comme un livre, Waquet, F., éditions Albin Michel S.A., 2003.
  • Éditer des contes de tradition orale : Pour qui ? Comment? Port Acadie. Revue interdisciplinaire en études acadiennes, n° 16-17, automne 2009-printemps 2010. Actes des journées internationales d'étude organisées les 23 et 24 octobre 2008 à l'Université Sainte-Anne.
  • Zumthor, Paul et Philippe Despoix, « Oralité », dans Intermédialités, Presses de l’Université de Montréal, no 20, 2012 ["Mettre en scène / Directing", no 12, 2008], p. 268–301.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et référencesModifier

  1. Jeanne Bovet, Pour une poétique de la voix dans le théâtre classique, Montréal, Université de Montréal, (lire en ligne), p. 88
  2. Marion Chénetier-Alev, L’oralité dans le théâtre contemporain : Herbert Achternbusch, Pierre Guyotat, Valère Novarina, Jon Fosse, Daniel Danis, Sarah Kane, Sarrebruck, Éditions universitaires européennes, , 580 p. (ISBN 978-6131505447), p. 326