Tchernivtsi

ville de l'Ukraine

Tchernivtsi
Чернівці
Blason de Tchernivtsi
Héraldique
Drapeau de Tchernivtsi
Drapeau
Chernivtsi University.jpg
Architecture-of-Chernivtsi-4.jpg Німецький Народний Дім.jpg
Житловий будинок, Університетська, 9, Чернівці.JPG Житловий будинок на Головній 42.JPG
Chern-Panorama2.jpg
Administration
Pays Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Subdivision Flag of Chernivtsi Oblast.svg Oblast de Tchernivtsi
Maire Oleksiy Kasprouk
Code postal 58000 — 58499
Indicatif tél. +380 372
Démographie
Population 266 366 hab. (2016)
Densité 1 741 hab./km2
Géographie
Coordonnées 48° 18′ nord, 25° 56′ est
Altitude 248 m
Superficie 15 300 ha = 153 km2
Divers
Fondation XIIIe siècle
Première mention 1408
Statut Ville
Ancien(s) nom(s) Cernăuţi
Czernowitz
Localisation
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Tchernivtsi
Liens
Site web www.city.cv.ua
Sources
Liste des villes d'Ukraine

Tchernivtsi (en ukrainien : Чернівці) ou Tchernovtsy ou encore Tchernowitz (en russe : Черновцы ; en roumain : Cernăuți ; en allemand : Czernowitz ; en polonais : Czerniowce) est une ville d'Ukraine, la capitale administrative de l'oblast de Tchernivtsi. C'est le centre traditionnel de la Bucovine.

GéographieModifier

Tchernivtsi est arrosée par la rivière Prut et située dans une zone des collines en forêts et champs. Le centre-ville se trouve à 115 km au sud-est d'Ivano-Frankivsk, à 143 km au sud de Ternopil, à 148 km au sud-ouest de Khmelnytskyï et à 408 km au sud-ouest de Kiev[1].

Jusqu'en 2015, la zone urbaine a englobé les raïons de Perchotravnevi (« 1er mai ») et de Chevtchenko (d'après Taras Chevtchenko), situés sur la rive droite du Prut, ainsi que le raïon de Sadagóra sur la rive gauche. Par la décision du , les raïons de ville ont été dissous.

HistoireModifier

Au XIIe siècle, la rivière Prut marque, à cet endroit, la limite entre la Rus' de Kiev, dont est issue la principauté de Galicie-Volhynie sur sa rive gauche, au nord, et le domaine des duchés volochovènes sur sa rive droite, au sud, qui formeront plus tard la principauté de Moldavie. On relie l'étymologie de la ville à tcherne, « le noir », peut-être d'après le tchernoziom présent dans la région. Selon l'historiographie soviétique, elle aurait été fondée sous le règne du prince Iaroslav Ier Osmomysl, de la dynastie des Riourikides, entre 1153 et 1187, puis détruite en 1259 au cours de l'invasion mongole de la Rus'. Selon l'historiographie moldave et roumaine, les débuts de la ville sont liés au gué qui permettait de passer ici le Prut et c'est le voïvode moldave Bogdan de Cuhea qui l'aurait fondée en 1359. Le portail présent sur les armoiries de la ville serait celui de l'octroi du gué.

Quoi qu'il en soit, c'est le qu'un édit d'Alexandre le Bon, prince de Moldavie depuis 1400, mentionne la ville dans une charte de franchises accordées aux marchands de la ville polonaise de Lwów (aujourd'hui Lviv) pour commercer dans Cernăuți. Dès lors la ville devient une métropole régionale et internationale, et capitale d'un județ (ținut) homonyme dans le nord-ouest de la principauté de Moldavie. Parmi les marchands qui s'y établissent, on trouve la famille du futur kabbaliste Jacob Frank (1726-1791), à l'origine du mouvement religieux de frankisme.

BucovineModifier

 
Les armoiries autrichiennes de Czernowitz de 1775 à 1918.

Depuis le XVIe siècle, la principauté de Moldavie est devenue tributaire de l'Empire ottoman. Les pillages des tatars de Crimée et des troupes qui traversent la région aux XVIIe au XVIIIe siècle cours des guerres polono-turques et moldo-turques, dépeuplent la ville et affaiblissent l'économie locale. En 1769, pendant la Guerre russo-turque, la région fut occupée par les forces de l'Empire russe. Suite à la conclusion du traité de Koutchouk-Kaïnardji en 1774, les ambassadeurs de la monarchie de Habsbourg promettent à la « Sublime Porte » de la soutenir en échange de la ville de Cernăuți et la région alentour, toujours moldaves, d'une superficie de 10 000 km2. Ils invoquent le statut de terra nullius pour annexer ce territoire qu'ils considèrent ottoman, mais peuplé de chrétiens non-catholiques (dits « schismatiques ») tributaires du Sultan ottoman musulman (ils avaient déjà invoqué ce statut en 1718 pour annexer le Banat, l'Olténie valaque et la Serbie au traité de Passarowitz, et l'invoqueront encore en 1908 pour s'emparer de la Bosnie-Herzégovine nominalement ottomane, mais administrée par l'Autriche-Hongrie depuis 1878)[2]. En fait, depuis le premier partage de la Pologne, les Habsbourg tentent surtout de contrôler les liaisons terrestres entre la grande-principauté de Transylvanie au sud et leur nouvelle possession de Galicie et de Lodomérie au nord.

Sous le règne de Joseph II, empereur du Saint-Empire et héritier de la monarchie des Habsbourg, la cité est renommée Czernowitz et la région Bucovine (Bukowina), d'après les forêts de hêtres (en slave : buk), également appelée Buchenwald en allemand. L'empereur qui se veut être un « despote éclairé » y implante de nombreux colons allemands (surtout du Wurtemberg), ainsi que des polonais, ruthènes et juifs (de Galicie auparavant polonaise). La monarchie de Habsbourg prend également le contrôle de l'Église orthodoxe locale dont le siège épiscopal est transféré de Rădăuți à Czernowitz et de la métropole de Moldavie à celle de Galicie et Lodomérie.

 
Czernowitz à la fin de la période austro-hongroise, en 1917.
 
La mairie de Tchernivtsi.

La ville devient en 1849 capitale du duché de Bucovine, une terre de la Couronne (Kronland) mise en place par la constitution de l'Autriche du . Même si seul l'allemand est officiel, la ville témoigne des mélanges culturels qui existaient dans l'Empire austro-hongrois au tournant du siècle. La ville surnommée « la petite Vienne de Bucovine » comprend alors une majorité de Juifs ashkénazes de langue yiddish, des minorités germanophones, polonaises et ruthènes. Les campagnes alentour restent moldaves de langue roumaine. Les élites faisaient leurs études en allemand et parlaient allemand. En 1875, au centenaire de l'appartenance de la Bucovine à l'Autriche, l'empereur François-Joseph Ier fonde l'université de Czernowitz où la langue principale d'enseignement est alors l'allemand, avec des départements séparés pour la langue et la culture roumaines et ukrainiennes.

En 1866, la ville est reliée au chemin de fer de Lemberg à Czernowitz, et en 1869 à Iassy en Roumanie.

En 1908 se tient à Czernowitz un congrès de l'OSM pour décider quelle sera la langue nationale du peuple juif. Les sionistes y défendent la création d'un État juif en Palestine et l'adoption de l'hébreu moderne comme langue nationale des Juifs, mais se heurtent aux bundistes, qui militent pour le droit des Juifs à vivre en minorité reconnue et respectée là où ils sont (c'est-à-dire en Europe centrale et orientale) et qui défendent le yiddish, la langue du peuple. Une petite minorité défend l'idée de créer un État juif ailleurs, en Amérique ou en Ouganda. La déclaration finale est un compromis entre les deux tendances principales : elle affirme que le yiddish est une des langues nationales du peuple juif mais pas la seule. Un autre clivage moins visible est celui entre religieux (les mouvements hassidiques sont nombreux en Galicie et Bucovine) pour qui l'identité juive n'existe pas hors du judaïsme et qui sont nombreux parmi les sionistes, et les laïcs, nombreux parmi les bundistes, et pour lesquels il existe une identité culturelle liée aussi à l'histoire et pas nécessairement à une croyance.

Vers l'an 1900, une nouvelle cathédrale orthodoxe est bâtie et devient la résidence des évêques ; on trouve aussi en ville une église arménienne catholique, une église catholique allemande des jésuites et la grande synagogue de Czernowitz achevée en 1878. Lors du recensement autrichien de 1910, Czernowitz compte 85 458 habitants. La langue d'usage sert alors à définir la « nationalité » selon les critères austro-hongrois : 48 % des habitants de la capitale de la Bucovine déclarent parler l'allemand (la yiddish étant compté comme tel), 26 % le roumain/moldave, 18 % l'ukrainien/ruthène, 7 % le polonais. Sur le plan religieux, 32 % se déclarent juifs, 27 % catholiques romains, 24 % grecs orthodoxes, 11 % gréco-catholiques et 5 % protestants. La ville possède une tolérance et une ouverture d'esprit qui étonnent les voyageurs de l'époque. Les Juifs cultivés ont comme langue d'usage l'allemand, ce qui fait de la cité le symbole de la symbiose judéo-autrichienne. Seule une minorité parle le yiddish.

Roumanie et RSS d'UkraineModifier

 
Les armoiries moldaves et roumaines de Cernăuți de 1918 à 1940.

La Première Guerre mondiale s'achève par la dissolution de l'Autriche-Hongrie en 1918 : les Ukrainiens et les Moldaves de Czernowitz proclament leur souveraineté sur la Bucovine et, ces derniers étant plus nombreux, le pays et sa capitale rejoignent la Roumanie : la ville reprend son nom moldave de Cernăuți. En 1930, elle compte 200 000 habitants dont la moitié est juive. Désormais c'est le roumain qui est officiel, même si les autres langues continuent d'être d'usage courant (y compris pour les journaux et les théâtres). La crise économique des années 1930, la montée des nationalismes et des extrémismes politiques, l'antisémitisme du gouvernement d'Octavian Goga qui adopte en 1937 des mesures discriminatoires en faveur des Roumains de souche, mettent à mal la tolérance qui régnait jusque-là à Cernăuți.

Cernăuți devient soviétique le à la suite du pacte Hitler-Staline et reçoit alors le nom russe de Tchernovtzy (Черновцы) : selon les dispositions de ce pacte, les germanophones chrétiens sont tous transportés de force vers l'Allemagne dans des trains et bus qui ne seront pas restitués ; par ailleurs, la quasi-totalité des Roumains qui n'avaient pas fui la ville et ses environs, soit près de 15 000 personnes, sont déportés vers le Kazakhstan[3]. Cernăuți est reprise l'été 1941 par l'armée roumaine aux ordres du maréchal Antonescu (allié de l'Allemagne nazie) qui donne l'ordre de déporter en Transnistrie les Juifs de la ville, indistinctement accusés d'avoir soutenu l'occupant soviétique, alors que seule une minorité de bundistes devenus communistes (et, par conséquent, sortis du judaïsme traditionnel) avait pris ce parti. Le juste Traian Popovici, maire de la ville jusqu'en 1942, parvient à grand-peine à en sauver 16 000.

Après que la Roumanie a rejoint les Alliés le c'est l'Armée rouge qui reprend Tchernovtsy. Beaucoup de Juifs choisissent de quitter la ville pour la Roumanie ou pour Odessa, et de là, pour l'Occident ou pour Israël. La ville fait partie de la République socialiste soviétique d'Ukraine (RSS d'Ukraine) sous son nom ukrainien de Tchernivtsi (Чернівці), jusqu'à la dislocation de l'Union soviétique en 1991.

UkraineModifier

Depuis 1991, c'est une ville de l'Ukraine indépendante. À l'exception de petites minorités russe et roumaine, sa population est aujourd'hui presque entièrement ukrainienne, mais il n'est pas rare que des touristes descendant des Autrichiens ou des Juifs de la ville, viennent la visiter.

PopulationModifier

La population de la ville s'élevait à 266 366 habitants en 2016.

DémographieModifier

Recensements (*) ou estimations de la population [4] :

Évolution démographique
1775 1794 1832 1851 1869 1890 1900
2 3005 00011 00020 40034 00054 20065 800
1910 1919 1930 1941 1959 1970 1979
87 10091 900112 42778 800141 940186 812218 561
1989 2001 2012 2013 2014 2015 2016
256 644240 621255 929259 419262 129264 333266 366

NationalitésModifier

Selon le recensement de 1930, la ville comptait 112 427 habitants, répartis ainsi :

Selon le recensement de 2001, les 236 691 habitants se répartissaient ainsi :

En mai 1999, la Roumanie y a ouvert un consulat général.

PersonnalitésModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

JumelagesModifier

La ville de Tchernivtsi est jumelée avec[5] :

GalerieModifier

NotesModifier

  1. Distances à vol d'oiseau ou distances orthodromiques.
  2. Tomasz Kamusella, Central Europe in the Distorting Mirror of Maps, Languages and Ideas in The Polish Review vol. 57, n° 1, pp. 33-94, University of Illinois Press on behalf of the Polish Institute of Arts & Sciences of America 2012, [1] file 62 ; voir aussi Gregor von Rezzori, Maghrebinische Geschichte in : Lacques Lajarrige, Gregor von Rezzori, études réunies, Centre d'Études et de Recherches Autrichiennes de l'Université de Rouen, Mont-Saint-Aignan 2003.
  3. Nikolaï Feodorovitch Bugaï, Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии [La Déportation des peuples d'Ukraine, de Biélorussie et Moldavie], Hg. v. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, 1999, p. 567-581.
  4. (ru) Recensements de 1959, 1970 et 1979 sur www.webgeo.ru(ru) Recensement de 1989 sur demoscope.ru(en) Population Statistics [2](uk) Office des statistiques d'Ukraine : Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2010 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2010 »]. [3] ; Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2011 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2011 »]. [4] ; Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2012 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2012 »] [5]
  5. Sister Cities

Liens externesModifier