Suzy Delair

actrice française

Suzanne Pierrette Delaire dite Suzy Delair, née le à Paris 18e[2] et morte le [3] à Paris 16e, est une actrice et chanteuse française.

Suzy Delair
Suzy DeLair.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 102 ans)
Paris 16e
Sépulture
Nom de naissance
Suzanne Pierrette Delaire[1]
Nationalité
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinctions
Films notables

Son répertoire s'étendait de la comédie au drame et elle a joué avec de grands acteurs tels que Bernard Blier, Louis Jouvet, Fernandel, Alain Delon, ou encore Louis de Funès. Également danseuse et chanteuse, ses interprétations dans le film Quai des Orfèvres, des chansons Avec son tralala et Danse avec moi, de Francis Lopez, sont restées dans les mémoires[4].

À la scène, elle a joué fréquemment dans des opérettes de Jacques Offenbach (La Périchole, La Vie parisienne), d'Oscar Straus (Trois valses[5]), de Vanloo, Duval et André Messager (Véronique), etc.

BiographieModifier

Fille d'une couturière et d'un sellier-carrossier, Suzy Delair est d'abord apprentie-modiste chez Suzanne Talbot, mais rêve de théâtre. Elle commence par faire de la figuration au cinéma et au théâtre pendant son adolescence, mais c'est au music-hall qu'elle connaît le succès sur la scène des Bouffes-Parisiens, à Bobino, à l'Européen, aux Folies-Belleville, dans le cabaret de Suzy Solidor, ainsi que dans des revues où se produisent Mistinguett et Marie Dubas[4].

Les amateurs de cinéma la découvrent, dix ans plus tard, en Parisienne délurée dans Le Dernier des six (1941), réalisé par Georges Lacombe sur un scénario de Henri-Georges Clouzot, avec qui elle vit. Ce dernier, passé derrière la caméra, lui offre en 1942 un succès considérable avec L'assassin habite au 21[6].

Sa carrière est entachée par son attitude trouble sous l'Occupation. Elle « ne dissimulait pas ses sympathies pour les Allemands[7] », jusqu'à admirer l'ordre nazi[8]. Sous contrat avec la Continental, dirigée par Alfred Greven, , elle fait partie du groupe d'acteurs invités par les Allemands pour visiter les studios cinématographiques de la UFA, en Allemagne et en AutricheMunich, Berlin et Vienne), aux côtés de René Dary, Junie Astor, Danielle Darrieux, Albert Préjean et Viviane Romance[9],[4],[10],[11]. À son retour, elle choque en embrassant chaleureusement Alfred Greven tout en se plaignant de ne pas avoir serré la main de Joseph Goebbels[12]. Lorsque l'historien Marc Ferro évoque, dans son livre Pétain (1987), le cinéma pendant cette période, il cite, parmi d'autres, le nom de Suzy Delair[13]. À la Libération, elle n'écope finalement que d'une suspension de trois mois infligée par les comités d'épuration[14].

Si la comédienne figure parmi les vedettes des années 1940, sa carrière cinématographique est émaillée de pauses. En 1947, elle tourne Quai des Orfèvres avec Henri-Georges Clouzot, dont elle est encore la compagne ; ils se séparent après ce dernier succès commun[4]. On la retrouve ensuite dans des films de Jean Dréville, Jean Grémillon, Marcel L'Herbier, Christian-Jaque, Marcel Carné, Luchino Visconti, René Clément et Gérard Oury[4].

Le , elle chante C'est si bon à l'Hôtel Negresco lors du premier Nice Jazz Festival. Louis Armstrong est présent et adore la chanson. Le , il enregistre la version américaine de la chanson (paroles anglaise de Jerry Seelen) à New York avec l'orchestre de Sy Oliver. À sa sortie, le disque connaît un succès mondial et la chanson est ensuite reprise par les plus grands chanteurs internationaux[15]. En 1948 également, elle tourne avec Bourvil dans Par la fenêtre de Gilles Grangier, film oublié aujourd'hui, mais où les deux partenaires font preuve d'une belle complicité.

En 1950-1951, elle tourne Atoll K, réalisé par Léo Joannon, avec pour partenaires Laurel et Hardy, dont c'est le dernier film[4]. Pendant la saison 1953-1954, elle est à l'Européen, à Paris, dans l'opérette Mobilette, avec pour partenaires Mona Monick et les débutants Michel Roux, Roger Lanzac, et Lucien Lupi.

En 1960, dans Rocco et ses frères de Luchino Visconti, elle tient un rôle secondaire mais drôle et remarqué (Luisa, la patronne de la blanchisserie, qui succombe rapidement aux charmes de Simone Parondi / Renato Salvatori).

En 1973 sort le film Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury ; elle y tient le rôle de Germaine Pivert, dentiste épouse de Victor Pivert, incarné par Louis de Funès[4]. Le film se classe en tête du box-office cette année-là avec plus de 7 millions de spectateurs en salles.

En 1982, elle commente son parcours ainsi :

« On me fait trop rarement travailler. Sans doute me fait-on payer à la fois de ne pas appartenir à des chapelles, les aventures masculines auxquelles j'ai parfois sacrifié ma carrière, et surtout, mon refus de flirter quand il aurait fallu le faire[4]… »

Dans les faits, Suzy Delair n'ignorait pas que de nombreux réalisateurs et professionnels du cinéma ne lui pardonnaient pas sa vie privée et certaines de ses positions ainsi que son attitude sous l'Occupation, entre 1940 et 1944, ce qui l'empêchera de participer à de grands films, ou à des projets importants, après 1945. Pourtant, elle sera épargnée par le Conseil de la Résistance, en 1944, lors de l'épuration, avec seulement une suspension de trois mois de son métier de comédienne et, en 1947, elle sera complétement relaxée par la justice française.

Suzy Delair restera malgré tout très populaire en France, de l'après-guerre aux années 1960.

Suzy Delair meurt le , à l'âge de 102 ans[3] dans le 16e arrondissement de Paris[16]. Elle est inhumée au cimetière ancien d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), sans cérémonie du fait du confinement ordonné pour contrer la pandémie de Covid-19[17].

DécorationsModifier

Reconnaissance et hommagesModifier

Le , l’Académie du disque lyrique, présidée par Pierre Bergé, lui remet l'Orphée d'or du meilleur enregistrement d’opérette ou d’opéra bouffe pour son disque De l'opérette à la chanson (Musidisc, 2003).

Le , un hommage lui est consacré à la Cinémathèque française à Paris[4], présenté par le journaliste Olivier Barrot, en présence de l'actrice et de ses amis Françoise Arnoul, Pierre Trabaud, et Jacqueline Willemetz, petite-fille d'Albert Willemetz. Organisée par Sylvain Briet et Les Amis de la Cinémathèque française, cette manifestation présente un cycle de ses films comprenant Quai des Orfèvres, Lady Paname, Pattes blanches, Gervaise, Le Couturier de ces dames, et le sketch Une couronne mortuaire extrait de Souvenirs perdus.

FilmographieModifier

CinémaModifier

TélévisionModifier

ThéâtreModifier

Chansons interprétéesModifier

On peut citer aussi : Je reconnais mon rêve, C'est tout, Ma blonde, C'est un air populaire (paroles et musique de Michel Emer), Moi j'coûte cher (de Roger Lucchesi) et Moulin rouge (1966).

Notes et référencesModifier

  1. « Acte de naissance de Suzanne Pierrette Delaire. Née le 31 décembre 1917 », sur CinéArtistes (consulté le 30 décembre 2017)
  2. Acte de naissance no 11 (vue 3/31). Archives en ligne de la ville de Paris, état-civil du 18e arrondissement, registre des naissances de 1918.
  3. a et b Benoît Duteurtre, « Suzy Delair, la doyenne des comédiennes, est morte », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 16 mars 2020).
  4. a b c d e f g h et i Jean-Noël Mirande, « Suzy Delair ou L'air de Paris », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 1er septembre 2012).
  5. Reprise en 1959 à la Gaîté-Lyrique à Paris.
  6. Jean-Noël Mirande, « Suzy Delair ou L'air de Paris », Le Point, op. cit. : « Sans être mariés, ils vécurent ensemble durant plusieurs années. Lorsque Clouzot deviendra réalisateur, il lui donnera de nouveau le personnage de Mila-Malou dans L'assassin habite au 21 (1942). »
  7. Pierre Billard, L'Âge classique du cinéma français : du cinéma parlant à la Nouvelle Vague, Flammarion, 1995, 725 p. (ISBN 2080661388 et 978-2080661388), p. 433.
  8. Pierre Darmon, Le Monde du cinéma sous l'Occupation, Paris, Stock, coll. « Essais Documents », 1997, 388 p. (ISBN 978-2234047228), p. 293.
  9. Raphaël Sorin, « Sous la botte, le cinéma français », sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le 24 février 2013).
  10. Jean-Noël Mirande, « Suzy Delair ou l'air de Paris », Le Point, op. cit. : « Les images de ces actrices tout sourire à la fenêtre du compartiment passent toujours en boucle, entrées dans l'histoire grâce au film d'André Halimi, Chantons sous l'Occupation (1976). »
  11. « Sous le signe de l'art, des vedettes de l'écran s'apprêtent à partir pour l'Allemagne », Les Actualités mondiales, 27 mars 1942, (à partir de 1 min 38 s) Ina.
  12. Pierre Darmon, Le Monde du cinéma sous l'Occupation, op. cit., p. 302.
  13. Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1), « chap. II : Le grand jeu – Double jeu ou collaboration ? – Pour le cinéma aussi, ce fut le bon temps… », p. 173 : « Désormais les chanteurs et les comédiens partent en Allemagne se faire applaudir […]. On voit encore sur les photographies de l'époque leurs visages radieux […]. »
  14. Le Spectacle du Monde, Paris, Valmonde (no 304 à 309), (lire en ligne), p. 85.
  15. Jean Buzelin, « Delair, Suzy », sur fremeaux.com, Frémeaux & Associés (consulté le 29 novembre 2012).
  16. Insee, « Fichier des personnes décédées », sur data.gouv.fr, (consulté le 18 avril 2020).
  17. « 2020 », sur Cimetières de France et d'ailleurs, (consulté le 20 mars 2020)
  18.  ;Décret du 15 novembre 1999 portant promotion et nomination.
  19. Décret du 13 juillet 2006 portant promotion et nomination.
  20. Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres.
  21. Mobilette, affiche.
  22. Mobilette sur data.bnf.fr.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Dictionnaire du cinéma français, sous la direction de Jean-Loup Passek, assisté de Michel Ciment, Claude-Michel Cluny, Jean-Pierre Frouard, coll. « Références », Paris, Larousse, 1987.
  • Jean-Pierre Bertin-Maghit :
  • José-Louis Bocquet, en collaboration avec Marc Godin, Henri-Georges Clouzot cinéaste, Sèvres, La Sirène, 1993 ; réédité en 2011 sous le titre Clouzot cinéaste, Paris, La Table ronde.
  • Almanach du cinéma : édition du centenaire, sous la direction de Philippe d'Hugues, Paris, Encyclopædia Universalis, 1995.
  • René Chateau, Le Cinéma français sous l'Occupation : 1940-1944, Courbevoie, Éditions René Chateau, 1996.
  • Pierre Darmon, Le Monde du cinéma sous l'Occupation, Paris, Stock, coll. « Essais Documents », 1997, 388 p. (ISBN 978-2234047228).
  • Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir & blanc : 250 acteurs du cinéma français, 1930-1960, Paris, Flammarion, 2000 ; réédité en 2010 sous le titre Ciné-club : portraits, carrières et destins de 250 acteurs du cinéma français, 1930-1960.

Liens externesModifier