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Rachel Félix

actrice française
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Rachel FélixRachel
Description de cette image, également commentée ci-après
William Etty, Mademoiselle Rachel (entre 1841 et 1845),
York Art Gallery.
Surnom Mlle Rachel
Nom de naissance Élisabeth-Rachel Félix
Naissance
Mumpf (Suisse)
Décès (à 36 ans)
Le Cannet
Lieux de résidence Paris
Activité principale Actrice
Lieux d'activité Paris

Scènes principales

Élisabeth-Rachel Félix, dite Rachel ou Mlle Rachel, est une actrice née le à Mumpf (Suisse) et morte le au Cannet (France). Grande tragédienne, elle fut un modèle pour Sarah Bernhardt.

Sommaire

BiographieModifier

Fille de Jacob Félix, colporteur ambulant juif né à Metz (1796-1872), et d'Esther-Thérèse Hayer née à Gerstheim (1798-1873), Élisabeth Félix naît à Mumpt en Suisse, dans une auberge où sa mère s'est arrêtée, trop fatiguée pour continuer jusqu'à Endingen, la seule localité de la région qui tolère le séjour de juifs. Elle est la seconde fille, après Sarah, du couple qui aura encore un fils, Raphaël, et trois filles[1].

Sa famille misérable erre de ville en ville à la poursuite d'une pitance que leur apportent la vente de colportage du père et celle des colifichets de la mère. Elisabeth Félix vit une partie de sa jeunesse à Hirsingue, dans le sud de l'Alsace (Sundgau).

Comme d'autres parents miséreux de cette époque, le père considère ses enfants comme une source revenus : Elisabeth chante en s'accompagnant à la guitare avec sa sœur aînée Sarah, récite et mendie dans les rues des villes (d'Alsace, puis à Besançon, Lyon, Saumur…) que ses parents traversent avant leur arrivée à Paris en 1831, où la famille s'installe dans un mauvais logement rue des Mauvais Garçons, puis place du Marché-Neuf dans l'île de la Cité.

Analphabète, Élisabeth Félix suit alors les cours du musicien Alexandre-Étienne Choron et de Saint-Aulaire, et prend quelques cours d'art dramatique au Conservatoire. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle débute en janvier 1837 au théâtre du Gymnase. Delestre-Poirson, le directeur, lui fait prendre comme nom de scène Rachel, nom qu'elle adopte dès lors également dans sa vie privée. Auditionnée en mars 1838, elle entre au Théâtre-Français à l'âge de 17 ans. Son succès est immédiat. Elle débute dans le rôle de Camille d'Horace, dont la recette s'élève à 735 francs le premier soir, pour atteindre dix-huit jours plus tard, la somme de 4 889,50 francs.

 
Rachel dans Le Cid (rôle de Chimène).

Son interprétation des héroïnes des tragédies de Corneille, Racine et Voltaire la rendent célèbre et adulée, et remettent à la mode la tragédie classique, face au drame romantique. Elle créa un modèle nouveau d'actrice et de femme et fut une des femmes les plus célèbres de son siècle. Elle fut ainsi portraiturée, entre autres, par le sculpteur Jean-Auguste Barre.

Elle ne fait toutefois pas l’unanimité en raison, paradoxalement, de ses indéniables talents d’actrice. Ainsi, Victor Hugo qui « admire Rachel sans passion », aime citer le mot de Frédérick Lemaître[2] : « Rachel ? la perfection, et rien de plus ! »

En 1850, elle est reçue par le roi de Prusse qui lui fait élever dans le parc du château de l'île des Paons, près de Potsdam, une statue qui sera détruite par les nazis en 1935[1].

Elle eut deux fils : Alexandre (3 novembre 1844 - 20 août 1898), du comte Walewski, fils de Napoléon et de Marie Walewska, et Gabriel (26 janvier 1848 - ?) d'Arthur Bertrand, fils du maréchal Bertrand.

Rachel meurt le des suites d'une tuberculose, entouré par dix représentants du Consistoire de Nice et en prononçant la prière du Shema Israel. Lors de ses derniers moments, elle demanda à sa sœur Sarah d'appeler le grand rabbin de France, Lazare Isidor, à Paris pour venir à son chevet, qui arriva trop tard[1],[3].

 
Rachel, gravure d'après le tableau de Charles Müller.

Elle repose dans le carré juif du cimetière du Père-Lachaise (division 7). Malgré de nombreuses pressions - Chateaubriand ne cessa d'argumenter pour la convertir au christianisme et son dernier amant essaya même de la convertir en ses derniers instants -, elle avait voulu conserver durant les trente-sept années de sa vie, la foi de ses ancêtres[1],[4].

RôlesModifier

Au Théâtre-Français :
 
Édouard Dubufe, Madame R. ou Rachel dans le rôle de Camille (vers 1850), Comédie-Française, Paris.
  • 1838 : Camille dans Horace de Corneille (12 juin au 11 septembre) ; Émilie dans Cinna de Corneille (27 septembre) ; Hermione dans Andromaque de Racine (4 septembre) ; Aménaïde dans Tancrède de Voltaire ; Ériphile dans Iphigénie en Aulide de Racine ; Monime dans Mithridate de Racine ; Roxane dans Bajazet de Racine (23 novembre), l'un de ses meilleurs rôles ;
  • 1839 : Esther dans Esther de Racine (29 février 1839) ; Laodice dans Nicomède de Corneille (9 avril) ; Dorine dans Tartuffe de Molière (30 avril) ;
  • 1840 : Pauline dans Polyeucte martyr de Corneille (15 mai) ; première tournée en France en été (Rouen, Le Havre, Lyon) ; Marie Stuart dans Marie Stuart de Lebrun (22 décembre) ;
  • 1841 : tournée en Belgique et en Angleterre (été) ;
  • 1842 : Chimène dans Le Cid de Corneille (19 janvier) ; Ariane dans Ariane de Thomas Corneille (7 mai) ; tournée en Angleterre et en Belgique (été) ; Frédégonde dans Frédégonde et Brunehaut de Lemercier (5 novembre) ;
  • 1843 : Phèdre dans Phèdre de Racine (21 janvier) ; Judith dans Judith de Girardin (24 janvier) ; tournée à Rouen, Marseille et Lyon (été) ;
  • 1844 : Bérénice dans Bérénice de Racine (6 janvier) ; Isabelle dans Don Sanche d'Aragon de Corneille (17 janvier) ; Catherine dans Catherine II de Romand (25 mai) ; Marinette dans Le Dépit amoureux de Molière (1er juillet) ; tournée en Belgique (été) ;
  • 1845 : Virginie à Brest (3 juillet) ; Polyeucte à Nancy (25 août) ;
     
    Statue de Rachel.
  • 1846 : tournée aux Pays-Bas, à Liège et à Lille (juin) ; tournée à Londres (juillet-août) ;
  • 1847 : la Muse sérieuse dans L'Ombre de Molière (15 janvier) ; Fatine dans Le Vieux de la montagne (6 février) ; Athalie de Racine (5 mars) ; tournée à Londres, aux Pays-Bas et à Liège (mai-juin) ;
  • 1848 : Horace (13 mars ; tournée à Amsterdam (juin-octobre) ; Britannicus (octobre) ;
  • 1849 : Andromaque (janvier) ; Lesbie dans Le Moineau de Lesbie (22 mars) ; Adrienne Lecouvreur (14 avril) ; tournée dans l'ouest et le sud-ouest de la France (29 mai au 31 août) ;
  • 1850 : Mlle de Belle-Isle (25 janvier) ; Thisbé dans Angelo (18 mai) ; Lydie dans Horace et Lydie (19 juin) ; tournée à Londres, Hambourg, Berlin, Potsdam, Brême, Vienne, Munich (juillet-octobre) ;
  • 1851 : tournée ;
  • 1853 : tournée ;
  • 1854 : tournée à Varsovie, Saint-Pétersbourg au théâtre Michel et Moscou (janvier-avril) ;
  • 1855 : tournée à New York et aux États-Unis (septembre-décembre) et à Cuba, dissolution de la troupe (décembre).

AnecdotesModifier

 
Tombe de Rachel au cimetière du Père-Lachaise (division 7).

Alors qu'elle est présentée à Châteaubriand vieillissant chez Madame Récamier en 1840, il déplore :

« Quel chagrin de voir naître une si belle chose, quand on va mourir.

- Mais, monsieur le Vicomte, il y des hommes qui ne meurent pas ! », lui répond-elle[4].

La mort de Rachel eut la conséquence juridique inattendue de contribuer à l'édification de la jurisprudence sur le droit à l'image. C'est en effet à l'occasion d'un contentieux relatif à la publication d'un dessin[5] représentant l'actrice sur son lit de mort et exécuté à partir d'une photographie de la scène[6], que le tribunal civil de la Seine, saisi par la sœur de l'actrice, rendit le 16 juin 1858 l'une de ses premières décisions sur la question[7].

GalerieModifier

BibliographieModifier

  • Ariane Charton, Alfred de Musset, coll. « Folio » (biographie), Gallimard, Paris, 2010.
  • Agnès Akérib, Mademoiselle Rachel, l'étoile filante, TriArtis éditions, 2010.
  • M-P. Hamache et C. Lévy, « Elisa Rachel Félix, dite Rachel » in Archives Juives, Revue d'histoire des Juifs de France, N° 32/2, 2e semestre 1999.
  • Frédéric Tournoux, Mademoiselle Rachel. Solitudes d'une tragédienne, éditions Glyphe, 2012.

IconographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d « Elisa Rachel Félix, dite RACHEL », sur Judaïsme SDV
  2. Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo, Paris, Hachette-BnF (réédition de 1885), , 345 p. (ISBN 9782011873170), p. 193
  3. M-P. Hamache et C. Lévy, « Elisa Rachel Félix, dite Rachel » in Archives Juives, Revue d'histoire des Juifs de France, N° 32/2, 2e semestre 1999.
  4. a et b Jacqueline Mathilde Baldran, « Juliette Récamier - Une éclatante maturité », sur Les Conférences de Mathilde
  5. Reproduction du dessin de O'Connell sur Médias 19.
  6. « Rachel sur son lit de mort » sur ader-paris.fr.
  7. Tribunal de la Seine, 16 juin 1858, DP 1858.3.62 cité dans André Roux, La Protection de la vie privée dans les rapports entre l'État et les particuliers, Economica, Paris, 1983, p.12.
  8. Inv. : ND 0442[réf. insuffisante].

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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