Nécropole des Rabs

site archéologique en Tunisie

Nécropole des Rabs
Image illustrative de l’article Nécropole des Rabs
Sarcophage dit de la prêtresse, sur une aquarelle réalisée en 1903 par Auguste-Émile Pinchart.
Localisation
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Histoire
Époque Ve-IIe siècle av. J.-C.

La nécropole des Rabs, appelée aussi nécropole de Sainte-Monique ou encore nécropole de Bordj-Djedid ou Jebel Louzir, est un cimetière d'époque punique situé sur le site archéologique de Carthage en Tunisie, et qui a fait l'objet de fouilles à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

Fouillé par Alfred Louis Delattre dans les conditions de fouilles usuelles à l'époque mais très dommageables pour la compréhension globale du site, le cimetière réservé à une classe sociale privilégiée de la cité punique a livré des sarcophages de marbre, qui constituent des pièces maîtresses du musée national de Carthage et du musée du Louvre, et un riche mobilier dont des bijoux et des céramiques, le tout constituant selon Tlatli « les plus merveilleux chefs-d’œuvre de tout l'art punique ».

Le site archéologique de la nécropole n'existe plus au début du XXIe siècle.

Localisation et étymologieModifier

 
Plan des vestiges conservés du site archéologique de Carthage : la nécropole se situait à l'est du no 13 (citernes de Bordj Djedid).

Le secteur occupé par la nécropole des rabs est « une région escarpée et périphérique » de la cité punique[H 1].

La nécropole est baptisée ainsi par Alfred Louis Delattre en référence aux « hauts dignitaires sacerdotaux »[L 1]. Le terme, utilisé dans des contextes différents, est lié aux difficultés d'étude de la constitution de la cité punique. Le mot rab cité par les inscriptions signifie de façon générique « chef »[I 1].

Le site est situé sur la colline Sainte-Monique, entre le plateau de Bordj-Djedid (Le « Fort Neuf » en langue arabe[K 1]) et le couvent de Sainte-Monique[A 1],[H 2]. Une localisation plus précise est rendue difficile par l'absence de méthodologie lors des fouilles menées sous la direction d'Alfred Louis Delattre et surtout du fait de l'abandon ultérieur du site des fouilles[H 3]. Le fouilleur n'a laissé « aucun plan, aucun croquis, aucune indication précise », la nécropole était sans doute d'« une aire assez étendue »[L 1].

HistoireModifier

Histoire antiqueModifier

Les premières nécropoles de Carthage sont localisées sur les collines de Byrsa, Junon, Dermech et Douimès du VIIIe au Ve siècle av. J.-C.. A partir du IVe siècle av. J.-C. des nécropoles occupent les collines du théâtre, de l'odéon et de Sainte-Monique mais également des secteurs plus proches de la mer, comme au lieu-dit Ard el-Khéraïb[N 1].

La zone est occupée par une vaste nécropole de tombeaux creusés[H 4]. Hélène Bénichou-Safar recense dans son ouvrage publié en 1982 et prenant en compte les travaux jusqu'en 1977[K 2] plus de 3 000 tombes fouillées pendant un siècle sur le site archéologique de Carthage[K 3]. Fantar pense que le chiffre peut aller jusqu'à 3 500[N 1]. Les fouilleurs de la nécropole des Rabs ont exploré environ 1 000 caveaux, qui étaient alignés[H 2]. Les nécropoles de Carthage couvraient environ 60 ha et Tlatli donne à la cité punique une superficie supérieure à 300 ha[L 2]. Le rite de l'inhumation domine à Carthage à l'époque haute, en relation avec « un mélange important de la population avec les indigènes libyens » selon Serge Lancel, même si l'incinération existe dans certaines nécropoles de la cité punique[O 1]. Les défunts incinérés étaient placés dans des amphores et ceux inhumés dans des fosses ou des puits, soit en cercueil soit à même le sol. L'accès aux chambres se faisait soit par des puits soit par des accès de type dromos[O 2]. Le plafond des tombes les plus riches pouvait posséder un plafond de bois comme dans la tombe de Yada'milk[O 3]. L'incinération domine à partir du Ve siècle av. J.-C. soit pour un aspect spirituel soit pour des raisons de manque de place selon Serge Lancel ; cependant « l'inhumation dans de grandes chambres funéraires subsiste ». Les dotations en mobilier évoluent également, entre des tombes dotées et d'autres ne disposant que de peu de choses pour accompagner les défunts, en relation avec deux croyances relatives à l'outre-tombe selon Hélène Bénichou-Safar[O 4]. Les restes des personnes incinérées étaient déposés dans des ossuaires[P 1]. La coexistence des rites est également relevée sur le site archéologique de Motyé[P 1].

À partir du VIe siècle av. J.-C. les tombes à puits apparaissent à Carthage, d'une profondeur variée. Selon Ennabli la nécropole est occupée du Ve au IIe siècle av. J.-C. mais surtout au IVe-IIIe siècle av. J.-C.. Un tiers des tombes date du IVe et deux tiers du IIIe siècle av. J.-C.[H 2]. Selon Salah-Eddine Tlatli la nécropole de la colline de Sainte-Monique est datée du IIIe siècle av. J.-C.[L 3]. Les puits sont profonds en moyenne de 12 m dans cette nécropole mais peuvent être beaucoup plus profonds, jusqu'à 27 m[M 1]. Les puits pouvaient comporter plusieurs chambres funéraires, destinées par exemple à des couples. Ces chambres mesurent 2,20 m sur 2,80 m sur une hauteur de 1,90 m[L 4]. L'emplacement de la sépulture était marqué par une pierre ou un cippe[L 4], pourvu ou non d'inscriptions destinées à « prolonger le souvenir du défunt »[M 2]. Les « monuments extérieurs » avaient disparu[L 1]. Il y avait peut-être des édifices monumentaux, des mausolées comme celui de Dougga, Sabratha ou le Medracen parmi d'autres exemples parvenus jusqu'à nous ; en effet des éléments d'architecture ont été retrouvés lors des fouilles sur le site d'Ard el-Khéraïb ou Byrsa. Les stèles anthropomorphes utilisées à partir du IVe siècle av. J.-C. ont également été retrouvées[N 2], figurant un personnage dans une attitude de prière[P 2]. Delattre a décrit un édifice recouvrant plusieurs puits funéraires[M 3].

Les tombes sont creusées en prenant en compte la nature de la roche[M 4]. Certaines parois étaient pourvues d'un décor d'enduits, et Delattre a noté une corniche à l'entrée d'une chambre voire dans les chambres. Un enduit de stuc était parfois présent sur les parois[N 3]. Des épitaphes étaient parfois gravées sur des dalles incrustées à l'entrée des tombes[N 2].

Les défunts étaient enveloppés dans un linceul et déposés sur une banquette ou dans un cercueil[P 1] voire des auges[M 4]. L'intérieur des sépultures possédait des accessoires, niches et banquettes de formes très variées[N 4]. Certains tombeaux comportent jusqu'à huit défunts et sont « un caveau de famille ». Les puits pouvaient être comblés sable blanc ou de sable rouge en provenance de Sidi Bou Saïd, ou alors posséder un système d'obturation de dalles[M 5].

La nécropole est utilisée à partir du Ve-IVe siècle av. J.-C. et cela jusqu’à la destruction de la cité punique en 146 av. J.-C.[A 1]. Au IIIe – IIe siècle, les rites funéraires utilisés sont l'incinération et l'inhumation ; les défunts étaient accompagnés dans leur dernière demeure par des bijoux d'or, des ivoires sculptés, des vases de bronze et de céramiques siciliennes ou étrusques[A 2].

La nécropole accueillait les sépultures de la haute société carthaginoise[B 1],[L 5]. Le cimetière des Rabs aurait accueilli les prêtres et les prêtresses de Carthage[A 1].

 
Groupe de statuettes de terre cuite représentant Déméter.

Le site de la nécropole n'est pas occupé de façon dense à l'époque romaine. Le site a accueilli un édifice en opus reticulatum identifié comme un « fanum de Cérès » par Delattre[H 5]. La découverte de statuettes de terre-cuite d'époque punique dédiées à Déméter a entraîné l'hypothèse que le temple de Déméter consacré à Carthage au début du IVe siècle pour réparer la destruction d'un temple à la même divinité lors des guerres siciliennes. Cette hypothèse, balayée par Stéphane Gsell, peut cependant être étayée par la découverte d'éléments architecturaux : un chapiteau stuqué est découvert par Charles Saumagne, un autre est retrouvé par un militaire et déposé au musée du Bardo en 1926. Gilbert Charles-Picard, Alexandre Lézine puis Naïdé Ferchiou acceptent l'hypothèse d'un temple. Pierre Cintas évoque un temple ayant existé de l'époque punique à l'époque romaine[H 6].

RedécouverteModifier

 
Carte postale ancienne figurant la sortie d'un sarcophage lors des fouilles de la nécropole par Alfred Louis Delattre.

À partir de 1878 et jusqu'en 1906, les nécropoles de Carthage sont fouillées par Alfred Louis Delattre : la colline de Junon, Byrsa, Douïmès, Bordj Djedid et Sainte-Monique sont explorés[L 6]. Paul Gauckler explore une partie des nécropoles en parallèle[N 1].

La nécropole est découverte en 1897[H 2], même si des tombes sont signalées par des « chercheurs de pierres »[M 6]. Le site est fouillé par son découvreur de façon « intensive et exclusive »[H 2] entre 1898 et 1905[H 3] ou 1906, avec une « rapidité déconcertante »[L 7] dans des conditions déplorables au vu des conditions actuelles mais conformes en tous points à ce qui se pratiquait au début du XXe siècle[G 1]. L'architecture des sépultures n'est que très peu étudiée[N 5].

Un plan partiel est publié dans un numéro de la revue Cosmos en 1904[H 2]. La finalité des fouilles était de dégager du matériel funéraire afin d'« enrichir les collections de son musée »[H 4]. Les campagnes livrent « un immense butin »[H 3]. Cependant, certains considèrent Alfred Louis Delattre comme fautif du fait de son amateurisme, puisqu'aucun plan de la nécropole n'a été levé. Les fouilles sont financées alors par l'Académie des inscriptions et belles-lettres[D 1]. La « vente des doubles sans grand intérêt » constitue également une ressource[L 8]. De nombreux éléments de céramique ordinaire sont alors détruits « délibérément »[N 2].

En 1898, le fouilleur retrouve un sarcophage de marbre peint[C 1], puis un second en [C 2]. Le , au fond d'un puits profond de 12 m[L 9], voit la découverte d'un sarcophage de femme se cachant le visage à l'aide d'un voile[C 3] et qui abritait deux corps[C 4] et aussi celui du prêtre[C 5]. Une sépulture abritant deux sarcophages a été fouillée également en , mais a été violée. Le sarcophage masculin portait au moment de la découverte la trace d'un long insigne de la dignité du personnage selon le fouilleur[C 6]. La femme inhumée dans le second sarcophage devait être âgée, au moment de son décès, car la dentition était abîmée[C 7].

 
Sortie d'un sarcophage anthropomorphe dans la nécropole des rabs, avec le père Delattre au premier rang à droite.

Le un sarcophage en marbre représentant un prêtre bénissant est retrouvé, la tombe livrant un coffret d'ivoire avec des objets de bronze[L 1].

Alfred Louis Delattre propose d'offrir l'un des sarcophages au musée du Louvre, le choix devant être opéré par l'institution entre diverses œuvres[D 2]. L'administration demande à faire entrer deux sarcophages dans ses collections, le départ est accepté par Alfred Louis Delattre et le service des antiquités et des arts de Tunisie[D 3]. Une copie en plâtre est déposée alors au musée de Carthage[L 8].

La découverte fait sensation et l'enthousiasme des spécialistes est immédiat, ainsi Paul Gauckler qui qualifie le sarcophage de la prêtresse de « la plus grande importance pour l'histoire de l'art antique »[L 10].

Les trouvailles sont publiés par Delattre dans la revue Cosmos[H 2] ou dans les comptes rendus de l'académie des inscriptions et belles lettres, voire dans d'autres publications « de moindre importance, aujourd'hui introuvables »[M 7]. Les figures de terre-cuite sont déposées au musée de Carthage mais non cataloguées, d'autres rejoignent le musée du Bardo par l'entremise de la Société des amis de ce dernier[H 6].

Le site est remblayé grossièrement après les fouilles et abandonné, « on perdit jusqu'à la trace de son existence et de son emplacement »[H 3]. Des fouilles d'urgence sont menées en 1950 puis 1951, une autre en 1967 sur le chantier d'une villa permet de fouiller 13 tombes dont le matériel est daté du IVe-IIIe siècle av. J.-C.. Des travaux dans la zone du palais présidentiel de Carthage dans les années 1990 laissent apparaître des vestiges puniques mais sans fouilles[H 7].

Une partie méconnue de la nécropole est signalée en 2015, à la suite de fouilles préventives préalables à la construction d'une villa aux abords du palais présidentiel et de la villa Baizeau de Le Corbusier. Les vestiges non fouillés par manque de moyens semblent toutefois préservés[1].

Le dossier des nécropoles puniques de Carthage est réouvert par Hélène Bénichou-Safar qui publie Les tombes puniques de Carthage en 1982[H 4]. Son étude permet de réunir « la documentation éparse à disposition »[O 5]. Cependant, Hélène Bénichou-Safar effectue un recensement et ne propose pas d'interprétation chronologique[L 11]. Par ailleurs, les fouilles menées sur la colline de Byrsa dans les années 1970 dans le cadre de l'action de l'UNESCO « pour sauver Carthage » permet des fouilles méthodiques de sépultures puniques datées du VIIe-VIe siècle av. J.-C.[O 5].

DécouvertesModifier

Mobilier funéraire et artefacts diversModifier

Les fouilles ont livré un mobilier divers : vases et céramiques diverses, statuettes, amulettes, bijoux, sarcophages, ossuaires et stèles[H 2]. Les céramiques pouvaient être soit de provenance locale, parfois de qualité médiocre[M 8] soit importées. Les bijoux pouvaient être en métal précieux et comporter des pierres diverses. La pâte de verre était également répandue. Les sépultures pouvaient contenir aussi des éléments de fer, bronze et plomb. Les tombent comportent également des monnaies à partir du IVe siècle av. J.-C.[N 4], en relation avec les contacts avec la Sicile grecque[M 9]. Les défunts étaient accompagnés également d'aliments dans des poteries et de nécessaires de toilette[P 1]. Parmi les céramiques on trouve des biberons et des askoi, et également des lampes de type grec[M 10].

Le secteur a livré des statues de marbre d'époque romaine représentant Cérès et Esculape, ainsi que des éléments d'architecture et inscriptions déposés au musée national de Carthage par Delattre[H 5]. La même zone a livré dans les années 1920 une favissa contenant des statuettes de terre-cuite d'époque punique représentant Déméter et également des brûle-parfums anthropomorphes[H 6]. Une autre terre-cuite figurant une Néréide sur un hippocampe a également été découverte[H 6].

Les brûle-parfums anthropomorphes sont datés du IIIe siècle av. J.-C. et liés au culte de Déméter selon Bénichou-Safar[H 6].

Les sépultures ont livré des objet d'or, argent, bronze, ivoire et céramique de grande qualité[L 9]. Les oeufs d'autruche et les protomés faisaient partie également du mobilier funéraire[O 4].

Des inscriptions ont également été retrouvées, sur des vases qui ont souvent disparu mais aussi sur des « plaques de calcaire blanc et noir ». Le musée de Carthage conserve une collection d'épitaphes[N 6]. Les épitaphes funéraires contiennent le nom et la filiation des défunts, sa profession ou rôle public ; dans celles des femmes le nom de leur époux était figuré[N 2],[O 6].

SarcophagesModifier

Les fouilles ont livré une quinzaine de sarcophages d'influence grecque, datés du IVe – IIIe siècle av. J.-C., qui ont des parallèles en Italie du Sud et à Athènes[B 1]. Le site a livré également des éléments ayant subi des influences égyptiennes, étant en forme de momie[P 3].

Les sarcophages étaient en calcaire monolithe et décorés[L 4]. Les sarcophages retrouvés étaient en bois, grès, pierre et marbre[H 2]. Certains sarcophages de bois étaient fragmentaires et parfois seule la trace a été retrouvée[N 4]. Les fouilles ont permis d'en retrouver des éléments, fragments, ferrures et poignées[P 1].

Sarcophages au couvercle sculptéModifier

 
Sarcophages de la nécropole des Rabs conservés dans la salle de Carthage du musée du Louvre.
 
Détail du sarcophage de la prêtresse de Carthage au Louvre.
 
Détail du sarcophage du prêtre au Louvre.

Le site a également livré quatre sarcophages au couvercle sculpté[B 1] et peint, en calcaire ou en marbre[A 1], de même qu'un ossuaire représentant un prêtre dans la même posture et vêtu de façon similaire aux grands sarcophages[E 1], retrouvé en 1898[C 8].

L'usage des sarcophages par les Phéniciens est très ancien et s'inspire de l'Égypte antique[F 1]. Le mort est figuré debout mais en position horizontale[F 2],[C 9].

Deux sarcophages figurent un prêtre vêtu d'une tunique, la main droite levée en guise d'adoration et la main gauche pourvue d'une cassolette d'encens[A 1],[P 4]. Le geste de prière est fréquent dans la civilisation carthaginoise[G 2]. Le visage du prêtre est calme[E 2], « grave et solennel »[C 5]. La représentation en ronde bosse et l'usage de la peinture donnent à l'œuvre un « expression de vitalité extraordinaire »[C 8]. L'homme porte une robe et une épitoge sur l'épaule ; son visage est expressif[P 4].

Un caveau qui a livré un sarcophage de prêtre a aussi livré le sarcophage dit de la prêtresse[E 3], les couvercles ayant été brisés par les voleurs mais fort heureusement sans endommager les visages des personnages[C 10].

Le sarcophage de la prêtresse appelé aussi sarcophage de la prêtresse ailée est « le plus remarquable »[P 3] et porte une femme avec des ailes d'oiseaux et figurant peut-être la déesse Tanit ; l'une des mains tient une colombe la tête en bas en signe de deuil et l'autre main un vase à parfum[A 1] ou un coffret[P 4], avec « un air de majesté et de grandeur »[C 6]. Elle porte une coiffure égyptienne et les ailes semblent rappeler les attributs d'Isis ou Nephtys[2]. Ces ailes se croisent sur les genoux[P 5]. L’œuvre, en ronde bosse, représente une femme en « costume vraisemblablement sacerdotal »[P 3]. La tête est d'« une beauté impersonnelle ». La femme est voilée[P 3]. L’œuvre était couverte de « couleurs vives »[P 4].

L'influence grecque est visible derrière les insignes égyptiens[C 11]. Le sarcophage de la prêtresse est, selon Hédi Dridi, « un véritable manifeste de l'éclectisme punique »[B 1]. Ce type de sarcophage se retrouve en bois dans des découvertes de Carthage et de Kerkouane et a pu inspirer les œuvres étrusques[F 2].

Un autre sarcophage est en ronde-bosse[P 4]. Le sarcophage féminin du Louvre fait voir une prêtresse qui se couvre avec un voile, selon une parenté stylistique évidente avec des œuvres grecques du IVe siècle av. J.-C.[D 1]. L'« attitude pleine de pudeur et de grâce » de la jeune femme est soulignée par Antoine Héron de Villefosse, l'œuvre étant travaillée et la personne étant représentée vivante[C 12].

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Sarcophages en forme de temple grecModifier

 
Sarcophage en marbre conservé au musée national de Carthage.

Certains sarcophages dénotent une influence grecque avec une cuve rectangulaire et un couvercle semblable à un toit[P 3].

Ils ont l'aspect d'un temple grec avec des acrotères[C 13] et frontons pourvus de peintures effacées après leur découverte. Ils ont peut-être été réalisés à Carthage par des Grecs immigrés[A 3]. L'origine grecque est probable mais destinée à des commanditaires puniques[E 2]. Le sarcophage, cuve et couvercle, forme « l'image de la demeure du mort »[C 13].

InterprétationModifier

Place des nécropoles dans la civilisation carthaginoiseModifier

La civilisation carthaginoise accordait une grande importance à la « demeure éternelle ». Les puits avaient comme but de dissuader les pilleurs. Les défunts étaient inhumés dans des cercueils de bois ou des sarcophages, ou à même la chambre funéraire[L 12], selon leur rang social[N 4]. Le soin donné aux morts est le signe d'« une vie spirituelle profonde »[L 13]. La tombe est considérée comme « un lieu de paix, de repos, ou comme un lieu d'éternité pour le mort »[O 4]. Le mobilier funéraire est destiné à lui rappeler sa vie ou à le protéger des « forces mauvaises ». Il y avait peut-être la croyance dans « une certaine survivance »[O 7]. La tombe est alors « une réplique de la demeure des vivants »[M 11].

Les chambres funéraires, du fait d'un « besoin d'austérité mystique » n'étaient pas pourvues de décor sauf une tombe découverte au Jbel Mlezza, non loin de Kerkouane[L 12]. Cette tombe figure un décor peint avec un coq allant d'un mausolée à une ville : M'hamed Hassine Fantar l'interprète comme « le voyage de l'âme (...) vers la cité des morts »[O 7].

Le mobilier funéraire comportait « six pièces classiques » : une lampe, une patère, deux jarres et deux oenochoés. Les aliments étaient figurés par des représentations en argile[L 12]. Les sépultures féminines comportaient de nombreux éléments liés à la beauté : boîtes à fard, fioles à parfum, bijoux et parures, etc, destinés à « une dernière toilette »[L 14]. Le mobilier funéraire change au cours du temps, passant d'une influence égyptisante à une influence hellénique. Les sépultures deviennent luxueuses au IVe siècle avant J.-C. avec la présence de monnaies, constituant peut-être une obole à Charon[L 15]. Tlatli considère après Gsell que les pratiques funéraires restent orientales même si « superficiellement teintées par la vogue passagère de certaines modes hellénisantes »[L 16]. Tlatli évoque un cosmopolitisme de la cité avec des « courants d'influence grecque, égyptienne, phénicienne, étrusque ou libyque »[L 13].

Une nécropole parmi d'autres mais aux caractères marquésModifier

Les nécropoles se situaient hors des limites de la cité, comme dans « la plupart des cités antiques de la Méditerranée gréco-latine ». La difficulté du site de Carthage est la méconnaissance du tracé de la muraille, même si les collines de nécropoles furent intégrées à l'espace protégé par cette dernière pour des raisons stratégiques[N 7]. Les nécropoles formaient un « demi-cercle autour de la plaine littorale »[O 5].

Le site de Carthage possédait d'autres nécropoles dont certaines proches de la nécropole des Rabs, comme celle dite d'Ardh el Khèraib située également sur la colline de Bordj Djedid[H 4],[H 8]. La nécropole des rabs comporte davantage de tombes à puits[H 9].

La nécropole des rabs est marquée par une « influence hellénistique » contrairement à deux autres nécropoles, Dermech et Douïmès marquées quant à elles par « une influence égyptienne et asiatique »[H 9]. Selon Gauckler, avec le culte de Déméter et Perséphone au début du IVe siècle av. J.-C., la religion punique est modifiée profondément ce qui a des conséquences dans les rites funéraires. Tlatli évoque pour sa part une fidélité aux traditions orientales jusqu'à la destruction de la cité punique, même si « superficiellement teintées par la vogue passagère de certaines modes hellénisantes »[L 16]. Cintas évoque un « monde hellénisé » même si persiste « un substratum de culture resté punique ». Cette hellénisation est liée à l'introduction de cultes grecs et aux contacts avec le la Sicile grecque[M 12]. Les emprunts religieux étaient destinés à mieux protéger les défunts[M 13].

Les objets trahissent une influence égyptienne, avec des amulettes figurant Anubis, Bès, Osiris, etc.[L 5].

La nécropole des rabs est celle qui a livré le plus d'épitaphes sur le site de Carthage[M 2].

Témoignage de l'apogée avant la fin de la cité puniqueModifier

Les nécropoles qui suivent celle des rabs, en particulier sur la colline de l'odéon, sont beaucoup plus pauvres et il n'y a pas de bijoux. C'est selon Tlatli « une ville ruinée, inquiète, réduite à priver les morts des derniers hommages des vivants »[L 17].

Notes et référencesModifier

  • Carthage (1951)
  1. a b c d e et f Picard 1951, p. 58.
  2. Picard 1951, p. 59.
  3. Picard 1951, p. 58-59.
  • Carthage et le monde punique
  1. a b c et d Dridi 2006, p. 213.
  • Les sarcophages peints trouvés à Carthage
  • Lettre du R. P. Delattre et don au Musée du Louvre de deux sarcophages découverts à Carthage
  • Histoire générale de la Tunisie, vol. I « L'Antiquité »
  1. Slim et al. 2003, p. 103.
  2. a et b Slim et al. 2003, p. 39.
  3. Slim et al. 2003, p. 84.
  • Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique
  1. Lipinski 1992, p. 391.
  2. a et b Lipinski 1992, p. 392.
  • Carthage : la cité punique
  • Carthage « les travaux et les jours »
  1. Ennabli 2020, p. 176.
  2. a b c d e f g h et i Ennabli 2020, p. 174.
  3. a b c et d Ennabli 2020, p. 169.
  4. a b c et d Ennabli 2020, p. 171.
  5. a et b Ennabli 2020, p. 176-177.
  6. a b c d et e Ennabli 2020, p. 177.
  7. Ennabli 2020, p. 175-176.
  8. Ennabli 2020, p. 174-175.
  9. a et b Ennabli 2020, p. 175.
  • Carthage : Archéologie et histoire d'une métropole méditerranéenne 814 avant J.-C.-1270 après J.-C.
  • Carthage retrouvée
  • Les tombes puniques de Carthage : topographie, structures, inscriptions et rites funéraires
  • La Carthage punique. Étude urbaine : la ville, ses fonctions, son rayonnement
  1. a b c et d Tlatli 1978, p. 223.
  2. Tlatli 1978, p. 229.
  3. Tlatli 1978, p. 223-224.
  4. a b et c Tlatli 1978, p. 217.
  5. a et b Tlatli 1978, p. 224.
  6. Tlatli 1978, p. 205.
  7. Tlatli 1978, p. 206.
  8. a et b Tlatli 1978, p. 208.
  9. a et b Tlatli 1978, p. 225.
  10. Tlatli 1978, p. 227-228.
  11. Tlatli 1978, p. 209.
  12. a b et c Tlatli 1978, p. 218.
  13. a et b Tlatli 1978, p. 230.
  14. Tlatli 1978, p. 218-219.
  15. Tlatli 1978, p. 219-221.
  16. a et b Tlatli 1978, p. 222.
  17. Tlatli 1978, p. 228-229.
  • Manuel d'archéologie punique
  1. Cintas 1976, p. 357-358.
  2. a et b Cintas 1976, p. 359.
  3. Cintas 1976, p. 360-361.
  4. a et b Cintas 1976, p. 358.
  5. Cintas 1976, p. 358-359.
  6. Cintas 1976, p. 356.
  7. Cintas 1976, p. 363-364.
  8. Cintas 1976, p. 364-365.
  9. Cintas 1976, p. 363.
  10. Cintas 1976, p. 365.
  11. Cintas 1976, p. 360.
  12. Cintas 1976, p. 362.
  13. Cintas 1976, p. 362-363.
  • Carthage : approche d'une civilisation
  1. a b et c Hassine Fantar 1998, p. 155.
  2. a b c et d Hassine Fantar 1998, p. 159.
  3. Hassine Fantar 1998, p. 157-158.
  4. a b c et d Hassine Fantar 1998, p. 158.
  5. Hassine Fantar 1998, p. 156.
  6. Hassine Fantar 1998, p. 158-159.
  7. Hassine Fantar 1998, p. 159-160.
  • Carthage
  1. Amadasi Guzzo 2007, p. 78-79.
  2. Amadasi Guzzo 2007, p. 79.
  3. Amadasi Guzzo 2007, p. 79-80.
  4. a b et c Amadasi Guzzo 2007, p. 80.
  5. a b et c Amadasi Guzzo 2007, p. 78.
  6. Amadasi Guzzo 2007, p. 80-81.
  7. a et b Amadasi Guzzo 2007, p. 81.
  • Carthage
  1. a b c d et e Hours-Médian 1982, p. 81.
  2. Hours-Médian 1982, p. 81-82.
  3. a b c d et e Hours-Médian 1982, p. 82.
  4. a b c d et e Hours-Médian 1982, p. 83.
  5. Hours-Médian 1982, p. 82-83.

BibliographieModifier

Ouvrages généraux ou sur CarthageModifier

Ouvrages consacrés aux fouilles ou aux découvertesModifier

  • Hélène Bénichou-Safar, Les tombes puniques de Carthage : topographie, structures, inscriptions et rites funéraires, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, coll. « Études d'antiquités africaines », , 437 p. (ISBN 2-222-02914-7, lire en ligne).
  • Alfred Louis Delattre, « Carthage. Nécropole punique voisine de Sainte-Monique. Deux sarcophages anthropoïdes en marbre blanc », CRAI, vol. 47, no 1,‎ , p. 23-33 (lire en ligne, consulté le ).
  • Alfred Louis Delattre, « Découvertes dans la nécropole des Rabs à Carthage », CRAI, vol. 67, no 4,‎ , p. 304-305 (lire en ligne, consulté le ).
  • Alfred Louis Delattre, « Une cachette de figurines de Déméter et brûle-parfums votifs à Carthage », CRAI, vol. 67, no 5,‎ , p. 354-365 (lire en ligne, consulté le ).
  • Antoine Héron de Villefosse, « Les sarcophages peints trouvés à Carthage », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 12, no 1,‎ , p. 79-112 (lire en ligne, consulté le ).  .
  • Antoine Héron de Villefosse, « Lettre du R. P. Delattre et don au Musée du Louvre de deux sarcophages découverts à Carthage », CRAI, vol. 50, no 2,‎ , p. 131-133 (lire en ligne, consulté le ).  .

Autres travauxModifier

  • C. Mahy, « Le sarcophage dit du prêtre de Tarquinia et les contacts entre Carthage et le monde étrusque », Volumen, no 4,‎ , p. 53-75 (ISSN 2031-1206, lire en ligne, consulté le ).

Voir aussiModifier

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