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Cérès (mythologie)

déesse romaine de l'agriculture, des moissons et de la fécondité
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Cérès
Dieu de la mythologie romaine
Elle a arrêté les moissons sur Terre quand sa fille (Proserpine) fut enlevée par le Dieu des enfers (Pluton).
Elle a arrêté les moissons sur Terre quand sa fille (Proserpine) fut enlevée par le Dieu des enfers (Pluton).
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Déméter en grec
Nom latin Ceres
Fonction principale Déesse des moissons, de l'agriculture et de la fertilité
Résidence Mont Olympe
Groupe divin Culture
Équivalent(s) par syncrétisme Déméter
Culte
Temple(s) Sicile
Famille
Père Saturne
Mère Rhéa
Conjoint Jupiter et Neptune
• Enfant(s) Proserpine, Arion, Despina et Perséphone (pour Déméter)
Symboles
Attribut(s) Faucille, épis de blé, corne d'abondance
Animal Porc, bélier et grue

Dans la mythologie romaine, Cérès, en latin Ceres, est la déesse de l'agriculture, des moissons et de la fertilité. Elle connaît une interpretatio graeca précoce et est assimilée à la déesse grecque Déméter.

Sommaire

ÉtymologieModifier

Son nom dérive de la même racine que l'inchoatif cresco et que le causatif creare. C'est, selon Georges Dumézil, probablement un abstrait de la « Croissance » personnifiée[1]. En latin, la racine équivalente *ker- a également produit la dénomination archaïque du « dieu des commencements », cerus manus, qui paraît avoir qualifié Janus[1].

CulteModifier

L'existence d'un flamen Cerialis garantit l'antiquité et l'importance de la déesse[1].

Lors des Cerialia du 19 avril, on sacrifiait, au moins dans le culte privée, la féconde truie. Les ludi du 19 avril comportaient une scène barbare et magique : on lâchait dans le Cirque des renards, « dont le dos portait, attachées, des torches ardentes », un rite qui selon Georges Dumézil ne pouvait concerner que les épis en formation après leur sortie de terre[1].

Plusieurs descriptions des Ambarvales, processions autour des champs célébrées par les Frères Arvales[2] font allusion à la déesse de la croissance. Enfin, avant la récolte, avait lieu un rituel centré sur l'offrande d'une truie connu sous le nom de porca praecidanea[1].

Le domaine de Cérès ne se limitait pas à assurer la croissance des végétaux mais touchait également la race humaine. Ainsi, les jeunes filles, soit en allant à la maison de leur époux ou en après leur arrivée lui sacrifiaient[1]. Les liens de Cérès avec le mariage se poursuivaient après les rites de noce. Ainsi, la « loi de Romulus » ordonnait au mari qui renvoyait son épouse pour une autre raison que les trois prévues par la loi devait donner la moitié de sa fortune à son épouse et l'autre moitié à Cérès-Déméter[1].

Selon Georges Dumézil, il est probable que Cérès en tant que déesse de la terre, et avant même son assimilation à Déméter, ait eu un caractère chthonien[1], qui fut par la suite dévolu à sa fille Perséphone. Après toute mort, une truie était sacrifiée à Cérès pour purifier la famille[1].

Outre le porc, la truie ou la laie, Cérès agréait aussi le bélier comme victime. Dans ses solennités, les guirlandes dont on faisait usage étaient de myrte ou de narcisse ; mais les fleurs étaient interdites, parce que c'était en cueillant des fleurs que Proserpine avait été enlevée par Pluton. Le pavot seul lui était consacré, non seulement parce qu'il croît au milieu des blés, mais aussi parce que Jupiter lui en fit manger pour lui procurer du sommeil, et par conséquent quelque trêve à sa douleur[réf. nécessaire].

En Sicile, tous les ans, en commémoration du départ de Cérès pour ses longs voyages. Les insulaires, voisins du volcan Etna, couraient la nuit avec des flambeaux allumés et en poussant de grands cris.

Réinterprétation grecque et liens de parentéModifier

Dès la fin des temps royaux, elle a été assimilée à Déméter, dont elle a annexé progressivement le riche domaine, les légendes et les rites mêmes de la grande déesse[1].

Cérès récupère la mythologie de Déméter et fait partie des Olympiens. Fille de Saturne et de Ops/Rhéa, Cérès apprit aux hommes l'art de cultiver la terre, de semer, de récolter le blé, et d'en faire du pain, ce qui l'a fait regarder comme la déesse de l'agriculture, de la fertilité et des moissons. Jupiter, son frère, épris de sa beauté, eut d'elle Proserpine (assimilée à la Perséphone de la mythologie grecque). Elle fut aussi aimée par Neptune, et, pour échapper à sa poursuite, elle se changea en jument. Le dieu s'en aperçut et se transforma en cheval. Les amours de Cérès avec Neptune la rendirent mère du cheval Arion et elle eut un deuxième enfant : Despina. Elle est représentée comme déesse pour les pauvres. Selon certaines sources, elle serait la mère du héros Lityersès, lié au cycle d'Hercule.

ProserpineModifier

 
Denier représentant Quirinus à l'avers, et Cérès au trône, commémoration, en 56 av. J.-C., d'un monnayeur d'une Cerialia, peut-être son premier ludi, présenté par Gaius Memmius, édile[3]

Cérès a une fille unique, avec Jupiter, roi des dieux. Son nom est Proserpine, assimilée à la Perséphone des Grecs. Mais alors que sa fille cueillait des fleurs avec ses amies, elle fut enlevée par le dieu des Enfers, Pluton. Cérès ne s'en remit pas et arrêta de s'occuper de l'agriculture. Elle partit s'enquérir du jugement divin de Jupiter, qui ordonna à Proserpine de rester l'hiver aux Enfers et de passer le reste de l'année avec sa mère.

ReprésentationsModifier

Représentations, statues, emblèmes…Modifier

Cérès (ou Déméter) est habituellement représentée sous l'aspect d’une belle femme, d'une taille majestueuse, d'un teint coloré : elle a les yeux langoureux, et les cheveux blonds retombant en désordre sur ses épaules, évoquant quelque peu le blé, dont elle est la déesse.

Elle est la déesse du potager des maisons.

Outre une couronne d'épis de blé, elle porte un diadème très élevé. Elle est parfois couronnée d'une guirlande d'épis ou de pavots, symbole de la fécondité. Elle tient de la main droite un faisceau d'épis et, de la gauche, une torche ardente. Sa robe tombe jusque sur ses pieds et, souvent, elle porte un voile rejeté en arrière.

Parfois, on lui donne une faucille ; deux petits enfants, attachés à son sein et tenant chacun une corne d'abondance, indiquent assez la nourrice du genre humain. Elle porte une draperie de teinte jaune, couleur des blés mûrs.

Elle est représentée dans l'attitude triomphante de la déesse des moissons. Elle est entièrement vêtue, symbole de la Terre qui dérobe aux yeux sa force fécondante et ne laisse voir que ses productions. De la main droite, elle retient son voile sur l'épaule gauche ; de l'autre main, elle serre contre elle un bouquet des champs : sa couronne d'épis est placée sur une chevelure artistement dressée, et elle porte vers le ciel un regard satisfait avec une expression de reconnaissance pour les autres dieux qui l'ont secondée.

Son char est attelé de lions ou de serpents.

Mythe de la Cérès noireModifier

Les Phigaliens, en Arcadie, lui dressèrent une statue de bois dont la tête était celle d'une jument avec sa crinière d'où sortaient des dragons. On l'appelait la Cérès noire. Cette statue ayant été brûlée par accident, les Phigaliens négligèrent le culte de Cérès, et furent punis d'une affreuse disette, qui ne cessa pas avant que, sur le conseil d'un oracle, la statue fut rétablie.

BibliographieModifier

Sources antiquesModifier

Études modernesModifier

  • Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, 2e édition revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1974  
  • Henri Le Bonniec, Le culte de Cérès à Rome, des origines à la fin de la République, Paris, 1958.
  • Noël Fr., Dictionnaire de la fable (quatrième édition 1823) qui traite le sujet dans son tome I, p. 312-314.
  • Robert Harari et Gilles Lambert, Dictionnaire de la mythologie grecque et latine, Grand livre du mois, .
  • Michael Maïer, Le culte de Cérès et Proserpine, in : Les Arcanes très secrets de Michaël Maïer (trad. française de Arcana Arcanissima 1613), p. 248 à 275, Éditions Beya, Grez-Doiceau, 2005 (XXI + 44 pp.). (ISBN 2-9600364-5-X).

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, 2e édition revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1974, p. 379 et suiv.
  2. Festus Grammaticus, De la signification des mots, livre I ; Macrobe, Saturnales, livre III, 5
  3. (en) Eric Orlin,Foreign Cults in Rome: Creating a Roman Empire (Oxford University Press, 2010), p. 144.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier