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HistoriqueModifier

Depuis 1962, Denis Roche écrit des poèmes publiés au Seuil par Jean Cayrol et appartient au groupe d'auteurs rassemblés autour de la revue Tel Quel. Il quitte le groupe en 1972 après le colloque Artaud-Bataille à Cerisy, où un différend l'oppose à Philippe Sollers[1]. C'est juste après cette rupture qu'il soumet à Paul Flamand, alors directeur des Éditions du Seuil, l'idée d'une nouvelle collection plus attirante pour de jeunes écrivains[2].

En 1974, la collection naît finalement à l'issue de débats internes à la maison d'édition sur la place du littéraire au Seuil. Deux générations d'auteurs et d'éditeurs y coexistent alors. Les jeunes auteurs sont représentés par Jean Cayrol et sa collection Écrire, ainsi que par Philippe Sollers et sa revue et collection Tel Quel. Le roman plus traditionnel est accueilli dans la collection Cadre rouge dirigée par François-Régis Bastide. Dans ce contexte, la nouvelle collection est envisagée comme une collection intermédiaire susceptible d'attirer de nouveaux auteurs. Mais l'idée de lancer cette nouvelle collection ne fait pas l'unanimité au Seuil. Après deux ans de débats, un ultime comité est sur le point d'enterrer définitivement le projet, quand Paul Flamand conclut : « Puisque tout le monde est contre, on la lance »[3].

En juin 1974, paraissent les deux premiers titres de la collection Fiction & Cie : George Jackson Avenue de Giovanni Marangoni et Le Breakfast du champion de Kurt Vonnegut.

En 1977, Fiction & Cie connaît son premier succès public avec l'essai Le Nouveau Désordre amoureux de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut[2].

En 1985, au moment du cinquantenaire des Éditions du Seuil, plus d'une soixantaine de titres sont au catalogue de Fiction & Cie. La collection comprend alors des romans, des essais, des poésies, notamment de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Jean-Luc Benoziglio, William Burroughs, Nancy Huston, Jacques Lacarrière ou Gertrude Stein[4].

En 1985, Denis Roche décide de rééditer des textes de Thomas Pynchon, auteur américain auparavant publié en français chez Plon. Il publie d'abord V., le premier roman de l'auteur devenu introuvable, en même temps que L'Homme qui apprenait lentement, un recueil de nouvelles inédites, puis Vente à la criée du lot 49 et L'Arc-en-ciel de la gravité[4] en 1987.

En 1995, Denis Roche réunit ses sept recueils de poésie dans un volume de Fiction & Cie[5] sous le titre La Poésie est inadmissible.

En 2001, la collection connaît un grand succès commercial avec La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet[3].

En janvier 2004, Le Seuil est racheté par le groupe La Martinière. En juin 2004, le président du Seuil, Claude Cherki, est poussé à la démission, accusé d'avoir réalisé une plus-value conséquente lors du rachat[6],[7]. De nombreux départs ont lieu ainsi que d'importants changements organisationnels[8].

En septembre 2004, Denis Roche prend sa retraite[2]. La collection est depuis dirigée par Bernard Comment.

De septembre à décembre 2004, Le Seuil traverse une crise due aux insuffisances de son nouvel outil de distribution, Volumen, né de la fusion avec La Martinière. Les pertes financières sont importantes et les salariés du Seuil se mettent en grève le 21 décembre 2004, pour la première fois depuis Mai 1968[7].

En 2010, Bernard Comment publie sous le titre Fragments des inédits de Marilyn Monroe[9].

En 2015, plusieurs ouvrages sont publiés dans la collection pour le centenaire de la naissance de Roland Barthes : Roland Barthes : biographie de Tiphaine Samoyault, Pour Roland Barthes de Chantal Thomas et L'Amitié de Roland Barthes de Philippe Sollers.

Origine du nomModifier

Dans un entretien accordé en 2004 à Josyane Savigneau[2], Denis Roche revient sur le choix du nom de sa collection : « À l'époque, le mot fiction n'était pas utilisé en français. Moi, je m'occupais beaucoup de littérature américaine et je lisais souvent un journal américain qui s'appelait Fiction. Mais ce mot, qui me séduisait, était aussi français, et je voulais pour ma collection un mot français. Enfin, j'avais envie d'y publier tout ce qui me plaisait, des romans français, des étrangers, des essais, alors j'ai ajouté ce et compagnie. Je souhaitais aussi signifier que cette collection n'avait aucune définition idéologique, ne revendiquait aucune cohérence, qu'elle serait le résultat de mon éclectisme, mot absolument banni en ce temps-là. »

CouvertureModifier

Une vignette orne la couverture des livres publiés dans la collection Fiction & Cie. L'image est extraite de Gates of Paradise (1783), un livre de William Blake. Elle représente un homme avançant à longues enjambées en s'appuyant sur sa canne. Depuis l'arrivée de Bernard Comment en 2004, la couverture a été légèrement modifiée. Le filet sous le titre de la collection a été retiré, le pelliculage de la couverture remplacé par du papier mat, et pour les essais une photo et une typographie différente sont apparues[1].

AuteursModifier

Liste des auteurs publiés dans la collection de 1974 à 2015

Notes et référencesModifier

  1. a et b Xavier Houssin, « "Fiction & Cie" : les chemins de la diversité », Le Monde,‎ , p. LIV15
  2. a b c et d Josyane Savigneau, « Denis Roche, plaisirs, "Fiction & Cie" », Le Monde,‎ , p. 30
  3. a et b Hervé Serry, L'essor des Éditions du Seuil et le risque littéraire : la création de la collection "Fiction & Cie", L'Édition littéraire aujourd'hui, Presses universitaires de Bordeaux, , 235 p. (ISBN 2-86781-359-X), p. 163-190
  4. a et b Olivier Bessard-Banquy, La Vie du livre contemporain : étude sur l'édition littéraire 1975-2005, Presses universitaires de Bordeaux & Du Lérot, , 356 p. (ISBN 978-2-86781-551-5), p. 130-131
  5. « Mort de Denis Roche, poète, photographe, éditeur », sur Libération.fr,
  6. La-Croix.com, « Hiver glacial au Seuil/La Martinière », sur La Croix,
  7. a et b Michel Abescat et Véronique Brocard, « Enquête sur une maison d'édition dans la tourmente - Un Seuil est passé », Télérama, no 2918,‎ , p. 47
  8. Nathalie Silbert, « Le Seuil : le calme après la tempête ? », sur lesechos.fr,
  9. Nicolas Ungemuth, « Comment je suis devenu l'éditeur de Marilyn », sur Le Figaro,

Articles connexesModifier

Liens externesModifier