Boulevard Lazare-Carnot

Boulevard Lazare-Carnot
(oc) Baloard Lazare Carnot
Image illustrative de l’article Boulevard Lazare-Carnot
Le boulevard Lazare-Carnot au croisement de la rue Labéda.
Situation
Coordonnées 43° 36′ 10″ nord, 1° 27′ 06″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Occitanie
Ville Toulouse
Quartier(s) Côté ouest : Saint-Georges
Côté est : Saint-Aubin - Dupuy (Secteur 1)
Début no 49 rue de Metz et no 21 rue des Frères-Lion
Fin no 16 allées du Président-Franklin-Roosevelt et no 18 allées Jean-Jaurès
Morphologie
Type Rue
Longueur 668 m
Largeur entre 40 et 55 m
Histoire
Création début du XIXe siècle
Anciens noms Boulevard Saint-Aubin (début du XIXe siècle)
Boulevard Carnot (20 mai 1891)
Protection Côté ouest : Site patrimonial remarquable (1986)
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Boulevard Lazare-Carnot (oc) Baloard Lazare Carnot
Géolocalisation sur la carte : Toulouse
(Voir situation sur carte : Toulouse)
Boulevard Lazare-Carnot (oc) Baloard Lazare Carnot

Le boulevard Lazare-Carnot (en occitan : baloard Lazare Carnot) est une voie du centre historique de Toulouse, en France. Il se situe à l'est du centre historique, à la limite des quartiers Saint-Georges et Saint-Aubin - Dupuy, tous les deux dans le secteur 1 de la ville, et appartient en partie au site patrimonial remarquable de Toulouse.

ToponymieModifier

 
Portrait de Lazare Carnot, par Louis-Léopold Boilly (1813).

Le nom du boulevard rend hommage à Lazare Carnot, général et homme politique de la Révolution française, membre de la Convention nationale et du Comité de salut public, surnommé « l'Organisateur de la Victoire » ou « le Grand Carnot ». Le nom, choisi par la municipalité radicale de Camille Ournac, est officialisé le 20 mai 1891, lors de la visite à Toulouse du président de la République, le républicain Sadi Carnot, petit-fils de Lazare[1].

Le tracé du boulevard a fait disparaître une rue plus ancienne, qui allait de l'ancienne porte Saint-Étienne à la porte Neuve. Elle portait, au XVIIIe siècle, le nom de rue Saint-Aubin ou, à la fin de ce siècle, des Fossés-Saint-Aubin. En 1794, pendant la Révolution française, ce fut la rue de l'Attention, mais ce nom ne subsista pas. Lorsque le boulevard fut tracé, au début du XVIIIe siècle, on lui donna naturellement le nom de Saint-Aubin, que portait la rue disparue[2].

DescriptionModifier

Voies rencontréesModifier

Le boulevard Lazare-Carnot rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

  1. Rue de Metz (g)
  2. Rue des Frères-Lion (d)
  3. Rue Idrac (d)
  4. Rue Jacques-Matthieu-Delpech (g)
  5. Rue Jean-Rancy (g)
  6. Rue de l'Étoile (d)
  7. Rue Caraman (g)
  8. Place Roland (d)
  9. Rue du Rempart-Saint-Étienne (g)
  10. Rue Maurice-Fonvieille
  11. Rue d'Aubuisson (d)
  12. Rue Pierre-Baudis (g)
  13. Rue Labéda (g)
  14. Rue de la Colombette (d)
  15. Rue Castellane (d)
  16. Rue des Trois-Journées (g)
  17. Rue Gabriel-Péri (d)
  18. Allées du Président-Franklin-Roosevelt (g)
  19. Allées Jean-Jaurès (d)

HistoireModifier

Moyen Âge et période moderneModifier

Au Moyen Âge, l'actuel boulevard Lazare-Carnot n'existe pas. Il n'y a qu'un chemin, qui longe le rempart entre la porte Saint-Étienne (emplacement de l'actuel no 29 allées Forain-François-Verdier) et la porte Neuve (emplacement des actuels no 27 et 29), puis qui oblique à l'ouest jusqu'à la porte Villeneuve (emplacement des actuels no 35 et 22 rue Lafayette). Il traverse des champs et des jardins de maraîchers – c'est à proximité que se trouve probablement le jardin ou verger des Augustines dans lequel, à la Toussaint 1323, sept troubadours fondent le consistori del Gay Saber qui organisent les concours des Jeux floraux[3].

À partir du XVIIe siècle, un faubourg se développe, hors les murs, face à la porte Saint-Étienne. Il s'organise autour de la rue du Faubourg-Saint-Étienne (actuelle rue des Frères-Lion), qui permet de rejoindre le canal du Midi. Le quartier du faubourg s'urbanise progressivement et l'ancien chemin des remparts, qui prend le nom de rue Saint-Aubin, se borde de maisons[4].

Époque contemporaineModifier

Au XIXe siècleModifier

En 1806, la municipalité toulousaine demande à l'empereur Napoléon Ier le déclassement des remparts de la ville et l'autorisation de les démolir. Par décret impérial du 27 juillet 1808, la propriété des terrains et des matériaux des remparts et des fossés est cédée à la ville. En 1815, l'architecte de la ville, Jacques-Pascal Virebent, trace pour la municipalité un vaste projet d'aménagement, autour d'une place nouvelle (actuelle place Wilson) et un boulevard qui rejoint au sud l'allée Saint-Étienne (actuelles allées Forain-François-Verdier) : le boulevard doit faire 60 mètres de large et être planté de quatre rangées d'arbres, de façon à former une grande promenade. Le projet doit permettre de transformer le vieux faubourg Saint-Étienne, mais il implique la destruction de plusieurs maisons. Finalement, le projet de Jacques-Pascal Virebent est jugé trop couteux et les dimensions du nouveau boulevard sont réduites. On commence par aménager entre 1815 et 1825 la première partie du boulevard entre les allées Lafayette (actuelles allées Jean-Jaurès) et l'ancienne porte Neuve[5].

C'est sous l'impulsion de Jean-Baptiste Dutemps, adjoint au maire, que le quartier Lafayette, qui se forme autour de la place et des allées du même nom (actuelles place Wilson et allées du Président-Franklin-Roosevelt), se développe[6]. Entre 1831 et 1835, la Maison Modèle est élevée par les frères Virebent à l'angle des allées Lafayette (emplacement de l'actuel no 81)[7]. On leur doit aussi la construction de plusieurs immeubles, en particulier le théâtre des Nouveautés (actuel no 56). Ce n'est d'ailleurs pas le seul théâtre, puisqu'on y trouve le Cirque Castellane (ancien no 80), devenu le Grand Cirque français en 1852, une des salles les plus animées de la ville. On y donne des spectacles de cirque, de jeux divers, des représentations de théâtre, on y donne même des leçons d'équitation. Entre 1879 et 1881, comme le théâtre du Capitole est reconstruit, il devient le Théâtre du Cirque[8].

Du côté de l'ancien faubourg Saint-Étienne, la rue Saint-Aubin connaît l'activité des nombreuses diligences et des voitures publiques. Des départs et des arrivées se tiennent chaque jour devant l'hôtel de la Pomme d'Or (emplacement de l'actuel no 9). Malgré le développement du chemin de fer, à la suite de l'ouverture de la gare Matabiau en 1856, l'activité se maintient jusqu'à la Première Guerre mondiale[9].

Les boulevards sont surtout un lieu de promenade, dans le prolongement des allées Saint-Étienne, qui aboutissent au Boulingrin. Le boulevard est également le cadre de cérémonies, comme celle du 20 mai 1891 en l'honneur du président de la République, Sadi Carnot, qui visite la ville entre le 19 et le 21 de ce mois. En effet, ce jour-là le nom de Lazare Carnot est attribué au boulevard : c'est l'occasion pour la municipalité républicaine et radicale de Camille Ournac de célébrer la Troisième République, à travers les personnes du président et de son grand-père[1].

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Au XXe siècleModifier

Dans les premières années du XXe siècle, le boulevard Lazare-Carnot est un des lieux les plus poipulaires de la ville. Il compte alors de nombreux grands cafés et bars. On trouve le Grand Café de l'Aviation en 1910 (actuel no 47)[10], le café Carnot en 1905, devenu le café des Nouveautés vers 1930 (actuel no 58)[11], le restaurant du Globe (actuel no 15)[12], le café de l'Hérault (actuel no 65, puis no 42)[13], le bar Lyonnais, puis le Régent (actuel no 65, puis no 42)[14] et le café des Grands Boulevards vers 1920 (actuel no 42)[12], le Sam's Bar (actuel no 20)[15], l'Entracte (actuel no 54)[16], le café des Nouveautés, qui fait office de café-concert et de théâtre (actuel no 56-58)[17], le café Rolland (actuel no 47)[18] et Au Petit Mousquetaire (actuel no 52)[19] en 1933. On peut aussi relever une des plus anciennes pharmacies de la ville, la pharmacie des Grands Boulevards, tenue en 1905 par M. Salles (actuel no 71)[20].

Le boulevard Lazare-Carnot est également lié à l'histoire de l'automobile à Toulouse. En 1894, L. Bonneville vend les premières automobiles, des Panhard & Levassor, dans son magasin Automobilia (actuel no 52)[21]. Au début du XXe siècle s'ouvrent les premiers garages : Midi-Garage en 1905 (emplacement de l'actuel no 4 bis)[22], le Palais de l'Automobile dans l'immeuble Doat (actuel no 61) en 1906, où est ouverte également une école de chauffeurs où on donne des leçons de conduite[23]. À la même époque, on trouve aussi l'Auto Palace (actuel no 11), Auto-Lavage Carnot, devenu Auto-Trafic en 1935 (actuel no 6)[21], l'Excelsior Garage vers 1920 (actuel no 63)[24].

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, les plus belles heures du boulevard Lazare-Carnot sont terminées, mais il ne perd pas complètement de son attrait. Dans les années 1940 s'ouvre le bar et dancing Chantecler, qui prend la place du café des Nouveautés (actuel no 48)[25]. Surtout, les municipalités socialistes de Raymond Badiou, puis de Louis Bazerque, souhaitent apporter un souffle de modernité dans la ville, qui se caractérise en particulier par la construction d'immeubles de grande hauteur d'un style moderne. Les boulevards – et particulièrement le boulevard Lazare-Carnot – deviennent un lieu d'expérimentation pour les architectes toulousains, parmi lesquels on remarque Pierre Lafitte, qui réalise la Résidence Saint-Cyr entre 1964 et 1968 (actuel no 63). L'autre réalisation emblématique du boulevard Lazare-Carnot est la Résidence Cap Wilson, élevée entre 1969 et 1972 à l'emplacement de la Maison modèle des frères Virebent (actuel no 81). Il est d'abord occupé par une galerie marchande, où Dany Saint-Géniès ouvre en 1976 Dany Disc, l'une des disquaires les plus réputés de la ville[26].

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Mais la destruction de la Maison modèle, pourtant protégée par une inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, provoque un fort émoi dans la population, marquant un changement de la politique d'urbanisme de la municipalité. Dans les années qui suivent, les constructions modernes cherchent à s'intégrer au bâti ancien par l'utilisation de la brique en parement, comme on le voit pour la Résidence la Tour Palladine, construite en 1978 (actuel no 38)[27]. L'exemple le plus spectaculaire reste cependant l'opération immobilière du nouveau quartier Saint-Georges, qui s'organise autour de la place Occitane, à proximité du boulevard Lazare-Carnot.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoireModifier

  • no  61 : immeuble Doat.
    L'immeuble est construit entre 1901 et 1903 par l'architecte Barthélémy Guitard, pour le compte M. Doat. Il s'agit de l'un des immeubles les plus représentatifs de l’architecture toulousaine du début du XXe siècle, qui conserve un style éclectique, qui utilise un décor sculpté inspiré par l'Art nouveau et des ferronneries en fonte de style néo-classique.
    L'édifice se développe sur huit niveaux : sous-sol, entresol, quatre étages et un niveau de comble. Le rez-de-chaussée, l'entresol et le 1er étage sont ornés d'un parement de pierre à bossage qui alterne les bandes lisses et trouées. Aux trois étages supérieurs, la façade joue de la polychromie de la brique du mur et de la pierre des encadrements des fenêtres. La façade est encadrée par deux oriels, qui montent du 1er au 3e étage. L'oriel de gauche a une structure métallique. Il repose sur un balcon de pierre orné de motifs végétaux et de fleurs. L'oriel de droite, en pierre, repose sur deux lourdes consoles ornées de guirlandes et de lions rugissants. Les fenêtres sont dotées de garde-corps. Au 4e étage, l'oriel de droite est couronné par un garde-corps à balustres en pierre, tandis qu'un balcon en pierre, soutenu de consoles à fleurons et au garde-corps en fonte, court sur les autres travées. L'étage de comble, percé de lucarnes, est couvert par un toit à longs pans brisés, dont le brisis est en ardoises et le terrasson en tuiles[30].
  • no  63 : Résidence Saint-Cyr.
    L'immeuble est construit dans le style moderne entre 1964 et 1968 par l'architecte Pierre Lafitte, à l'angle de la rue Saint-Cyr (actuelle rue Pierre-Baudis), dont elle tient son nom. Il s'élève sur treize niveaux (deux niveaux en sous-sol, le rez-de-chaussée et dix étages). Le rez-de-chaussée est rythmé par des piliers, entre lesquels s'ouvrent les vitrines des boutiques. Il est surmonté par les deux étages de bureaux, soulignés par un claustra de béton. Le 3e étage, qui sert de transition avec les niveaux supérieurs, dévolus aux logements, est occupé en partie par un jardin. Aux étages supérieurs, les façades des logements sont revêtues d'un parement de brique sablée[31].
  • no  81 : emplacement de la Maison modèle ; Résidence Cap Wilson.
    C'est au carrefour du boulevard Lazare-Carnot et des allées du Président-Franklin-Roosevelt que les frères Virebent construisent entre 1831 et 1835 la Maison modèle, qui devait montrer les possibilités décoratives de leur usine de Launaguet. Malgré une inscription à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques le 4 avril 1966, elle est en grande partie démolie. Seules sont conservées les quatre travées de droite, élevées sur les plans de Jacques-Pascal Virebent lors de l'aménagement de la place Wilson et des allées du Président-Franklin-Roosevelt. Le rez-de-chaussée est formé par une série d'arcades de boutiques et d'entresol, qui alternent avec une ouverture rectangulaire surmontée par une fenêtre d'entresol. Les fenêtres du 1er étage sont surmontées d'une corniche et dotées d'un faux garde-corps à balustres. L'élévation est surmontée d'un bandeau d'attique.
    À l'emplacement de la Maison modèle est élevée, entre 1969 et 1972, la Résidence Cap Wilson, sur les plans des architectes Bernard Bachelot et Alexis Daure. De style moderne, la structure du bâtiment est en béton et présente sur le boulevard une longue façade-rideau en verre[32].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Pierre Salies 1989, p. 234-235.
  2. Pierre Salies 1989, p. 72, et vol. 2, p. 396.
  3. Guillaume de Ponsan, Histoire de l'Académie des jeux floraux, premiere partie , dans laquelle on examine tout ce que contient d'historique l'antique registre de la Compagnie des Sept Trobadors ou poètes de Toulouse, qui commence en 1323, & finit en 1356., Toulouse, imprimerie de la veuve de Me. Bernard Pijon, avocat, seul imprimeur du Roi, 1764-1769, 563 p. (lire en ligne), p. 98
  4. Pierre Salies 1989, p. 396.
  5. Pierre Salies 1989, p. 174-175.
  6. Pierre Salies 1989, p. 401-402.
  7. Pierre Salies 1989, p. 127-128.
  8. Pierre Salies 1989, p. 283-284.
  9. Pierre Salies 1989, p. 378, et vol. 2, p. 293.
  10. Pierre Salies 1989, p. 84.
  11. Pierre Salies 1989, p. 234.
  12. a et b Pierre Salies 1989, p. 531.
  13. Pierre Salies 1989, p. 570.
  14. Pierre Salies 1989, p. 54.
  15. Pierre Salies 1989, p. 453.
  16. Pierre Salies 1989, p. 427.
  17. Pierre Salies 1989, p. 218.
  18. Pierre Salies 1989, p. 375.
  19. Pierre Salies 1989, p. 276.
  20. Pierre Salies 1989, p. 543.
  21. a et b Pierre Salies 1989, p. 82.
  22. Pierre Salies 1989, p. 170.
  23. Pierre Salies 1989, p. 81.
  24. Pierre Salies 1989, p. 446.
  25. Pierre Salies 1989, p. 260.
  26. C. Do., « Tous les DJ allaient chez «Dany Disc» », La Dépêche du Midi, 24 octobre 2012.
  27. Pierre Salies 1989, p. 521.
  28. Registres matricules du recrutement militaire, Foix, 1907, matricule 210
  29. Notice no IA31120051, inventaire général du patrimoine culturel, région Occitanie/ville de Toulouse
  30. Notice no IA31133162, inventaire général du patrimoine culturel, région Occitanie/ville de Toulouse
  31. Notice no IA31133161, inventaire général du patrimoine culturel, région Occitanie/ville de Toulouse.
  32. Notice no IA31116147, inventaire général du patrimoine culturel, région Occitanie/ville de Toulouse.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse : voies publiques, quartiers, lieux-dits, enseignes, organisation urbaine, t. 1 : A-H, Toulouse, Editions Milan, (ISBN 978-2-867-26353-8)
  • Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse : voies publiques, quartiers, lieux-dits, enseignes, organisation urbaine, t. 2 : I-Z., Toulouse, Editions Milan, (ISBN 978-2-867-26354-5).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier