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Anne Delbée, née en 1946, est une tragédienne, metteur en scène, directrice de théâtre et écrivain française. Elle est notamment connue pour ses mises en scènes de L’Aiglon de Rostand et Phèdre de Racine à la Comédie Française ainsi que pour son roman Une Femme pour lequel elle reçoit le Grand Prix des lectrices de Elle en 1983[1].

Elle fut l'une des proches collaboratrice d'Antoine Vitez et de Maurice Béjart.

BiographieModifier

Anne Delbée, dès son enfance, a côtoyé le monde du théâtre. Son père, architecte de Jean-Louis Barrault, son oncle, décorateur international renommé, travaillait également aux côtés de Barrault, dont il était l’ami proche.

Anne Delbée pénètre, à douze ans, pour la première fois dans un théâtre afin d'assister, à l’Odéon Théâtre de France, à la création de Tête d'or de Paul Claudel en présence du général de Gaulle et d’André Malraux. Ce soir-là, celle qui rêvait tout d’abord d’être écuyère choisit son destin : la passion du théâtre ne la quittera plus. Elle sera, dit-elle, « un homme de théâtre ». Le théâtre devient pour elle une vraie quête, fruit d'une réflexion politique et morale[2].

Sa première troupe est formée par ses compagnes du lycée Claude-Monet, où elle monte La Reine morte d'Henry de Montherlant. Accueillie par la salle du lycée de garçons Louis-le-Grand, elle y fait la connaissance de Patrice Chéreau et de Jean-Pierre Vincent, adolescents eux aussi.

Elle réalise en 1971, avec sa première troupe professionnelle, un montage des textes de Victor Hugo à la Cité universitaire, puis révèle au public français la grande pièce allemande de Schiller Les Brigands, qu’elle met en scène aux anciennes Halles de Baltard. Les jeunes comédiens qui la rejoindront alors au fil des ans vont connaître la notoriété : Jean-Claude Jay, René Ferret, Eliezer Mellul, Michel Boujenah, Martine Chevallier, Jean-Claude Dreyfus, ou Marina Hands[3].

Comme comédienne elle débute en 1968 sous la direction de Gabriel Monnet à la maison de la culture de Bourges, mais très vite elle met en scène elle-même, invitée par Jean Dasté à Saint-Étienne. À vingt-huit ans, elle est appelée par Jean Mercure au Théâtre de la Ville où sa mise en scène de L'Échange de Paul Claudel connaît un triomphe pendant deux ans ; Guy Dumur du Nouvel Observateur parle « d’un génie de la mise en scène ».

Parallèlement, depuis leur rencontre à l’école Lecoq, elle accompagne Antoine Vitez lorsqu’il crée le Théâtre des Quartiers d'Ivry, et joue Méphisto dans son premier Faust[4]. Jean-Marie Serreau, dont elle devient l’assistante un moment, l’engage aussi dans ce qui sera sa dernière mise en scène, et Patrice Chéreau lui demande de jouer dans son premier court-métrage.

En 1973, au Festival d'Avignon, elle est l’une des pionnières du Théâtre musical, où elle fait découvrir le nom de Georges Aperghis en mettant en scène avec succès l’un de ses premiers opéras : Pandémonium. Une soixantaine de mises en scène suivent, dont on retient Phèdre à la Comédie-Française, avec les costumes de Christian Lacroix[5], la trilogie de Racine (Andromaque, Bérénice, Phèdre) au Festival d’Avignon nommée Entre la raison et le désir et Tête d'or au théâtre du Vieux-Colombier[6].

Si Racine est dès 1982 au centre de son travail, elle reste fidèle à l’œuvre de Claudel, tout en mettant en lumière sa sœur Camille par l'écriture d'Une femme, Camille Claudel, grand prix des lectrices de Elle[7]. Ce texte, traduit dans plus de vingt langues, avec le film Camille Claudel sorti en 1988 (dont le rôle-titre est interprété par Isabelle Adjani), contribuent à la renommée de ce sculpteur, et à offrir au féminisme une nouvelle icône[8].

Avec ses comédiens, plus d’une vingtaine, elle crée, en 1986, sous chapiteau, à la pelouse de Reuilly, un Théâtre d’idées en faisant jouer en alternance Andromaque, Bérénice, Phèdre, et en fin de semaine la trilogie de Wallenstein de Schiller qui dure douze heures, trilogie jamais encore montée à ce jour.

Comme actrice, elle reprend L'Aiglon en 1988, monté à Nancy en hommage à Sarah Bernhardt et qu’elle interprète au théâtre des Mathurins (elle reçoit l’Ordre national du Mérite des mains du Grand Chancelier, au musée de la Légion d'honneur et y joue un fragment de L'Aiglon). Deuxième femme à avoir été nommée à la tête d’un Centre dramatique national (le CDN de Nancy créé à cet effet, la première étant Arlette Téphany en duo avec Pierre Meyrand à Limoges[9]), elle instaure un travail à la fois sur le répertoire classique, mais aussi sur les pièces contemporaines (La Guerre à deux voix de Laurence Deonna, L'Affaire de Nancy) et fédère divers lieux culturels, Opéra de Nancy et jeunes troupes locales[10].

Invitée par Maurice Béjart, elle travaille à ses côtés par intermittence, et approfondit ainsi son idée d’un Théâtre des civilisations.

Souvent invitée aux États-Unis où elle donne des classes de maître sur Racine à Berkeley, elle joue également des « performances » en interprétant, à la demande, les rôles qu’a tenus Sarah Bernhardt lors de ses tournées.

Le succès du livre Une femme sur Camille Claudel l’ayant révélée comme écrivain, elle continue régulièrement à publier : Elle qui traversa le monde, Racine Roman : Jean Racine, Il ne faut regarder que l’amour, La 107e minute autour du footballeur Zinédine Zidane.

En 2007, elle est élue présidente du Syndicat national des metteurs en scène, syndicat créé au lendemain de la dernière guerre, par Charles Dullin, Louis Jouvet, Jacques Copeau, Gaston Baty, Gordon Craig. Elle en est désormais la présidente d'honneur[11].

En 2012, un documentaire a été tourné sur son travail Racine, le déchaînement des passions réalisé par Catherine Maximoff.

En 2016, elle crée Racine ou la leçon de Phèdre spectacle dans lequel elle entraîne le public dans le désir racinien (Théâtre de la Contrescarpe et Théâtre de Poche Montparnasse à Paris)[12]. En 2018 elle monte Requiem pour Camille Claudel au Théâtre de la Contrescarpe à Paris avant de mettre en scène Andromaque et Le Misanthrope aux Grandes Écuries à Versailles[13].

En 2019, elle est invitée au Théâtre du Capitole pour y mettre en scène Norma de Bellini avec notamment Marina Rebeka, Karine Deshayes ou encore Airam Hernández sous la direction de Giampaolo Bisanti[14].

Vie privéeModifier

Elle a été la compagne (pendant trente-cinq ans) du réalisateur Pierre Bureau, mort en 2004.

Ensemble ils ont eu une fille en 1982, Émilie devenue danseuse dans la compagnie de Maurice Béjart de 1999 à 2008[15]. Aujourd'hui comédienne, elle a notamment été l’interprète d'Andromaque mis en scène par Anne Delbée au Mois Molière (Grande Ecurie de Versailles) en 2018.

Elle est la sœur du philosophe et homme de théâtre François Regnault[16].

Engagements personnelsModifier

Après avoir accepté en 1983 d’être présidente de l’Union des Femmes Françaises (regroupement d’anciennes déportées de toutes origines : Marie-Claude Vaillant-Couturier, Jeannette Vermeersch), elle participe en 1985 au Grand Congrès de la Paix des Femmes, en U.R.S.S., à Moscou, puis milite pour à la libération de Nelson Mandela[2].

En 1990, elle signe l'Appel des 75 contre la guerre du Golfe[17].

FilmographieModifier

SpectaclesModifier

ComédienneModifier

Metteur en scène[20]Modifier

Bibliographie[22]Modifier

DistinctionModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Anne Delbée (auteur de Une femme) », sur Babelio (consulté le 21 juillet 2019)
  2. a et b « Biographie Delbée », Première
  3. « Compagnie Anne Delbée », sur data.bnf.fr (consulté le 21 juillet 2019)
  4. « Faust », sur Les Archives du Spectacle (consulté le 21 juillet 2019)
  5. « phèdre delbée »
  6. « Théâtre Go - Compagnie Anne Delbée », sur Les Archives du Spectacle (consulté le 21 juillet 2019)
  7. « Anne Delbée, « Une femme » (1982) | Philo-lettres » (consulté le 21 juillet 2019)
  8. « Anne Delbée: je rend la lumière à Camille Claudel », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  9. « Disparition d'Arlette Téphany, une vie pour le théâtre », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 11 novembre 2018)
  10. « CDN de Nancy-Compagnie Anne Delbée », sur Les Archives du Spectacle (consulté le 21 juillet 2019)
  11. « Syndicat National des Metteurs en Scène - SNMS », sur www.snms.info (consulté le 21 juillet 2019)
  12. « THEATRE POCHE DELBEE »
  13. « Le Mois Molière à Versailles : d'Andromaque signée Anne Delbée à Shirley et Dino », sur Franceinfo, (consulté le 21 juillet 2019)
  14. « Affichage evenement - Théâtre du Capitole », sur www.theatreducapitole.fr (consulté le 28 septembre 2019)
  15. (en) « Émilie Delbée | Académie du ballet métropolitain | Montréal », sur balletmetropolitain (consulté le 21 juillet 2019)
  16. « François Regnault », sur Editions Verdier (consulté le 28 septembre 2019)
  17. « Appel des 75 contre la guerre du Golfe ( Koweit Irak 1990-91) - Denis Langlois, écrivain, avocat. », sur denis-langlois.fr (consulté le 21 juillet 2019)
  18. AlloCine, « Les Camisards » (consulté le 21 juillet 2019)
  19. « Court métrage Danny » (consulté le 28 septembre 2019)
  20. « Anne Delbée », sur Les Archives du Spectacle (consulté le 21 juillet 2019)
  21. « Norma », sur Les Archives du Spectacle (consulté le 28 septembre 2019)
  22. « Bibliographie Delbée », sur babelio
  23. « Elle qui traversa le monde », sur babelio
  24. « Le sourire de Sarah Bernhardt - Anne Delbée », sur Babelio (consulté le 21 juillet 2019)
  25. « Il ne faut regarder que l'amour - Anne Delbée », sur Babelio (consulté le 21 juillet 2019)
  26. « l'universel au féminin », sur babelio
  27. « Anne Delbée | onsortoupas.fr » (consulté le 21 juillet 2019)

Liens externesModifier