1916 en dadaïsme et surréalisme

ÉphéméridesModifier

 
Affiche pour l'ouverture du Cabaret Voltaire par Marcel Slodki.

FévrierModifier


  • Création collective du mouvement Dada au Cabaret Voltaire par la grâce des poètes Hugo Ball, Emmy Hennings, Tristan Tzara, des peintres Jean Arp, Marcel Janco, Sophie Taeuber et une page de dictionnaire prise au hasard[1]. Le Cabaret Voltaire, à Zurich, est une petite taverne de la Spiegelstrasse transformée en café littéraire et artistique dont les murs sont couverts de tableaux créant une ambiance à la fois intime et oppressante[2].
    Hugo Ball : « Janco a fait un certain nombre de masques […] conçus pour être vus à distance, font un effet incroyable. […] Non seulement le masque réclamait aussitôt le costume, mais il imposait également des gestes précis, pathétiques, qui frôlaient la démence. Sans que nous eussions pu nous en douter […], nous fûmes en train de nous mouvoir comme dans un ballet bizarre, drapés et ornés d'objets invraisemblables, renchérissant l'un l'autre par nos idées. »

  • Lettre de Paul Valéry à André Breton, en réponse au poème Âge (« Aube, adieu ! Je sors du bois hanté ; j'affronte les routes, croix torrides. Un feuillage bénissant me perd. L'août est sans brèche comme une meule… ») : « Je vois maintenant que l'illumination vous gagne. La noble maladie suit son cours. Il faut l'avoir eue, guérir et en garder certaines traces. L'essentiel est de n'en être pas défiguré pour la vie. Mais je m'assure que vous ayant pris de bonne heure et vu sa violence ce mal ardent vous sera un bien[3]. »

MarsModifier

 
Guillaume Apollinaire après sa trépanation.
  • Les premiers poèmes d'Antonin Artaud paraissent dans La Revue de Hollande.
  • Philippe Soupault déclaré « bon pour le service », est affecté dans l'artillerie à Angers. « Choisi » avec une cinquantaine de ses camarades pour l'expérimentation d'un vaccin contre la typhoïde, il est évacué à l'hôpital de Creil (Oise) à cause de fortes fièvres et des crises de délire.

  • Guillaume Apollinaire est grièvement blessé à la tête.
  • André Breton rencontre Adrienne Monnier : « Nous eûmes, écrit-elle, tout de suite de longues conversation […] Il avait des vues exclusives qui me dépaysait tout à fait […] [Son] regard restait étranger au monde et même à soi […] C'est la violence qui le fait statue[4]Breton : « [Elle] a su faire [de sa librairie] le foyer d'idées le plus attractif de l'époque. Le beau grain qu'elle savait mettre dans les discussions, les chances qu'elle donnait à la jeunesse et jusqu'à l'excitante partialité de ses goûts : elle ne manquait pas d'atouts dans son jeu. »

AvrilModifier

 
Affiche du combat entre Arthur Cravan et Jack Johnson

MaiModifier

 
Jacques Vaché dans l'armée anglaise

JuinModifier

  • Jacques Vaché est renvoyé au front comme interprète auprès des troupes britanniques[8].

JuilletModifier


  • À sa demande, Breton est affecté au centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier (Haute-Marne) où sont envoyées les victimes de traumatismes et troubles mentaux liés à la guerre. Découverte de Sigmund Freud dans le traité La Psychoanalyse des docteurs Emmanuel Régis et Angelo Hesnard[9].
  • Pendant ses vacances à Locronan (Finistère), Yves Tanguy fréquente un peintre dénommé Toché qui se passionne pour la reproduction des nuances atmosphériques du paysage vespéral en regardant le motif à travers un verre teinté qui inverse les valeurs ou des lunettes noires pour obtenir une précision plus aiguës des objets[10].

  • Tristan Tzara, La Première aventure céleste de Monsieur Antipyrine.

AoûtModifier


  • Déclaré « bon pour le service », Artaud est incorporé dans le 3e régiment d'infanterie en garnison à Digne (Alpes-de-Haute-Provence).
  • Paul Éluard est infirmier à Haugicourt (Somme) à proximité du front. Il écrit et édite « aux armées » un recueil de poèmes Le Devoir qu'il signe Paul Eluard, du nom de sa grand-mère maternelle[11].

OctobreModifier


  • Première lettre de Jacques Vaché à Breton : « Je promène de ruines en villages mon monocle de Crystal et une théorie de peintures inquiétantes. J'ai successivement été un littérateur couronné, un dessinateur pornographe connu et un peintre cubiste scandaleux. Maintenant, je reste chez moi et laisse aux autres le soin de discuter ma personnalité d'après celles indiquées. Le résultat n'importe. »[12].

NovembreModifier

 
Hugo Ball au Cabaret Voltaire, le 23 mai

  • Breton est envoyé dans un corps de brancardiers pendant l'offensive sur la Meuse[13].

  • Hugo Ball : « Ce que nous appelons Dada est un jeu de fous dans le vide, qui a impliqué tous les grands problèmes […] tel un geste de gladiateur ; un jeu avec des restes minables […] l'exécution de la moralité prétendue[14]. »

DécembreModifier


  • À sa demande insistante, Éluard est affecté au 95° régiment d'infanterie[15].

Cette année-làModifier

  • De la plateforme d'un autobus, Breton aperçoit dans la vitrine du marchand d'art Paul Guillaume, l'œuvre de Giorgio De Chirico Le Cerveau de l'enfant. Breton saute de l'autobus et, à force d'insistance, parviendra à acheter le tableau.
  • Beatrice Wood rencontre Marcel Duchamp et lui déclare que le premier venu peut faire de l'art moderne. Elle réalise aussitôt un dessin appelé Marriage of a friend que Duchamp fait paraître dans la revue d'avant-garde The Rogue[16].

ŒuvresModifier

 
Sophie Taeuber-Arp, Composition verticale-horizontale
 
Tristan Tzara, portrait de 1915.

Notes et référencesModifier

  1. Tristan Tzara : « Je ne veux cependant pas dire que la légende de Dada ne correspond pas à la réalité », annotation manuscrite du début des années 1960, rapportée par Anne Sanouillet dans sa préface à Dada à Paris de Michel Sanouillet, CNRS Éditions, Bayeux, 2005, p. XII.
  2. Henri Béhar & Michel Carassou, Dada, histoire d'une subversion, Paris, Fayard, 1990-2005, p. 8 et Laurent Le Bon (sous la direction de), Dada, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2005, p. 219.
  3. André Breton, Œuvres complètes, tome 1, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, Paris, 1988, p. 8 et note p. 1078.
  4. Pierre Daix La Vie quotidienne des surréalistes, 1917-1932, [Hachette], Paris, 1993, p. 25.
  5. Reproduction de l'affiche de la rencontre dans Beaux Arts magazine n° 100, avril 1992, p. 133.
  6. Marguerite Bonnet, André Breton, œuvres complètes, tome 1 : chronologie, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1988, p. XXXIV.
  7. François Buot, Tristan Tzara, Grasset, Paris, 2002, p. 56.
  8. Jacques Vaché, lettre du 5 juillet à Breton, in Lettres de guerre, éd. Mille et une nuits, 2001, p. 10.
  9. Bonnet, op. cit., p. XXXIV.
  10. Agnès Angliviel de la Beaumelle, Yves Tanguy, Centre Pompidou, Paris, 1982, p. 166.
  11. Marcelle Dumas & Lucien Scheler, Chronologie de Paul Éluard, dans Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1968, p. LX.
  12. Vaché, op. cit., p. 15.
  13. Bonnet, op. cit., p. XXXIV.
  14. Lettre à Richard Huelsenbeck. Serge Lemoine, Dada, éditions Hazan, Paris, 1991-2005, p. 22.
  15. Dumas & Scheler, op. cit., p. LXI.
  16. Le Bon, op. cit., p. 976.
  17. Reproduction dans Serge Lemoine, op. cit., p. 17 et Le Bon, op. cit., p. 465.
  18. 63 × 50 cm. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 109 et José Pierre, L'Univers surréaliste, Somogy, Paris, 1983, p. 115.
  19. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 113.
  20. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 26.
  21. 96,3 × 73,8 cm. Stuttgart, Staatsgalerie. Reproduction dans Dossier de l'art n° 160, février 2009, p. 5.
  22. Neue Pinakothek, Munich. Reproduction dans Dossier de l'art, op. cit., p. 69. « 1918 » pour Gabriele Crepaldi, L'Art moderne 1900-1945, Gründ, 2006, p. 188.
  23. 80,5 × 71,4 cm. Museum of Modern Art, Osaka. Reproduction dans Dossier de l'art, op. cit., p. 28.
  24. Reproduction dans André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard, 1928-196, p. 16.
  25. 48,2 × 36,5 cm. Collection particulière, Italie. Reproduction dans Dossier de l'art, op. cit., p. 28.
  26. 12,7 x 15,2 x 15 cm. Cité dans Didier Ottinger (sous la direction de), Dictionnaire de l'objet surréaliste, Gallimard & Centre Pompidou, Paris, 2013, p. 208.
  27. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 244.
  28. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 25.
  29. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 30. Également intitulé La Funambule accompagnée par ses ombres, dans Crepaldi, op. cit., p. 195.
  30. Généralement considéré comme la première pièce de théâtre Dada. Le Bon, op. cit.
  31. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 927.

Article connexeModifier