1917 en dadaïsme et surréalisme

ÉphéméridesModifier

JanvierModifier

FévrierModifier


  • Paul Eluard obtient une permission pour épouser Gala arrivée à Paris depuis septembre dernier[5].

MarsModifier

AvrilModifier

 
Fontaine de Marcel Duchamp, photographie d'Alfred Stieglitz

  • Marcel Duchamp, Fontaine[9], ready-made. Proposée dans le cadre d'une exposition « sans jury et sans médaille » organisée à New York par la Société des artistes indépendants, l'œuvre est refusée pour cause d'« obscénité et de non-art ». Photograhiée par Alfred Stieglitz, elle est aussitôt publiée dans la revue The Blind man.
  • André Masson est grièvement blessé pendant l'offensive du Chemin des Dames (Aisne).

  • Lettre de Jacques Vaché à Breton : « Êtes-vous sûr qu'Apollinaire vit encore, et que Rimbaud ait existé ? Pour moi je ne crois pas - je ne vois guère que Jarry (Tout de même, que voulez-vous, tout de même - UBU)[10]. »

MaiModifier

  • À Zurich, exposition Dada Musique et danse nègre[11].
  • Pressé par Pierre Albert-Birot qui veut imprimer le programme des Mamelles de Tirésias, Apollinaire tranche définitivement son hésitation entre « drame surnaturaliste » et « drame surréaliste »[a].

JuinModifier

  • Hugo Ball rompt avec Dada.

  • Première représentation, houleuse et interrompue, des Mamelles de Tirésias d'Apollinaire, mis en scène par Pierre Albert-Birot, à Paris. La légende veut que Jacques Vaché, déguisé en officier anglais et revolver au poing, aurait sommé de faire cesser le spectacle sous menace d'user de son arme contre le public et que Breton serait parvenu à le calmer. Même si l'authenticité de l'anecdote est discutée[b], Breton cite ce geste comme un premier acte surréaliste qui symbolise « le fossé » qui sépare « deux styles de vie » et « deux styles de pensée[17]». Apollinaire apparaît sur la scène et crie au public « Cochons ! ». Philippe Soupault faisait office de souffleur.

  • Soupault achète à la librairie Ars et vita, située en face de l'hôpital du boulevard Raspail, un ouvrage broché dont le titre et l'auteur lui sont inconnus : Les Chants de Maldoror, Comte de Lautréamont. Soupault : « Depuis ce jour-là, véritable jour de ma naissance, personne ne m'a reconnu. Je ne sais plus moi-même si j'ai du cœur[18]

JuilletModifier

  • Parution à Zurich du premier numéro de la revue Dada créée par Tristan Tzara[19].

  • Paul Eluard, Le Devoir et l'inquiétude, publié par les soins de son ami Jules Gono, éditeur et relieur d'art[20].
  • Nord-Sud fait paraître dans son numéro de juin-juillet des poèmes de Tzara.

AoûtModifier


  • Lettre de Vaché à Breton : « D'ailleurs, L'ART n'existe pas, sans doute - Il est donc inutile d'en chanter - pourtant ! on fait de l'art - parce que c'est comme cela et non autrement - Well - que voulez-vous y faire ? »[21]

SeptembreModifier

  • 1er septembre
    Breton, interne à l'hôpital du Val-de-Grâce y fait la connaissance de Louis Aragon[22].
    Breton : « Vraiment un poète avec des yeux levés très haut, sans rien dans le geste de convenu et si mal adapté[23] ! »
  • Adrienne Monnier solde le numéro de la revue "Vers et prose" contenant le premier des Chants de Maldoror de Lautréamont. Aragon et Breton achètent le lot, en distribuent les exemplaires à leurs amis et passent leurs nuits de garde au service des aliénés à se les lire à haute voix[24]. Aragon : « Parfois, derrière les portes cadenassées, les fous hurlaient, nous insultant, frappant les murs de leurs poings. Cela donnait au texte un commentaire obscène et surprenant. Les brusques trous de silence étaient plus impressionnants encore que le vacarme démentiel. »[25].

OctobreModifier

NovembreModifier


  • Conférence de Guillaume Apollinaire L'Esprit nouveau et les poètes : « Un mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera tout un univers. » Déception de Breton quand il entend Apollinaire parler de « bon sens français » et de son « horreur du chaos ou du désordre ».

DécembreModifier

  • Artaud est réformé définitivement.

Cette année-làModifier

  • Séjour d'Artaud à Divonne-les-Bains (Ain). Un médecin croit reconnaître dans les symptômes une syphilis héréditaire et prescrit un traitement par piqûres à base d'arsenic, de mercure et de bismuth.
  • À New York, invité à participer à une conférence sur l'humour, Arthur Cravan se met à rire sans rien dire et commence à se déshabiller jusqu'à l'intervention de la police.
  • Georges Ribemont-Dessaignes est démobilisé.
  • Contraints de fermer le Cabaret Voltaire, les dadaïstes ouvrent une galerie dans l'artère principale de Zurich, la Bahnhofstrasse[27].

ŒuvresModifier

  • Guillaume Apollinaire
    • Les Mamelles de Tirésias, sous-titré « drame surréaliste en deux actes et un prologue »
  • Jean Arp
    • Fleur-marteau, papiers découpés[28]
    • Larmes d'Enak : formes terrestres[29]
    • La Mise au tombeau des oiseaux et papillons (Portrait de Tristan Tzara)[30], reliefs : planches de bois aux contours sinueux, découpées, fixées et peintes ou non
    • Série de collages comportant le titre récurrent […] selon les lois du hasard[31]
  • Hugo Ball
    • Karawane, poème non-sensique[32]
  • Marc Chagall
    • Les Amoureux au-dessus de la ville, huile sur toile
  • Serge Charchoune
    • Chant-canon, huile sur toile
  • Giorgio De Chirico
    • Les Bains mystérieux[33]
    • La Chambre enchantée[34]
    • Grand intérieur métaphysique[35]
    • Le Grand métaphysicien[36]
    • Les Jeux du savant[37]
    • La Muse métaphysique[38], huiles sur toile
  • Marcel Duchamp
    • Apolinère Enameled, huile sur toile[39]
    • Fontaine[40], ready-made : urinoir renversé et signé « R. Mutt »
    • Trébuchet, readymade : portemanteau en bois et métal, fixé au sol[41]
  • Paul Eluard
    • Le Devoir et l'inquiétude
  • George Grosz
    • Crime sadique dans l'Ackerstrasse, dessin[42]
    • Metropolis, huile sur carton[43]
  • Francis Picabia
  • Man Ray
    • Trois parasoleils pour dames et cavaliers délicats, dessin[47]
  • Georges Ribemont-Dessaignes
    • Civilisation : « Il est avéré désormais que le plus pur moyen de témoigner de l'amour à son prochain est bien de le manger. [...] Posséder par le cœur, ou posséder par l'estomac ? Celui-ci est plus certain. Et puis, en cas de contre-ordre, il y a toujours la nausée. »
  • Philippe Soupault
    • Aquarium
  • Sophie Taeuber
    • Symétrie pathétique, broderie de coton à partir d'un dessin de Jean Arp[48]
  • Beatrice Wood
    • Un peut d'eau dans du savon, tableau composite[49]

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Pierre Albert-Birot donne deux fois le récit de ce moment : « Peut-être convient-il que je touche ici la question du mot surréaliste. Apollinaire, depuis plusieurs mois hésitait entre “surnaturaliste” et “surréaliste”, il employait tantôt l'un tantôt l'autre, mais avec une préférence pour “surnaturaliste”. Or Marcel Adéma dans son histoire d'Apollinaire cite une lettre du poète adressée en mars 1917 à Dermée[12] dans laquelle une fois de plus il dit : oui je crois qu'il vaut mieux employer “surréaliste”. Mais son hésitation n'a pas cessé puisqu'en mai, quand je prépare l'impression du programme pour la représentation et que je lui dis “que mettons-nous sous le titre ?”, il me répond d'abord “drame”, mais lui objectant que la pièce demanderait à être nettement caractérisée, il me dit “mettons drame surnaturaliste”, et comme je lui fais remarquer que d'une part le mot est impropre car nous ne faisons aucunement appel au surnaturel, et d'autre part qu'il se rapproche un peu fâcheusement du “naturalisme” qui n'est pas si loin, “c'est vrai”, me dit-il, “vous avez raison, alors imprimez drame surréaliste” C'est donc bien au cours de cette conversation qu'il a définitivement choisi, le mot allait être imprimé sur le programme et ensuite sur le livre, il n'y avait plus à y revenir.[13]»
    « Au moment de donner le texte à l'imprimeur j'ai dit à Apollinaire : “Donnez-moi le titre complet, les Mamelles de Tirésias, oui, mais que mettons-nous dessous ? — Eh bien, drame. — Drame tout seul, ne pensez-vous pas qu'il vaudrait mieux que vous le caractérisiez vous-même, ce drame, sans quoi on va dire qu'il est cubiste. — C'est vrai, mettons drame surnaturaliste”. Je rechignais parce que je voyais là, soit un possible rattachement à l'école naturaliste, ce qui était fâcheux, soit une évocation du surnaturel, ce qui était faux. Apollinaire réfléchit deux secondes : “Alors mettons surréaliste”. Cette fois, ça y était et nous étions d'accord et contents tous les deux[14]»
  2. Marc Polizzotti note que sur une vingtaine de comptes rendus de ce spectacle, aucun ne mentionne la « spectaculaire » réaction de Vaché[15]. Seul Louis Aragon a relaté cet incident, bien qu'il ne fut pas présent. Quant à Pierre Albert-Birot, il « doute qu'il ait pu avoir lieu »[16].

RéférencesModifier

  1. Marguerite Bonnet, André Breton, Œuvres complètes, tome 1 : chronologie, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, Paris, 1988, p. XXXV.
  2. Laurent Le Bon (sous la direction de), Dada, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2005, p. 65 et suivantes.
  3. Lettre à Alfred Stieglitz, Le Bon, op. cit., p. 64.
  4. Lydie Lachenal, Philippe Soupault. Littérature et le reste, Gallimard, Paris, 2006, p. 323.
  5. Marcelle Dumas & Lucien Scheler, Paul Eluard, poésies complètes : chronologie, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, Paris, 1968, p. LXI.
  6. Bonnet, op. cit., p. XXXV et note 3, p. 1075.
  7. Adam Biro & René Passeron (sous la direction de), Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Office du livre, Genève & Presses universitaires de France, Paris, 1982, p. 28.
  8. Référence disparue à cause d'une wikification forcenée et absconse !
  9. Serge Lemoine, Dada, éditions Hazan, Paris, 1991-2005, p. 25.
  10. Jacques Vaché, Lettres de guerre, éd. Mille et une nuits, 2001, p. 19.
  11. Lemoine, op. cit., p. 91.
  12. Pierre-Marcel Adéma, Guillaume Apollinaire, La Table ronde, 1968, p.304-307
  13. « Naissance et vie de SIC », les Lettres nouvelles, n° 2, septembre 1953.
  14. « Les Mamelles de Tirésias », Rimes et Raisons, 1946, p. 47.
  15. Marc Polizzotti, André Breton, Gallimard, 1995, p. 73.
  16. Marie-Louise Lentengre, Pierre Albert-Birot ou l'invention de soi, Jean-Michel Place, 1993, p. 122
  17. André Breton, Entretiens, Paris, Gallimard, 1969, p. 35
  18. Lachenal, op. cit., p. 322.
  19. Lemoine, op. cit. p. 91.
  20. Référence perdue à cause de la wikification forcenée
  21. Pierre Daix La Vie quotidienne des surréalistes, 1917-1932, Hachette, Paris, 1993, p. 38.
  22. Daix, op. cit., p. 26
  23. Lettre à Théodore Fraenkel, citée dans Bonnet, op. cit., p. XXXV.
  24. Daix, op. cit., p. 26.
  25. Daix, op. cit., p. 28.
  26. Magazine littéraire, n° 256, juillet 1988, p. 10.
  27. Lemoine, op. cit., p. 21.
  28. Reproduction dans José Pierre, L'Univers surréaliste, Somogy, Paris, 1983, p. 115.
  29. Reproduction dans Gérard Durozoi, Le Surréalisme, Hazan, Paris, 2002, p. 12.
  30. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 21.
  31. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 465.
  32. Lemoine, op. cit., p. 22.
  33. Museo d'arte moderna di Ca'Pesarfo, Venise. Reproduction dans Dossier de l'art n° 160, février 2009, p. 70.
  34. Reproduction dans Gabriele Crepaldi, L'Art moderne 1900-1945, Gründ, 2006, p. 189.
  35. 95,5 × 70,5 cm. Reproduction dans Beaux Arts magazine n° 335, mai 2012, p. 162.
  36. Reproduction dans Crepaldi, op. cit., p. 186.
  37. Crepaldi, op. cit., p. 186.
  38. Reproduction dans Crepaldi, op. cit., p. 190.
  39. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 82.
  40. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 25.
  41. 11,7 x 100 cm. Disparu. Reproduction dans Janis Mink, Duchamp, Taschen & Le Monde, Paris, 2006, p. 51.
  42. Reproduction dans Beaux arts magazine n° 132, mars 1996, p. 66.
  43. 68 × 47,6 cm, New York, Museum of Modern Art. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 336 et Lemoine, op. cit., p. 42.
  44. Reproduction dans Crepaldi, op. cit., p. 200.
  45. André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Gallimard, 1928-1965, p. 20.
  46. Reproduction dans Lemoine, op. cit., p. 27.
  47. Reproduction dans Beaux Arts magazine n° 82, septembre 1990, p. 25.
  48. Reproduction dans Durozoi, op. cit., p. 13.
  49. Il n'y a pas d'erreur d'orthographe : il faut écrire peut. Reproduction dans Le Bon, op. cit., p. 977.

Article connexeModifier