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Syndrome de Stockholm

Phénomène psychologique

Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d'empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d'identification et de survie.

Le terme « syndrome de Stockholm » a été créé par le psychiatre Nils Bejerot en 1973.

Sommaire

Le fait divers à l'origineModifier

Le , un évadé de prison, Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage dans l'agence de Kreditbanken du quartier de Norrmalmstorg à Stockholm, à une heure où la succursale vient d'ouvrir et n'a pas encore de clients. Lorsqu'il tire une rafale de mitraillette en l'air, des dizaines d'employés s'enfuient ou se jettent au sol. L'intervention des forces de l'ordre l'incite à se retrancher dans la banque où il relâche le personnel, ne prenant en otage que quatre personnes. Il demande aux négociateurs 3 millions de couronnes, des armes, un gilet pare-balles et un avion pour s'enfuir, et obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui peut le rejoindre. Les deux hommes et leurs otages se retranchent dans la chambre forte de la banque. Curieusement, pendant les six jours de négociation, les employés font confiance à leurs ravisseurs et se méfient des forces de l'ordre. Le 25 août, un policier prend l'initiative de fermer la porte de la salle des coffres. Les six personnes sont prises au piège. Malgré le cloisonnement, otages et ravisseurs finissent par développer un sentiment mutuel d'estime et de sympathie. La police perce des trous dans le plafond de la chambre forte et fait usage de gaz anesthésiants, ce qui permet leur libération le 28 août. Les forces de l'ordre assistent à des scènes surréalistes au moment de cette libération. Les employés refusent d'être secourus. Kristin, l'une des otages, sténographe dans la banque, exige que les deux criminels passent devant, de peur qu'ils soient abattus par la police. Avant de sortir de la chambre forte, criminels et otages se prennent dans les bras et se disent au revoir chaleureusement. Après leur arrestation, les victimes refusent de témoigner à charge, se cotisent pour assurer les frais de la défense des deux hommes et vont leur rendre visite en prison[1].

Sur les quatre otages, deux quitteront leur emploi par la suite, l'une devenant infirmière, l'autre assistante sociale. La prétendue relation amoureuse entre Jan Erik Olsson et Kristin n'est cependant qu'une légende urbaine[2]

Analyse du syndromeModifier

Trois critères :

  • le développement d'un sentiment de confiance, voire de sympathie des otages vis-à-vis de leurs ravisseurs ;
  • le développement d'un sentiment positif des ravisseurs à l'égard de leurs otages ;
  • l'apparition d'une hostilité des victimes envers les forces de l'ordre.

Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires[3] :

  • l'agresseur doit être capable d'une conceptualisation idéologique suffisante pour pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes ;
  • il ne doit exister aucun antagonisme ethnique, aucun racisme, ni aucun sentiment de haine des agresseurs à l'égard des otages ;
  • il est nécessaire que les victimes n'aient pas été préalablement informées de l'existence de ce syndrome (dans certains cas, l'agresseur peut faire preuve d'une conceptualisation idéologique capable de convaincre une victime préalablement informée du syndrome).

Le syndrome de Stockholm peut être vu comme une manifestation inconsciente de survie : le sujet concerné, en s'attirant la sympathie de l'agresseur, peut se croire partiellement hors du danger, voire susceptible d'influencer les émotions de l'agresseur. Si la pacification débouche sur une fraternisation, il peut même imaginer sauver sa vie. C'est en fait surtout de sa propre angoisse que le sujet se protège, car le danger est toujours réel : l'agresseur n'a pas lancé son action sans être prêt à toutes ses conséquences[citation nécessaire].

Le syndrome de Stockholm est un syndrome émergent psychotique comme on en observe parfois dans les situations extrêmes, y compris si le sujet n'a pas une personnalité psychotique.

Dans La Peur de la liberté[4], Erich Fromm énonce en 1940 les bases psychologiques causant ce syndrome, sans le nommer ainsi: Il décrit la vénération de l'enfant envers un père despotique et autoritaire ainsi que son identification avec lui, comme un moyen d’échapper à l'angoisse que lui provoquerait la confrontation ainsi que pour éviter le sentiment de culpabilité que lui procurerait du fait de le haïr. Il décrit ce même phénomène dans la relation que le citoyen d'un régime despotique entretient avec le dictateur. L'amour ou la vénération deviennent ainsi des palliatifs qui résolvent "magiquement" toute la complexité conflictuelle de la situation. Ce même type de relation a été constaté chez certains "collabos" envers les forces d'occupation pendant la guerre.

Paul Roazen explique comment ce phénomène d'adoption de la pensée dominante et d'identification avec leurs représentants, peut se reproduire même dans un contexte démocratique, ou dans le sein d'une communauté dont le sujet n'a pas le courage de contredire les valeurs, ou par nécessité de reconnaissance de la communauté, adoptant le jargon, la tenue vestimentaire, etc. Ceci n'est pas la syndrome de Stockholm, mais ça relève des mêmes ressorts psychologiques énoncés par Erich Fromm[5]

Le terme Syndrome de Stockholm sera adopté après l'incident à Stockholm en 1973 pour désigner ce phénomène d'abandon de son identité par crainte de l'autorité. Entretemps, l'expérience de Milgram avait permis de la mettre en évidence expérimentalement.

Pour Saverio Tomasella, le syndrome de Stockholm ne découle pas seulement de la fragilisation de la personne prise en otage, « soulagée d'avoir échappé au pire, notamment à sa mise à mort », donc étrangement reconnaissante envers son agresseur, « il est la marque d'une effraction gravissime de l'intériorité de l'être humain qui a vécu, en direct et impuissant, le rapt de son identité subjective »[6].

Cette modalité psychique d'adaptation à toutes sortes de situations traumatiques a été abordée également par Janine Puget[citation nécessaire][7].

Le comportement, paradoxal et apparemment incompréhensible, des victimes dans le syndrome de Stockholm, qu'on retrouve notamment chez les victimes de prises d'otages, a également été décrit et analysé en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait divers[réf. souhaitée].

Mécanismes sociologiques et psychologiques similairesModifier

  • Identification à l'agresseur: Le mécanisme du syndrome de Stockholm peut se rapprocher des découvertes du psychanalyste Sándor Ferenczi[8] – qui amènent Anna Freud à théoriser le concept d'« identification à l'agresseur » (Le moi et les mécanismes de défense, 1936)[9]. Erich Fromm dans La peur de la liberté étend ce concept à identification à l'autorité ou à l'idéologie dominante.
  • Syndrome de Lima: Un syndrome similaire peut s'appliquer aux ravisseurs lorsque ceux-ci sont influencés par le point de vue de l'otage. On parle dans ce cas de syndrome de Lima[10].
  • Relation entre le dictateur et son peuple : la haine envers le dictateur, ajoutée à la peur qu'elle puisse être découverte provoque dans le sujet une simulation de sympathie à laquelle le sujet finit par croire. Il y va un mécanisme de refoulement capable de se transformer et admiration ou idolâtrie. Ernesto Sàbato dans Nunca màs commente l'existence d'apologistes de la dictature qui ont eu une sensation de s'être "réveillés" après sa chute[11].
  • Violence conjugale
  • Maltraitance
  • Éducation parentale (avec violence et contrainte)

Dans ces trois derniers cas, les individus battus ne se plaignent pas, n'osent pas résister ou dénoncer et, malgré des moments de doute, croient (devoir) éprouver de l'affection pour leur(s) tortionnaire(s), qu'ils idéalisent.

CultureModifier

MusiqueModifier

OpérasModifier

  • Ariane et Barbe-Bleue, Paul Dukas, livret Maurice Maeterlinck, composé en 1907
  • Le Château de Barbe-Bleue, Béla Bartók, livret Béla Balázs, composé en 1911

Films et sériesModifier

 
Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Film traitant du syndrome de Stockholm.
  • Hijacking, dans le film danois sorti en 2012, l'équipage du navire danois devient développe petit à petit de la sympathie et de l'amitié avec leurs assaillants.
  • Le Cercle des intimes, qui raconte l'histoire d'un projectionniste vénérant Staline.
  • Le monde ne suffit pas, un film de James Bond, (sorti en 1999), dans lequel le personnage d'Elektra King (incarné par Sophie Marceau), est atteinte du syndrome de Stockholm après avoir été enlevée par le terroriste Renard.
  • Die Hard - Piège de Cristal, un prétendu expert en terrorisme parle à tort de « syndrome d'Helsinki » à la place du syndrome de Stockholm.
  • X-Files, saison 5 épisode 19, Folie à deux, l'agent Mulder évoque également à tort le « syndrome d'Helsinki » dans la version originale, au lieu du syndrome de Stockholm.
  • Un monde parfait, de et avec Clint Eastwood, le petit garçon âgé de huit ans éprouve de l'empathie et de la compassion pour son ravisseur en l'aidant à se soigner de sa blessure par balle.
  • Contre toi, de Lola Doillon, avec Kristin Scott Thomas, des sentiments naissent entre le ravisseur et sa victime. Ayant réussi à s'échapper, cette dernière va tout faire pour le retrouver. Dans le film, le ravisseur a pour patronyme « Ochberg ». Ce patronyme rappelle celui de Frank Ochberg, un des chercheurs qui met au jour le syndrome de Stockholm.
  • Attache-moi ! de Pedro Almodóvar avec Victoria Abril et Antonio Banderas.
  • V pour Vendetta, Evey Hammond éprouve de la sympathie envers V, son ravisseur qui l'a obligé à rester dans son repaire.
  • Les Fugitifs de Francis Veber avec Gérard Depardieu et Pierre Richard, où Lucas (Gérard Depardieu) finit par se prendre d'amitié et de compassion pour François (Pierre Richard) alors qu'il a reçu une balle dans la cuisse tirée par ce dernier.
  • Dans la Saga Saw, Amanda Young développe ce syndrome à un niveau extrême après avoir survécu à un piège de Jigsaw.
  • Dans la série Grey's Anatomy, dans la saison 8 épisode 20, la patiente Holly est atteinte de ce syndrome.
  • Les Simpson : Homer Simpson est pris en otage par un conducteur de taxi sans licence, à Rio de Janeiro au Brésil, et sympathise avec ses ravisseurs, allant même jusqu'à faire un album-photos avec ces derniers.
  • Dans la série The Unit : Commando d'élite, Saison 3 épisode 7, un journaliste détenu en otage présente ce syndrome. Il veut se rendre et compromettre la mission. Jonas, un membre de l'unité lui montre une photo de sa famille pour ramener le journaliste à la raison.
  • Dans la série Ghost Whisperer, une femme a été victime de ce syndrome (Saison 4 - Épisode 10)
  • Le film Pour cent briques, t'as plus rien, les otages se retrouvent liés d'amitié aux preneurs d'otage, se partageant le butin de leur libération
  • Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon), film américain réalisé par Sidney Lumet en 1975.
  • Sugarland Express (The Sugarland Express, film américain de 1974 par Steven Spielberg) : le policier pris en otage sympathise avec le couple qui l'a enlevé. Il les met en garde contre les peines encourues tout au long du film, et leur dit même qu'ils vont tomber dans un piège tendu par la police, lorsqu'ils veulent aller chercher leur fils dans une maison.
  • Dans la série Sherlock Holmes (datant de 1984 et mettant en scène des canidés anthropomorphes), dans la saison 1 épisode 4 : l’enlèvement de Mme Hudson, Moriarty est persuadé que Sherlock Holmes ne lui mettra plus de bâtons dans les roues si celle-ci n'est plus là pour l'épauler. En guise de rançon contre sa libération, Moriarty demande à Holmes et Watson de voler La Joconde. Mme Hudson semble apprécier ses ravisseurs et ceux-ci également.
  • Parker, film policier américain de 2013, dès le premier braquage, le policier pris en otage pris d'une crise de panique, est aidé par Parker qui est l'un des braqueurs. Il finira par le remercier et ira jusqu'à ne pas témoigner contre lui lors de son interrogatoire.
  • Hatufim, série israélienne, où le syndrome de Stockholm est le ressort essentiel du scenario. L’épisode 4 de la saison 2 est d'ailleurs construit autour du cours d'une psychologue sur le syndrome de Stockholm.
  • Homeland, série américaine (s'inspirant de Hatufim), raconte le retour d'un prisonnier américain « retourné » pendant sa captivité par Al Qaida.
  • La piel que habito, de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas.
  • La casa de papel, série espagnole réalisée par Alex Pina, où quelques otages se lient d'affection voire d'amour avec leurs ravisseurs lors du braquage de la fabrique nationale de la monnaie et du timbre à Madrid, notamment lorsque Mónica Gaztambide tombe amoureuse de l'un des braqueurs, Denver.
  • Monty Python : La Vie de Brian, film britannique réalisé par Terry Jones en 1979 : Brian est envoyé par les Romains dans un cachot contenant déjà un détenu. Enfermé depuis cinq ans, celui-ci explique que ses geôliers sont fantastiques.
  • Dans la série américaine Charmed, durant la saison 8, Christy Jenkins souffre de ce syndrome, suite à son enlèvement à l'âge de 10 ans, une fois que Billie Jenkins (sa sœur) la retrouve elle gardera le contact avec un de ses ravisseurs et elle ira même jusqu'à s'opposer aux sœurs Halliwell qui l'avait sauver et tentera de tuer sa sœur.
  • Dans Profilage, une série française, Adèle Delettre et sa soeur jumelle, Camille sont enlevées enfant par un homme se faisant appeler Argos, Adèle sera libérée par son geôlier, mais sa sœur restera avec lui, Camille aura un enfant avec son ravisseur et bien que libre elle reste sous son contrôle même après avoir été sauvé et continue de lui obéir.
  • Zelig : comédie de Woody Allen. Le protagoniste subit des transformations, se métamorphosant inconsciemment adoptant les aspects physiques, les idéologies et les mœurs des communautés avec lesquelles il entre en contact[5].
  • Stockholm : le film est basé sur l’histoire vraie du braquage de banque en 1973 et de la crise des otages à Stockholm.

Émissions de radioModifier

AutresModifier

  • Un roman de Stephen King, Rage, dans lequel un collégien abat l'un de ses professeurs et prend l'ensemble de la classe en otage ; à la fin du roman, la quasi-totalité des élèves otages prennent fait et cause pour leur camarade qui les séquestre.
  • La bande dessinée Inspecteur Moroni, tome 3 : Le Syndrome de Stockholm de Guy Delisle sur ce sujet.
  • Un roman de Lucy Christopher dont le titre est Lettre a mon ravisseur, dans lequel une jeune fille est enlevée dans un aéroport et écrit une lettre à son ravisseur en y développant les divers sentiments qui la secouent durant son enlèvement.
  • Solid Snake y fait allusion dans le jeu vidéo Metal Gear Solid en référence à la relation entre Sniper Wolf et le docteur Hal Emmerich.
  • Le roman de George Orwell, 1984 se termine sur l'introspection de Winston, fortement torturé dans les locaux du ministère, puis relâché, et se découvrant alors sincèrement « aimer Big Brother ».
  • Dans le jeu vidéo Payday 2, où vous incarner un braqueur, la compétence Syndrome de Stockholm peut être apprise afin que les otages puissent vous réanimer si vous êtes neutralisé par la police.

Notes et référencesModifier

  1. Daniel Lang, Stockholm 73, Allia, , p. 7-24.
  2. (en) Paul Joseph, The SAGE Encyclopedia of War: Social Science Perspectives, SAGE Publications, , p. 1627-1628.
  3. (en) Ian K. McKenzie, « The Stockholm Syndrome Revisited: Hostages, Relationships, Prediction, Control and Psychological Science », Journal of police crisis negotiations, vol. 4, no 1,‎ , p. 5-21 (OCLC 450231529, DOI 10.1300/J173v04n01_02, résumé).
  4. Erich Fromm, La peur de la liberté
  5. a et b La place d'Erich Fromm aujourd'hui et sa Peur de la libertéPaul Roazen Dans Le Coq-héron2005/3 (no 182)
  6. Saverio Tomasella, La folie cachée, Albin Michel, 2015, p. 136.
  7. Janine Puget, L. Ricon, M. Vignar, et al., Violence d'état et psychanalyse, Dunod, coll. « Inconscient et culture », 1989 (ISBN 2040169830).
  8. Sándor Ferenczi, Le Traumatisme, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 2228900699) ; Id., Confusion des langues entre les adultes et les enfants (1932), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004, (ISBN 2228899186).
  9. J. Laplanche et J. B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Mécanismes de défenses », Paris, P.U.F., 1984, p. 234-237.
  10. (en) N. Kato, et al. Ptsd : Brain Mechanisms and Clinical Implications, Springer, 2006 (ISBN 4-431-29566-6), p. 149.
  11. « Nunca màs », sur Wikipedia espagnol

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier