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Rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda

Le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 est source de controverses et de débats tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la France et du Rwanda. La coopération militaire entre les deux pays remonte à 1975. La France a apporté un soutien militaire, financier et diplomatique au gouvernement hutu de Juvénal Habyarimana contre le Front patriotique rwandais, créé par les exilés Tutsis, pendant la guerre civile rwandaise débutée en 1990. Elle est soupçonnée d'avoir poursuivi ce soutien pendant[1] le génocide des Tutsi au Rwanda, déclenché par l'attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira. L'ampleur de ce soutien et son impact sur le génocide firent l'objet de vives controverses, en particulier entre les gouvernements français et rwandais et continuent d'influencer les relations diplomatiques entre les deux pays.

Le gouvernement français a jusqu'à présent rejeté toute responsabilité dans le génocide, tout en admettant à partir de novembre 2007 que des « erreurs politiques »[2] avaient pu être commises qui ont empêché de prévenir ou d'arrêter le génocide. Plusieurs rapports indépendants, dont celui de la mission d'information parlementaire sur le Rwanda et des travaux de recherche universitaires ont permis de préciser le rôle joué par la France durant cette période.

Soutien de la France avant 1990Modifier

Depuis les indépendances, la France a gardé une forte présence militaire et une influence politique majeure dans de nombreux pays africains, principalement des pays francophones[3]. Ces liens militaires et politiques sont liés à des intérêts diplomatiques (votes aux Nations unies) et économiques (approvisionnement dans des matériaux stratégiques tels que l'uranium, colbalt, etc. et fournitures de services)[4].

Les liens de la France avec le Rwanda datent des premières années de l'indépendance du Rwanda. Ancienne colonie belge, le Rwanda est considéré par la France comme un pays avec lequel il convient de tisser des liens afin de le rapprocher de sa zone d'influence francophone où il constitue un point-clef oriental, et l'éloigner des pays anglophones frontaliers (Ouganda, Tanzanie)[5]. Des accords de coopération civile sont signés en 1962[6]. Un accord d'assistance militaire, mais toujours au titre de la coopération, est signé en 1975 entre la France et le Rwanda pour organiser et instruire la Gendarmerie rwandaise. Cet accord exclut que les militaires instructeurs français au Rwanda participent à des opérations de guerre ou de rétablissement de l'ordre[7].

La politique de la France au Rwanda est alors la même que celle qu'elle mène dans de nombreux pays d'Afrique : coopération au développement, contribution à la sécurité et à la stabilité du pays, soutien au régime en place. En 1983, l'accord d'assistance militaire est amendé : les coopérants militaires français au Rwanda portent désormais l'uniforme rwandais, avec un badge spécifique de leur mission. L'interdiction de participer à des opérations de guerre ou de maintien de l'ordre est également supprimée[8],[9]. Puis, en 1992, alors que le gouvernement rwandais est en guerre civile depuis deux ans contre le Front patriotique rwandais (FPR), l'accord d'assistance militaire s'étend de la Gendarmerie à l'ensemble des Forces armées rwandaises (FAR). Cela ouvre alors à la France la possibilité d'agir militairement aux côtés des militaires rwandais sans que le parlement français en soit nécessairement informé, et bien qu'aucun accord de défense ne soit explicitement signé entre les deux États[10],[11]. D'une manière générale, la politique suivie au Rwanda est directement définie par la Présidence de la République, assistée de l'état-major particulier du président de la République française.

De 1990 à 1994, durant la guerre civile rwandaiseModifier

La connaissance de la situationModifier

À travers sa présence militaire, sa coopération technique, ses services diplomatiques et culturels, la France est en prise directe avec le point de vue et l'action des élites au pouvoir, et avec la réalité du pays en général[12]. En 1990, une centaine de coopérants interviennent au Rwanda dans le cadre de l'enseignement, de la santé, du développement rural. La France finance l'équipement de l'aéroport de Kigali et fournit un Falcon 50 au Président du Rwanda, ainsi que la prise en charge de son équipage.

Le , le FPR lance une offensive depuis l'Ouganda contre le gouvernement de Kigali et déclenche ainsi la guerre civile rwandaise visant à restaurer les droits des Tutsis rwandais exilés dans les pays voisins après plus de quatre décennies de conflit interethnique. Estimant que le FPR n'a le soutien que d'une minorité de la population rwandaise et est soutenu par une puissance étrangère, la France intervient en appui du gouvernement rwandais, estimant que son inaction compromettrait la sécurité de l’ensemble des pays liés à la France et discréditerait sa garantie[13]. La Mission d'information parlementaire sur le Rwanda relate dans son rapport[14] qu'une « attaque simulée sur Kigali servit non seulement de leurre pour déclencher l’intervention française, mais aussi de levier pour restaurer le régime dans sa plénitude »[15],[16]. À côté de l'opération Noroît visant officiellement à évacuer des ressortissants français, une centaine de conseillers encadre l'armée rwandaise, y compris au sein de son état-major. Le FPR est repoussé et la répression s'abat sur les Tutsis, soupçonnés d'être favorables au FPR. Le risque de génocide est relevé par l'ambassadeur Martres[17],[18], et de nombreux documents internes[réf. à confirmer] font apparaître, selon Olivier Lanotte, un docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, la connaissance étendue qu'avaient les autorités françaises des massacres de Tutsi, du développement de la campagne de haine contre les Tutsi[19].

En novembre 1990 le général Jean Varret, alors chef de la Mission militaire de coopération au Rwanda, rencontre le colonel Pierre-Célestin Rwagafilita qui lui déclare : « Je vous demande ces armes car je vais participer avec l'armée à la liquidation du problème. Le problème, il est très simple : les Tutsis ne sont pas très nombreux, on va les liquider. »[20].

Entre le 4 mars et le 9 mars 1992, un massacre de 150 à 300 Tutsis a lieu dans le district de Bugesera et préfigure la méthode qui sera suivie lors du génocide de 1994 : appels à la radio, convocation de la population pour le travail collectif, premiers massacres par des militaires ou des milices avant que l'ensemble de la population soit encouragée à participer aux tueries. Selon l'ambassadeur belge à Kigali, le massacre est organisé par un état-major secret chargé de l'extermination des Tutsis et il cite nommément huit proches du Président Habyarimana. La France se satisfait de l'explication du Président rwandais disant que ces exactions sont dues à des groupes incontrôlés, et ne s'associe pas à une démarche de protestation des ambassadeurs occidentaux qui demandent la constitution d'une enquête impartiale sur les responsabilités de massacres[21],[22]. Devant la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda, l'ambassadeur de France au Rwanda, Georges Martres, a affirmé s'être bien associé à la démarche commune des ambassadeurs et avoir retrouvé le télégramme prouvant ce fait. Il fut invité par le président de la Commission à fournir ce télégramme[23].

En 1993, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme publie un rapport dénonçant les escadrons de la mort en lien avec le Président Habyarimana, sa femme et les ultras du régime[24]. Si ce rapport suscite quelque émoi en Belgique, il ne provoque aucune réaction en France où l'on estime que les exactions contre les Tutsis sont dues à une frange d'extrémistes Hutus et qu'elles contribuent à alimenter la propagande du FPR contre le gouvernement rwandais[25]. Parallèlement au conflit avec le FPR, Le Rwanda connaît des difficultés budgétaires, aggravées par une augmentation de ses dépenses militaires, et reçoit une aide financière substantielle de la France et de la Belgique entre 1991 et 1993[26].

Les liens politiquesModifier

Le 20 juin 1990, le président François Mitterrand prononce le discours de La Baule devant les représentants de 37 pays africains, assurant ceux-ci du soutien de la France, mais conditionnant ce soutien à une démocratisation des régimes politiques. Le 5 juillet 1990, le président Habyarimana annonce la fin du cumul entre sa fonction de président de la République et celle de président du parti unique MRND, ainsi que l’amorce d’un processus démocratique avec la reconnaissance du multipartisme. Le soutien de la France se maintient pendant la période 1990-1994 malgré les exactions du régime, ce qui a pu conduire le gouvernement rwandais à la conviction d'avoir la France derrière lui, quoi qu'il arrive[27].

Au cours de cette période, et principalement sous l'impulsion du président François Mitterrand, « la France a fourni régulièrement au Rwanda de 1990 à 1994 matériel, armements et munitions »[28]. Pour la journaliste Laure de Vulpian, les massacres de Tutsi et d'opposants politiques par les Forces armées rwandaises dans plusieurs circonstances[29] ne suscitent pas de réactions. Les autorités françaises n'exercent jusqu'en 1993 que très peu de pression pour inciter le gouvernement rwandais à la modération. Certains de ses représentants comme le ministre Marcel Debarge encouragent la constitution d'un front des Hutu[30]. Cette proposition sera perçue comme encourageant[non neutre] la constitution du Hutu Power radical par ceux qui dénoncent la complicité de la France[31].

Selon Olivier Lanotte, la France fut très peu active dans le processus d'Arusha[32].

Pour le président du Rwanda Paul Kagame, le massacre des Tutsis a nécessairement supposé un appui militaire étranger étant donnée la situation rwandaise des deux dernières décennies[33].

Le soutien militaire et financierModifier

Entre 1990 et 1994, principalement grâce au soutien de la France, l'armée rwandaise passe de 5 500 à 35 000 hommes[34]. Pendant cette période, la France a fourni la plupart des armes lourdes, des véhicules d'assaut et des hélicoptères utilisés par le gouvernement rwandais pendant la guerre contre le FPR, par plusieurs canaux (vente d'armes par des groupes installés en France, cessions directes et indirectes de matériels de l'Armée française). Les armes légères sont fournies par la France, l'Égypte ou l'Afrique du Sud[35].

En 1991, la France envoie un DAMI (détachement d'assistance militaire et d'instruction) d'une trentaine d'instructeurs militaires au Rwanda, afin de renforcer la formation de l'armée rwandaise. L'amiral Lanxade, chef d'état-major du Président Mitterrand, précise que cette aide doit s'accompagner d'initiatives devant pousser le Président Habyarimana à une ouverture envers l'opposition et à un règlement de la question des réfugiés Tutsis[36]. Le rôle du DAMI ne se limite pas à des actions de formation de l'armée rwandaise, mais englobe également des conseils apportés à l'état-major rwandais pour lutter contre le FPR. En février 1992, le MDR, parti d'opposition, diffuse un tract protestant contre la nomination du chef du DAMI comme conseiller direct du Président de la République rwandaise. La France dément, mais l'amiral Lanxade nomme néanmoins un conseiller militaire auprès du chef d'état-major de l'armée rwandaise[37]. Les effectifs du DAMI passe à une soixantaine d'hommes en 1992, puis à une centaine en 1993. Leur rôle de conseil des Forces armées rwandaises sur la ligne de front avec le FPR prend avec le temps une importance accrue, et ponctuellement, les éléments du DAMI participent au combat contre le FPR aux côtés de l'armée rwandaise. C'est le cas en particulier en juin 1992, à la suite d'une deuxième offensive du FPR dans la région de Byumba, où des échanges d'artillerie ont lieu entre le FPR et l'armée rwandaise. Si les militaires français se défendent d'avoir eux-mêmes actionné le feu, ce sont néanmoins eux qui règlent les tirs[38].

Selon Oliver Lanotte, les instructeurs français entraînent des troupes militaires rwandaises, mais également des miliciens civils[39],[40]. Des miliciens Interahamwe[non neutre] ont pu aussi être formés par les conseillers français, notamment dans le camp de Bagogwe[41].

Certains militaires sur le terrain s'inquiètent du rôle qu'on veut leur faire jouer. Ainsi, le général Varret, chef de la Mission militaire de coopération, rappelle au DAMI en mai 1992 son strict rôle d'instruction et que tout dépassement de ce rôle serait sanctionné. En février 1993, on lui annonce qu'on lui retire le commandement des DAMI au motif que ses instructions ne sont pas les bonnes. Il est remplacé peu après par le général Huchon, adjoint du chef d’état-major particulier du Président de la République, le général Quesnot[42].

En février 1993, le FPR rompt une nouvelle fois le cessez-le-feu, et la France annonce un renforcement de l'opération Noroît. Le FPR accepte peu après de démilitariser la zone qu'il a conquise à condition que la France se retire du Rwanda, compromis négocié dans le cadre des Accords d'Arusha[43].

Cet engagement de la France au Rwanda passe totalement inaperçu de l'opinion publique française[44],[45], en une période où elle est principalement préoccupée de la guerre due à la dislocation de la Yougoslavie, de la fin de l'Union soviétique ou de la réunification de l'Allemagne. Dans le même temps, la France pousse le Président Habyarimana à négocier un compromis avec le FPR, ce qui conduira aux accords d'Arusha. Cependant, parallèlement aux négociations auxquelles il se plie, le parti présidentiel joue un double jeu, en s'appuyant sur des milices exerçant des actions violentes envers les Tutsis ou les partis politiques favorables aux négociations[46].

Selon Olivier Lanotte, les armes fournies au Rwanda ont eu un impact sur le génocide, les Forces armées rwandaises alimentant les miliciens en armes dès le début du génocide[47],[48].

Des militaires français ont contribué aux contrôles de cartes d'identité entre octobre 1990 et 1993, mais alors que des Tutsis ont parfois été assassinés à des barrages tenus par des miliciens rwandais, rien ne permet d'affirmer que ce fut le cas aux barrages tenus par des soldats français[49].

Plus généralement, Olivier Lanotte avance que les autorités françaises ont gardé ces engagements militaires largement secrets pendant cette période[50].

Pendant le génocideModifier

 
Un soldat français, membre des forces internationales soutenant les efforts de secours pour les réfugiés rwandais, ajuste le fil concertina entourant l'aéroport de Goma (aout 1994).

Le 8 avril 1994, deux jours après l'attentat qui coûta la vie au Président Habyarimana et alors que les tueries ont déjà débuté à Kigali, se tient à l'ambassade de France une réunion dans le but de former un nouveau gouvernement. Officiellement, il s'agit d'une formation se conformant aux accords d'Arusha qui prévoit une répartition du pouvoir entre les différentes formations politiques. En fait, seules les personnalités les plus radicales sont présentes, les personnalités modérées étant en fuite ou déjà assassinées. Le FPR n'y est pas représenté[51].

Les derniers soldats français quittent le Rwanda aux premiers jours du génocide, à l'issue de l'opération Amaryllis.

Le 27 avril 1994, L'Élysée et Matignon reçoivent une délégation du gouvernement intérimaire rwandais, constituée de Jean Bosco Barayagwiza[52], chef de la CDR (parti extrémiste ayant rejeté les accords d'Arusha), et de Jérôme Bicamumpaka[53], Ministre des Affaires étrangères. L'objectif recherché, selon la France, vise à amener les belligérants à la conclusion d’un accord négocié. Néanmoins, la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda a souligné[54] que « cette approche suppose toutefois que l’on se trouve dans une logique classique de guerre ou d’affrontements. Or, en la circonstance, on peut s’interroger sur l’opportunité d’avoir, certes dans la perspective louable de la conclusion d’un cessez-le-feu, reçu, le 27 avril, le représentant du parti extrémiste hutu de la CDR, exclu des institutions d’Arusha, et le Ministre des Affaires étrangères d’un Gouvernement intérimaire, sous la responsabilité duquel se déroulaient des massacres à grande échelle qui seront, quinze jours plus tard, qualifiés officiellement par la France de génocide ».

L'attitude de la Présidence française vis-à-vis du gouvernement intérimaire rwandais paraît s'infléchir vers la mi-juin. En témoigne[55] Jean-Hervé Bradol, responsable de MSF, qui déclare au journal télévisé de TF1 le 16 mai 1994 : « Les gens qui massacrent aujourd'hui, qui mettent en œuvre cette politique planifiée et systématique d'extermination sont financés, entraînés et armés par la France »[56],[57]. Il est reçu, avec Philippe Biberson, président de MSF, le 19 mai par la cellule africaine de l'Élysée qui leur reproche les propos tenus par MSF vis-à-vis de la France, et qui prétend ne pas pouvoir peser sur les responsables rwandais pour arrêter les massacres faute de pouvoir les joindre. Cependant, le 14 juin, ils sont reçus directement par le Président de la République, M. Mitterrand, qui qualifie le gouvernement intérimaire rwandais de « bande d’assassins », et déclare de Mme Agathe Habyarimana[58] : « Elle a le diable au corps, si elle le pouvait, elle continuerait à lancer des appels aux massacres à partir des radios françaises. Elle est très difficile à contrôler ». Ce n'est qu'à partir du 7 juillet que le gouvernement intérimaire est considéré par la France comme totalement discrédité[59].

La question de savoir si la France a continué à fournir des armes au gouvernement intérimaire après le 6 avril 1994, date du début du génocide, et surtout après le 17 mai, date de l'embargo imposé par l'ONU, est l'objet de débats. Officiellement, le gouvernement français a cessé toute livraison le 8 avril[60], date du début de l'offensive du FPR. La date du 8 avril est également celle donnée par les autorités françaises à une commission d'enquête de l'ONU[61]. Cependant, quelques mois plus tard, voulant savoir si la France avait continué à livrer des armes aux FAR après le 6 avril 1994, M. Bernard Debré, ministre de la Coopération, a posé la question à M. François Mitterrand qui lui répondit : « Vous croyez que le monde s’est réveillé le 7 avril, au matin, en se disant : Aujourd’hui, le génocide commence ? Cette notion de génocide ne s’est imposée que plusieurs semaines après le 6 avril 1994 », laissant entendre que les livraisons d'armes se sont poursuivies[62]. Lors de son audition par la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale sur la politique de la France au Rwanda, le 16 avril 2014, Hubert Védrine, qui était en 1994 secrétaire général de la Présidence française, reconnaît implicitement que des armes ont été livrées aux Forces armées rwandaises après le 8 avril 1994 pour résister à l'offensive du FPR, en totale contradiction avec les affirmations de Édouard Balladur quinze ans plus tôt[63]. Selon la revue XXI, ces livraisons d'armes se seraient poursuivies jusqu'à l'opération Turquoise où l'ordre aurait été donné de réarmer les Hutus en fuite qui franchissaient la frontière[64].

Même si les circuits officiels sont fermés, il est possible de procéder de façon plus détournée. Ainsi, pendant toute la durée du génocide, le gouvernement rwandais obtient des munitions et armements de sociétés privées de diverses nationalités. Les munitions sont censées être destinées au Zaïre, mais arrivent à Goma, proche du Rwanda et traversent la frontière. Certaines livraisons se poursuivent après l'embargo[65] du 17 mai et jusqu'en juillet[66]. Bien que la résolution 918 du Conseil de sécurité demande aux États membres d'empêcher la vente ou la livraison d'armes au Rwanda[67], les forces françaises, présentes à Goma, ne procèderont à aucune saisie, sous le prétexte qu'elles ne sont pas mandatées pour contrôler ce que transportent des avions privés affrétés par des sociétés civiles[68]. Pour la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda, « qu’il y ait eu du trafic d’armes incontrôlé, cela est plus que probable [...]. L’Afrique est aujourd’hui remplie d’armes venues du trafic et il est illusoire de prétendre pouvoir un jour arriver à contrôler et sanctionner ces flux illicites. En revanche, la violation de l’embargo et les exportations illégales d’armements, qui auraient été connues des autorités françaises et qu’elles auraient laissées se produire n’ont pas été démontrées »[28].

Le 22 juin, après trois mois de tueries, la France lance l'opération Turquoise. Les anciens responsables français et la mission d'information parlementaire sur le Rwanda ont toujours insisté sur le caractère strictement humanitaire de l'opération. À l'inverse, le lieutenant-colonel Guillaume Ancel, alors capitaine de la Force d'Action Rapide intégré dans une compagnie de la légion étrangère pendant l'opération Turquoise, affirme que cette intervention avait un but initial clairement offensif contre le FPR, pour sauver le gouvernement hutu[69]. Il témoigne que de nombreuses armes et de l'argent ont été livrés par la France aux Forces armées rwandaises, alors même que leur rôle central dans le génocide aurait été mis en évidence par la DGSE au plus haut niveau de l'État[70]. Son témoignage a été violemment contesté par le colonel Jacques Hogard[71], fondateur de l'association France Turquoise, mais la publication de documents[72] et de témoignages concordants[73] révèlent des zones d'ombre sur le rôle de la France dans le drame rwandais. Ces témoignages renforcent la thèse soutenue notamment par le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry[74] et la journaliste Laure de Vulpian de l'engagement « de l’État français aux côtés du régime hutu, y compris pendant l’opération Turquoise »[75].

Chronologie du débat sur le rôle de la France dans le génocide des TutsisModifier

Le 28 janvier 1993, Jean Carbonare, président de l’association Survie annonce sur France 2 au journal télévisé que la France par son engagement au Rwanda peut empêcher un « crime contre l'humanité » ou un « génocide » qui se prépare[76].

Le 16 mai 1994, interrogé par Patrick Poivre d'Arvor sur TF1, le docteur Jean-Hervé Bradol, de Médecins sans frontières, dénonce les responsabilités de la France dans le génocide des Tutsi[77].

Les 12 et 14 janvier 1998, Le Figaro publie une série d'articles de Patrick de Saint-Exupéry qui mettent en cause le rôle de la France dans certains événements du génocide des Tutsi[78].

En mars 1998, sous le gouvernement de Lionel Jospin, une mission d'information parlementaire sur le génocide des Tutsi au Rwanda est mise en place[79]. L'instruction de la plainte des familles des pilotes de l'avion abattu du Président Habyarimana est prise en charge par le juge Jean-Louis Bruguière.

En novembre 2001, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) est créé par Alain et Dafroza Gauthier. Ce collectif poursuit les génocidaires réfugiés en France[80].

En mars 2004, un collectif de citoyens français initient une commission d'enquête citoyenne sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi[81].

En juin 2004, puis février 2005, des Rwandais portent plaintes contre X devant la justice française, X étant des militaires français de l'opération Turquoise[82].

En août 2008, le Rwanda publie un rapport, dit « rapport Mucyo », intitulé : « Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’État français dans le génocide perpètre au Rwanda en 1994 » et daté de novembre 2007[83].

En 2010, en visite à Kigali, le président Nicolas Sarkozy déclare que « des erreurs d'appréciations, des erreurs politiques ont été commises ici et ont eu des conséquences absolument dramatiques »[84].

En 2014, à l'occasion du vingtième anniversaire du génocide, le président François Hollande promet d'ouvrir les archives françaises sur le Rwanda.

En juillet 2014, l'ancien ministre de la Défense, François Léotard, propose que toutes les archives concernant le rôle de France au Rwanda soient déclassifiées[85].

En août 2014, Guillaume Ancel publie une tribune dans Le Monde appelant à une commission d'enquête sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda[86],[87].

Le secrétaire général de l'Élysée annonce en avril 2015, 21e anniversaire du début du génocide, que de nouveaux documents seront déclassifiés[88].

En juin 2017, la revue XXI publie un article reprenant le témoignage anonyme d'un haut fonctionnaire chargé d'examiner les documents à déclassifier. Il indique que les documents comportent des pièces indiquant que des ordres avaient été donnés aux militaires français de réarmer les forces hutus franchissant la frontière entre le Rwanda et la RDC, et qu'« il serait très problématique pour les personnes concernées par cette affaire que ces documents soient communiqués »[89],[90].

En mars 2018, le journal Le Monde publie un ensemble d'articles qui relance l'hypothèse d'un soutien direct des génocidaires par l'État français avant, pendant et après le génocide[91],[92],[93],[94],[95]. Ces articles s'appuient notamment sur la publication du témoignage de Guillaume Ancel, officier français ayant participé à l'opération Turquoise[96].

En mars 2019, la cellule investigation de Radio France et Mediapart publient plusieurs témoignages sur le rôle de la France[20] :

  • le général Jean Varret, chef de la mission de coopération de 1990 à 1993, déclare avoir recueilli et transmis à ses supérieurs des déclarations du chef des armées rwandais en novembre 1990 sur sa volonté de tuer tous les Tutsi ;
  • Walfroy Dauchy, logisticien de la Croix Rouge à Goma de juillet à octobre 1994, explique avoir été témoin de la livraison d'armes aux génocidaires à partir de l'aéroport de Goma, avec la complicité des autorités françaises ;
  • l'amiral Jacques Lanxade contredit ces informations en affirmant qu'il n'a jamais été question de la possibilité d'un génocide avant mai 1994.

Le 5 avril 2019, Emmanuel Macron reçoit une délégation de l'association de rescapés Ibuka au Palais de l'Élysée et annonce « la mise en place d’une commission d’historiens et de chercheurs chargée de mener un travail de fond centré sur l’étude de toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 »[97].

En mai 2019, vingt-trois anciens ministres et Premier ministres socialistes, dont Bernard Cazeneuve, Édith Cresson, Paul Quilès et Hubert Védrine, envoient une lettre commune à Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, en lui demandant de désavouer Raphaël Glucksmann, tête de la liste commune PS-Place publique pour les élections européennes. Ce dernier, co-auteur en 2004 du documentaire Tuez-les tous !, réitère en effet en janvier et avril 2019 sa position déjà ancienne, à savoir que François Mitterrand a été complice du génocide des Tutsis du Rwanda[98],[99].

BibliographieModifier

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  • Michel Sitbon, Un génocide sur la conscience, L'Esprit frappeur, 1998.
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  • François-Xavier Verschave, Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda, Paris, La Découverte, 1994, 175 p.
  • Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud, « Silence Turquoise », responsabilités de l'État français dans le génocide des Tutsi, Éd. Don Quichotte, 2012, 460 p.

FilmographieModifier

Films documentairesModifier

Notes et référencesModifier

  1. HWR, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala (1999), p. 24
  2. Intervention de Nicolas Sarkozy à Lisbonne lors du Sommet européen de décembre 2007. Conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Kigali le 25 février 2010
  3. Andrew Hansen, « The French Military in Africa », Council on Foreign Relations, (consulté le 24 mars 2010).
  4. Kroslak, op.cit. page 3
  5. Il serait cependant tout à fait exagéré de voir l'offensive du FPR en 1990 contre le Rwanda en provenance de l'Ouganda comme une manœuvre en sous-main du monde anglo-saxon. Si les États-Unis ménagent l'Ouganda en raison de sa position face au Soudan et la menace islamiste, il n'y a pas vraiment de conflit avec la France sur sa politique au Rwanda. cf Mission d'information sur le Rwanda, Les raisons de la présence de la France au Rwanda.
  6. Mission d'information sur le Rwanda, 1re Partie, histoire du Rwanda.
  7. Mission d'information sur le Rwanda, La signature d’un accord d’assistance militaire technique
  8. Mission d'information sur le Rwanda, Les modifications apportées à l’accord initial. Le rapport précise : « Au regard de l’histoire, on ne peut que s’interroger sur les motivations qui ont conduit le ministère de la Coopération et du Développement en 1983 à renoncer à la prudence qui fut de mise en 1975 lors de la conclusion de l’accord initial. »
  9. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La découverte, 2014, p. 14
  10. Mission d'information sur le Rwanda, Les modifications apportées à l’accord initial. Le rapport s'interroge sur les motivations de cette modification. Selon l'ambassadeur Georges Martres, il s'agit simplement d'un amendement technique visant à apporter une base juridique au soutien que la France apporte au gouvernement rwandais depuis l'offensive du FPR depuis 1990. La Mission note cependant que cette modification aurait eu pour conséquence de permettre le maintien, au titre de la coopération, d’un effectif renforcé de coopérants au Rwanda, les militaires français devant, en application des accords d’Arusha alors en négociation, se retirer du Rwanda.
  11. Benoît Collombat, David Servenay, op. cit., p. 15
  12. Kroslak, op.cit. page 4
  13. Mission d'information sur le Rwanda, Le classicisme de la politique française au Rwanda/Les raisons de la présence de la France au Rwanda/La stabilité du Rwanda conditionne la stabilité de la région
  14. Mission d'information sur le Rwanda, Le contexte politique intérieur rwandais/Une difficile démocratisation/La tentative de reprise en main
  15. Lire aussi : Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les arènes, (2004), p. 242-246
  16. HRW, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, Karthala (1999), p. 64-65
  17. Mission d'information sur le Rwanda, audition de Georges Martres : « Le génocide était prévisible dès cette période, sans toutefois qu’on puisse en imaginer l’ampleur et l’atrocité. Certains Hutus avaient d’ailleurs eu l’audace d’y faire allusion. Le Colonel Serubuga, Chef d’état-major adjoint de l’armée rwandaise, s’était réjoui de l’attaque du FPR, qui servirait de justification aux massacres des Tutsis. Le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis. »
  18. « L'Ambassadeur de France à Kigali, Georges Martres, a également souligné les risques de violences ethniques. Il adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d'Orsay et au Chef d'état-major particulier du Président de la République, l'amiral Jacques Lanxade, le télégramme suivant : « la population rwandaise d'origine tutsie pense que le coup de main militaire a échoué dans ses prolongements psychologiques... Elle compte encore sur une victoire militaire, grâce à l'appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait d'échapper au génocide. » Rapport Quilès p.  142
  19. « Il apparaît à la lecture de nombreux documents que, dès 1990, les autorités françaises étaient pleinement informées de la nature profonde du régime et des dérives racistes voire génocidaires de ses éléments les plus extrémistes », Olivier Lanotte, op.cit. 225
  20. a et b « Génocide au Rwanda : le général Jean Varret parle d'une « faute » et d'une « responsabilité » de la France », sur France Culture, (consulté le 14 mars 2019).
  21. Benoît Collombat, David Saverney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 228-230.
  22. Olivier Lanotte, op.cit. p.  222
  23. Mission d'information sur le Rwanda, Audition de Georges Martres, ambassadeur au Rwanda (1989-1993).
  24. rapport de la Commission internationale : enquête sur les violations des droits de l'homme au Rwanda depuis 1990
  25. Ce n'est qu'à l'issue du génocide que la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense rédige une note sur ce rapport, en se demandant si la France n'aurait pas dû prendre ses distances avec le régime Habyarimana plus tôt, et sur les formes que doivent prendre les opérations de coopération militaire, au regard de la responsabilité dans les massacres des Forces armées rwandaise et de la Garde présidentielle. cf. Benoît Collombat, David Saverney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 170, 177.
  26. Mission d'information sur le Rwanda, La mise en œuvre d’une politique ambitieuse d’aide au développement.
  27. Mission d'information sur le Rwanda, L'inflexion du discours de La Baule : « La France a ainsi maintenu sa présence et développé sa coopération militaire sur fond de tensions ethniques, de massacres et de violences, comme mithridatisée face à un contexte dont elle a sous-estimé la gravité. »
  28. a et b Mission d’information sur le Rwanda, La politique de la France de 1990 à 1994.
  29. Histoire vivante - Rwanda - Entretien avec Laure de Vulpian - RTS.ch
  30. Discours de Marcel Debarge à Kigali en février 1993, Olivier Lanotte, op.cit. p.  228
  31. « C'est ça que le ministre Debarge est allé dire aux opposants hutu quand il est allé à Kigali : « Mettez vous d'accord avec le Président face aux Tutsi ! » C’est ce que mon ami et collègue Gérard Prunier a appelé « créer un front de race ». D'un côté, on a un ministre qui débarque de sa banlieue parisienne, qui se trouve tout d'un coup investi sur l'Afrique et perméable à tous les préjugés. À côté, on a des gens qui connaissent l'Afrique depuis longtemps, auxquels on ne la fait pas et qui disent : « Voilà, le critère, c’est les appartenances ethniques. En Afrique, c’est comme ça, soyons sérieux ! Tout le reste n'est qu'apparences. » Ainsi, les chances de construction de solidarités politiques et sociales sur d'autres bases que l'ethnisme ont été systématiquement récusées. » Jean-Pierre Chrétien, directeur honoraire du CNRS, devant la commission d'enquête citoyenne en mars 2004 - Rapport de la CEC - François-Xavier Verschave et Laure Corret, L'horreur qui nous prend au visage, Karthala - Paris 2005 - p. 364
  32. Olivier Lanotte, op.cit. p.  221) Lanotte parle « d'indigence de la diplomatie française dans la crise rwandaise » (p.  220)
  33. Olivier Lanotte, op.cit. (p.  222)
  34. Olivier Lanotte, op.cit. p. 169
  35. L'Afrique du Sud est encore à l'époque sous le régime de l'apartheid et tout commerce d'armes est en principe interdit avec ce pays par l'ONU.
  36. Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 217
  37. Mission d'information sur le Rwanda, La présence d’un conseiller auprès du Chef d’état-major rwandais
  38. Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 222-224
  39. Olivier Lanotte, op.cit. p.  164-165
  40. Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les arènes (2004), p. 180
  41. La MIP a « négligé de mener une enquête sérieuse sur les allégations d'encadrement des miliciens par les troupes françaises » (Lanotte page 166) et le rapport titre l'un de ses paragraphes « absence de liens avec les milices » tout en reprenant à son compte un extrait de l'intervention du chercheur Gérard Prunier : "il ne « s’agissait pas de dire, comme on a pu le lire, que la France avait préparé le génocide et délibérément formé les miliciens pour leur permettre de tuer les Tutsis ; en revanche, elle avait effectivement entraîné des miliciens qui ont participé au génocide sans avoir pris conscience de ce que représentait son action. » Plusieurs accusations de contributions à la formation des miliciens Interamwe par les Français ont été formulées par des Rwandais (Commission Mucyo)[réf. obsolète] et par des Français comme l'ancien adjudant, Thierry Prungnaud (Lanotte op. cité page 165) « J'ai vu des militaires français former des civils miliciens rwandais en 1992 au tir. »
  42. Mission d'information sur le Rwanda, audition du général Varret.
  43. Mission d'information sur le Rwanda, Le contexte politique intérieur rwandais/Le gouvernement de coalition (avril 1992-juin 1993)/L’offensive du FPR et ses conséquences
  44. Le Canard Enchaîné, Mitterrand nous cache une guerre africaine, 17 février 1993, cité par Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 159
  45. Jacques Isnard, « Une aide militaire intense et souvent clandestine », Le Monde, 23 juin 1994
  46. Mission d'information sur le Rwanda, Audition de Maître Éric Gillet, avocat au barreau de Bruxelles, membre du bureau exécutif de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme.
  47. Olivier Lanotte, op.cit. p.  175
  48. Benoït Collombat, David Saverney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 244
  49. Olivier Lanotte, op.cit. p.  179, p.  190
  50. Lanotte pages 146 à 152. En particulier, dit-il, la mise en place des détachements de soutien DAMI et le rôle de conseiller des armées rwandaises ne sont jamais mentionnés
  51. Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 282
  52. Ce dernier sera condamné à 35 ans de prison par le TPIR pour son implication dans le génocide
  53. qui sera acquitté par le TPIR
  54. Mission d'information sur le Rwanda, l'Opération Turquoise/Le contexte/La position de la France
  55. Mission d'information sur le Rwanda, Audition de M. Jean-Hervé BRADOL, médecin responsable de programme à Médecins Sans Frontières
  56. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 175
  57. Médecins sans Frontières, Rwanda 20 an après
  58. Mme Habyarimana, veuve du Président assassiné, a été évacuée en France dès le 9 avril dans le cadre de l'opération Amaryllis, et recevra peu après du ministère de la Coopération une somme de 200 000 F. cf. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte, 2014, p. 117
  59. Mission d'information sur le Rwanda, La France prend ses distances vis à vis du Gouvernement intérimaire
  60. Mission d'information sur le Rwanda, Audition de M. Balladur, Premier ministre en 1994
  61. Rapport de la commission nationale d'enquête annexée à la lettre du 13 mars 1996 du Secrétaire général au Président du Conseil de sécurité.
  62. Mission d'information sur le Rwanda, Audition de M. Bernard Debré, Ministre de la Coopération (novembre 1994-mai 1995)
  63. Commission de la défense de l’Assemblée Nationale, Audition M. Hubert Védrine sur la politique de la France au Rwanda (à 1 h 00 min 35 s de la vidéo), 16 avril 2014 : «…La France a donc armé l'armée rwandaise pour résister aux attaques du FPR et de l'armée ougandaise, avec un certain type d'armement qui n'a jamais servi au génocide donc c'était armer dans ce but en fait à partir des années 1990 et après. Donc, il y a eu des livraisons d'armes pour que l'armée rwandaise soit capable de tenir le choc [...]. Donc, il est resté des relations d'armement et c'est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu'il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies : c'est la suite de l'engagement d'avant, la France considérant que pour imposer une solution politique, il fallait bloquer l'offensive militaire. Ça n'a jamais été nié, ça, donc ce n’est pas la peine de le découvrir et de le présenter comme étant une sorte de pratique abominable et masquée, c'est dans le cadre de l'engagement encore une fois pour contrer les attaques (1 h 01 min 39 s), ça n’a rien à voir avec le génocide et même les attaquants les plus violents contre la France n'ont jamais osé écrire ou raconter que le génocide lui-même village après village avait été fait avec les armes fournies par la France à l'armée rwandaise contre les attaques du FPR. Il faut distinguer les deux... » fin 1 h 01 min 56 s. M. Védrine ne précise pas à quelle date les livraisons ont cessé.
  64. Patrick de Saint-Exupéry, « Réarmez-les », XXI, no 39,‎ , p. 58-65. L'article précise que des militaires français auraient refusé d'obéir à un tel ordre.
  65. Consulter par exemple le rapport de la commission internationale annexé à la lettre du 13 mars 1996, adressée par le Secrétaire général de l'ONU au Président du Conseil de sécurité, p. 7 et suivantes, et concernant une livraison d'armes en provenance des Seychelles, un mois après l'embargo. Les fonds qui ont servi au paiement provenaient de la Banque Nationale de Paris, les virements étant ordonnés par la Banque nationale du Rwanda à Kigali ; cf. additif annexé à la lettre du 22 janvier 1998, du Secrétaire général au Président du Conseil de Sécurité, p. 6.
  66. Selon Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, p. 185, une dernière livraison a eu lieu à Goma le 18 juillet 1994, alors que l'aéroport est entièrement contrôlé par les Français en raison du déroulement de l'Opération Turquoise, et que le gouvernement intérimaire est en déroute. Les livraisons d'armes aux groupes génocidaires réfugiés au Zaïre se poursuivront en 1995, bien après le départ de l'Opération Turquoise, conduisant l'ONU à rappeler que l'embargo sur les armes à des personnes se trouvant dans des États voisins du Rwanda s'applique si l’objet de cette transaction est l’utilisation au Rwanda des armements ou des matériels concernés. L'ONU demande également à ces États voisins de prendre des mesures pour veiller à ce que les armements ne soient pas fournis aux camps de réfugiés rwandais se trouvant sur leur territoire (Résolution 997 du Conseil de sécurité du 9 juin 1995).
  67. Résolution 918 du Conseil de sécurité, paragraphe 13.
  68. Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 250-262
  69. Victor Matet, « Nouvelles révélations sur l'opération humanitaire française au Rwanda en 1994 », France Culture,‎ (lire en ligne)
  70. « Juillet 1994, livraison d’armes aux forces armées rwandaises, réfugiées au Zaïre. Une opération humanitaire ? »
  71. « Il n'a jamais été question d'un raid sur Kigali (Le Point, avril 2014) »
  72. « un peu de documentation sur l'opération turquoise »
  73. « témoignage de l'adjudant chef Thierry Prungnaud, Jeune Afrique »
  74. Patrick de Saint Exupéry, Complices de l'inavouable : La France au Rwanda, Paris, les Arènes, , 313 p. (ISBN 978-2352040835)
  75. Laure de Vulpian, Silence turquoise, Don Quichotte
  76. Vidéo de l'interview de Jean Carbonare par Bruno Masure
  77. Interview de Jean-Hervé Bradol de Médecins sans Frontières par Patrick Poivre d'Arvor TF1, 16 mai 1994 « Qu’on arrête de nous décrire le Rwanda comme des tribus en train de se massacrer. Et je pense que cette présentation n’est pas tout à fait anodine. Le rôle de la France dans ce pays et particulièrement les responsabilités de la France sont particulièrement écrasantes. Les gens qui massacrent aujourd’hui, qui mettent en œuvre cette politique planifiée et systématique d’extermination, sont financés, entraînés et armés par la France. Et ça, c’est quelque chose qui ne transparaît absolument pas en ce moment. On n’a pas entendu pour l’instant aucun responsable français condamner clairement les auteurs de ces massacres. Et pourtant ces gens sont bien connus de l’État français puisqu’ils sont équipés par eux. »
  78. Le Figaro - France-Rwanda : un génocide sans importance… - 12 janvier 1998
    Le Figaro - France-Rwanda : des silences d'État - 14 janvier 1998
  79. « Mission d'information sur le Rwanda », sur Assemblée nationale (consulté le 12 août 2017).
  80. Site internet du CPCR
  81. Site de la commission d'enquête citoyenne
  82. Chronologie des plaintes rwandaises sur le site de la CEC
  83. Rapport Mucyo
  84. « Sarkozy au Rwanda : « la France doit réfléchir à ses erreurs » », Le Monde (consulté le 12 août 2017).
  85. « Rwanda-France: François Léotard, ministre de la Défense en 1994, parle (RFI, 03 juil 2014) »
  86. Guillaume Ancel, « Ex soldat français, j'exige de la France la vérité sur le génocide », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  87. « Génocide au Rwanda : des révélations sur le rôle de la France », sur Le Monde.fr (consulté le 27 juin 2017)
  88. « Rwanda : Paris ouvre les archives du génocide », sur Libération.fr, .
  89. « Rwanda : quand les militaires français recevaient l'ordre de venir en aide aux génocidaires en débandade - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 27 juin 2017)
  90. « Patrick de Saint Exupéry : « Les autorités ont donné ordre de réarmer ceux qui ont commis le génocide rwandais » », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le 27 juin 2017).
  91. « Génocide au Rwanda : retrouvez les réponses à vos questions sur le rôle exact de la France », Le Monde, (consulté le 18 mars 2018).
  92. David Servenay, « Les secrets de la France au Rwanda : les ambiguïtés de l'opération « Turquoise » », Le Monde, (consulté le 18 mars 2018).
  93. David Servenay, « Génocide au Rwanda : chronique confidentielle d'un drame annoncé », Le Monde, (consulté le 18 mars 2018).
  94. David Servenay, « Génocide rwandais : le difficile temps des archives », Le Monde, (consulté le 18 mars 2018).
  95. « Faire la clarté sur le rôle de la France au Rwanda », Le Monde, (consulté le 18 mars 2018).
  96. Rwanda, la fin du silence : témoignage d'un officier français, Les Belles Lettres, coll. « Mémoires de Guerre », , 224 p. (ISBN 978-2-251-44804-6).
  97. 25e commémoration du génocide contre les Tutsi au Rwanda Site de La présidence de la République française, 5 avril 2019.
  98. « Glucksmann ancré sur ses positions après les critiques des ex-ministres PS sur le Rwanda », Le Figaro, .
  99. « Rwanda : une vingtaine d’ex-ministres de Mitterrand s’en prennent à Glucksmann », Le Figaro, .

Voir aussiModifier