Combrailles

Combrailles
Image illustrative de l’article Combrailles
Vallée de la Sioule entre Saint-Gervais d'Auvergne et Queuille.

Pays France
Subdivision administrative Auvergne-Rhône-Alpes
Nouvelle-Aquitaine
Subdivision administrative Allier
Creuse
Puy-de-Dôme
Villes principales Saint-Gervais-d'Auvergne
Commentry
Auzances
Gouzon
Chambon-sur-Voueize
Manzat
Saint-Éloy-les-Mines
Géologie Terrain granitique
Population totale Environ 50 000 hab. ()
Régions naturelles
voisines
Bocage bourbonnais
Limagne
Chaîne des Puys
Monts Dore
Artense
Pays d'Ussel
Montagne limousine
Haute Marche
Pays (div. territoriale) Pays des Combrailles
Pays Combraille en Marche

Image illustrative de l’article Combrailles
Localisation des Combrailles
sur la carte du Massif central

Les Combrailles (ou la Combraille ; Combralhas en occitan[1]) sont une région naturelle et culturelle de France, située au nord-ouest du Massif central. Cette région de basse montagne était sous l'Ancien Régime partagée entre les provinces d'Auvergne, du Bourbonnais, Marche et Limousin.

Venant du celte comboro, les Combrailles forment un espace existant depuis l'antiquité. Au Moyen Âge elles sont divisées en plusieurs seigneuries. Certaines locales et importantes comme la principauté de Combraille de Chambon en Limousin ou celle des Rochedragon en Auvergne. Plus tard la région divisée intègre des principautés féodales rivales entre elles comme le comté d'Auvergne, celui de la Marche et le Dauphiné d'Auvergne puis plus tard les duché d'Auvergne et duché de Bourbon.

Plusieurs étendues différentes sont proposées pour les Combrailles. Un espace central est retenu par sa topographie et son aire culturelle qui est celle des plateaux occidentaux du nord-ouest de l'Auvergne et de l'est de la Creuse. Les terres vallonnées du sud-ouest de l'Allier y sont également parfois intégrées car font historiquement partie d'une châtellenie bourbonnaise de Combraille.

Elle est aujourd'hui partagée entre trois départements (Puy-de-Dôme, Allier, Creuse) et deux régions administratives (Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine). Sa population actuelle est estimée à 40 000 ou 50 000 habitants pour ce qui concerne la définition la plus stricte et limitée du territoire[2].

ToponymieModifier

Le nom du territoire vient du celtique comboro[3]. Dérivé de cumba, "vallée", le mot signifie probablement « débouché, rencontre de vallées », allusion aux confluences de nombreuses vallées : à l'ouest celles de la Tardes, de la Voueize et du Cher ; à l'est celles de la Sioule et de la Bouble. De nombreux cours d'eau y prennent aussi leur source. Pour expliquer le mot gaulois, qui est suivi du suffixe -alia, est également évoqué le sens d'« obstacle, barrage ».

SituationModifier

 
Les pays traditionnels de l'ancienne région d'Auvergne, les Combrailles auvergnates figurent en vert

Situées au nord-ouest du Massif central, les Combrailles sont partagées entre deux régions : l'Auvergne et le Limousin. Elles sont entourées par les régions naturelles suivantes[4] :

GéographieModifier

Les Combrailles forment une vaste zone de collines et de gorges qui s’incline doucement vers le nord et l'est. Structuré par les vallées du Cher, de la Tardes, de la Voueize, et de la Sioule, le pays est parsemé de nombreux étangs. Il se compose de landes, de bocages[5], de forêts et de prairies. Son point culminant est le sommet de la Roche de Sauterre atteignant 977 m d'altitude.

 
La Sioule à Châteauneuf-les-Bains.

HistoireModifier

Période celtiqueModifier

 
Statère représentant Vercingétorix, trésor de Pionsat.

Durant l'âge du fer les Combrailles étaient divisées entre trois grands peuples celtes : les lémovices à l'ouest dans la partie creusois, et les arvernes à l'est, dans la Combraille auvergnate[note 1].

Dans la partie auvergnate des Combrailles se retrouvent des aurières (mines d'or) datant du second âge du fer, suivant une ligne qui n'est autre qu'un filon de quartz allant d'Herment à Montaigut en passant par Gouttières[6]'[7]. Les rois arvernes, dont notamment Luern, étaient connus pour leur grande richesse dont une partie pourrait provenir de cette région[8]. En témoigne la découverte réalisée en 1852 à Pionsat d'un immense trésor monétaire composé de centaines de statères arvernes datant du Ier siècle avant notre ère[9].

La « principauté de Combraille »Modifier

 
Louis II de Bourbon

De très nombreux textes attestent au Haut Moyen Âge la présence d'une Principauté de Combraille[10],[11], également nommée baronnie à partir du XIIe siècle. La capitale de ce territoire, qui se trouvait à l'origine à Chambon, fut transférée à Montaigut sous la domination bourbonnaise [12].

Vers 1180, la Combraille fut apportée en dot par Péronnelle de Chambon à la famille des comtes d'Auvergne par son mariage avec Guy II d'Auvergne. Par la suite, elle fut vendue à Pierre de Giac, chancelier de France, qui la céda vers 1400 à Louis II de Bourbon. Ce dernier fit reconstruire les châteaux dans toutes ses terres, aussi bien dans le duché de Bourbon qu'en Combraille, dans le Forez et dans le Duché d'Auvergne. C'est ainsi que le château des ducs de Bourbon à Montluçon fut reconstruit en 1362[13], le « Bon Duc » souhaitant construire une place forte dans ses terres de Combraille[14].

Durant la période féodale, qui dura jusqu'à très tard en ce territoire, les Combrailles étaient aussi divisées en de grandes seigneuries ayant à leur tête de grandes familles nobles tel que les Rochedragon, les Chabrol ou les Chazeron.

Quelques sites des CombraillesModifier

GalerieModifier

Quelques communes des Combrailles selon leurs départementsModifier

Allier Creuse Puy-de-Dôme Puy-de-Dôme
 
Pont suspendu sur la Tardes reliant Evaux-les-Bains et Budelière.

HydrographieModifier

Quelques cours d'eauModifier

Lacs et points d'eau
La Bouble Le Gour de Tazenat
Le Cher L'étang de Chancelade
La Sioule
Le Sioulet
La Tardes
La Tartasse
La Voueize

AgricultureModifier

 
La vache charolaise est très fréquente dans les Combrailles.

Les Combrailles étaient une terre d'agriculture vivrière, chaque ferme vivant en autosubsistance, élevant et cultivant un peu de tout. Depuis quelques décennies, ce modèle ancestral a été remplacé par l'élevage bovin extensif : production de viande charolaise au nord (en particulier des broutards destinés à l'exportation) et production laitière au sud.

IndustrieModifier

Les deux pôles industriels importants sont : Les Ancizes-Saint-Georges-de-Mons, avec les aciéries Aubert et Duval et l'entreprise Diétal (luminaires), et Saint-Éloy-les-Mines avec l'entreprise Rockwool (production de laine de roche).

Culture et traditionsModifier

Langue régionale : l'occitanModifier

 
Localisation des Combrailles - Combralhas - au nord du Massif Central. La ligne violette marque la frontière entre occitan et français.
 
Nettement différenciées, les Combrailles du nord et du sud ne parlent pas le même parler nord-occitan. Au nord de la Sioule, la Combraille septentrionale parle un dialecte qui se rapproche de celui parlé en Limousin à Guéret et Limoges, tandis que la Combraille méridionale parle un parler strictement auvergnat. Carte du linguiste Henri Guiter pour l'Atlas Linguistique du Massif Central.

La langue régionale des Combrailles est l'occitan[15] où se retrouvent deux dialectes : l'auvergnat et le marchois[16], ces parlers de Combrailles sont intermédiaires entre l'auvergnat et le limousin[17]'[18]. Dès le XIXe siècle des érudits ont soulignés cet aspect transitoire. C'est le cas d'Ambroise Tardieu s'exprimant sur la langue employée dans la région de Saint-Gervais-d'Auvergne : « on parle [...] à la campagne, un patois qui ressemble à celui du Limousin. »[19].

Au nord - à partir de Saint-Eloy-les-Mines - elle reçoit les influences de la langue d'oïl et forme la partie centrale du Croissant qui est zone où l'occitan devient le dialecte marchois et connaît des traits de transition avec le français parlé plus au nord[20] (à partir de la forêt de Tronçais)[21].

La situation géographique des Combrailles a fait de ce territoire un conservatoire de la langue d'oc ; une riche littérature s'y est développée. Les œuvres d'auteurs comme Benezet Vidal (ex. Jan Combralha[22]), de Pontgibaud, ou Paul-Louis Grenier - Chansó de Combralha[23]'[24], La dama a l'unicorn etc. - originaire de Chambon-sur-Voueize en sont un témoignage[25]'[26].

La culture occitane est toujours vécue au quotidien et est protégée par des associations notamment qui permettent de conserver le patrimoine oral comme l'IEO Marcha-Combralha[27] ou encore l'AMTA. Des groupes au répertoire occitan existent aussi avec notamment Vert de Lune[28]. Des festivals comme le Grand Bal de l'Europe ou Comboros - basés à Saint-Gervais d'Auvergne - participent à donner une scène importante à des groupes venus de toute l'Occitanie.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Noter que dans sa lecture de la table de Peutinger, Barailon propose de traduire Cambiovicenses par Combraille, et que ceci étend considérablement la taille du territoire (d'autant que le nom est trouvé jusqu'à la hauteur d'Eburobriga ou Avrolles, près de Saint-Florentin dans l'Yonne). Voir Jean-François Barailon, Recherches sur les peuples Cambiovicenses de la Carte Theodosienne (lire en ligne), p. 74-80, 88-90.

RéférencesModifier

  1. (oc) Domergue Sumien, « L'article definit davant los noms de luòc », Jornalet,‎ (ISSN 2385-4510, lire en ligne)
  2. Auvergnelife : fiche de présentation du pays des Combrailles
  3. Albert Dauzat, « La toponymie gauloise de l'Auvergne et du Velay », Revue des études anciennes,‎ , p. 357-388 (ISSN 0035-2004, lire en ligne)
  4. Frédéric Zégierman, Le Guide des Pays de France, Sud, Fayard, 1999
  5. Pierre Bonnaud, « Étude de haie en Combraille du nord », Bïzà Neirà, no 81,‎ (ISSN 0398-9453)
  6. Guy Massounie, « Les minières dans les Combrailles », Archéologie de la France,‎ (ISSN 2114-0502, lire en ligne)
  7. Guy Massounie, Peuplements et paysages aux confins occidentaux du territoire des Arvernes de la protohistoire au moyen âge : Thèse de Doctorat en archéologie, Clermont-Ferrand, Université Blaise-Pascal,
  8. G. Houlbert, « A propos de quelques statères arvernes », Revue archéologique du Centre de la France,‎ , p. 87-91 (ISSN 1951-6207, lire en ligne)
  9. Sylvia Nieto et Jean-Noël Barrandon, Le monnayage en or arverne : essai de chronologie relative à partir des données typologiques et analytiques, Revue numismatique, (lire en ligne)
  10. Jean Tricard, Philippe Grandcoing et Robert Chanaud, Le Limousin, pays et identités, Limoges, Presse Universitaire de Limoges (lire en ligne)
  11. Joseph Joullietton, Histoire de la Marche et du Pays de Combraille, Guéret, Journal de la Creuse, (lire en ligne)
  12. André Blancard, Aux portes de l'Auvergne, Saint-Yorre,
  13. René Germain, Châteaux, fiefs, mottes, maisons fortes et manoirs en Bourbonnais, Romagnat, De Borée,
  14. Jean-Charles Varennes, Les Très Riches Heures du Bourbonnais, Paris, Librairie Académique Perrin,
  15. R. Eucher, « La Conscience occitane dans les pays de Franc Alleu et de Combrailles. Constat et réflexion », L'identité occitane : réflexions théoriques et expériences, Association internationale d'études occitanes « Actes du Colloque de Béziers de la section française de l'Association internationale d'études occitanes »,‎
  16. (fr + oc) Jeanine Berducat, Christophe Matho, Guylaine Brun-Trigaud, Jean-Pierre Baldit, Gérard Guillaume (collectif), Patois et chansons de nos grands-pères Marchois (Haute-Vienne, Creuse, pays de Montluçon) : Mémoire du patrimoine oral marchois, Paris, Éditions CPE, , 160 p. (ISBN 9782845038271)
  17. Walther von Wartburg, Hans-Erich Keller, Robert Geuljans, Bibliographie des dictionnaires patois galloromans (1550-1967), Genève, Librairie Droz, (ISBN 9782600028073, lire en ligne) :

    « Les parlers marchois forment une transition entre ceux de l'Auvergne et ceux du Limousin, avec des traits limousins prédominants. Délimitation uniquement linguistique. »

  18. (en) Linguasphere Observatory, The Linguasphere Register : The indo-european phylosector, Linguasphere Observatory, 1999-2000 (lire en ligne)
  19. Ambroise Tardieu, Augustin Madebène, Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d'Auvergne, (lire en ligne)
  20. Pierre Goudot, Microtoponymie rurale et histoire locale : dans une zone de contact français-occitan, la Combraille : les noms de parcelles au sud de Montluçon (Allier), Montluçon, Cercle archéologique de Montluçon, coll. « études archéologiques », (ISBN 9782915233018)
  21. (oc) Domergue Sumien, « Lo Creissent es Occitània », Jornalet,‎ (ISSN 2385-4510, lire en ligne)
  22. (oc) « L'òbra perduda de Benezet Vidal retrobada », sur https://cooperativa.occitanica.eu/,
  23. « La Chanson de Combraille », sur https://geoculture.fr/
  24. (fr + oc) « La chanson de Combraille - Chansó de Combralha [version numérisée] », sur http://www.bn-limousin.fr/ : site officiel de la bibliothèque numérique du Limousin
  25. Charles Camproux, Histoire de la littérature occitane, Paris, Payot, , 296 p. (ISBN 978-2-402-30718-5, lire en ligne)
  26. Jean Roux, L'auvergnat de poche, Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne), Assimil, coll. « Assimil évasion », , 246 p. (ISBN 978-2-7005-0319-7 et 2700503198)
  27. (oc) Joan Fulhet, « Del caractèr sintactic de l'evolucion a/o », Linguistica occitana, no 1,‎ , p. 1-34 (ISSN 0338-2419, lire en ligne)
  28. Dominique Amutulli, « Vert de Lune fait chanter les Combrailles et l’Artense », La Montagne,‎ (ISSN 2109-1560, lire en ligne)

Lien externeModifier