Pierre Damien

cardinal de l'Église catholique romaine

Pierre Damien
Image illustrative de l’article Pierre Damien
Saint Pierre Damien (à droite) avec Sainte Anne et Sainte Élisabeth
Biographie
Naissance v. 1007
Ravenne (Italie)
Ordre religieux Ordre de Saint-Benoît
Décès
Faenza (Italie).
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Étienne IX
Titre cardinalice Cardinal-évêque
d'Ostie

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre Damien (en latin Petrus Damianus, en italien Pier Damiani), né v. 1007 à Ravenne (Italie) et mort le à Faenza (Italie), est un moine-ermite camaldule du XIe siècle qui devint évêque, puis cardinal. Bien que n'ayant jamais été canonisé officiellement, il a été considéré comme un saint dès son décès. Son culte (Dulie) fut approuvé et étendu à l'ensemble du monde catholique en 1823 par le pape Léon XII, qui le déclara également docteur de l'Église en 1828.

BiographieModifier

Selon la tradition, il est né « cinq ans après la mort d’Otton III » dans une famille noble désargentée. Placé sous la garde de l’un de ses frères, il devient porcher. Il est ensuite recueilli par un autre de ses frères, archiprêtre de Ravenne, qui le place à l’école. En signe de gratitude, Pierre accole alors à son prénom celui de son frère, Damien. L'enfant accomplit des progrès rapides, au point d'aller à l’université, d’abord à Ravenne, puis à Faenza, puis à Parme. Il devient lui-même professeur de rhétorique.

Devenu adulte, il se découvre une vocation d’ermite et se retire en 1035 au monastère de Fonte Avellana, fondé quelques années plus tôt par saint Romuald, fondateur des camaldules. Pierre Damien rédigera par la suite une Vita Romualdi (1042). Il se distingue alors par la rigueur des pénitences qu’il s’inflige. En 1043, il devient le prieur du monastère. Il s'engage avec vigueur dans le mouvement de réforme promu par les papes, notamment Alexandre II et Grégoire VII. Il devient célèbre pour la vigueur de ses sermons contre la simonie et le nicolaïsme. En 1051, il rédige le Livre de Gomorrhe[1], où il dénonce les vices du clergé — et en particulier les prêtres homosexuels, dont il exige le renvoi de l’Église. Léon IX refuse toutefois d’accéder à sa requête, ce qui pousse Pierre Damien à écrire une lettre de protestation[2][3]. Il se montre également opposé à la réordination des prêtres hérétiques.

Il prend part à de nombreux synodes. En 1058, il est élevé à la dignité de cardinal-évêque d’Ostie par Étienne IX. À la mort de ce dernier, Pierre prend parti contre l’antipape Benoît X. Il est ensuite contraint de retourner à son ermitage. En 1059, il est envoyé comme légat dans l’archevêché de Milan, où règne la simonie et où la plupart des prêtres sont mariés. Avec l’aide des Patarins, partisans du célibat des clercs, il rétablit l’ordre et obtient la soumission de l'archevêque et du clergé local. Il prend part à la condamnation de Béranger de Tours, opposé à la transsubstantiation. Au Synode de Latran (1059)[4], il fait adopter le canon interdisant aux fidèles d’entendre la messe d'un prêtre marié ou concubin.

En 1072, il est pris de fièvre au retour d'un voyage à Ravenne. Il meurt au monastère de Sainte-Marie-des-Anges[5], où il est aussitôt enterré par les moines, anxieux de perdre ses reliques. Peine perdue, le corps de Pierre Damien sera transféré six fois au total. Il repose depuis 1898 dans une chapelle à lui dédiée de la cathédrale de Faenza. Bien qu'il n'ait jamais été canonisé formellement, un culte local lui est rendu dès le moment de sa mort à Faenza, au Mont-Cassin, à Cluny et à Fonte-Avellana. En 1823, le pape Léon XII étend sa fête à l’Église universelle et le proclame docteur de l'Église.

ŒuvreModifier

 
Vita Beati Romualdi

Son œuvre consiste surtout en une imposante correspondance (158 lettres) et des sermons (75). Il est également l’auteur d’hagiographies et de traités, parmi lesquels :

  • De divina omnipotentia, sur la puissance de Dieu (Lettre sur la toute-puissance divine, Paris: Cerf, 1972 (texte avec traduction)[6].
  • Une disputatio avec un Juif sur le problème de la Trinité et du Messie ;
  • Liber gratissimus, dédié à l’archevêque Henri de Ravenne, contre la simonie[7] ;
  • De brevitate vitæ pontificum romanorum, sur la courte vie accordée aux papes[8].
  • Livre de Gomorrhe[9] [Lettre 31, adressée au pape Léon IX, vers 1050], éd. C. Gaetani dans Patrologie Latine, éd. Jacques-Paul Migne, t. 145, c. 161-190 ; trad. anglaise Pierre Payer, Book of Gomorrah : An Eleventh-Century Treatise against Clerical Homosexual Practices, Waterloo (Ontario), Wilfrid Laurier University Press, 1982.

On le fête le 21 février. On l'invoque pour les migraines et tous les maux de tête, en rapport avec ses nombreuses études. Il a laissé quelques écrits, imprimés à Paris en 1642 et 1643, in-folio.

ÉcritsModifier

Saint Pierre Damien[10], ermite puis évêque d'Ostie et cardinal, est docteur de l’Église[11].

Prier au singulier comme au pluriel

« Si ceux qui croient dans le Christ sont « un » (cf. Jn 17, 21), partout où l'un d'entre eux se trouve physiquement, le corps de l’Église tout entier est là par le mystère sacramentel. Et tout ce qui convient au corps entier semble convenir à chacun des membres. C'est ainsi donc que ce qu'exprime la communauté ecclésiale peut s'appliquer parfaitement à chacun de ses membres et ce que chacun exprime peut être attribué à l’Église tout entière.

Voilà pourquoi, quand plusieurs fidèles se trouvent ensemble, il n'est pas déplacé de dire tous ensemble : Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres (Ps 33, 1), ni quand je me trouve seul, de proclamer : Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom (Ps 33, 4) et bien d'autres expressions semblables. La solitude de l'un ne porte pas préjudice à la pluralité, et la multitude des fidèles ne supprime pas l'unité. La puissance de l'Esprit Saint qui habite chacun des fidèles et les enveloppe tous ensemble fait ici de la solitude pluralité, et là, de la multitude unité. »

— St Pierre Damien. Opuscule XI, 6, trad. L.-A. Lassus, Pierre Damien : Du désert à l'action, Paris, Migne, coll. « Les Pères dans la foi » 48, 1992, p. 22-23.

BibliographieModifier

  • (en) Pierre Damien, Catholic Encyclopedia,  ;
  • C. J. Jourdain, Dictionnaire des sciences philosophiques, 1843, 1875: DAMIEN (Pierre).
  • J. Leclercq, Saint Pierre Damien, ermite et homme d’Église, éd. Storia e Letteratura, Rome, 1960.
  • Pierre Damien, Lettre sur la toute-puissance divine, Les éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », , 500 p. (ISBN 978-2204036085)
  • "Le mouvement prégrégorien : Pierre Damien", in : Augustin Fliche, La réforme grégorienne. 1 la formation des idées grégoriennes, Slatkine Reprints, Genève, 1978, pp.174-264.
  • Louis-Albert Lassus, Pierre Damien, l'homme des déserts de Dieu, aux éditions l'O.E.I.L., Paris, 1986, 175 pages.
  • Pierre damien et Adalbert-Gautier Hamman, Du désert à l'action, Migne, coll. « Migne », , 163 p. (ISBN 978-2908587098)
  • Michel Grandjean, Laïcs dans l'Eglise : Regards de Pierre Damien, Anselme de Cantorbéry, Yves de Chartres, Beauchesne Editions, coll. « Théologie historique », , 430 p. (ISBN 978-2701013022)
  • Andre Cantin, Saint Pierre Damien (1007-1072), Les éditions du Cerf, coll. « Histoire », , 213 p. (ISBN 978-2204080033)
  • Émile Bréhier, La philosophie du Moyen-Age, Édition de 1949, Édition électronique Les Echos du Maquis, 2011 [IIIème partie, chap. 2, III : Le début des hérésies et l'autorité].
    • La Philosophie du Moyen-Âge, Albin Michel, coll. « A.M. Coll.Div. », , 448 p. (ISBN 978-2226047205)
    • Histoire de la philosophie, tome 1 : Antiquité et Moyen Âge, Presses Universitaires de France - PUF, coll. « Quadrige - 9 édit. », , 712 p. (ISBN 978-2130523826)
  • Pierre Damien, Le Livre de Gomorrhe, Les éditions du Cerf, (ISBN 978-2204139151)

RéférencesModifier

Liens externesModifier