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August Meyszner
August Meyszner
August Meyszner en 1938.

Nom de naissance August Edler von Meyszner
Naissance
Graz, Autriche-Hongrie
Décès (à 60 ans)
Belgrade, Yougoslavie
Origine Autrichien
Allégeance Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Drapeau de l'Autriche Autriche
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Arme Gendarmerie fédérale
Allgemeine SS
Ordnungspolizei (Orpo)
Grade Gruppenführer
Années de service 1906-1945
Commandement Chef supérieur de la SS et de la police en Serbie (1942 - 1944)
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Distinctions German Cross.svg Croix de fer de 1re classe
Ribbon of War Merit Cross.png Croix du Mérite de guerre de 1re classe avec glaive
Ordine imperiale della corona di ferro, austria.png Ordre de la Couronne de fer
AUT KuK Kriegsbande BAR.svg Croix du Mérite militaire
AUT KuK Kriegsbande BAR.svg Signum Laudis
AUT Karl-Truppenkreuz BAR.svg Croix Karl Troop
PRU Rote Kreuz-Medaille.png Croix-Rouge de 2e classe

August Edler von Meyszner est un officier de la gendarmerie fédérale autrichienne né le  à Graz, en Cisleithanie, et exécuté le à Belgrade. Homme politique de la droite nationaliste, il fait carrière, atteignant un grade d'officier supérieur au sein de l'Ordnungspolizei (Orpo, « Police de l'ordre public ») autrichienne puis allemande après l'Anschluss. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il occupe le poste de chef supérieur de la SS et de la police durant l'occupation nazie de la Serbie. Il est décrit par les historiens comme l'un des plus brutaux subordonnés du Reichsführer-SS[a] Heinrich Himmler.

Meyszner commence sa carrière comme officier de la gendarmerie. Durant la Première Guerre mondiale, il sert sur le front italien et atteint le grade de major en 1921. En , il rejoint le parti nazi autrichien et devient député parlementaire de droite puis, en 1930, ministre de la province de Styrie. Du fait de son appartenance au parti nazi, il est déchu de la gendarmerie en 1933. En , il est arrêté puis mis en détention au camp d'internement de Wöllersdorf-Steinabrückl avant d'être libéré trois mois plus tard. En juillet de la même année, il est de nouveau arrêté à la suite d'une tentative de coup d'État manquée, mais s'échappe de sa cellule et s'enfuit en Allemagne, où il rejoint d'abord l'Orpo, puis l'Allgemeine SS. Il travaille dans divers postes de police en Autriche, en Allemagne et en Norvège occupée jusqu'à sa nomination au poste de chef supérieur de la SS et de la police dans la Serbie occupée, au début de l'année 1942. Il est parmi les rares officiers de l'Orpo à accéder à ce poste.

Le séjour de Meyszner en Serbie est marqué par la friction et la concurrence entre les responsables militaires, économiques et diplomatiques allemands. C'est également durant cette période qu'il développe une méfiance et une haine viscérales envers les Serbes. Au cours de son mandat, il supervise régulièrement des exécutions et envoie des dizaines de milliers de travailleurs forcés en Allemagne et en Norvège occupée. Un détachement de la Gestapo, sous le commandement de Meyszner, a recours notamment à un Gaswagen[b] pour tuer 8 000 femmes et enfants juifs détenus au camp de concentration de Sajmište. En , ses critiques envers les autres dirigeants du régime d'occupation allemand qui, selon lui, ne sont pas assez durs et cruels envers les civils serbes, lui valent d'être renvoyé de son poste de chef de la police et des SS. Himmler le transfère par la suite à Berlin afin d'établir une gendarmerie à vocation européenne. Après la guerre, il est capturé par les Alliés et mis en détention en attendant d'être jugé. Extradé en Yougoslavie avec le reste de ses subalternes, il est jugé et reconnu coupable de crime de guerre par un tribunal militaire yougoslave, condamné à la peine capitale et exécuté par pendaison en .

Sommaire

Jeunesse et début de carrièreModifier

 
Graz, ville natale d'Auguste Meyszner.

August Edler von Meyszner naît à Graz, en Autriche-Hongrie, de Rudolf Edler von Meyszner, un Oberstleutnant (lieutenant-colonel) de l'armée territoriale impériale-royale autrichienne[4], et de son épouse Thérèse (née Tuschner)[5],[6]. Son oncle est le lieutenant général Ferdinand von Meyszner[7]. Après avoir terminé ses études primaires et secondaires à Graz, il fréquente une école des cadets à Vienne. En 1908, il est affecté au 3e Régiment impérial d'infanterie de l'armée de terre à Graz en tant qu'élève-officier et, le , devient Leutnant dans le bataillon de Leoben[8]. Jusqu'au , il occupe le poste d'officier technicien au département des transmissions et des communications téléphoniques, tout en assurant l'entraînement au ski du bataillon. À sa demande, il est transféré à la brigade de la gendarmerie de Trieste, le . En 1914, il effectue un stage en vue de ses nouvelles fonctions d'officier de gendarmerie et, le , soit une année jour pour jour après son transfert à Trieste, est officiellement admis dans la gendarmerie autrichienne[9].

Au début de sa carrière dans la gendarmerie, il est nommé commandant du 5e détachement à Gorizia. Le , il est promu Oberleutnant. En août, il devient commandant de la section côtière de la gendarmerie de Grado et, le mois suivant, est transféré à la section des gardes-frontières basée à Tolmin, dans l'actuelle Slovénie[8],[9].

Première Guerre mondialeModifier

Quelques jours après le début de la Première Guerre mondiale, Meyszner épouse Pia Gostischa, jeune femme originaire de Maribor. Le couple a une fille et un fils. Le , il est affecté comme commandant d'une compagnie de gendarmerie sur le front italien. Plus tard dans la même année, il est nommé commandant de la 12e compagnie alpine. Le , il est promu maître de cavalerie avec effet au [9],[10]. En 1917, il occupe le poste de conseiller dans la 15e Brigade de montagne. En août de la même année, il est rappelé à la gendarmerie de Trieste et, en novembre de l'année suivante, devient commandant de la gendarmerie de Styrie à Graz[9]. Durant la Grande Guerre, Meyszner est blessé et reçoit diverses distinctions honorifiques[7]. Il est notamment décoré de l'ordre de la Couronne de fer, de la croix du Mérite militaire, de la médaille du Mérite Militaire, de la croix Karl Tropp et de la Croix-Rouge de 2e classe[8].

Durant l'entre-deux-guerresModifier

Carrière en AutricheModifier

En , Meyszner commande la gendarmerie frontalière de la ville de Judenburg, à la frontière avec le Royaume de Yougoslavie et participe aux combats[8],[11],[9]. Cette année-là, il adhère à la Deutsch-Völkischen Turnvereins, une association sportive nationaliste allemande, et prend la tête du groupe paramilitaire d'extrême droite Steirischer Heimatschutz (Garde nationale styrienne). Plus tard, il profite de son rang supérieur dans la gendarmerie pour fournir des armes aux troupes de la Garde nationale[12].

 
Au milieu de l'année 1927, Meyszner est reçu en audience par Adolf Hitler.

Jusqu'en 1928, Meyszner travaille à Judenburg, période durant laquelle il est à maintes reprises envoyé en renfort de plusieurs détachements. En 1921, il est promu major et, en août de la même année, est envoyé à la tête d'un détachement de gendarmes afin de superviser l'unification du Burgenland avec l'Autriche. Ses hommes se heurtent à des séparatistes hongrois dont l'un parvient à le blesser à la jambe. En 1922, son unité réussit à maîtriser des syndicalistes en grève dans la région de Judenburg et, en 1927, mate la rébellion survenue au lendemain de la révolte de Juillet[9],[11]. Il rejoint le Parti nazi autrichien le et reçoit le numéro de membre 10.617[9]. En , il est reçu en audience par Adolf Hitler avec deux de ses camarades de la Garde nationale, Walter Pfrimer et Hanns Albin Rauter. Le , Meyszner est transféré à Graz où il entre en contact avec des organisations d'extrême droite[12].

En 1930, Meyszner devient député au Landestag, le parlement provincial de Styrie, où il représente le Heimatblock, parti politique du groupe paramilitaire nationaliste Heimwehr. Le système de représentation proportionnelle de la Styrie lui permet également d'obtenir un poste de ministre au sein du gouvernement provincial[8],[13]. En 1931, il s'intéresse au projet de coup d'État de Pfrimer, mais ses obligations de député et de ministre l'empêchent de participer au putsch, qui a cependant avorté après l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre de Pfirmer et de son complice Konstantin Kammerhofer[14]. Meyszner nie toute implication dans l'affaire mais déclare ouvertement son soutien aux putschistes[15]. Durant cette période, il occupe brièvement le poste de chef de la Garde nationale[9]. Il commence également à tisser des liens plus étroits avec le Parti nazi autrichien et rencontre à plusieurs reprises Theodor Habicht, délégué d'Adolf Hitler en Autriche. À la fin de l'année 1933, les négociations entre les deux hommes aboutissent à l'accord dit de Venise, par lequel la Garde nationale est mise sous l'égide du Parti nazi. En avril 1933, Meyszner exprime ouvertement sa sympathie pour l'idéologie nazie en critiquant violemment les juifs d'Europe devant le Landestag[14]. À partir du mois de , le gouvernement dirigé par le Front patriotique d'Engelbert Dollfuss proroge la juridiction du parlement et, en juin de la même année, interdit le Parti nazi autrichien et la Garde nationale. Quelques jours auparavant, les fonctionnaires membres du Parti nazi autrichien sont déclarés subversifs. Meyszner est par la suite déchu de son siège au parlement et mis en retraite anticipée de la gendarmerie en , à l'âge de 47 ans[16].

À l'issue de ses entretiens avec Habicht, Meyszner est nommé chef adjoint de la brigade Sturmabteilung (SA) du centre de la Styrie[16], avec le rang d'Obersturmbannführer (équivalent en France du grade de lieutenant-colonel)[9]. Durant cette période, il voyage beaucoup et rencontre des hauts dirigeants du Parti nazi en Hongrie et en Yougoslavie[16]. En , il est interné au camp d'internement de Wöllersdorf-Steinabrückl durant trois mois et demi en raison de ses activités avec les nazis[8]. Il est libéré après avoir effectué une grève de la faim. Peu de temps après, les dirigeants de la Garde nationale de Styrie sont arrêtés et Meyszner reprend le contrôle de l'organisation. De nouveau arrêté peu après l'échec du putsch de juillet, au cours duquel Dollfuss est assassiné, Meyszner s'échappe de sa cellule le et s'enfuit en Yougoslavie. Les autorités autrichiennes le soupçonnent de fournir des armes aux conspirateurs mais son rôle exact dans le putsch de juillet reste incertain[17]. Les brigades de la Garde nationale de Styrie et la SA jouent quant à elles un rôle important dans cette tentative de coup d'État. Selon l'historien autrichien Hans Schafranek, Meyszner, ainsi que Rauter et Kammerhofer, qui dirigent la brigade SA de Haute Styrie, ont mis au point avec le soutien d'Habicht une conspiration contre les dirigeants de la SA autrichienne afin de contourner les directives venant du bureau central de la SA et s'attribuer ainsi les mérites du putsch devant le Führer[18]. En Yougoslavie, Meyszner ne reçoit plus de pension et commence à manquer d'argent[19]. Il travaille alors comme chef de la politique culturelle dans un refuge pour fugitifs nazis[9]. En , il s'embarque pour l'Allemagne[20] et se rend dans un autre refuge pour fugitifs nazis à Miastko, dans la province de Poméranie, avant d'être transféré dans un établissement similaire à Berlin[9]. Il soumet son curriculum vitæ à l'Allgemeine SS qui, à l'époque, est devenue la nouvelle branche paramilitaire du Parti nazi allemand et dépasse largement la SA en termes d'effectifs. Il y souligne avoir de l'expérience en tant que planificateur et orateur politique, et suggère d'utiliser ses compétences au-delà du domaine militaire[20].

Carrière en AllemagneModifier

 
Le chef de l'Orpo Kurt Daluege a dû intervenir pour le compte de Meyszner lors d'une altercation avec le secrétaire d'État à la Sécurité en Autriche, Ernst Kaltenbrunner (ici, portrait de Kurt Daluege en 1933, nommé au ministère prussien de l’intérieur, chargé des forces de police).

Meyszner est brièvement chargé de coordonner l'assistance des fugitifs nazis d'Autriche pour le compte de la SA. Le , il rejoint l'Allgemeine SS avec le grade d'Oberführer[c] et reçoit le numéro matricule 263.406[9]. Il est ensuite nommé chef SS sous les ordres directs de Heinrich Himmler qui l'affecte au Kommando Sammelstelle[21]. Il reçoit la citoyenneté allemande en [22] et, le suivant, rejoint la Schutzpolizei (police de protection), une branche de l'Ordnungspolizei (Orpo), au grade de Major[21],[23]. Il quitte officiellement la SA mais sa carrière au sein de l'Allgemeine SS est de courte durée, du fait d'une loi interdisant l'admission des officiers de police dans l'organisation. Meyszner est donc obligé de démissionner de l'Allgemeine SS en [23]. Le , il est promu au grade d'Oberstleutnant der Polizei (lieutenant-colonel de police)[8]. Il est autorisé à réintégrer l'Allgemeine SS en , avec son ancien grade, et travaille dans les bureaux du SS-Abschnitt III (district III)[23] et du Schutzpolizei à Berlin[8],[22]. En 1937, il est nommé juge honoraire du Volksgerichtshof (le Tribunal du peuple) ; son mandat est renouvelé en 1941[8],[22]. Épaulé par des unités de l'Orpo, il retourne en Autriche durant l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. Il s'installe alors à Vienne et devient inspecteur par intérim de l'Orpo en Autriche en plus d'une promotion au grade d'Oberst der Polizei (colonel de police), le . Lors des élections législatives du , il est élu député au Reichstag, poste qu'il occupe jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À partir du , il est nommé inspecteur de l'Orpo auprès du secrétaire d'État à la Sécurité en Autriche, Ernst Kaltenbrunner[21],[24].

Peu après sa prise de fonction, Meyszner a une violente altercation avec Kaltenbrunner. Kurt Daluege, chef de l'Orpo, intervient pour régler le différend entre les deux hommes. Au début du mois d', il est transféré dans la région des Sudètes au poste de commandant de l'Orpo[25], après l'annexion de ce territoire par l'Allemagne. Le , il est promu au grade de Generalmajor[d],[21] et, en juin, obtient une nouvelle affectation dans la ville de Cassel, au poste d'inspecteur de l'Orpo de la province prussienne de Hesse-Nassau[25]. Il occupe ce poste jusqu'au , période durant laquelle il est promu SS-Brigadeführer[e], le [21].

Seconde Guerre mondialeModifier

Entre 1940 et 1942Modifier

Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Meyszner occupe quelques postes de haut niveau et, dès le début de l'année 1940, est nommé représentant du Höhere SS- und Polizeiführer (« chef supérieur de la SS et de la police ») à Weimar, Josias de Waldeck-Pyrmont. Le , Himmler le désigne commandant de l'Orpo en Norvège occupée[21] où il travaille en collaboration avec Wilhelm Rediess. En 1941, il est décoré de la croix du Mérite de guerre de 2e classe avec glaives[26]. Il est rappelé en Allemagne au milieu du mois de janvier et, malgré son rang peu élevé, est autorisé à assister à une conférence réunissant quelques hauts responsables de la SS à Hegewald, quartier général de Himmler, qui se situe à proximité de la Wolfsschanze de Hitler en Prusse-Orientale. La petite assemblée discute de divers sujets, dont le recours au travail forcé, la Solution finale et le schéma directeur pour l'Est, un projet qui vise à coloniser l'Europe centrale et de l'Est par l'« Allemagne aryenne ». Selon l'historien allemand Martin Moll, l'aptitude de Meyszner à endosser un poste important sur le territoire de la Serbie occupée est examinée lors de la conférence[27]. Le , il est promu au grade de SS-Gruppenführer[f] et, le , ce grade est complété par la mention Generalleutnant[g] der Polizei[21].

Chef supérieur de la SS et de la police en SerbieModifier

1942Modifier

 
Carte du territoire de la Serbie occupée, indiquant les zones de commandement et les districts militaires allemands.

Le territoire de la Serbie occupée, dont l'étendue équivaut à peu près à celui du royaume de Serbie d'avant 1912, est placé sous administration militaire après l'invasion de la Yougoslavie par l'Allemagne en [28]. Les Allemands y établissent un régime fantoche serbe connu sous le nom de Gouvernement de salut national, dirigé par Milan Nedić, ancien ministre de la Guerre yougoslave[29]. En outre, la politique du commandant de la Wehrmacht chargé de la juridiction de ce territoire exclut la nomination d'un chef supérieur de la SS. Au milieu de l'année 1941, une révolte dirigée par des communistes éclate. Bien qu'ils soient brutalement réprimés par la Wehrmacht durant l'opération Uzice (en) de , les communistes envisagent un nouveau soulèvement dès l'année suivante. Pour y remédier, Himmler décide de nommer un chef supérieur de la SS et de la police pour le territoire occupé[30],[31]. Il estime que le régime d'occupation qui y est établi n'est pas assez dur et impitoyable envers le peuple serbe[32]. Meyszner est choisi pour endosser ce nouveau poste[33],[34] et devient, à 55 ans, le chef supérieur de la SS et de la police le plus âgé du Reich[35] et un des rares officiers de l'Orpo à accéder à ce poste[4].

Lorsqu'il arrive à Belgrade à la fin du mois de , Meyszner est confronté à un maelstrom politique marqué par la concurrence et les désaccords entre les dirigeants du régime d'occupation allemand, ce qui affecte profondément les lignes de commandement militaire[33]. Une branche de l'état-major militaire dirige l'administration du territoire occupé et une autre, les opérations militaires contre les insurgés. Quelques semaines après l'arrivée de Meyszner, les deux services sont fusionnés et placés sous le commandement du General der Artillerie[h] Paul Bader. Ce dernier relève du commandant de la Wehrmacht en Europe du Sud-Est, le General der Pioniere[i] Walter Kuntze, qui lui-même est sous les ordres directs de Hitler[36]. Les dirigeants de la Wehrmacht en Serbie occupée considèrent la nomination de Meyszner comme « un changement organisationnel très péremptoire[37] ». Le chef d'état-major de Kuntze considère même l'officier comme « quelqu'un dont nous n'avons pas demandé la venue[38] ».

Bader a sous sa coupe un état-major de commandement militaire dirigé par le colonel Erich Kewisch, qui contrôle les bataillons de défense de la région, ainsi qu'un état-major administratif dirigé par Harald Turner (no). Ce dernier contrôle également le régime fantoche serbe mais aussi les commandants allemands des quatre districts militaires du territoire occupé et les forces de police[39],[40].

À la tête du commandement militaire se trouvent un plénipotentiaire du ministère des Affaires étrangères, Felix Benzler (de)[41], qui relève du ministre Ribbentrop, ainsi que Franz Neuhausen (en), représentant du Reichsmarschall Göring et chargé des affaires économiques du régime d'occupation[42]. Les deux hommes sont en perpétuelle concurrence, dans une plus grande mesure que partout ailleurs en Europe occupée. La nomination de Meyszner complique davantage une situation déjà complexe car, avant sa venue, Turner était responsable des forces de police et de sécurité[31]. Même s'il reçoit directement ses ordre de Himmler, Meyszner a dû reconnaître officiellement Bader comme son supérieur, afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu. L'une de ses priorités est d'améliorer la coordination de la politique à l'égard des Volksdeutsche[j], dont la majorité se concentre dans la région du Banat. Ces derniers y ont été placés vers la fin de l'année 1941 en vue de la création d'une division Waffen-SS dans la région[43]. Cette décision, approuvée par Hitler quelques jours avant la nomination de Meyszner, persuade davantage Himmler de nommer un chef supérieur de la SS et de la police à Belgrade[44].

Meyszner prend le contrôle du Einsatzgruppe « Serbia », qui était auparavant sous le commandement de Turner : cette unité est composée de manière classique de membres du Sicherheitsdienst (le SD) et de la Sicherheitspolizei (la Sipo), ainsi que du 64e bataillon de réserve de la police[39]. Le SS-Standartenführer[k] Wilhelm Fuchs fait partie des commandants de cette unité et supervise l'exécution de nombreux Juifs et Slaves. Meyszner a pour adjoint Emanuel Schäfer, alors que le poste de chef de la Gestapo de Belgrade est tenu par le SS-Sturmbannführer[l] Bruno Sattler (sv). Le SS-Untersturmführer[m] Fritz Stracke occupe quant à lui le poste de chef de la section juive de la Gestapo[45].

 
Wilhelm Fuchs (à droite), un des responsables des trois branches de la police avant l'arrivée de Meyszner à Belgrade.

Meyszner se lance dans une réorganisation en profondeur de toutes les opérations de police du territoire occupé. Il crée quatre secteurs de commandement de police, appuyés par quatre secteurs de commandements militaires, ainsi que dix districts de police répartis dans chacun des dix districts militaires[46]. La police du gouvernement fantoche, la Garde nationale serbe[47] passe sous son commandement, et il crée un certain nombre d'unités auxiliaires et bénévoles de police sur l'ensemble du territoire[46]. On trouve, parmi les unités contrôlées par Meyszner, la troupe de police auxiliaire, formée et entrainée par l'Orpo et dont les membres proviennent de Croatie, Bulgarie, Grèce, Roumanie et des Volksdeutsche russes. Il est prévu que l'unité atteigne un effectif de quatre cents hommes[48].

Le travail de Meyszner ne se limite pas aux questions relatives à la sécurité et à la police. Bien qu'il soit le subordonné « personnel et direct » de Bader, il ne reçoit pas pour autant de directives quotidiennes de ce dernier et de son état-major. Meyszner est également responsable du « renforcement » de la communauté allemande de Serbie. Il doit pour cela prendre le contrôle des forces de sécurité du régime fantoche et superviser la collecte des revenus et taxes, tout en assurant la consolidation et la mobilisation des unités volontaires de la Volksdeutsche au profit de la Waffen-SS. Dès son arrivée à Belgrade, il fait la rencontre de Werner Lorenz, chef du Hauptamt Volksdeutsche Mittelstelle (bureau de liaison des Allemands de « souche »), un service qui veille aux intérêts des Volksdeutsche en dehors des frontières du Reich tout en assurant la propagation de l'idéologie nazie dite Lebensraum (espace vital) en Europe de l'Est. Meyszner rencontre également le SS-Obersturmführer[n] Sepp Janko, chef de la Volksdeutsche de la région de Banat, ainsi que le SS-Brigadeführer[o] Artur Phleps, avec lequel il discute de la création de la 7e division SS « Prinz Eugen », une division de montagne de la Waffen-SS[49] formée de volontaires.

Dès son entrée en fonction, Meyszner est vu d'un mauvais œil par Turner, auparavant responsable des affaires intérieures et de la relation avec le régime fantoche[50]. Turner est un partisan du renforcement de ce régime et encourage la collaboration avec les Serbes qui n'ont pas d'opinions hostiles envers le régime d'occupation. Meyszner a quant à lui une vision radicalement opposée et, tout au long de son séjour à Belgrade, il refuse de collaborer avec les autorités serbes sauf en cas de nécessité stratégique[51]. Ayant toujours éprouvé une haine viscérale envers les Serbes, il va jusqu'à déclarer : « Mieux vaut avoir un Serbe mort que vivant »[41]. Il aurait également qualifié les Serbes de « peuple de rats » (en allemand : ein Rattenvolk)[52]. L'historien Jonathan Steinberg le décrit par ailleurs comme l'un des subordonnés les plus brutaux de Himmler[53].

En , Turner écrit une lettre au chef de l’état major particulier de Himmler, Karl Wolff, dans laquelle il affirme avoir fait exécuter tous les hommes juifs de la Serbie[p] occupée et interné leurs femmes et enfants dans le camp de concentration de Sajmište. Il ajoute également qu'avec l'aide du SD, il va faire usage d'un Gaswagen (camion à gaz) pour « nettoyer » le camp sur une période de deux à quatre semaines[54]. L'historien Christopher Browning, spécialiste de la Shoah, considère cette affirmation comme douteuse car, selon lui, Turner a rédigé à de nombreuses reprises des rapports erronés et délibérément exagérés sur les affaires juives afin d'obtenir les faveurs de Hitler et renforcer ainsi sa position. Browning affirme également que le camion à gaz a été dépêché de Berlin après que Meyszner a régulièrement demandé de régler la question juive par lui-même. Lorsqu'il est informé de l'arrivée du camion, Meyszner donne quelques consignes à son assistant Emanuel Schäfer[55],[56].

Schäfer confie l'exécution des femmes et enfants juifs au chef de la Gestapo de Belgrade, Bruno Sattler. Ce dernier désigne le commandant du camp, Herbert Andorfer, pour accompagner le camion, conduit par deux sous-officiers envoyés par Berlin. À l'exception des dimanches et jours fériés, le camion rassemble quotidiennement une centaine de femmes et enfants du camp et les conduit vers un champ de tir en dehors de la ville de Belgrade. Durant le trajet, le gaz d'échappement du véhicule est dévié vers le compartiment hermétique du camion où s'entassent les Juifs, les tuant par asphyxie[57]. À son arrivée au champ de tir, le camion est reçu par un détachement de quatre hommes du 64e bataillon de réserve de la police allemande ainsi que par un groupe de sept Serbes extraits de la prison de Belgrade. Les prisonniers déchargent les cadavres du camion à gaz et les jettent dans une fosse commune. À la date du , l'intégralité des occupants du camp, soit pas moins de huit mille femmes et enfants juifs, ont été tués par la Gestapo de Meyszner. Le , Schäfer déclare à un groupe d'officiers de la Wehrmacht, parmi lesquels figurent Bader et Kuntze, que « le cas des Juifs de Serbie a été réglé »[58].

Tout au long de l'année 1942, Meyszner est en perpétuel désaccord avec Turner, d'autant qu'il cherche à l'éloigner de toutes attributions relatives au service de police, y compris de la supervision des forces de sécurité du régime fantoche serbe[59]. Cependant Turner se bat avec acharnement pour garder le contrôle de son service. Meyszner pense que la seule façon de maintenir la paix et la sécurité dans le territoire occupé est de recourir à des méthodes policières brutales, alors que Turner souhaite attribuer plus de pouvoir au régime fantoche et remplacer l'administration militaire par une administration civile, semblable au cas du Reichskommissariat Niederlande[60] dans l'espoir de se voir attribuer le poste de Reichskommisar (gouverneur)[61]. Meyszner tente de faire rétrograder les subalternes de Turner pour les placer ensuite sous la coupe de Paul Bader mais Karl Wolff intervient pour contrecarrer ce plan. L'approche de Turner est en outre très en décalage avec celle des dirigeants de la Wehrmacht, qui ne tolèrent aucune inefficacité résultant d'un quelconque désaccord entre ses officiers[62].

Malgré quelques doutes, l'état-major local de la Wehrmacht établit de bons rapports de travail avec Meyszner. Ce dernier rencontre régulièrement Paul Bader et les deux hommes se soutiennent mutuellement[63]. En revanche, la dissension entre Meyszner et Turner devient de plus en plus ingérable et les échos de l'affaire finissent par remonter jusqu'à Himmler. Ce dernier s'en tient à son approche générale, à savoir que les officiers SS doivent résoudre leurs différends entre eux[64]. Meyszner s'oppose fondamentalement à toute tentative de Turner de prolonger le mandat du régime fantoche serbe, dont les dirigeants envisagent la création d'une association sportive et la réouverture de l'université de Belgrade. Il pense qu'il n'est pas dans l'intérêt de l'Allemagne de « laisser se développer une intelligence slave hostile »[65].

 
Meyszner se méfie des forces de sécurité de Nedić car il pense qu'elles soutiennent le chef des Tchetniks : Draža Mihailović (photo).

Les rapports que Meyszner envoie à Himmler alimentent la méfiance des forces de sécurité serbes, qui déclarent qu'il est « insensé » d'armer la Garde nationale serbe, forte de seize mille hommes. Les forces de sécurité soupçonnent par ailleurs la Garde nationale de soutenir le dirigeant royaliste Draža Mihailović[66]. D'autre part, le fait que Turner et Meyszner n'arrivent pas à s’entendre sur la manière d'utiliser les biens volés aux Juifs assassinés témoigne encore plus de l'ampleur du désaccord entre les deux hommes[67]. Le , Kuntze est remplacé au poste de commandant de la Wehrmacht en Europe du Sud-Est par l'Autrichien Alexander Löhr[36]. Au début du mois de , Meyszner dépose auprès de Himmler un rapport officiel alléguant que Turner a violé l'article 90 du Code pénal allemand en divulguant des secrets d'État[68]. Choqué par ces allégations, Turner donne l'ordre à son personnel de s'en remettre à l'autorité du HSSPf pour régler les questions en rapport avec la police, ainsi que les tâches administratives et politiques, incluant le contrôle des jeux de hasard, du commerce local et de la liberté de réunion[69]. Le différend entre Meyszner et Turner devient ingérable, à tel point qu’en le SS-Hauptamt (bureau central de la SS) décide d'envoyer un émissaire à Belgrade afin d'enquêter et faire le point sur la situation. Un rapport officiel décrit alors le comportement des deux officiers comme « honteux »[70].

Le , Himmler rencontre Meyszner à Kraljevo, à l'occasion de l'inspection de la 7e division SS récemment créée. Bien qu'il ait légèrement réprimandé Meyszner en menaçant de le congédier si un tel comportement se reproduisait, Himmler est impressionné par la nouvelle division. Il décide alors de congédier Turner, ce qui est, selon Moll, une décision moins embarrassante que de renvoyer Meyszner, son représentant officiel dans le territoire occupé[71]. Bien que considéré comme un officier « strict et inflexible », Turner soutient Nedić et le Gouvernement de salut national, ainsi que l'ensemble de la population serbe. Le , Turner est congédié avec son adjoint Georg Kiessel ; il est remplacé par le chef du service juridique de Belgrade, Walter Uppenkamp[71],[72]. En , Alexander Löhr est de nouveau désigné commandant en chef de la Wehrmacht pour le Sud-Est de l'Europe et commandant du groupe d'armées E ; la chaîne de commandement locale reste cependant inchangée[36]. En 1942, Meyszner est décoré de la croix du Mérite de guerre de 1re classe avec glaives[26].

1943Modifier

En , Nedić propose une loi visant la création d'un État corporatif autoritaire similaire à celui que préconisaient Dimitrije Ljotić et son mouvement national fasciste ZBOR. Bader demande l'avis des différents dirigeants du régime d'occupation et, bien que certains d'entre eux aient été favorables à son adoption, Meyszner s'y oppose fermement, considérant cette loi comme une menace pour les intérêts allemands. Lorsque Hitler est informé de cette proposition de loi, il la juge « inopportune » pour l'Allemagne[73].

En , Meyszner dénonce à Himmler la « douceur » de la politique de Felix Benzler (de) envers les Serbes, qui leur permet par exemple de contrôler la gestion des récoltes. Il qualifie d'irresponsables ceux qui accordent du pouvoir et de la liberté supplémentaire au régime fantoche serbe qui, selon lui, cherche en permanence un moyen de déstabiliser le régime d'occupation. L'un des nombreux sujets de préoccupation de Meyszner est la formation du corps de volontaires serbes (SDK). Il pense que Turner (no) et Benzler ont commis une erreur en permettant la formation de cette unité collaboratrice qui, toujours selon lui, participe à une propagande royaliste. D'après Martin Moll, la perspective de Meyszner était très restreinte et ne tenait pas compte des objectifs politiques associés à l'octroi d'un certain pouvoir au régime Nedić[74]. À la fin de l'année 1942, Meyszner ordonne aux militaires de la Volksdeutsche du Banat de quitter la province afin de renforcer les rangs de la 7e division, ce qui par la suite engendre une paralysie de l'économie et de l'administration locales. Il demande alors la démobilisation de tous les hommes âgés de plus de 40 ans de la division. Il prévoit également d'enrôler des groupes minoritaires vivant dans le Banat, comme les Hongrois, les Roumains et les Slovaques mais cette initiative est rejetée par Himmler[75].

 
Meyszner reçoit le symbole d'or du parti nazi en 1943.

Depuis qu'il a fui l'Autriche pour l’Allemagne, Meyszner a toujours eu des problèmes au sujet de son adhésion au parti nazi. Il affirme qu'en vertu de l'accord de Venise qu'il a passé avec Theodor Habicht en 1933, ses anciens collègues de la garde nationale de Styrie et lui-même devraient bénéficier d'un certain privilège à leur entrée au parti, du fait de leur appartenance de longue date à la Garde nationale. Le trésorier du parti nazi, Franz Xaver Schwarz, nie cette prérogative et décide que les anciens membres de la Garde nationale styrienne ne doivent pas être admis d'office dans le parti. Hitler décide de marquer le dixième anniversaire de son accession au pouvoir en chargeant son secrétaire particulier et chef de la chancellerie du NSDAP, Martin Bormann, de décerner un nombre très limité de symboles d'or du parti aux membres du parti. Meyszner, qui est recommandé par Himmler, accepte que la date officielle de son entrée au parti soit fixée au [21], soit deux mois après l'Anschluss ; il reçoit alors le numéro d'adhérent 6.119.650[76]. Meyszner n'aurait pu obtenir le statut de Vieux Combattant (de) (du parti) sans l'intervention de Himmler. Meyszner fait partie des cinq officiers SS que Himmler juge dignes de porter le chevron d'honneur (de)[77].

Se prévalant de son statut de responsable de la Volksdeutsche du Banat, Meyszner s'immisce constamment dans les ordres directs que reçoit la 7e division SS. En , l'ensemble des forces de police sous son commandement inclut le 5e régiment « SS-Polizei » et sept bataillons de la Hilfspolizei (de) (police auxiliaire) composés de diverses ethnies, qui n'ont reçu que quatre à cinq semaines de formation avant de devenir opérationnels[q],[79].

 
Jusqu'au début de l'année 1943, le général d'artillerie Paul Bader est en bon terme avec Meyszner.

La relation cordiale entre Bader et Meyszner se dégrade au début de l'année 1943, lorsque Bader se rend compte que Meyszner complote dans son dos en rapportant à Himmler ses propos critiques sur l'incapacité de la Wehrmacht à combattre la menace des Partisans[80]. Bader riposte en en adressant une lettre à Alexander Löhr où il se plaint des agissements de Meyszner qui, selon lui, a livré 300 prisonniers de guerre soviétiques au Corps Russe sans le consulter et a omis de l'informer des désertions qui ont eu lieu au sein du corps des volontaires serbes. Décrivant la situation comme « impossible », Bader affirme que bien qu'il soit vu comme le premier responsable du territoire occupé, ses ordres sont contestés par Meyszner par le biais de la chaîne de commandement de la police[81]. Par la suite, l'association entre les deux hommes vole en éclats, ce qui réjouit les autres hauts dirigeants du régime d'occupation[82]. Nedić, quant à lui, proteste contre la politique d'occupation allemande ainsi que le fait de devoir faire un rapport à quatre autorités différentes et en perpétuel désaccord[81]. En mai, Meyszner assiste à une réunion au ministère des Affaires étrangères au cours de laquelle il reproche à Nedić de ne pas être assez loyal envers l'Allemagne et ne le considère utile que pour « combattre les communistes »[83]. En juillet et août, Berlin tente de désamorcer la situation en nommant Neuhausen (en) au poste de chef d'état-major de l'administration militaire, en laissant cependant une certaine indépendance à Meyszner[81]. La police et les services de sécurité de Meyszner continuent leurs représailles sanglantes envers le peuple juif serbe, à la demande de la Wehrmacht. Par exemple, fin juin, Meyszner ordonne l'exécution de 575 prisonniers à la suite d'une attaque au cours de laquelle 7 policiers auxiliaires allemands sont blessés et 8 tués[84],[r].

En , un nouveau plénipotentiaire — désormais chargé de l'administration des Balkans occupés — est nommé pour remplacer Felix Benzler[85] : Hermann Neubacher (en) est chargé par Hitler d'entreprendre une série de tâches visant à concentrer la lutte contre les forces communistes du sud-est de l'Europe. Pour atteindre cet objectif, le Führer ordonne à Neubacher de s'allier avec les forces anticommunistes locales. Il est également habilité à rationaliser l'administration du régime d'occupation allemand et transférer plus de pouvoir aux mandataires locaux, parmi lesquels se trouve Milan Nedić. Hitler confie également à Neubacher la responsabilité de toutes les prises de décision concernant les représailles contre la population locale[86] mais, à l'instar de Meyszner, il constate que la manque de coopération et de confiance entre les dirigeants du régime d'occupation pourrait limiter sa capacité à remplir ces tâches. Neuhausen, récemment nommé chef de l'administration militaire, possède en réalité beaucoup plus de pouvoir que Neubacher et exploite à sa guise l'économie serbe afin de faire profiter le régime fantoche[87]. Meyszner est cependant strictement contre l'octroi de tout pouvoir à l'administration Nedić tout en s'opposant aux tentatives d'accords avec les Tchetniks et, selon lui, Neubacher cherche à revenir aux politiques inefficaces de Turner[88],[89]. Selon l'historien Jozo Tomasevich (en), Neubacher a réussi à limiter significativement les représailles contre le peuple serbe[87], bien que Moll conteste cette conclusion[90].

En novembre, le Gouvernorat italien du Monténégro, alors sous occupation allemande, est inclus dans la zone de commandement de Meyszner[82]. Le mois suivant, le Sonderaktion 1005 de Paul Blobel arrive à Belgrade pour exhumer et brûler les corps des femmes et enfants juifs tués par la Gestapo de Meyszner[91]. Vers la fin de l'année 1943, ce dernier reçoit la croix de fer de 2e classe[26],[92].

1944Modifier

En , Meyszner intensifie ses efforts pour saboter les accords passés avec les Tchetniks. Fait surprenant, il est rejoint dans sa démarche par l'un de ses adversaires politiques, Milan Nedić, qui voit ses intérêts stratégiques gênés par ces accords. Meyszner refuse notamment de fournir des armes aux Tchetniks dirigés par Pavle Đurišić et Vojislav Lukačević, du fait de leur non-respect des précédents accords passés avec la Wehrmacht. Il affirme par ailleurs que les Croates, ainsi que les musulmans d'Albanie, du Kosovo et du Sandžak ont exprimé leur réticence au sujet du renforcement de l'armement des Tchetniks. Le commandant du 1er Corps d'occupation bulgare, le général Asen Nikoloff, s'oppose également à ces accords. Les protestations de Meyszner coïncident avec la pression croissante des Partisans et l'avancée de l'Armée rouge[88].

En avril, Neubacher (en) et la Wehrmacht décident de se débarrasser de Meyszner. La raison de ce renvoi est la critique de Meyszner à l'égard de Neubacher concernant le manque de rigueur des représailles, des propos qui, selon Neubacher, ne font que « saper la discipline officielle ». Neubacher bénéficie du soutien de l'ancien ennemi de Meyszner, Ernst Kaltenbrunner, devenu entre-temps le chef du Reichssicherheitshauptamt (RSHA)[93], ainsi que d'Emanuel Schäfer, l'ancien adjoint de Meyszner. Il est remplacé par Hermann Behrends[41], protégé du chef du SD Reinhard Heydrich[94]. Avant sa nomination, Behrends commande un bataillon d'artillerie de montagne de la 13e division de montagne de la Waffen SS Handschar[95]. Au milieu du mois de , Meyszner reçoit la croix de fer de 1re classe pour ses efforts dans la lutte contre le groupe armé Partisans[26].

Transfert à BerlinModifier

Après avoir accepté de le relever de ses fonctions de chef supérieur de la SS et de la police, Himmler transfère Meyszner à Berlin et le nomme Generalinspekteur der Gendarmerie und Schutzpolizei der Gemeinden (inspecteur général de la Gendarmerie et Schutzpolizei du Reich), en vue de l'établissement d'une gendarmerie européenne[94].

Procès et exécutionModifier

À la fin de la guerre, Meyszner est capturé par les Alliés. Il est interrogé en par le procureur en chef Robert Jackson et mis en détention en Yougoslavie. Son implication dans les exécutions massives et la publication de son nom avec la liste des personnes exécutées ne lui laisse aucune chance d'échapper à la potence[96],[97].

En ce qui concerne les meurtres des femmes et enfants juifs, l'implication directe de Meyszner est moins claire. Selon Moll, Emanuel Schäfer affirme avoir reçu directement ses ordres de Berlin et utilisé le Gaswagen sans la moindre directive venant de Meyszner[98]. Walter Manoschek (de) soutient cette affirmation car, selon lui, Schäfer était à la tête d'une chaîne de commandement indépendante de la Gestapo sur laquelle Meyszner avait un contrôle très limité[99]. Cependant, en tant que chef supérieur de la SS et de la police, il est officiellement responsable de tous ses subordonnés, y compris le département de la Gestapo chargé de l'exécution des femmes et des enfants juifs. Il est également responsable de la mise en œuvre des politiques qui ont permis de déporter 70 000 Serbes dans le Reich afin d'y effectuer des travaux forcés. L'Holocauste en Serbie n'a guère joué de rôle important durant son procès devant la Cour militaire suprême de Belgrade, qui se tient entre le 9 et le . Il est condamné à la peine capitale, de même que la plupart des 20 membres dirigeants du personnel du HSSPf qui sont jugés en même temps que lui[100]. August Meyszner est exécuté par pendaison le à l'âge de 60 ans[101].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le Reichsführer-SS est le plus haut dirigeant politique de la SS[1].
  2. Un « camion à gaz », véhicule utilisé notamment par les nazis pour tuer les juifs et les handicapés. L'un d'eux arrive à Belgrade en mars 1942[2],[3].
  3. Dans l'Armée française, ce rang n'a pas d'équivalence car, en correspondance, il s'agit d’un grade intermédiaire entre celui de colonel et de général de brigade. Il y a toutefois eu une équivalence sous la Troisième République sous l'appellation de brigadier des armées.
  4. Grade équivalent en France à général de brigade ; mais il s'agit ici d’un grade dans la police et non dans l'armée.
  5. En France, ce rang équivaut au grade de général de brigade ; mais il s'agit ici d’un grade dans la police et non dans l'armée.
  6. Équivalent en France à général de division ; mais il s'agit ici d’un grade dans la police et non dans l'armée.
  7. Avant 1955, ce grade équivaut à général de division en France.
  8. Équivalent en France de général de corps d'armée, avec pour arme de spécialisation l'artillerie.
  9. Équivalent en France de général de corps d'armée, avec pour arme de spécialisation le génie.
  10. Ce terme, qui signifie littéralement « Allemand par le peuple », désigne les populations vivant hors d'Allemagne et qui se considèrent ethniquement et culturellement allemandes[43].
  11. Équivalent en France de colonel, mais il s'agit ici d’un grade dans la police.
  12. Équivalent en France de commandant, mais il s'agit ici d’un grade dans la police.
  13. Équivalent en France de sous-lieutenant, mais il s'agit ici d’un grade dans la police.
  14. Équivalent en France de lieutenant, mais il s'agit ici d’un grade politique.
  15. Équivalent en France de général de brigade ; il s'agit ici d’un grade militaire car Phleps est membre de la Waffen-SS, la branche militaire de la SS.
  16. Dès novembre 1941, les nazis ont exterminé tous les hommes de la population juive serbe[2].
  17. Selon Christopher Browning, le 64e bataillon de réserve de la police devient plus tard le 1er bataillon du 5e régiment « SS-Polizei »[78].
  18. Les nazis ont instauré une loi prévoyant l'exécution de 100 civils serbes en cas d'assassinat d'un soldat allemand[28].

RéférencesModifier

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AnnexesModifier

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BibliographieModifier

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