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La théologie protestante est un ensemble de doctrines bibliques provenant du mouvement spirituel, philosophique et politique de la Réforme protestante. Ses fondateurs sont les réformateurs Martin Luther, Jean Calvin, et d'autres, tels Ulrich Zwingli et Martin Bucer notamment. En France, elle est enseignée aujourd'hui à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg (université d'État), à l'Institut protestant de théologie, qui comprend la Faculté de théologie protestante de Paris et la Faculté de théologie protestante de Montpellier, à la Faculté de théologie réformée Jean-Calvin d'Aix-en-Provence et à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines).

Sommaire

DéfinitionModifier

Article principal : Théologie.

La notion de théologie protestanteModifier

En régime protestant, comme d'une manière générale en théologie chrétienne, tout discours sur Dieu, quand bien même se voudrait-il rationnel, n'est pas nécessairement théologie, comme l'étymologie du terme (θεολογία (theología), de Θεός (Theós), Dieu, et -λογία (-logía) de λόγος (lógos), la parole ou le discours rationnel) le laisse pourtant entendre : il faut donc bien différencier la théologie de la prédication, non seulement par le lieu de son énonciation (université ou en tout cas institution d'enseignement supérieur pour la première, l'église pour la seconde) que par ses tâches (la théologie s'occupe de réguler les propos des croyants, y compris et peut-être même surtout en chaire[1],[note 1])[2].

Si la théologie est donc ce qui régule le discours chrétien, quel est donc ce « régime protestant » ? Sous l'étiquette « protestantisme » se cache une réalité très diverse, tant par les confessions (luthéranisme, calvinisme, évangélisme, ...) que par des options proprement théologiques qui la traversent, du libéralisme au fondamentalisme, ou par les organisations (systèmes épiscopalien, presbytérien, congrégationaliste). De plus, ces diversités internes aux églises sont compliquées par les nombreuses différences externes, c'est-à-dire culturelles et sociales[3]. Sans taire les nombreuses différences qui existent, les théologies des différentes confessions protestantes partagent un socle commun par les tâches qui lui sont assignées, son rapport à la Parole et aux sources de la théologie, qui ne se retrouve pas tel quel dans les autres théologies chrétiennes.

Les tâches de la théologie protestanteModifier

Selon Dietrich Ritschl, cette tâche de régulation est en fait quadruple[4] :

  1. clarification des textes bibliques et théologiques antérieurs ;
  2. examen de la cohérence de ces mêmes textes (y compris de textes bibliques entre eux) ;
  3. examen de la conformité des textes et actions des chrétiens d'aujourd'hui avec le message biblique ;
  4. construction d'idées nouvelles.

C'est probablement ce dernier point qui distingue la théologie protestante des autres théologies, et plus particulièrement de la théologie catholique, et que Paul Tillich appela le « principe protestant[5] ». Car la théologie protestante n'est pas une discipline purement interprétative : elle n'a pas pour seul but d'expliquer les blocages et les incohérences anciens, mais elle a aussi pour but de les surmonter par une véritable création. Dieu, pour la théologie protestante, ne saurait être enfermé dans des énoncés humains, fortement déterminés par leur temps : de même que l'église réformée se définit comme ecclesia reformata semper reformanda (« église réformée et toujours à réformer »), la théologie protestante croit qu'elle doit s'amender non pas en revenant à une pureté antérieure, mais en allant de l'avant par un processus « prophético-dynamique »[6].

Originalité et unité de la théologie protestante : une théologie de la ParoleModifier

Il n'est pas possible de dater avec précision la naissance de la théologie protestante. Cependant, une date que la tradition a retenue est celle de 1518 : cette année-là, dans une lettre, Luther « exhorte ses confrères à se détourner de la philosophie et de la théologie scolastiques et de se consacrer résolument à l'étude de la Bible et des Pères de l'Église, en qui [il] voyait essentiellement des commentateurs et des exégètes de la Bible[7] ».

Cette phrase décrit négativement le programme de la théologie selon Luther face à la théologie catholique de son époque. La théologie scolastique, en effet, se proposait de construire de grands systèmes cohérents qui se fondaient en grande partie sur la raison seule, c'est-à-dire la philosophie et la théologie naturelle. Ce n'était qu'une fois Dieu « prouvé » et ses attributs décrits philosophiquement que l'on passait à la théologie révélée, qui confirmait les résultats de la recherche philosophique. Luther lui s'oppose à ce rôle propédeutique de la théologie naturelle pour ne s'intéresser qu'à la théologie révélée, c'est-à-dire à la compréhension du message biblique[8]. Jean Calvin refusera à son tour toute possibilité d'une théologie naturelle[9],[note 2].

C'est que la théologie protestante est d'abord une théologie de la Parole. Dieu dans la Bible, que ce soit dans l'Ancien Testament où il est le Dieu qui parle face aux idoles silencieuses ou dans le Nouveau Testament où le Christ est le logos incarné, c'est-à-dire la Parole de Dieu faite chair, c'est celui qui se révèle par la parole. Mais en hébreu, דָּבַר (dåḇar)[note 3], parler, n'est pas opposé à faire : la parole est en elle-même performative, comme le récit de la Création en Genèse 1 le montre (« et Dieu dit [...], et cela fut[10] » ; la théologie protestante trouve sa possibilité même dans le fait que cette Parole est intelligible[11].

Cette Parole est à l'origine de la foi, ce que la théologie classique a nommé d'après la version latine de Romains 10,17 fides ex auditu (« la foi vient de l'écoute »). La théologie protestante postule que cette Parole n'est intelligible qu'après la foi reçue, et les autres discours rationnels sur Dieu qui parlent hors de la foi ne sauraient être théologie. La théologie protestante ne s'oppose donc pas qu'à la prédication : elle s'oppose aussi à la philosophie de la religion et aux sciences religieuses. Peut-être même le fait-elle plus radicalement que d'autres théologies par son refus fondamental de la théologie naturelle, qui justement est un essai théologie sans foi :

« En dehors de la présence en l'homme du Saint-Esprit qui est Dieu lui-même, la Parole n'est pas intelligible pour l'homme. Il peut certes exprimer avec un certain degré de certitude rationnelle le contenu des croyances chrétiennes, il peut même tenter une lecture philosophique de ces croyances (ce qu'a fait un philosophe comme Jaspers), il peut se servir des thèmes immanents à ces croyances pour nourrir une certaine philosophie de l'histoire (ce qu'a fait un historien comme Arnold J. Toynbee). Mais dans toutes ces tentatives il ne s'agit pas d'une théologie, au sens protestant de ce mot, parce que l'ensemble de l'effort pour retrouver la structure interne de la Révélation ne se réalise que dans la soumission à cette Parole. Et cette soumission à la Parole ne se réalise que dans la foi, car la foi est confiance que cette Parole est de Dieu et qu'en conséquence elle dit la vérité[12]. »

Les sources de la théologie protestanteModifier

Pour la théologie protestante, il est évident que sa source première est la Bible, soient les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament, et qu'aucune autre source n'est dotée d'une autorité analogue : c'est le dogme du sola scriptura[13].

Dire cela, cependant, ne suffit pas. D'autres mouvements se réclament de la Bible, que ce soient les autres églises chrétiennes ou les sectes d'inspiration chrétienne. Pour savoir comment il est légitime d'interpréter la Bible, la théologie protestante use d'autres normes, comme les confessions de foi ou la tradition. Mais ces confessions de foi et cette tradition sont inféodées au message biblique : on dit alors que la Bible est « norme normante » (norma normans) là où les confessions de foi sont « normes normées » (normae normatae)[14], c'est-à-dire secondes ou dérivées.

Cette distinction se trouve à l'origine même de la Réforme. Certes, ce serait une erreur de voir dans le catholicisme une théologie qui mettrait sur un pied d'égalité Écriture et Tradition et dans le protestantisme une théologie qui refuserait la Tradition, notamment depuis que Vatican II a clarifié le rôle de la Tradition dans la théologie catholique. En effet, si le concile de Trente semble déclarer que la Tradition complète l'Évangile, Vatican II revient sur cette idée, en proclamant que la révélation biblique n'a pas besoin d'être complétée, même si la Bible et la Tradition proviennent de la même source divine : cependant, elle a besoin d'être interprétée à la lumière de la Tradition[15].

Les disciplines de la théologie protestanteModifier

Sciences bibliquesModifier

Sciences historiquesModifier

Théologie systématiqueModifier

Théologie et disciplines pratiquesModifier

Les thèmes récurrents de la théologie protestanteModifier

Le protestantisme n'est pas une église, et les églises qui la composent ne sont pas toujours en communion entre elles. Cependant, malgré ses nombreuses différences, certains thèmes sont communs et certaines se retrouvent dans tous les courants du protestantisme[16].

Sotériologie et justificationModifier

Ainsi, dans toute la théologie protestante, la priorité est-elle donnée au salut : la justification par la foi seule[16].

Les solaeModifier

Le sacerdoce universelModifier

C'est un des points de la théologie protestante qui peut convenir tant aux théologiens évangéliques que libéraux, « même si les uns et les autres déclinent ce sacerdoce universel différemment[17] ».

Articulus stantis vel cadentis ecclesiaeModifier

La scientificité de la théologieModifier

HistoireModifier

La Réforme et la naissance de la théologie protestante (XVe – XVIe siècles)Modifier

Sources antiques et médiévales de la théologie des réformateursModifier

La théologie de Martin Luther et des luthériensModifier

Les théologies non-luthériennes avant CalvinModifier

La théologie de Jean CalvinModifier

Orthodoxies, piétismes, et libéralismes (XVIIe – XIXe siècles)Modifier

Théologie contemporaine (XXe – XXIe siècles)Modifier

Théologies confessionnellesModifier

Le protestantisme étant, pour des raisons historiques, un mouvement divers, il est normal que la théologie protestante soit elle aussi divisible selon le lieu ecclésial d'où elle est énoncée. Chaque grande famille du protestantisme à développé son propre habitus théologique avec ses thèmes et-ou ses propres emphases particulières.

Théologie luthérienneModifier

Théologie réforméeModifier

Théologie anglicaneModifier

Théologie évangéliqueModifier

Théologie pentecôtisteModifier

La place du pentecôtisme dans le christianisme est sujet à débat, d'autant que comme la réalité « protestante » ou « réformée », elle couvre une multitude de réalités diverses. Ainsi, certains pentecôtistes nient être protestants, prétendant être une « 4e branche du christianisme » (à côté du catholicisme romain, de l'orthodoxie et du protestantisme), quand d'autres revendiquent l'appartenance au protestantisme ; il en est de même avec l'évangélisme[18].

BibliographieModifier

PrimaireModifier

  • Paul Tillich (trad. André Gounelle (dir.)), Substance catholique et principe protestant, Paris — Genève — Québec, Cerf — Labor et Fides — Presses de l'université Laval, coll. « Œuvres de Paul Tillich » (no 4), (ISBN 2-204-05354-6, 2-83090-777-9 et 2-7637-7408-3).
Cet ouvrage reprend plusieurs textes parus tout au long de la vie de Tillich sur ce thème. Tillich n'oppose pas catholicisme et protestantisme sur des points de doctrine, mais considère qu'ils sont deux « attitudes spirituelles » légitimes, la substance catholique insistant sur la présence de Dieu dans les institutions comme l'Église ou les sacrements, et le principe protestant rappelant que rien ne peut enfermer Dieu. Il y a et doit avoir selon lui du protestantisme dans le catholicisme, pour éviter de capturer Dieu et du catholicisme dans le protestantisme, pur éviter un spiritualisme vide. Cf. Gounelle 1995.

SecondaireModifier

  • Thierry Bedouelle, La Théologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 2e éd..
  • André Birmelé, « Protestantisme », dans Jean-Yves Lacoste (dir.), Dictionnaire critique de théologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige / Dicos poche », , 3e éd. (1re éd. 1998) (ISBN 978-2-13-055736-4). 
  • André Birmelé, « Les références en dogmatique : L'Écriture sainte et les confessions de foi », dans André Birmelé, Pierre Bühler, Jean-Daniel Causse et Lucie Kaennel (dir.), Introduction à la théologie systématique, Genève, Labor et Fides, coll. « Lieux théologiques » (no 39), (ISBN 978-2-8309-1268-5), p. 49-76. 
  • Henri Blocher, « Théologie évangélique », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Genève — Paris, Labor et Fides — Cerf, (ISBN 2-204-05243-4 et 2-8309-0791-4), p. 1554-1555.
  • Pierre Bühler, « Théologie de la croix », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Genève — Paris, Labor et Fides — Cerf, (ISBN 2-204-05243-4 et 2-8309-0791-4), p. 1553-1554.
  • Pierre Gisel, La Théologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadriges », (ISBN 978-2-13-056338-9).
  • André Gounelle, « Introduction : Catholicisme et protestantisme selon Tillich », dans Paul Tillich, Substance catholique et principe protestant, Paris — Genève — Québec, Cerf — Labor et Fides — Presses de l'université Laval, coll. « Œuvres de Paul Tillich » (no 4), (ISBN 2-204-05354-6, 2-83090-777-9 et 2-7637-7408-3), p. 1-20.
  • Jean-Denis Kraege, « Théologie dialectique », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Genève — Paris, Labor et Fides — Cerf, (ISBN 2-204-05243-4 et 2-8309-0791-4), p. 1554.
  • Jean-Yves Lacoste (dir.), Histoire de la théologie, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-02-093262-2).
  • Jean-Louis Leuba, « Théologien », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Genève — Paris, Labor et Fides — Cerf, (ISBN 2-204-05243-4 et 2-8309-0791-4), p. 1562-1563.
  • Roger Mehl, La Théologie protestante, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 4e éd. (1re éd. 1966). 
  • (en) Paul Nimmo (dir.) et David Fergusson (dir.), The Cambridge Companion to Reformed Theology, New-York City, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-107-02722-0 et 978-1-107-69054-7).
  • Dietrich Ritschl, « Théologie », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Genève — Paris, Labor et Fides — Cerf, (ISBN 2-204-05243-4 et 2-8309-0791-4), p. 1530-1551. 
  • Jean-Paul Willaime, « De quoi le protestantisme est-il le nom ? », Revue d'histoire du protestantisme, t. 1, no 1,‎ , p. 13-33. 

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Peut-être faut-il rappeler dès à présent que le protestantisme professe la doctrine du sacerdoce universel : chaque baptisé est prêtre. Le pasteur — ou le prédicateur laïc — n'est donc qu'un croyant parmi les autres — qu'un prêtre parmi les autres — et ne tient sa légitimité que de sa connaissance religieuse plus importante. Une prédication n'est alors essentiellement qu'un propos de croyant en chaire, même si cette chaire lui donne de facto une plus grande autorité, puisqu'elle est autorisée par l'église locale.
  2. Bien entendu, la théologie protestante n'est pas monolithique, et des tentatives plus ou moins timides de réintroduire des éléments de théologie naturelle ont eu et ont lieu, soit directement par la théologie (on pense à Emil Brunner et au Nein! retentissant que Karl Barth lui opposa sur ce sujet), soit par le biais de l'apologétique (qui, si elle veut défendre la religion chrétienne auprès des non-croyants, est obligée au moins d'emprunter le vocabulaire de la rationalité non-religieuse) ; cf. Mehl 1997, p. 7-10.
  3. Nous utilisons dans cet article la translittération de l'hébreu proposé dans : Sophie Kessler-Mesguich, L'hébreu biblique en 15 leçons, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Études anciennes », , p. 9-10.

RéférencesModifier

  1. Mehl 1997, p. 117.
  2. Ritschl 1995, p. 1531.
  3. Willaime 2016, p. 20-21.
  4. Ritschl 1995, p. 1532.
  5. Tillich 1995.
  6. Ritschl 1995, p. 1535.
  7. Mehl 1997, p. 4.
  8. Mehl 1997, p. 6-7.
  9. Mehl 1997, p. 8.
  10. Par exemple en Genèse 1,3.
  11. Mehl 1997, p. 8-10.
  12. Mehl 1997, p. 11-12.
  13. Birmelé 2008, p. 49.
  14. Birmelé 2008, p. 49-50.
  15. Birmelé 2008, p. 66-67.
  16. a et b Birmelé 2007, p. 1144.
  17. Willaime 2016, p. 27.
  18. Willaime 2016, p. 14.