Salut (théologie)

notion spirituelle

Le salut est une notion spirituelle qui signifie « délivrance et libération ». Le croyant qui possède le salut se trouve ainsi délivré et libéré du péché, de l'insatisfaction et de la condamnation éternelle (enfer). Il bénéficie d'une relation avec Dieu et a ainsi accès au paradis.

La sotériologie est un domaine de la théologie qui étudie les différentes doctrines du salut.

Dans le judaïsmeModifier

Dans la Bible hébraïque, le mot יְשׁוּעָה, Yeshou’a, est un substantif traduit par « secours » ou « salut ». Il apparaît dans des mots composés, en tout 113 fois, souvent dans des supplications :

Exemples :

  • Psaume 3, 9 : Le salut est auprès de YHWH (לַיהוָה הַיְשׁוּעָה, LéAdonaÏ HaYeshou’a)
  • Psaume 44, 5 : Ordonne le salut de Jacob ! צַוֵּה יְשׁוּעוֹת יַעֲקֹב, Tsavéh Yeshou’ot Ya’aqov
  • Jonas 2, 10 : Le salut vient de l’Eternel : יְשׁוּעָתָה לַיהוָה, Yeshou’atah LéAdonaï

Dans le christianismeModifier

Approche thématiqueModifier

Constatant une variété des théologies du salut, certains auteurs ont essayé de les articuler. Comme c'est le Christ qui sauve l'humanité, une conception du salut va donc avoir des conséquences sur une compréhension des mystères du Christ : la sotériologie influence la christologie.

Bernard Sesboüé propose un modèle proche, mais, à la suite de Aulen[1], il distingue un salut qui vient de Dieu et un salut qui vient par l'homme[2].

  • La médiation descendante :
    1. Le Christ illuminateur : le salut par révélation.
    2. Le Christ vainqueur  : la rédemption.
    3. Le Christ libérateur.
    4. Le Christ divinisateur.
    5. Le Christ justice de Dieu.
  • La médiation ascendante
    1. Le sacrifice du Christ.
    2. L’expiation souffrante et la propitiation.
    3. La satisfaction.
    4. De la substitution à la solidarité.
  • Finalement, Sesboüé conclut avec le concept de réconciliation.

Approche historiqueModifier

Les textes du Nouveau TestamentModifier

Divers textes du Nouveau Testament insistent sur l'importance capitale du salut éternel. D'autres expressions sont utilisées pour désigner le salut, comme « vie éternelle » ou « Royaume de Dieu ».

  1. La venue de Jésus est pour le salut du Monde : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle », Jn 3,16.
  2. Le salut s'obtient par la grâce et par la foi : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais pas d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de toute personne qui est née de l'Esprit », Jn 3,8. « En effet, c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu », Eph 2, 8.
  3. Le salut s'obtient aussi par les œuvres : « Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seulement », Jacques 2,24.
  4. La repentance est nécessaire pour la nouvelle naissance : « Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle », Mc 1,15.
  5. L'expérience du salut débute à la nouvelle naissance : « Jésus lui répondit : "En vérité, en vérité, je te le dis, si quelqu'un ne naît pas de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu" », Jn 3,3.
  6. Le salut est une assurance, une certitude pour le croyant : « Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux », Lc 10,20. « Puisque nous avons une telle espérance, nous faisons preuve d'une grande assurance », 2 Cor 3,12.
  7. Le Christ sauve tous les hommes : « En nul autre que lui, il n'y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n'est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. », Ac 4,12.
  8. Le salut se manifeste dans la vie terrestre du croyant : « Le royaume de Dieu c'est la justice, la paix et la joie, par l'Esprit Saint », Rom 14,17.
  9. Le salut nous assure le paradis à notre mort : « Jésus lui répondit : "Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis" », Lc 23,43.

Les Pères de l'ÉgliseModifier

Au Ve siècle, l'évêque africain Augustin d'Hippone s'était opposé à ce sujet au moine britannique Pélage. Ce dernier soutenait que l'Homme a en lui la force de vouloir le bien et de pratiquer la vertu, une position relativisant l'importance de la grâce divine.

Augustin refuse cette vision et déclare que Dieu est le seul à décider à qui il accorde (ou non) sa grâce. Les bonnes ou mauvaises actions de l'Homme (sa volonté et sa vertu, donc) n'entrent pas en ligne de compte, puisque le libre-arbitre de l'Homme est réduit par la faute originelle d'Adam. Dieu agit sur l'Homme par l'intermédiaire de la grâce efficace, donnée de telle manière qu'elle atteint infailliblement son but, sans pour autant détruire la liberté humaine[3]. L'Homme a donc un attrait irrésistible et dominant pour le bien, qui lui est insufflé par l'action de la grâce efficace. Mais le salut de l'âme après la mort ne vient que de la seule volonté de Dieu (Sola gratia).

Au Moyen ÂgeModifier

La théologie médiévale, dominée par la pensée augustinienne, laisse peu de place à la liberté humaine : Thomas d'Aquin tente cependant d'organiser autour de la pensée d'Augustin un système métaphysique permettant de concilier grâce et liberté humaine. Il lui faut tenir à la fois l'affirmation de l'action divine dans chaque action de l'Homme, et l'affirmation de la liberté de ce même Homme.

Le jansénismeModifier

Le jansénisme est issu d'un courant théologique s'inscrivant dans le cadre de la Réforme catholique, apparu dans les années qui suivent le Concile de Trente mais qui puise ses sources dans des débats plus anciens.

S'il tire son nom de Cornelius Jansen, il se rattache à une longue tradition de pensée augustinienne. Jansenius, alors étudiant à l'université puis professeur, entreprend la rédaction d'une somme théologique visant à régler le problème de la grâce en faisant une synthèse de la pensée de saint Augustin.

Ce travail, un manuscrit de près de mille trois cents pages intitulé « Augustinus », est presque achevé lorsque son auteur, devenu évêque d'Ypres, meurt brusquement en 1638. Il y affirme, en conformité avec la doctrine augustinienne de la Sola gratia, que depuis le péché originel, la volonté de l'homme sans le secours divin n'est capable que du mal. Seule la grâce efficace peut lui faire préférer la délectation céleste à la délectation terrestre, c'est-à-dire les volontés divines plutôt que les satisfactions humaines. Cette grâce est irrésistible, mais n'est pas accordée à tous les hommes. Jansen rejoint ici la théorie de la prédestination de Jean Calvin, lui-même très augustinien.

Approche confessionnelleModifier

Doctrine catholiqueModifier

La dimension « positive » de la théologie catholique évoque le salut comme vision béatifique, adoption filiale, réconciliation avec Dieu, divinisation[4].

La dimension « négative » de l'enseignement catholique sur le salut l'explique comme la réparation du péché de l'homme. Par le péché originel, « l'homme a fait choix de soi-même contre Dieu »[5]. Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu : l'homme étant incapable de se rapprocher de Dieu par lui-même, étant incapable de réparer une telle faute, Dieu a envoyé son Fils qui est l'instrument de la réconciliation : sa vie sur terre et son sacrifice sont le moyen pour Dieu de prendre le péché des hommes et de leur accorder la possibilité d'accomplir la finalité de l'homme rappelé par Ignace de Loyola : « L'homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur ». Le salut s'obtient par l'acceptation de la Bonté divine et du Sauveur qu'il nous donne.

Doctrine orthodoxeModifier

Doctrines protestantesModifier

LutherModifier

En lisant l'Épître aux Romains, Martin Luther élabore la doctrine de la justification par la foi : « le juste vivra par la foi. Dieu ne réclame rien, au contraire, c'est lui qui donne, sa justice infinie est un don »[6]. Luther prend la formule dans un sens absolu qui l'amène à adopter la doctrine de la prédestination, car « la foi est l'œuvre de Dieu et non de l'homme »[7].

CalvinModifier

Jean Calvin pense qu'en désobéissant à Dieu, l'homme est esclave du péché, il n'a plus qu'un « serf arbitre » ; il a gardé sa volonté, mais il a été dépouillé d'une volonté pour le bien. Citant Bernard de Clairvaux, Calvin déclare : « Vouloir est de l'homme. Vouloir le mal est de nature corrompue. Vouloir le bien est de grâce »[8]. Calvin dénie à l'homme toute volonté de chercher Dieu. Dieu se penche vers les êtres humains et leur ouvre ses bras tel un père miséricordieux. Toute l'œuvre de justice et de justification est en Dieu. Continuant son raisonnement, Calvin pense que la foi elle-même vient de Dieu. Si Dieu fait tout et l'homme rien, c'est Dieu qui choisit. Les êtres humains ne choisissent rien[9]. À peine mentionnée dans l'édition de 1536 de l'Institution, elle a pris peu à peu une place croissante dans les éditions suivantes. Le chrétien n'a plus aucune responsabilité dans son destin après la mort. Son destin est entre les mains du souverain divin à qui il doit s'abandonner en toute confiance.

Jacobus ArminiusModifier

Jacobus Arminius (vers 1560 - ) est un théologien protestant néerlandais[10]. Il fut ministre de l'Église réformée hollandaise reconnue par l'État. Il est le fondateur de la notion d'arminianisme qui amènera à la fondation de la Fraternité remonstrante, il prétend, contre la doctrine de Calvin sur la prédestination, que la détermination de la destinée de l'homme par Dieu n'est pas absolue. L'acceptation ou le refus de la Grâce par l'homme joue aussi son rôle dans la justification. Il défend le libre examen comme supérieur aux doctrines des Églises établies. En cela, il se montre un précurseur du libéralisme théologique. D'abord nommés « arminiens », ses partisans soumirent une « remonstrance » aux gouvernements et aux assemblées de Frise et de Hollande afin d'obtenir plus de tolérance à leur égard, en particulier de la part des gomaristes (du nom de François Gomar). D'où le nom de « remonstrants ».

Christianisme évangéliqueModifier

Pour les églises chrétiennes évangéliques, le salut s'obtient par la grâce, après la repentance (reconnaître ses péchés et son besoin de Dieu) et en donnant sa vie à Jésus le Sauveur[11]. Dans certaines églises, une invitation au salut est régulièrement faite à la fin du culte[12]. Le croyant qui possède le salut est délivré et libéré du péché et de la condamnation éternelle (enfer). Cette expérience commence dans la vie terrestre de la personne (paix, joie et assurance) et continue après la mort, par un accès direct au paradis.

Dans l'islamModifier

Le concept de salut en islam est moins une libération qu’un succès (consistant dans l’accès au paradis, accordé au croyant monothéiste et bienfaisant). Ceux qui obtiennent le salut sont désignés dans le texte coranique par المُفلِحُون (ceux qui réussissent), الفَائِزُون (les gagnants) ou simplement أَصْحَابُ الْجَنَّةِ (les gens du paradis). Les damnés quant à eux sont dits الخَاسِرُون (les perdants) ou simplement أَصْحَابُ النَّارِ (les gens du feu)[13].

Concrètement, il s’agit:

  • De se voir accorder le pardon de Dieu;
  • D’être admis au paradis, lieu de paix et de félicité, désigné dans le discours coranique par divers noms, entre autres : le Jardin (Jannah), la Demeure de la Paix, la Demeure de la vraie vie, la Demeure de la stabilité, les Jardins du délice, etc.;
  • Rencontrer Dieu et vivre en sa présence, la plus grande des récompenses selon une parole prophétique (Sahih Muslim n°181). Ce dont il est également question dans Coran 75:22-23 et 10:26: «Ce jour-là, il y aura des visages resplendissants qui regarderont leur Seigneur»[14].

Pour le musulman, le chemin qui y mène est tracé dans le dernier livre révélé, le Coran. Il est invité dès la première sourate à solliciter cette voie ("dirige-nous dans le chemin droit" sourate Al-Fatiha). Le reste du livre établit un contraste entre vraie la voie de salut, celle qui aurait été révélée à tous les prophètes, depuis Adam (le Tawhid et les bonnes actions) et les voies de l’égarement (l’idolâtrie et la désobéissance)[15].

Islam sunniteModifier

Le salut dans la conception musulmane sunnite a pour base l’adhésion à un monothéisme strict appelé le Tawhid (le dogme le plus important de la foi musulmane) et des efforts constants au cours de sa vie (les bonnes œuvres ou Al-Salihat définies dans le texte coranique et la tradition prophétique). Ceux qui se maintiennent dans cette voie, celle de la foi et des bonnes actions, ont la promesse et l’assurance divines d’être sauvés:

  • «Allah a promis à ceux qui croient et font de bonnes œuvres qu’il y aura pour eux un pardon et une énorme récompense.» (Coran 5:9).
    Au jour du jugement, le fidèle monothéiste est sauvé, en récompense de sa foi et ses œuvres, du feu auquel sont voués les égarés:
  • «Et Allah sauvera ceux qui ont été pieux en leur faisant gagner [leur place au Paradis]. Nul mal ne les touchera et ils ne seront point affligés.» (Coran 39:61).

Deux conditions doivent donc être remplies pour prétendre à ce paradis. D’abord la foi (telle que définie dans le livre saint de l’islam et explicitée par les paroles prophétiques). Ensuite les œuvres dans lesquelles est reflétée cette foi (observation des prescriptions et interdictions divines mentionnées dans le Coran et la tradition du Prophète). Les deux termes, «foi» (en arabe Al-Îmâne, mot dérivé de la racine ‘mn’ signifiant «être en sécurité») et «bonnes œuvres» (Al-Salihat), apparaissent en cooccurrence dans les passages coraniques abordant l’accès au paradis :

  • «Et on fera entrer ceux qui croient et font de bonnes œuvres, dans les jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement, par permission de leur Seigneur. Et là, leur salutation sera: "Salām" (Paix).» (Coran 14:23)
  • «Ceux qui ont cru et fait de bonnes œuvres, leur Seigneur les fera entrer dans Sa miséricorde. Voilà le succès évident.» (Coran 45:30).

La foi: le monothéisme salvateurModifier

Le Tawhid est le dogme fondamental de la foi musulmane. Le terme n’apparaît pas dans le Coran, cependant la racine trilitère qui le compose (w-h-d) est employée de nombreuses fois. Elle compose notamment deux noms divins: Al-Wahid (l’Unique Dieu) et Al-Ahad (un seul être ou une seule personne, indivisible et sans égal)[16]. A noter que ces deux termes existent aussi en hébreu (Yakhid et Ekhad), langue proche de l’arabe. Le Chema Israël (Deutéronome 6:4) cite notamment le deuxième: «Shemaʿ Yisrā’ēl YHWH elohénou YHWH eḥāḏ»[17].

Le dogme du tawhid consiste à unifier Dieu dans la foi et les actes. Il s’agit pour le fidèle musulman de croire en un Dieu unique, sans associé, sans alter-ego, sans progéniture et sans égal, qui a fait toute chose («Dis: "Il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui".» Coran 112:1-4). Mais bien plus, adorer et prier uniquement ce Dieu, lui obéir, faire de ses commandements une référence et purifier son âme du culte des idoles. Ce monothéisme strict est dans le livre saint de l’islam le message salvateur révélé à tous les prophètes, depuis Adam, en passant par Noé, Abraham (l'islam se veut être la vraie religion d'Abraham), les prophètes juifs dont Moïse et Jésus, et non-juifs, jusqu’au prophète Mohammed:

  • «Il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d’accomplir la Ṣalāt et d’acquitter la Zakāt. Et voilà la religion de droiture.» (Coran 98:5)
  • «Et Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager à qui Nous n’ayons révélé: «Point de divinité en dehors de Moi. Adorez-Moi donc». (Coran 21:25)

La Chahada (témoignage) n’est rien d’autre que l’attestation de ce monothéisme, par le cœur que par la bouche du fidèle. Elle consiste en la prononciation de la formule: «J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah (ﺍﻟﻠﻪ), et que Muhammad (Mahomet) est son messager»). A noter que le Tawhid va de pair avec d’autres fondements complétant la foi, dit les piliers de la foi.

Les œuvres salvatricesModifier

Les œuvres ont une grande importance dans le salut musulman. En effet, les actes sont la manifestation et la réalisation de la foi. Pour le savant Al-Hassan al-Basrî: «la foi c'est ce qui est encré dans les cœurs et que les actes rendent véridique.» Ainsi, la foi seule ne sauve pas si elle n’est pas accompagnée d’actes et d’efforts concrets. Une parole attribuée au prophète de l'islam va dans ce sens: «L’homme sensé est celui qui se juge lui-même et œuvre pour la vie future. Tandis que l’homme faible d’esprit est celui qui se laisse conduire par ses passions souhaitant que Dieu lui accorde tout ce qu’il désire» (Tirmidhi)

Parmi les œuvres dépeintes dans le texte sacré, il y a celles qui fondent (avec la chahada) l’islam. Il s’agit des cinq piliers de la religion musulmane.

La salâtModifier

Considérée comme le second piller de l’islam après la chahada, la salât (la prière islamique) est un acte d’adoration obligatoire. Elle consiste à se purifier par des ablutions (toilette rituelle accomplie avec de l’eau) avant d’adorer Dieu (par des louanges, la prosternation, la récitation de passages du Coran, la demande du pardon pour ses péchés et des invocations pour ses besoins). Elle est accomplie en groupe (notamment la prière du vendredi et la prière des fêtes sacrées) ou individuellement, cinq fois par jour. Le croyant peut accomplir en dehors des prières obligatoires des prières dites surérogatoires. Ce pilier islamique est salvateur pour le musulman. Il allie propreté du corps et purification de l’âme:

«Et accomplis la Ṣalāt aux deux extrémités du jour et à certaines heures de la nuit. Les bonnes œuvres dissipent les mauvaises. Cela est une exhortation pour ceux qui réfléchissent.» (Coran 11:114).

La zakātModifier

La zakāt, aumône légale, compte pour le troisième piller de l’islam. Il s’agit d’un acte d’adoration obligatoire consistant à faire don de biens ou d’argent à ceux qui ont en besoin: pauvres, orphelins, voyageur de passage (Ibn al-Sabîl), etc. Elle a pour but la purification du croyant, aussi bien ses biens que sa personne, et la redistribution de la richesse. Le terme vient de la racine z-k-a/w et fait référence à la purification, mais aussi à la croissance.

«Les Ṣadaqāts ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner (à l’Islam), l’affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier d’Allah, et pour le voyageur (en détresse). C’est un décret d’Allah! Et Allah est Omniscient et Sage.» Coran 9:60

Le saoumModifier

Ce pilier consiste à s’abstenir de manger, de boire et d’avoir de rapport sexuel de l’aube au coucher du Soleil. Il est pratiqué pendant le mois du ramadan (le neuvième mois du calendrier lunaire musulman) et lors de certaines fêtes et occasions. Le ramadan est le mois de la purification des péchés: d’abord par le jeûne, les prières obligatoires, les prières de tarawih (prières surérogatoires) et la vertu, mais ensuite par l’acquittement du fidèle de l’aumône dite zakât al-fitr (aumône de la rupture du jeûne), à la fin du mois saint.

«Ô les croyants! On vous a prescrit aṣ-Ṣiyām comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours.» (Coran 2:183-184).

Le hajjModifier

Le hajj est le pèlerinage propre à la religion musulmane. Il est effectué au lieu saint de l’islam, la Mecque, et répond à l’exhortation des versets 26 à 29 de la sourate Al-Hadj adressée à Abraham:

«Et quand Nous indiquâmes pour Abraham le lieu de la Maison (La Ka˒ba) [en lui disant]: «Ne M’associe rien; et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, pour ceux qui s’y tiennent debout et pour ceux qui s’y inclinent et se prosternent» Et fais aux gens une annonce pour le Hajj. Ils viendront vers toi, à pied, et aussi sur toute monture, venant de tout chemin éloigné, pour participer aux avantages qui leur ont été accordés et pour invoquer le nom d’Allah aux jours fixés, sur la bête de cheptel qu’Il leur a attribuée, «Mangez-en vous-mêmes et faites-en manger le besogneux misérable. Puis qu’ils mettent fin à leurs interdits (qu’ils nettoient leurs corps), qu’ils remplissent leurs vœux, et qu’ils fassent les circuits autour de l’Antique Maison.»

Accompli correctement, il effacerait les péchés d’après la tradition du prophète de l’islam: «Accomplissez fréquemment le pèlerinage et la ‘Omra, car leur accomplissement fréquent élimine la pauvreté et les péchés, de la même façon que le soufflet élimine les scories du fer et de l’or.» (At-Tirmidhi, An-Nassaa’i et Ibn Maadjah)

La repentanceModifier

La repentance (ou Tawba) est une notion étroitement liée au salut (l’accès au paradis) dans les textes musulmans. En plus de l’obligation d’avoir foi en Dieu et accomplir les bonnes œuvres, l’adepte doit tout faire pour s’écarter des péchés. Toutefois, s’il en commet, par tentation ou par erreur, il doit se repentir er rechercher le pardon divin. Cet acte consiste à prendre conscience de son péché, regretter sincèrement, cesser de commettre l’acte et fournir les efforts nécessaires pour se corriger (rendre par exemple justice à une personne qu’on a lésée). Une demande de pardon devra être formulée devant Dieu.

Les premières personnes pardonnées en islam sont Adam et Ève. Bien que ces derniers ont désobéi à l’ordre divin, ils n’ont pas fomenté sciemment le dessein de se rebeller contre Dieu. En effet, ils ont surtout été égarés par la voix tentatrice d’Iblis et par leur négligence, oubliant ainsi la mise en garde divine. «En effet, Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam; mais il oublia; et Nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.» (Coran 20:115).

La théologie musulmane insiste grandement sur la miséricorde divine. Étant omniscient et ayant parmi ses attributs la miséricorde et le pardon, celui-ci a pardonné à Adam sa faute, après lui avoir révélé des paroles par lesquelles revenir vers lui («Puis Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Allah agréa son repentir car c’est Lui certes, l’Accueillant au repentir, le Miséricordieux.» Coran 2:37). Il a également pour attribut dans le texte cornaique la justice. Celle-ci impliquerait de donner à l’homme la possibilité de réparer son méfait, par l’obéissance, le bien et la vertu, à chaque fois qu’il s’égare. Cependant, celui qui se maintient dans la mauvaise voie est châtié.

«Dis: "Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux. Et revenez repentant à votre Seigneur, et soumettez-vous à Lui, avant que ne vous vienne le châtiment et vous ne recevez alors aucun secours.» (Coran 39:53-54)

Le Jour du jugementModifier

Dans la narration coranique, les hommes viennent le jour du Jugement nus, comme à leur naissance, comparaître devant Dieu. Seuls sont exclus irrévocablement de son pardon, donc du salut, les hommes qui ont commis le péché de l’association (le shirk), qui consiste à prendre autre que Dieu pour divin et l’adorer, avec ou sans le Dieu unique. Le pardon est accessible à tous ceux qui se tiennent dans la vraie foi (le monothéisme coranique), ont fait de bonnes œuvres, se sont repentis de leurs mauvaises actions: «Oui, et Je suis grand Pardonneur pour celui qui se repent et croit et fait œuvre bonne puis se guide.» Coran 20:82.

Dans l'hindouisme et le bouddhismeModifier

Dans l'hindouisme et le bouddhisme, le salut est défini comme la libération, pour l'adepte, du cycle de renaissance et de souffrance, le samsāra. Plusieurs courants de ces deux religions prônent, à la différence des religions théistes de type abrahamique, la non-dualité : opposer l'être individuel à l'Absolu est une erreur, issue d'une ignorance métaphysique (mâyâ, avidyā). L'individu serait en quelque sorte « déjà sauvé », ce qui lui manque est la prise de conscience de cette réalité, et la voie de salut qu'il doit suivre consiste à écarter le voile d'ignorance qui le porte à se croire séparé de l'Absolu.

L'hindouisme qualifie ce résultat de moksha, libération finale de l'âme individuelle (appelée jivātman par l'école la plus représentative, celle du Védanta).

Le bouddhisme, qui refuse le concept d'âme immortelle (concept d'anātman), l'appelle l’Éveil (bodhi) ou le nirvāna, l’extinction d’une avidité inextinguible, de la soif perpétuelle de plaisir, chaînon de la coproduction conditionnée : cette soif est conditionnée par la sensation, vedana et conditionne à son tour l'attachement, upadana.

L'universitaire britannique Paul Williams affirme que « pour de nombreux bouddhistes d'Asie du Sud-Est et depuis des temps très anciens, le Sūtra du Lotus contient l'enseignement final du Bouddha, complet, et suffisant pour le salut »[18].

Notes et référencesModifier

  1. Gustaf Aulén (trad. G. Hoffmann-Sigel), Christus Victor, Paris, Aubier, (1re éd. 1931), 179 p.
  2. Bernard Sesboüé s.j., Jésus-Christ l'unique médiateur-Essai sur la rédemption et le salut., Paris, Desclée,
  3. Louis Cognet, Le jansénisme, Que sais-je ?, p. 8.
  4. Bernard Sesboué s.j., Jésus-Christ l'unique médiateur : Essai sur la rédemption et le salut, Paris, Desclee,
  5. Catéchisme de l'Église catholique §398.
  6. Michel Péronnet, le XVIe siècle, Hachette U, 1981 p. 137.
  7. Émile Léonard, Histoire générale du protestantisme PUF, Tome 1, p. 45 .
  8. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Vrin, Paris, 1957-1963 II, III, 5.
  9. André Dumas, Article Calvinisme, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.
  10. « JACOBUS ARMINIUS », sur Encyclopædia Universalis
  11. Gerald R. McDermott, The Oxford Handbook of Evangelical Theology, Oxford University Press, UK, 2013, p. 240
  12. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, p. 14
  13. (ar) محمد عبد الرحمن عوض, كتاب الخلاص من الخطيئة في مفهوم اليهودية والمسيحية والاسلام, Caire, دار البشير, 96 p. (ISBN 977 - 262 - 098 - 7, lire en ligne)
  14. (ar) Ibn Kathir, تفسير ابن كثير (Tafsir d'ibn Kathir) (lire en ligne), Explication de la sourate de la sourate 75.
  15. Ibn Qayyim Al Jawziyya (Traduction Dr. Hébri BOUSSEROUEL), Le paradis (Hadi El Arwah lia biladi El Af’rah), Paris, Editions Universel, , 158 p. (ISBN 2-911546-08-3), "La voie du Paradis est unique, il n’y aura aucun autre chemin, et sur ce point de vue, tous les Prophètes ïé, du premier à Mohammed le sceau des Prophètes (salut et bénédiction sur eux), sont d’accord. C’est ainsi que Dieu a désigné cette voie unique. Par contre, les voies de l’Enfer sont innombrables. Dieu dit : "Et que telle est Ma voie en toute rectitude. Suivez-la et ne suivez pas les chemins qui vous disperseraient loin de Sa voie. Voila ce qu’Il vous a recommandé de faire, peut-être craindrez-vous Dieu." (Page 30)
  16. Cheikh Mohammed Ibn’ Abdelwahhab, Le Livre de l’Unicité, Editions Anas, 178 p. (lire en ligne)
  17. « Bible hébraïque »
  18. (en) Paul Williams, Mahāyāna Buddhism: the doctrinal foundations, 2nd Edition, Royaume-Uni, Routledge, , 456 p. (ISBN 9780415356534, lire en ligne), p. 149

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Élizabeth Germain, Parler du salut ? Aux origines d'une mentalité religieuse, études publiée par les professeurs de théologie à l'Institut catholique de Paris sous la direction de Jean Daniélou, Beauchesne et ses fils, 1967 (éd. française), lire en ligne
  • Pierre de Martin de Viviés, pss, Apocalypses et cosmologie du salut, Éditions du Cerf, coll. « Lectio divina » no  191, 2002, 416 p. (ISBN 2-204-07008-4), prix Jean et Maurice de Pange
  • Bernard Sesboüé, s.j., Jésus-Christ l'unique médiateur. Essai sur la rédemption et le salut, Paris, Desclée, 1988

Articles connexesModifier

Liens externesModifier