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Jésus bénit les jeunes enfants, d'après Gustave Doré, évocation du récit des évangiles de Matthieu (19/14) et de Luc (18/16).

Le pédobaptisme, ou baptême des enfants, est une doctrine chrétienne selon laquelle il est nécessaire d'administrer le baptême aux jeunes enfants voire aux nouveau-nés[1]. Elle s'oppose à la doctrine du crédobaptisme ou baptême du croyant qui professe que le baptême ne peut être valablement accordé qu'aux individus ayant fait leur profession de foi.

La majorité des dénominations chrétiennes pratique le baptême des jeunes enfants, mais il est rejeté par certaines églises protestantes, en particulier par les anabaptistes et mennonites, les baptistes et la grande majorité des évangéliques.

Fondements bibliquesModifier

Cette pratique n'est pas explicitement indiquée dans les textes néotestamentaires qui parlent néanmoins de baptiser « toute une maison » (Ac 16:15 et 33 ; 1 Co 1:16). Elle s'explique par la croyance en l'existence d'un lien établi par Dieu dans la famille entre les parents et les enfants (1 Co 7:14), en vertu de laquelle les enfants ont droit au baptême en tant que membre de l'alliance dont le baptême est le signe[2]. Le fait que la Bible contienne plusieurs récits de baptêmes d'adultes s'explique aussi par le fait que, durant les premières générations du christianisme, l'évangélisation et la conversion au christianisme passaient nécessairement par les adultes, tous issus de contextes non chrétiens[3]. Selon l'évangile de Matthieu (19/14) et l'évangile de Luc (18/16), l'attitude de Jésus est en outre d'accueillir les jeunes enfants : « Et Jésus dit: Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Il leur imposa les mains, et il partit de là. »[4]

HistoireModifier

Premiers siècles et théologie catholiqueModifier

 
Fresque du IIIe siècle montrant un baptême d'enfant, catacombe de Saint-Calixte à Rome.

La date à laquelle le baptême des enfants a commencé à être pratiqué est sujette à débat. Certains croient que les chrétiens du Ier siècle ne le pratiquent pas, notant l'absence de toute preuve explicite de pédobaptisme[5]. D'autres, constatant au contraire l'absence de toute preuve explicite de l'exclusion des jeunes enfants, pensent qu'il était déjà pratiqué à cette époque[6]. Les travaux de Joachim Jeremias ont toutefois permis d'apporter des preuves de l'occurrence du baptême des nourrissons pendant les 4 premiers siècles[7],[8].

En soutenant que les enfants morts sans être baptisés n'iraient pas au paradis, le théologien Augustin d'Hippone fait beaucoup pour la diffusion du baptême des enfants. Les fidèles catholiques demandent alors que ce sacrement soit effectué le plus tôt possible, l'enfant étant justifié par la « foi des autres »[9]. Cette doctrine a été proclamée lors du concile de Carthage en 418, et déclare que le baptême d'eau peut servir de remède contre le péché originel[10]. Le baptême des enfants se généralise alors dans la chrétienté.

Le pédobaptisme a été adopté par la plupart des pères de l'Église à l'exception notable de Tertullien qui pensait que le baptême ne lavait que les péchés antérieurs, et qu'il valait donc mieux différer le baptême jusqu'à ce que la personne ne pèche plus ; il pensait en particulier au péché de chair qu'il estimait fréquent avant le mariage. Auteur de l'adage « On ne naît pas chrétien, on le devient » (Apol, XVIII), et lui-même converti à l'âge adulte, il devait toutefois être excommunié ultérieurement après s'être déclaré en faveur de l'hérésie montaniste[7].

Controverses entre RéformateursModifier

Conservée par les premiers Réformateurs, le pédobaptisme fut vivement rejeté par la Réforme radicale, particulièrement par le mouvement anabaptiste au XVIe siècle, puis, à sa suite, par les baptistes, disciples de John Smyth (né vers 1570 et décédé en 1612). Leur position est largement partagée par les églises évangéliques actuelles, ainsi que par les baptistes et mennonites.

Chez les autres protestants et en particulier chez les réformés (calvinistes), le pédobaptisme est considéré comme conforme à l'enseignement de l’Écriture pour plusieurs raisons :

Les découvertes récentes sur les traités du Moyen-Orient[17] ou d'autres arguments[18] sont régulièrement invoqués pour soutenir cette pratique.

A l

Enfin, à l'intérieur de l'Eglise catholique, le débat fut relancé ces dernières décennies, notamment suite à certaines déclarations du théologien et préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Joseph Ratzinger (depuis 2005 Benoît XVI). Ratzinger estimait que la théorie des limbes n'était pas une bonne solution au sort des enfants morts sans baptême. Dans une méditation sur la formule baptismale, il déclarait également que le catéchuménat fesait partie du baptême[19], ce qui nécessite une nouvelle approche pastorale[20].


Notes et référencesModifier

  1. https://www.universalis.fr/dictionnaire/pedobaptisme/ Pédobaptisme, Encyclopædia Universalis
  2. « Le pédobaptême : sur quelle base baptisons-nous ? », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 29 août 2018)
  3. Anne Pasquier, « Itinéraires de conversion dans le christianisme ancien », Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, no 9,‎ (ISSN 1760-5776, DOI 10.4000/cerri.869, lire en ligne, consulté le 30 novembre 2018)
  4. Citation de la Bible, traduction Louis Segond, évangile de Matthieu, chapitre 19 verstes 14 et 15.
  5. (en) Stanley J. Grenz, Theology for the Community of God, Wm. B. Eerdmans Publishing, , p. 528
  6. (en) Gregg Strawbridge, Ph.D., All Saints' Presbyterian Church, « Infant baptism », 1998
  7. a et b « Le pédobaptême : l’histoire de l’Église », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  8. (en) Jeremias, Infant Baptism in the First Four Centuries, SCM Press, réédité par Wipf and Stock Publishers (1974), (ISBN 9781592447572, lire en ligne)
  9. Jean-Pierre Arrignon, Bernard Merdrignac, Cécile Treffort, Christianisme et Chrétientés en Occident et en Orient, Editions Ophrys, , p. 87
  10. William J. Collinge, Historical Dictionary of Catholicism, Scarecrow Press, USA, 2012, p. 324
  11. « Le pédobaptême : le fameux argument de la circoncision. », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  12. Jean Calvin consacre à cette question un chapitre entier de l'Institution de la religion chrétienne, où il estime que « le baptême succède à la circoncision » des temps bibliques en tant que signe d'appartenance au peuple de Dieu et de promesse de salut, issu de l'Alliance entre Dieu et les hommes ; voir : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre IV, chapitre XVI "Que le baptême des petits enfants convient très bien à l'institution de Jésus-Christ et à la nature du signe.", p. 488 et suivantes [1]
  13. « Le pédobaptême : le témoignage explicite du Nouveau Testament », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  14. « Le pédobaptême : l’Alliance de Dieu », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  15. Également très marqué chez Calvin dans le chapitre de l'Institution de la religion chrétienne cité plus haut : "Par ce que notre Seigneur a ordonné anciennement la circoncision aux enfants, il a montre évidemment qu'il les faisait participants de tout ce qui y était représenté. Autrement il faudrait dire que telle institution n'aurait été que mensonge et feintise, et même belle tromperie, ce qui ne peut être ouï ni enduré par les fidèles. Car le Seigneur dit notamment que la circoncision donnée au petit enfant lui sera en confirmation de l'alliance laquelle a été récitée. Si donc l'alliance demeure toujours une, il est très certain que les enfants des chrétiens n'en sont pas moins participants que l'ont été les enfants des Juifs sous le Vieux Testament." (Institution de la religion chrétienne, livre IV, chapitre XVI)
  16. « Le pédobaptême : le silence du Nouveau Testament », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  17. « Le pédobaptême : le fonctionnement d’une alliance au Moyen-Orient », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  18. « 10 raisons pour lesquelles je ne suis pas baptiste (réponse au Bon Combat) », PAR LA FOI,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2019)
  19. (de) Joseph Ratzinger, Einführung in das Christentum, Freiburg Basel Wien, Herder, , 976 p. (ISBN 978-3-451-34141-0), p. 505
  20. Bruno Jacobs, Le baptême des petits enfants dans une société déchristianisée : quelle approche pastorale pour notre époque?, Parole et Silence, , 602 p., p. 35-79, 433-568

Articles connexesModifier