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Stadion (course à pied)

genre de course à pied antique
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photographie couleurs d'un vaste espace en terre battue au pied d'un talus herbeux.
Le stade d'Olympie.

Le stadion (grec ancien : στάδιον) était une course à pied faisant partie des épreuves au programme des Jeux panhelléniques, dont les Jeux olympiques antiques. Cette épreuve pédestre se courait sur toute la longueur d'un stade, soit 600 pieds ; elle variait donc d'une cité à l'autre : la piste la plus courte se trouvait à Corinthe (165 mètres) tandis que celle d'Olympie était, à l'époque classique, la plus longue avec 192 mètres.

Le stadion était la course la plus prestigieuse des épreuves lors des Jeux panhelléniques. De 776 à 724 av. J.-C., c'était même l'unique épreuve aux Jeux olympiques. Le nom de son vainqueur fut rapidement utilisé pour désigner l'olympiade — la période de quatre ans entre deux jeux olympiques — et servit de base au calendrier grec. Aux Jeux panathénaïques à Athènes, le stadion était la seule course mais aussi l'épreuve la mieux récompensée avec cent amphores d'huile d'olive.

Sommaire

Le stadeModifier

 
Le stade de Delphes.

À l'origine, « stadion » désignait la distance de 600 pieds que parcouraient les athlètes, puis par métonymie le mot fut utilisé pour nommer la course et finalement la structure où celle-ci se déroulait[1]. Le stade (structure) était composé de deux parties : la piste elle-même, le « dromos » et sur au moins un côté un espace pour accueillir les spectateurs (champ, terrasse ou plus souvent talus). L'installation était à l'origine rectangulaire. Peu à peu, l'une des extrémités devint semi-circulaire[2]. Les officiels aux Jeux olympiques : organisateurs appelés agonothètes (ἀγωνοθέται) et juges appelés hellanodices (Ἑλλανοδίκαι) s'installaient dans une tribune alors que les spectateurs prenaient place sur les talus pour suivre l’action de près[3].

L'origine du mot « stadion » serait liée au verbe conjugué « histēmi » (« Je suis debout »), signifiant que les spectateurs n'étaient pas assis, hormis quelques officiels, juges et prêtres. Ce n'est qu'à l'époque hellénistique que les stades commencèrent à disposer de sièges pour le public. Les capacités d'accueil variaient fortement. La petite cité (2 500 habitants) d'Halieis en Argolide avait un stade de 1 500 places ; le stade des Jeux isthmiques, à Isthmia, disposait de 20 000 places à l'époque hellénistique ; Némée ou Olympie pouvaient accueillir jusqu'à 40 000 spectateurs[2]. Ces deux dernières installations étaient aussi équipées d'un tunnel qui abritait juges et athlètes avant leur course[note 1],[4].

 
Le stade de Némée.

Le « dromos » avait une longueur de 600 pieds : il variait d'une cité à l'autre. Le pied de Corinthe mesurant 27,5 cm, le stade de cette cité était le plus court du monde grec avec 165 mètres. À Olympie, avec un pied de 32,04 cm le stade était, à l'époque classique, le plus long avec 192,24 mètres. Halieis disposait d'un stade de 166,50 mètres ; Delphes de 177,55 mètres ; Némée de 178 mètres ; le stade le plus récent pour les Jeux isthmiques mesurait 181,20 mètres[note 2] ; à Épidaure 181,30 mètres ; sur Délos 182 mètres ; les distances proposées pour le stade d'Athènes divergent : 178 m, 184,30 m ou 184,96 mètres ; il en est de même pour Milet : 177,36 m ou 191,39 mètres ; la longueur du stade de Priène est estimée à 191,39 mètres. Pergame possédait le plus long stade de l'époque hellénistique avec 210 mètres[5],[6],[7]. Les stades n'étaient donc pas « standardisés », car il n'y avait pas (il ne pouvait pas y avoir) de prise de temps. Le concept contemporain de « record » n'existait pas. Le plus important était le nom du vainqueur parmi les athlètes ayant concouru le même jour, dans les mêmes conditions. Était aussi important le fait d'être le premier à réaliser quelque chose : le premier d'une cité à remporter une victoire, le premier à remporter deux (ou plusieurs) victoires de suite, le premier avec le plus de victoires, etc.[8],[9].

Le « dromos » était par contre très peu large[4], une trentaine de mètres en moyenne[5]. La ligne de départ (aphésis) était marquée par une bande de pierre (βαλϐίς / balbís) creusée de deux sillons, écartés d'une douzaine de centimètres, pour caler les orteils. La plus ancienne balbís connue se trouve à Némée et date des environs de 500 av. J.-C. Sa présence est attestée presque partout au IVe siècle av. J.-C.[10],[11]. En fonction des stades, il y avait de la place pour huit à une vingtaine d'athlètes sur la balbís. À Némée, des petits trous de poteau identifiés par les lettres de l'alphabet grec antique ont été retrouvés, signifiant que des « couloirs », au moins pour les départs, étaient matérialisés. La lettre « Χ » (la 22e de l'alphabet) est la lettre la plus loin dans l'alphabet qui ait été retrouvée, laissant donc supposer qu'il y a pu avoir jusqu'à 22 « couloirs » larges de 88 à 92 cm sur ce stade particulier[4],[12]. Une ou deux cordes (ὕσπληγξ / hýsplex[note 3] ) étaient tendues au niveau des genoux et/ou au niveau des hanches des coureurs par des pieux de bois installés à chaque bout de la balbís et entre chaque « couloir » et relâchée par un starter placé derrière les athlètes. Le système fonctionnait de la même façon qu'une catapulte. L'hýsplex la plus ancienne, remontant probablement au VIe siècle av. J.-C., se trouve à Isthmia. Une hýsplex est présente aussi à Némée, Épidaure et Corinthe (et certainement ailleurs) à partir du Ve siècle av. J.-C.[13],[14]. La ligne d'arrivée (terma) était elle aussi matérialisée par une balbís, afin de faciliter le travail des juges[15].

La piste était le plus souvent en argile régulièrement nivelée. Elle était divisée en deux dans le sens de la longueur par une bande de chaux ou de gypse. Des indications marquaient aussi des intervalles de plus ou moins cent pieds[4].

La courseModifier

 
Coureurs de stadion.
Amphore panathénaïque à figures noires, vers 500 av. J.-C.
Peintre de Cléophradès (Louvre G65)
 
Statue de coureuse dite « Atalante », copie romaine d'un original grec du Ve siècle av. J.-C., commémorant la victoire d'une athlète lors des Héraia. Sa tenue est celle décrite par Pausanias (V, 16, 2-7).

Le stadion était une épreuve présente lors de la plupart des jeux panhelléniques et considérée comme la plus prestigieuse. Il était aussi l'une des cinq épreuves du pentathlon[2],[16].

Aux Jeux olympiques, il fut longtemps la seule épreuve, de 776 et le premier vainqueur enregistré Corèbe d'Élis à 724 av. J.-C. Le vainqueur du stadion à Olympie avait l'honneur d'allumer le bûcher pour l'hécatombe, point d'orgue de la fête religieuse[note 4]. Les premières listes de vainqueurs du stadion aux Jeux olympiques antiques sont établies dès lafin du Ve siècle av. J.-C.. Dès lors, le vainqueur du stadion, en donnant son nom à l'olympiade joua, à l'échelle panhellénique le même rôle dans l'organisation des calendriers que celui que jouait, à l'échelle de la cité, le magistrat éponyme. La victoire de Corèbe en 776 av. J.-C est ainsi devenue la date de début du calendrier grec. Aussi, les listes de vainqueurs se multiplièrent, en ayant pour conséquence première que les athlètes antiques les plus connus étaient les vainqueurs du stadion[2],[17],[18]. En 632 av. J.-C., un stadion des enfants fut ajouté au programme des Jeux olympiques[19].

Lors de Panathénées, le stadion était la seule course à pied[20]. Le vainqueur du stadion était le vainqueur le mieux récompensé avec cent amphores d'huile d'olive[21].

Avec le temps, le succès du stadion devint tel qu'il fut nécessaire lors de certains jeux de prévoir des séries éliminatoires où seul le premier était qualifié pour la finale. Cette course supplémentaire accentuait le prestige du vainqueur final[2].

D'après Pausanias[note 5], lors des Héraia à Olympie, les femmes couraient un stadion, même si la course était raccourcie de cent pieds. L'athlète victorieuse recevait une couronne d'olivier et une part de la vache sacrifiée à Héra ; elle avait aussi le droit de dédier une statue sur l'Altis. Une inscription de Delphes datant du Ier siècle apr. J.-C.[note 6] célèbre les trois filles d'Hermesianax, victorieuses du stadion lors au moins (l'inscription est fragmentaire) des Jeux pythiques, des Jeux isthmiques, des Jeux néméens, ainsi qu'à Sicyone et à Épidaure. Les historiens n'ont pas réussi à déterminer si ces victoires avaient eu lieu lors de courses uniquement féminines ou mixtes. Cette inscription fournit néanmoins la preuve que les femmes couraient le stadion lors de nombreux jeux antiques[22].

Le coureur typeModifier

Les coureurs de stadion ne semblent pas avoir été des spécialistes de sprint. Nombre d'entre eux remportaient aussi le pentathlon (disque, javelot, longueur, stade et pancrace). Souvent, un athlète réalisait le doublé stadion (un stade) et diaulos (double stade). Le triplé stadion-diaulos-dolichos (course de fond) était exceptionnel : Politès de Céramos le réalisa en 69 apr. J.-C. Cependant, des vainqueurs du stade pour garçons se retrouvaient régulièrement vainqueurs du dolichos à l'âge adulte. Par contre, peu de coureurs pouvaient remporter aussi une des épreuves de lutte, hormis lors de « petits » jeux locaux où la concurrence était moindre[23],[17].

Philostrate d'Athènes, dans son Gymnastikos (Sur la gymnastique) écrit vers 220-225 apr. J.-C., décrit la morphologie idéale du coureur de stadion : assez grand et mince, avec un buste court, pas trop musclé pour ne pas être ralenti par le poids mais avec de grandes mains qui telles des ailes entraînent les jambes vers l'avant[2].

Position de départModifier

La plupart des représentations sur les vases[note 7] ou dans la statuaire[note 8] permettent de déterminer que les coureurs se tenaient debout, les pieds écartés, la jambe gauche en avant, légèrement pliée. L'athlète était un peu penché vers l'avant, les bras étendus devant lui, à environ 45 degrés par rapport au corps, peut-être animés d'un mouvement de balancier pour augmenter l'énergie cinétique au moment du départ. Le pied gauche en avant signifie que les athlètes, au moins dans les représentations, étaient droitiers. Cependant, il n'est fait aucune mention d'un sportif antique qui aurait été gaucher[24].

Il n'existe que deux représentations[note 9] avec un coureur (dont un coureur d'hoplitidromos) dans une position de départ « contemporaine », les mains posées au sol devant lui. Dans les deux cas, il semblerait que la seconde figure représentée (probablement un arbitre) soit surprise voire tente d'empêcher l'athlète de se tenir dans une position interdite. L'utilisation de l'hýsplex, de toute façon, ne permet pas physiquement une telle position de départ[25].

Aux Jeux olympiques antiquesModifier

La course commence avec des trompettistes chargés de faire taire la foule et des hérauts qui annoncent au public le nom des athlètes, de leur père et de leur cité. Au début de chaque course, l'un des juges, le starter, donne aux coureurs l'ordre de prendre position : πόδα παρὰ πόδα (littéralement « pied par pied », c'est-à-dire « à vos marques ! »). Les organisateurs des jeux vérifient qu'il n'y ait pas de faux départ. Les athlètes nus ont les jambes légèrement fléchies et le torse en avant, les bras tendus au-dessus du dispositif de départ (ὕσπληγξ / hýsplex) une sorte de barrière en corde. Le starter crie ensuite ἔτοιμοι (« prêt ! »), puis ἅπιτε (« partez ! ») et abaisse la barrière. Ils s’élancent en ligne droite en direction du temple de Zeus jusqu'à la ligne d’arrivée appelée « terma », elle aussi contrôlée par des juges (en cas d'égalité, la course est refaite)[26].

Vainqueurs célèbresModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. À Némée, on y a retrouvé les graffitis réalisés par les sportifs. (Golden 2004, p. 159).
  2. Le plus ancien mesurait 192,28 mètres. (Golden 2004, p. 158).
  3. Une représentation partielle est visible sur une amphore panathénaïque du milieu du IVe siècle av. J.-C. conservée par le 3e éphorat des antiquités classiques numéro d'inventaire A 6374 (Miller 2004, p. 40).
  4. Cette tradition était probablement un écho des stadions des premiers Jeux, avant la construction du stade, quand, selon Philostrate (Sur la Gymnastique, 5), le départ était donné à 600 pieds de l'autel de Zeus, où était jugée l'arrivée (Miller 2004, p. 95).
  5. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 16, 2-7)
  6. SIG³ 802 ; A 162.
  7. Ainsi, le cratère à figures rouges du premier quart du IVe siècle av. J.-C. au musée national archéologique d'Athènes, numéro d'inventaire 19 392 (Miller 2004, p. 35).
  8. Ainsi la statuette de bronze su VIe siècle av. J.-C. au musée archéologique d'Olympie, numéro d'inventaire B 26 (Miller 2004, p. 35).
  9. Une coupe à boire à figures rouges de la fin du Ve siècle av. J.-C. au Rijksmuseum van Oudheden numéro d'inventaire GNV 71 et un skyphos à figures rouges du milieu du Ve siècle av. J.-C. dans la collection privée Hearst (Miller 2004, p. 36).
  10. Seul Michael Phelps dépassa en 2016 son nombre de victoires olympiques.

RéférencesModifier

  1. Matz 1991, p. 93.
  2. a b c d e et f Golden 2004, p. 158.
  3. Nathalie Roy, « Tous aux Jeux ! Le sport dans l’Antiquité », exposition du 12 mai au au Musée départemental des Antiquités de Rouen.
  4. a b c et d Golden 2004, p. 159.
  5. a et b Miller 2004, p. 33.
  6. Golden 2004, p. 157-158.
  7. Gardiner 2003, p. 128.
  8. Young 1996, p. 175, 180 et 191-192.
  9. Miller 2004, p. 33-35.
  10. Miller 2004, p. 35 et 37.
  11. Golden 2004, p. 12 et 25.
  12. Miller 2004, p. 35 et 37-38.
  13. Golden 2004, p. 86.
  14. Miller 2004, p. 37-41.
  15. Miller 2004, p. 44.
  16. Miller 2004, p. 60.
  17. a et b Matz 1991, p. 5.
  18. Miller 2004, p. 31.
  19. Miller 2004, p. 46.
  20. Miller 2004, p. 134.
  21. Golden 2004, p. 125 et 158.
  22. Miller 2004, p. 154-155.
  23. Golden 2004, p. 137 et 158.
  24. Miller 2004, p. 35-36.
  25. Miller 2004, p. 36-37.
  26. Miller 2001, p. 83.
  27. Golden 2004, p. 44.
  28. Matz 1991, p. 44.
  29. a et b Matz 1991, p. 49.
  30. Matz 1991, p. 77-78.
  31. Golden 2004, p. 119.
  32. Matz 1991, p. 79.
  33. Golden 2004, p. 128.
  34. Matz 1991, p. 40-41.
  35. Golden 2004, p. 37-38.
  36. Golden 2004, p. 131.
  37. Matz 1991, p. 34.
  38. Matz 1991, p. 48.
  39. Golden 2004, p. 49.
  40. Matz 1991, p. 101.
  41. Matz 1991, p. 45-46.
  42. Golden 2004, p. 45.
  43. Golden 2004, p. 63.
  44. Matz 1991, p. 55.
  45. Golden 2004, p. 64 et 78.
  46. Matz 1991, p. 56.
  47. Golden 2004, p. 52.
  48. Golden 2004, p. 138.
  49. Golden 2004, p. 133.
  50. Matz 1991, p. 82.
  51. Matz 1991, p. 68 et 124.
  52. Golden 2004, p. 96.
  53. Golden 2004, p. 137.
  54. Matz 1991, p. 125.
  55. Golden 2004, p. 68.
  56. Matz 1991, p. 64 et 126.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier