Syracuse

commune italienne

Syracuse
Syracuse
Vue aérienne de la ville, avec l'île d'Ortygie au premier plan et l'Etna en arrière-plan.
Noms
Nom italien Siracusa
Nom sicilien Sarausa
Administration
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Drapeau de la Sicile Sicile 
Province Syracuse 
Maire Francesco Italia
Code postal 96100
Code ISTAT 089017
Code cadastral I754
Préfixe tel. 0931
Démographie
Gentilé siracusani aretusei (fr) syracusain/e
Population 123 850 hab. (31-12-2010[1])
Densité 607 hab./km2
Géographie
Coordonnées 37° 05′ 00″ nord, 15° 17′ 00″ est
Altitude Min. 17 m
Max. 17 m
Superficie 20 400 ha = 204 km2
Divers
Saint patron Santa Lucia
Fête patronale 13 décembre
Localisation
Localisation de Syracuse
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Syracuse
Liens
Site web http://www.comune.siracusa.it/

Syracuse (Siracusa en Italien, Sarausa en sicilien) est une ville italienne d'environ 123 000 habitants située sur la côte, dans le sud-est de la Sicile.

Syracuse est fondée au VIIIe siècle av. J.-C. par des colons grecs venant de Corinthe. Elle est aujourd'hui la principale ville de la province de Syracuse. Cicéron l'a présentée comme la plus grande et la plus belle des villes grecques. Depuis 2005, son centre historique fait partie du patrimoine mondial de l'humanité établi par l'Unesco.

GéographieModifier

Syracuse est située dans le sud-est de la Sicile, au bord de la mer Ionienne.

La ville occupe l'île d'Ortygie et le plateau calcaire des Épipoles. Une source d’eau vive sourd sur l'île. Le petit port de Laccios se situe au nord-est, entre l'île et le plateau, un grand port prend place au sud-ouest, dans la rade protégée par le cap Plemmyrion et Ortygie[2]. L'Anapo, après avoir irrigué l'arrière-pays fertile[2], et la Ciane se jettent ensemble dans cette rade, alors que le Cassibile marque la limite méridionale de la commune.

Relevé météorologique de Syracuse (période : 1981-2010)
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 10,7 11,4 13,3 14,8 15,4 20,3 20,9 21,6 19,2 17,4 13,2 11,1 15,2
Température maximale moyenne (°C) 18 18,8 20,7 22,9 24,3 28,7 31,3 31,7 29,4 26,3 21,3 18,2 24,3
Source : Servizio Meteorologico[3]


HistoireModifier

AntiquitéModifier

Premiers habitantsModifier

 
Vue panoramique de la ville
Photo de Giovanni Crupi

L'occupation d'Ortygie et des Epipoles, où ont été découverts des villages sicules des IXe et VIIIe siècles, des nécropoles et des objets mycéniens dans les sépultures, remonte à la Préhistoire[2]. Les Phéniciens auraient installé un comptoir, permanent ou saisonnier[2], et nommé le site Sour-ha-Koussim, « Pierre aux mouettes » d'où proviendrait le nom de Syracuse[4].

Le commerce de Sicules avec les Grecs reprend après les siècles obscurs, au VIIIe siècle[2].

Dans les mythes grecs, Syracuse est une étape pour Héraclès et Enée[2].

Les colons grecs partis de Corinthe fondent cette ville en 734 sur l'île d'Ortygie, où ils trouvent une aiguade du nom d'Aréthuse. L'expédition est menée par Archias de la famille des Bacchiades. Cette famille cherche à se poster le long des routes qui traversent la mer Méditerranée. D'ailleurs au même moment, un autre Bacchiade, Chersicratès, fonde Corcyre sur une route maritime préexistante allant de la côte illyrienne à la côte orientale de la Sicile[5].

Les premiers colons bâtissent des maisons rectangulaires dans lesquelles on trouve de la céramique protocorinthienne, cycladique et locale. Ils s'accaparent des terres autour de Syracuse et fondent l'aristocratie foncière qui va gérer la cité, les Gamores[2]. En prenant possession des terres, les Corinthiens entrent en conflit avec les populations locales non grecques[5], que les Doriens asservissent quasiment sous le nom de Cyllyriens ou Cillicyriens, comparables aux Hilotes et aux Pénestes[2].

Les cultes indigènes auraient persisté dans les sanctuaires grecques telle Artémis Lyaia (Libératrice), vénérée dans la grotte de la Scala greca, héritière d’une Grande Déesse sicane et sicule, mère de fertilité et de fécondité, ou Aristée, inventeur de l’apiculture assimilable à un parèdre d’une Grande Mère sicane[2].

La ville se développe rapidement grâce aux riches plaines de la région pour devenir l'une des colonies grecques les plus brillantes d'occident. Majoritairement agricole, la colonie développe cependant aussi un artisanat de céramique, du travail du métal et de lainage, et le commerce grâce à son port et sa rade en particulier à partir du VIIe siècle[2].

Syracuse essaime en Sicile et fonde plusieurs établissements ou cités : Heloros dès le VIIIe siècle, Akrai en 664, Casmene en 643, Camarina en 589…

Dynastie des DeinoménidesModifier

Gélon, le tyran de Gela se rend maître de Syracuse en 485, en s'appuyant sur les gamores, qu'un mouvement populaire avait chassé du pouvoir. Il y transfère son pouvoir, laissant son frère Hiéron Ier commander Gela. Sous son règne, Syracuse devient la puissance hellénique dominante de l'époque, dont il renforce la population par l'arrivée de la moitié des Géloens, de tous les habitants de Camarina, de quelques habitants de Megara Hyblaea et de nouveaux colons grecs. Ils s'installent sur le continent dans les nouveaux quartiers de Néapolis et de Tyché et y élèvent une seconde agora. Syracuse se dote d'entrepôts sur les quais, d’un arsenal et des casernes, consacre de nouveaux sanctuaires à Déméter, à Coré et à Athéna, et enjolive celui d’Apollon. Gelon assoit son pouvoir par les alliances matrimoniales avec Théron, tyran d'Acragas, dont il épouse la fille Démarète, et qui épouse sa nièce, fille de Polyzalos[2].

Les Grecs de la grande terre recherchent son aide contre la Perse, mais se désistent devant ses ambitions. Allié à Théron, il bat à Himère, en 480, une grande expédition carthaginoise, selon la tradition, le jour même où les Grecs battent les Perses à Salamine.

Après la mort de Gélon, son frère Hiéron Ier lui succède. Plus avare et violent que son frère selon Diodore, il commence néanmoins une politique de mécénat et invite à sa cour les poètes et philosophes grecs Xénophane, Simonide de Céos et son neveu Bacchylide, Eschyle, Épicharme et Pindare. Ce dernier compose en son honneur les trois première Pythique et la Première olympique. Hiéron participe en effet à plusieurs jeux panhelléniques, vainqueur aux courses de chevaux montés puis de chars, à trois reprises aux Jeux olympiques et autant aux Jeux pythiques. Il commande aux sculpteurs Calamis et Onatas un groupe statuaire pour Olympie[2].

En 474, Hiéron Ier de Syracuse bat les Étrusques à la bataille de Cumes et dédie à Olympie un casque sur lequel il fait inscrire « Hiéron fils de Deinoménès et les Syracusains à Zeus sur le butin fait sur les Etrusques à Cumes. » Il entre en conflit avec son frère Polyzalos, maitre de Gela depuis la mort de Gélon, qui se réfugie auprès de son beau-père, Théron. Hiéron vide Naxos et Catane de leur population qu'il déporte à Léontinoi. Il refonde Catane sous le nom d'Aitna (ou Etna) avec des colons du Péloponnèse et de Syracuse et contraint Zancle à lui l'accès au détroit[2].

En 466, Thrasybule succède à son frère Hiéron Ier. « Violent et sanguinaire, il fit mourir injustement beaucoup de citoyens et, après en avoir exilé un grand nombre sur des accusations mensongères, il confisqua leurs biens au profit du trésor royal » raconte Diodore. Aussi, est-il renversé en 465 et exilé[2].

La démocratie et l'expédition de SicileModifier

 
Décadrachme de Syracuse (vers -380), une des plus belles pièces du monnayage grec antique
 
Syracuse sous la démocratie et sous le règne de Denys l'Ancien.

Un régime démocratique est installé pour soixante ans à Syracuse, s'appuyant notamment sur le pétalisme. La rhétorique éclot avec Corax et Tisias. Sophron crée le mime à partir de sujets populaires[2].

Avec la chute des tyrans, Syracuse perd la domination qu'elle exerçait sur la Sicile orientale mais redevient rapidement la plus puissante cité de l'île par une série de victoires : en -453 contre les districts miniers étrusques en Corse et sur l'île d'Elbe, en -450 face au Sicule Doukétios, contre Agrigente sur les bords de l’Himéras en -445, et contre les sicules dont elle rase Palikè en -445[2]. Elle attaque en 427 et 416, Léontinoi et Egeste, alliées d'Athènes. Cette dernière, dans le contexte de la guerre du Péloponnèse, souhaite contrer la puissance grandissante de Syracuse et prendre pied en Sicile pour s'assurer le contrôle de la mer. L'expédition de Sicile prit la mer avec 134 trières portant 5 100 combattants, sous le commandement de Nicias, d'Alcibiade et de Lamachos en juin 415. Les Syracusains recherchèrent l'appui de Sparte, la cité ennemie d'Athènes. En 413, Syracuse fut assiégée par les Athéniens qui sont défaits sur terre aux Épipoles et au cours d'une bataille navale dans la rade, et définitivement sur les rives de l'Asinaro, grâce aux renforts spartiates dirigés par Gylippos et au génie tactique d'Hermocrate[2].

En 410, des négociations pour rétablir la paix entre Agrigente et les Elymiens échouent déclenchant une longue série de conflits avec Carthage (qui ne se terminera qu'en 340). En 406, Carthage profite de ce contexte pour attaquer Agrigente, Gela et Syracuse, mais elle est arrêtée par une épidémie de peste. La paix est signée en 405. Les guerres reprendront ensuite de 398 à 393, de 383 à 376, de 367 à 366 et de 345 à 341. Dans l'ensemble, l'équilibre des forces sur l'île n'est pas remis en cause[2].

Denys l'AncienModifier

 
Decadrachme de Sicile frappé à Syracuse et signé d’Evainète

La menace carthaginoise met au pouvoir en -405 Denys l'Ancien, d'origine modeste, qui parvient à négocier avec l'ennemi. Protégé par une garde de 1 000 hommes, le nouveau tyran persécute les aristocrates, affranchit les Cyllyriens et les esclaves. Il accroit son armée jusqu’à 50 000 fantassins et 10 000 cavaliers, la dote de catapultes portant à 300 mètres, et fait d'Ortygie une citadelle imprenable qu'il complète du Château d'Euryale sur les Épipoles. Il construit de vastes gymnases sur les rives de l'Anapo, élève de nouveaux temples tout en pillant les trésors sacrés comme le manteau d'or de Zeus, levant des tributs, augmentant les impôts et altérant les monnaies pour couvrir les nombreuses dépenses[2].

Il conquiert une partie du territoire des Sicules et fonde à Adranon un avant-poste pour contrôler le territoire. Il prend Catane, rase Naxos et obtient la reddition de Léontinoi, contraint des populations à s'installer à l’intérieur des terres. Contre les Carthaginois, dans trois guerres successives, il prend Motyé  mais subir un siège à Syracuse  en 397, lors duquel les Carthaginois détruisirent le temple de Déméter et Coré et le tombeau de Gélon[2].

L'autoproclamé « archonte de Sicile » agit également hors de Sicile : il envoie des mercenaires pour aider le Perse Cyrus le Jeune dans sa révolte contre le souverain achéménide Artaxerxès II Mnèmon, il s'allie à Archytas de Tarente, colonise la Corse, fonde Ancône et Adria sur la côte adriatique, pille Pyrgi en -384[2].

Sous son règne, Syracuse est la cité la plus peuplée et la plus riche du monde grec. A son tour, il veut réunir autour de lui des intellectuels grecs comme Philistos et Aristippe, mais il supporte moins la liberté artistique que ces prédécesseurs : Platon, trop proche de Dion, est emprisonné, Philoxène de Cythère envoyé aux latomies. Amateur de drame et dramaturge amateur, il fait creuser dans la roche un théâtre grec[2].

 
L'Oreille de Denys

Les anecdotes sur Denys l'Ancien sont innombrables et l'on peut encore voir dans les environs de la ville, la fameuse « Oreille de Denys », une imposante grotte dans laquelle le tyran enfermait ses prisonniers et dont l'acoustique permettait à Denys d'écouter les conversations.

Début du déclinModifier

Denys l'Ancien meurt en -367 et son fils lui succède. Denys le Jeune, élève de Platon mais adepte d'Aristippe de Cyrène, exile son oncle Dion en 366, lequel revient de Grèce en 357 pour le renverser avant d'être assassiné en 354. D'autres prennent le pouvoir, mais Denys reprend le contrôle d'Ortygie. Les Syracusains demandent de l'aide à Corinthe, leur métropole, qui dépêche en 344 Timoléon qui exile Denys à Corinthe, démantèle la citadelle d’Ortygie qu'il remplace par un tribunal, et restaure les lois[2] : le pouvoir est donné à une boulè de 600 citoyens et une assemblée populaire, l'un des trois prêtres de Zeus olympien élus par le peuple, est désigné chaque année à la tête de la cité[6]. Victorieux de Carthage à la bataille de Crimisos, il repeuple la Sicile de colons grecs[2].

Mais, quand Timoléon se retire en 337, il laisse un pouvoir fragile, qui revient en moins de deux décennies dans les mains d'un nouveau tyran, Agathocle qui tue les oligarques et ses opposants et s'allie avec le peuple[2]. En 315, le tyran déclenche une nouvelle guerre contre les Carthaginois. Il réussit en 309 à envahir l'Afrique du Nord mais ne peut vaincre les murs de Carthage. Il est vaincu en 307, laissant la cité punique devenir la principale puissance de la région. Il domine cependant toute la Sicile grecque et s’empare de Corcyre[2].

A sa mort, en 289, Syracuse recouvre sa liberté, mais s'enfonce dans une série de troubles politiques. Elle bat à nouveau Agrigente en 280, mais aucun dirigeant ne s'impose[7]. Carthage menace une nouvelle fois Syracuse, qui en appelle à Pyrrhus Ier, roi d’Épire et gendre d'Agathocle. Après deux ans de batailles en Sicile, il se retire et l'un de ses officiers, Hiéron est choisi comme stratège par les Syracusains[2].

Première guerre punique (264-241)Modifier

En raison de sa position géographique entre la péninsule italienne, aux mains des Romains, et l'Afrique du Nord, contrôlée par Carthage, la Sicile est un enjeu majeur entre les deux puissances. En 269, Hiéron II, attaque les Mamertins, anciens mercenaires d'Agathocle qui occupent Messine. Ceux-ci appellent au secours Rome et Carthage. En 264, les Carthaginois prennent la ville de Messine. Le général romain Appius Claudius Caudex traverse le détroit de Messine et prend par surprise la garnison punique de Messine : c'est le casus belli (la cause directe) de la première guerre punique.

 
Le roi Hiéron de Syracuse demande à Archimèdede fortifier la villeSebastiano Ricci, 1720National Gallery of Ireland, Dublin[8]

Hiéron II s'allie à Rome contre Carthage, ce qui permet à la cité de conserver l'indépendance de son petit royaume hellénistique autour de Syracuse, sa capitale. Il s'inspire de la législation fiscale du roi d’Égypte Ptolémée Philadelphe pour écrire la lex Hieronica, que Rome appliquera également en l'adaptant. Conseillé sur les questions militaires par Archimède, il renforce l'Euryale, se compose une flotte qu'il envoie aider l’Egypte et Rhodes. Il réaménage le théâtre, un autel monumental en l'honneur de Zeus avec probablement un temple[2].

Des ateliers locaux de céramique produisent des vases à vernis noir ou à fond blanc, aux décorations végétales polychromes. Les monnaies de Hiéron portent la tête de sa femme, Philistis[2].

Deuxième guerre puniqueModifier

Lors de la deuxième guerre punique, Hiéron reste un fidèle allié des Romains, mais à sa mort, son petit-fils Hiéronyme de Syracuse, également petit-fils de Pyrrhus, choisit en -215 le camp carthaginois mené par Hannibal, alors positionné à Capoue, et l'oligarchie qui prend place après l'assassinat d'Hiéronyme en fait autant. Le consul Marcus Claudius Marcellus assiège la ville en 213[9]. La ville de Syracuse résiste pendant plus d'un an, grâce notamment aux machines conçues par son natif le plus célèbre : Archimède.

La légende veut qu'Archimède ait mis au point des miroirs géants pour réfléchir et concentrer les rayons du soleil dans les voiles des navires romains pour ainsi les enflammer. L'historien romain Tite-Live (XXIV-34) décrit le rôle important d'Archimède comme ingénieur dans la défense de sa ville (aménagement des remparts, construction de meurtrières, construction de petits scorpions et différentes machines de guerre), mais il ne dit pas un mot de ces fameux miroirs. De même, il raconte la prise de Syracuse, organisée pendant la nuit, non par crainte du soleil, mais pour profiter du relâchement général lors de trois jours de festivités (généreusement arrosées) en l'honneur de la déesse Artémis. (XXV-23)

En 212, les Romains s'emparent de la ville et la mettent à sac, volant statues, bustes et peintures. Tite-Live considère que la prise de Syracuse marque la prise de conscience romaine de la richesse de l'art grec[10]. À cette occasion, un soldat désobéit aux ordres et tue Archimède dans sa maison, tandis qu'il contemplait des figures géométriques. Il faut encore un an pour que l'ensemble de la cité soit romaine[11].

Rome fait de la Sicile une province, et de Syracuse sa capitale, siège du préteur. La cité subit les déprédations de Verrès et de Sextus Pompée. Mais, la cité, recolonisée par Auguste, voit la restauration du théâtre grec et du forum, la construction de l’amphithéâtre et d'un gymnase, l'exportation à travers la Méditerranée de l'artisanat céramique, les arts se distinguer par Moschos[2].

Au cours de la période hellénique, Syracuse s'est étendue depuis Ortygie sur trois autres quartiers : l’Achradine au VIe siècle, puis Tyché vers le nord et Néapolis à l'ouest, doté d'un plan régulier aux rues de 4 m de large[12]. Cicéron donne une description de la cité au Ier siècle av. J.-C. : « Syracuse est si vaste qu'elle semble composée de quatre grandes villes : la première est l'île dont je viens de parler ; baignée par les deux ports, elle se prolonge jusqu'à leur embouchure. C'est là que se trouve l'ancien palais d'Hiéron, aujourd'hui le palais du préteur. On y voit aussi un grand nombre de temples. Deux l'emportent sur tous les autres ; celui de Diane, et celui de Minerve, richement décoré avant la préture de Verrès. A l'extrémité de l'île est une fontaine d'eau douce, qu'on nomme Aréthuse : son bassin, d'une grandeur immense, rempli de poissons, serait inondé par la mer, s'il n'était défendu par une forte digue. La seconde ville, l'Achradine, renferme un forum spacieux de très beaux portiques, un superbe prytanée, un vaste palais pour le sénat, un temple majestueux de Jupiter olympien ; une rue large, coupée d'une infinité d'autres rues, la traverse dans toute sa longueur. La troisième a été nommée Tycha, parce qu'il y avait autrefois un temple de la Fortune. On y remarque un très grand gymnase et plusieurs édifices sacrés. C'est la partie la plus populeuse. La quatrième est la Ville-Neuve, ainsi nommée parce qu'elle a été bâtie la dernière. Dans sa partie la plus haute, est un théâtre immense ; on y voit, de plus, deux temples très bien bâtis, l'un de Cérès, l'autre de Proserpine, une statue d'Apollon surnommé Téménitès, très belle et d'une grandeur colossale »[13].

Sous le règne de Probus, les Francs pillent la ville. Suivent les incursions des Goths d’Alaric et des Vandales de Genséric[2].

Apparition du christianisme et martyre de sainte LucieModifier

L'apôtre Paul de Tarse fait étape trois jours à Syracuse avant de rejoindre Rhêgion et aurait prêché dans la crypte de San Marciano, du nom du premier évêque de Syracuse, martyrisé sous le règne de Gallien et Valérien (254-259)[2].

Le martyre de la syracusaine sainte Lucie aurait eu lieu au début du IVe siècle apr. J.-C. Brûlée vive par les Romains, peut-être sous Dioclétien, elle ne serait pas morte et il aurait fallu la transpercer avec un glaive. Elle est la patronne de Syracuse, célébrée le 13 décembre[2].

Fouilles archéologiquesModifier

Depuis les années 1950, nombre de fouilles sous-marines ont aussi été conduites en Sicile et notamment dans la région de Syracuse. Des fouilles dans le port de Syracuse ont révélé des vestiges de l’ancien petit port, ou lakkios, un môle, ainsi que des murs du port. Dans l’isthme, beaucoup d’objets de l’époque classique ont été trouvés. Des caniveaux en marbre grec de l’époque classique, et des colonnes en marbre ont aussi été trouvés. Thucydide mentionne le port dans ses Histoires [14]. Ce port a été connu sous le nom de « port en marbre » dans certains écrits. L’historien romain Florus nous le décrit dans son livre et Cicéron dans son cinquième discours contre Verrès nous décrit le port .

Moyen ÂgeModifier

Syracuse reste la principale cité de Sicile sous l'empire byzantin, siège d'un diocèse dont l'évêque était représentant du patriarche de Rome sans être métropole au VIe siècle, puis siège du métropolite de Sicile ainsi que d'un tourme. Probablement encore fortifiée sur l’île d’Ortigia, la ville s'étale par des faubourgs où sont érigés oratoires et monastères[15].

Devant le risque de voir les Sarrasins envahir la Sicile, l'empereur byzantin Constant II prend en 663 la décision historique de transférer sa capitale à Syracuse. Il meurt assassiné en 668 dans sa retraite occidentale et après un échec à Bénévent devant les Lombards du roi Grimoald Ier de Bénévent.

Les Arabes pillent la ville en 669 et l'assiègent en 740[16].

Syracuse s'oppose au pouvoir byzantin au début du règne de Michel II (820 à 829)[17]. Revenue dans l’allégeance impériale, elle est prise par l'officier rebelle Euphèmios qui doit fuir rapidement afin de demander un soutien arabe en Ifriqiya[17]. Les musulmans, débarqués en 827 à Mazarra, attaquent en vain la ville en 828 puis la conquirent en 878. Les dynasties des Aghlabides et Kalbites règnent sur la Sicile jusque dans la seconde moitié du XIe siècle.

En 1086, la ville est prise par les Normands de Roger de Hauteville et de son fils Jourdain. En 1194, le nouveau roi de Sicile, Henri le Cruel, occupe Syracuse. Sous le roi Frédéric de Hohenstaufen la ville ainsi que l'ensemble de l'île retrouvent leur prospérité.

Au XIIIe siècle, les Syracusains reçoivent des privilèges de la part des princes aragonais en récompense de leur soutien contre les Angevins.

Époque moderneModifier

La ville fut détruite par les tremblements de terre de 1542 puis de 1693. L'épidémie de 1729 n'épargna pas les Syracusains.

Après le désastreux tremblement de terre de 1693 (qui toucha aussi la ville de Noto), la ville a connu une renaissance de son architecture. Les nouveaux bâtiments et les églises ont été construits pour rendre à la ville son ancienne splendeur. Les familles nobles ont pris en charge l'architecture avec une série de bâtiments, tels que le Palazzo Impellizzeri (it), le Palais Beneventano del Bosco, et plusieurs églises, comme les églises Église Santa Lucia alla Badia (it), Chiesa di San Filippo apostolo alla Giudecca, ou Chiesa di San Filippo Neri.

Époque contemporaineModifier

Après l’unité italienne, Syracuse a connu une émigration de masse vers le Nord. Cette émigration se dirigea également vers les Amériques, le nord de l'Europe et l’Australie.

Par sa position géographique, sur la route entre l’Italie et l’Afrique, Syracuse joua un rôle important pour le régime fasciste. Benito Mussolini y viendra en visite deux fois et le roi Victor-Emmanuel III s'y rendra jusqu’en 1942.

Durant la seconde Guerre mondiale, Syracuse est une ville de grande importance pour le débarquement des Alliés, l'opération Husky et l'opération Ladbroke. La ville sera occupée par les Alliés le 9 juillet 1943 ; dans un premier temps, l’AMGOT, le gouvernement d'occupation des Alliés, s’installera à Syracuse avant d'être déplacé à Palerme après la libération de la ville. Le 3 septembre 1943, l’Armistice entre l’Italie et les Alliés (États-Unis, Royaume-Uni et France) fut signé à Cassibile, un village à proximité de Syracuse.

À la fin de la guerre, Syracuse connaitra une période de reconstruction et de nouvel espoir. Pendant les années 1960, l’industrie pétrochimique apportera une prospérité économique mais avec comme contrepartie, un impact écologique sur les villes de Priolo, Melilli et Augusta.

 
Vue aérienne de l'île d'Ortygie

Monuments et patrimoineModifier

On peut observer dans le centre de la ville comme en périphérie de nombreuses ruines antiques, dont un théâtre.

Monuments grecsModifier

 
Théâtre de Syracuse
  • Temple d'Apollon : construit vers 565 av. J.-C., c'est le temple dorique le plus ancien de Sicile. Aujourd'hui, il n'en reste que des ruines.
  • Temple d'Athéna (intégré à la cathédrale aujourd'hui) : construit par Gélon en 480 av. J.-C..
  • Grand autel de Hiéron II construit vers 230 av. J.-C., où l'on sacrifiait des bœufs. Près de 200 mètres de longueur.
  • Théâtre grec : 15 000 spectateurs, c'est le plus vaste de l'île ; il est plus grand que le théâtre d'Épidaure en Grèce. Son plan est attribué à Democopos au Ve siècle av. J.-C. Diamètre : 138 mètres. Platon, Pindare et Euripide le fréquentèrent.
  • Citadelle de Denys le Jeune
  • Fontaine mythologique d'Aréthuse : la légende raconte qu'Alphée, dieu fleuve, poursuivit la nymphe Aréthuse (qui s'était baignée dans ses eaux) sous l'apparence d'un chasseur. Effrayée, elle s'enfuit jusqu'en Sicile, où elle se réfugia sur l'île d'Ortygie, près de Syracuse. Artémis la changea en source. Mais Alphée, déterminé, répandit ses eaux sous la mer jusqu'en Sicile, et émergea à Ortygie afin de fusionner avec Aréthuse.

Monuments romainsModifier

  • Amphithéâtre de Syracuse taillé dans le roc (Ier – IIIe siècle) : capacité de 20 000 spectateurs ; ellipse de 140 mètres * 119 mètres. Combats de fauves et de gladiateurs.
  • Catacombes de Vigna Cassia, de sainte Lucie et de San Giovanni (IVe – VIe siècle), longues galeries aux niches (loculi) taillées dans le calcaire[12].
  • « gymnase » romain, dans le quartier de l’Achradine, est en réalité un ensemble formé de quatre portiques formant une cour avec un autel, un temple et un petit théâtre semi-circulaire du Ier siècle av. J.-C.[12].

Autres monumentsModifier

 
Place de la cathédrale. Au milieu à gauche, on voit la façade principale du palais Beneventano del Bosco.
 
Place de la cathédrale vue vers le sud.
  • Église Sainte-Lucie au sépulcre (it) : Église byzantine construite, selon la tradition, sur le lieu même du martyre de Sainte Lucie en 303. L'aspect actuel de l'édifice date des XVe et XVIe siècles. Les parties les plus anciennes encore préservées comprennent le portail, les trois absides semi-circulaires et les deux premiers ordres du beffroi. Sous l'église sont les catacombes de Sainte-Lucie. Pour cette église Le Caravage peindra L'Enterrement de sainte Lucie, désormais installé dans l'église Santa Lucia alla Badia.
  • Église San Nicolò dei Cordari (it) (XIe siècle) : elle se trouve un peu avant l'entrée du parc archéologique. Construite au XIe siècle sur une piscine romaine qui servait de réservoir d'eau à l'amphithéâtre tout proche, elle est divisée en trois nefs de 14 piliers et a gardé de sa structure originale le portail latéral et l'abside avec trois étroites fenêtres à meurtrières. Son nom est dû aux cordiers de chanvre qui non loin, dans la grotte des cordiers, selon une vieille tradition et ce jusqu'au milieu du siècle dernier, nouaient les cordes de chanvre que l'humidité faisait se tortiller et se nouer immédiatement.
  • Palais Montalto (it) (XIVe siècle)
  • Palais Vermexio (it) (XVIIe siècle) : est le siège de l'hôtel de ville. Il naît au début du XVIIe siècle comme siège du Sénat et c'est l'architecte d'origine espagnole G.Vermexio qui le réalisa. Sous les fondations se trouvent les vestiges d'un temple ionique. À l'intérieur, une voiture du Sénat datant du XVIIe siècle qui aujourd'hui encore, tirée par six chevaux, précède l'idole de la sainte patronne Sainte Lucie lors de sa procession, le 13 décembre.
  • Palais Lanza (XVe siècle)
  • Palais Beneventano del Bosco
  • Palais Bellomo (XIIIe – XVe siècle) : abrite aujourd'hui la Galerie Régionale
  • Château Maniace, citadelle du XIIIe siècle.
  • Cathédrale (Duomo) : construite sur les ruines de plusieurs lieux de culte, selon les plans d'Andrea Palma, à partir de 1693.
  • Basilique-sanctuaire Madonna delle Lacrime: consacrée en 1994.
  • Église Sainte-Lucie (it)

GastronomieModifier

La gastronomie syracusaine fait partie de la cuisine méditerranéenne basée donc principalement sur les céréales, poisson, viandes, légumes frais et secs et agrumes.

Syracuse est connue pour sa pâtisserie.

Parmi ses plats plus connus il y a : ravioli de ricotta en sauce (une typique sauce de tomate, morceaux de porc et saucisses), spaghetti à la syracusaine (anchois et chapelure torréfiée), spaghetti à la poutargue de thon, pâtes à l’espadon, lapin à la stemperata (avec câpres, olives, tomates, céleri branche), saucisses aux grains de fenouil, vin blanc et poivre ou piment, thon a la ghiotta (avec pommes de terre, tomates, poivrons et oignons), soupe de poisson, caponata (aubergines, tomates, oignons, olives, céleri branche en aigre-douce), aubergines et poivrons grillés.

AdministrationModifier

Les maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
14 juin 2004 16 juin 2008 Giambattista Bufardeci FI  
16 juin 2008 24 juin 2013 Roberto Visentin PDL  
16 juin 2008 24 juin 2013 Roberto Visentin PDL  
24 juin 2013 27 juin 2018 Giancarlo Garozzo PD  
27 juin 2018 En cours Francesco Italia Indépendant / Centre gauche  
Les données manquantes sont à compléter.

HameauxModifier

Belvedere, Cassibile Fontane Bianche, Isola, Santa Teresa Longarini Scalo, Targia

Communes limitrophesModifier

Avola, Canicattini Bagni, Floridia, Melilli, Noto, Palazzolo Acréide, Priolo Gargallo, Solarino

Évolution démographiqueModifier

Habitants recensés


RenomméeModifier

Le chanteur français Henri Salvador a célébré la ville dans son interprétation de la chanson Syracuse de Bernard Dimey.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Victor Bérard, La colonisation grecque de l'Italie méridionale et de la Sicile dans l'Antiquité. L'histoire et la légende, Paris, Presses Universitaires de France, 1957.
  • John Boardman, Les Grecs outre-mer. Colonisation et commerce, traduit en français par Michel Bats, Études II, Naples, Centre Jean Bérard, 1995.
  • (en) Robert Leighton, Sicily before History. An archeological survey from the Paleolithic to the Iron Age, London, Duckworth, 1999.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. (it) Popolazione residente e bilancio demografico sur le site de l'ISTAT.
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af et ag Pierre Lévêque, « Syracuse : le destin d’une cité », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 195-218. [lire en ligne].
  3. http://www.confedilizia.it/clima-SICILIA.htm
  4. Victor Bérard, La colonisation grecque de l'Italie méridionale et de la Sicile dans l'Antiquité. L'histoire et la légende, Paris, P.U.F.
  5. a et b Biollet (Pierre-Yves), Barat (Claire), Costanzi (Michela), Les diasporas grecques du VIIIe au IIIe siècle av. J.-C., Paris, 2012 (Dunod), p. 103
  6. Jean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile, Pluriel / Fayard, 2018, p. 66
  7. Frétigné, Jean-Yves (1966-....)., Histoire de la Sicile : des origines à nos jours (ISBN 978-2-8185-0558-8 et 2-8185-0558-5, OCLC 1028640691, lire en ligne), p. 72
  8. Musée
  9. F. W. Walbank, A Historical Commentary on Polybius, II, Oxford, 1970, p. 62
  10. Norwich, John Julius (1929-....)., Histoire de la Sicile : de l'Antiquité à Cosa Nostra (ISBN 979-10-210-2876-0, OCLC 1038053850, lire en ligne), p. 68
  11. Jean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile, Pluriel / Fayard, 2018, p. 81
  12. a b et c Pierre Lévêque, « Syracuse : les monuments », La Sicile, Presses universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 219-242. [lire en ligne]
  13. Désiré Nisard (dir.), Œuvres complètes de Cicéron, tome 2, 1869, p. 302. [lire en ligne].
  14. Thucydide, La Guerre du Péloponnèse [détail des éditions] [lire en ligne], Livre 14 (42)
  15. André Guillou, « Géographie administrative et géographie humaine de la Sicile byzantine (vie-ixe s.) », dans Philadelphie et autres études, Éditions de la Sorbonne, coll. « Byzantina Sorbonensia », (ISBN 978-2-85944-839-4, lire en ligne), p. 133–139
  16. Jean Huré, Histoire de la Sicile, Que sais-je ?, Presses universitaires de France, 1975.
  17. a et b V. Prigent, « La carrière du tourmarque Euphèmios, basileus des Romains », Histoire et culture dans l’Italie byzantine. Acquis et nouvelles recherches, éd. A. Jacob, Rome, 2006 (CEFR, 363), p. 279-317