Némée

village grec

Némée est un ancien site religieux grec antique situé dans le sud de la Corinthie, dans le Péloponnèse, célèbre pour son sanctuaire consacré à Zeus et pour les Jeux néméens organisés en son honneur. Il a donné son nom au dème de Némée du district régional de Corinthie, comprenant les villages actuels de Nemea (auparavant, « Άγιος Γεώργιος », Hagios Geốrgios, Saint-Georges[1]) et Archaia Nemea (autrefois Héraklion ou Koutsomodi[2]) situés à proximité.

Némée
Image dans Infobox.
Stade de Némée, récemment dégagé.
Géographie
Pays
District régional
Périphérie
Dème
Localisation géographique
Altitude
286 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Fonctionnement
Statut
Histoire
Événement clé
Direction des fouilles
Identifiants
Code postal
20500Voir et modifier les données sur Wikidata
Indicatif téléphonique
+30 27460Voir et modifier les données sur Wikidata

Némée est célèbre dans la mythologie grecque pour être le lieu où Héraclès tua le lion de Némée, ainsi que l'endroit de la métamorphose d'Io en vache.

HistoireModifier

 
Petit enfant, probablement Opheltès, sanctuaire d'Opheltès à Némée[3].

Dans la mythologie grecque, Némée était dirigée par le roi Lycurgue et la reine Eurydice. Némée était célèbre dans le mythe grec comme le lieu où le héros Héraclès tua le lion de Némée[4], où l'enfant Opheltès, couché sur un lit de persil, fut tué par un serpent, tandis que sa nourrice Hypsipyle était allée chercher de l'eau pour les Sept contre Thèbes sur leur chemin d'Argos à Thèbes. Les Sept instaurèrent les Jeux néméens en sa mémoire, selon son aition (en), ou mythe fondateur, ce qui explique que la couronne de la victoire soit faite de persil ou de céleri sauvage et que les robes noires des juges soient interprétées comme un signe de deuil. Les Jeux néméens, au sanctuaire de Zeus, sont documentés à partir de 573 avant JC.

En 394 avant J.-C. eut lieu la bataille de la rivière Némée, entre Sparte et ses alliés d’Achaïe, d’Élide, de Mantinée et de Tégée, contre une coalition comprenant les Béotiens, les Eubéens, les Athéniens, les Corinthiens et les Argiens. Le résultat de cette bataille fut d’être la dernière victoire marquante des hoplites spartiates, même si leurs alliés subirent des pertes importantes.

Le sanctuaire de Zeus faisait partie du territoire de Cléones en Corinthie, avant d'être administré par Argos. Il n'abritait pas d'habitat permanent et ne constituait pas une cité-État.

Un premier sanctuaire fut construit au VIe siècle av. J.-C., puis détruit à la fin du Ve siècle, les jeux étant alors transférés à Argos. Sous l'impulsion des Macédoniens, un nouveau sanctuaire fut reconstruit vers -330, mais abandonné à partir de -270. Une nouvelle occupation transitoire eut lieu vers 235 av. J.-C., Aratos de Sicyone y organisant des jeux alternatifs aux Jeux néméens transférés à Argos. Le site ne retrouva pas pour autant son activité passée : lors de sa visite par Pausanias au cours du IIe siècle apr. J.-C., le temple avait perdu sa toiture et n'abritait plus de statue de culte.

Le site fut occupé aux Ve et VIe siècles par une communauté chrétienne florissante, avant d'être subitement abandonné après 580 lors des invasions slaves, et déserté pendant plus de 500 ans. Il est habité à nouveau à partir du XIIe siècle, à l'époque de la principauté d'Achaïe, les dernières traces d'occupation datant des débuts de la période ottomane. La vallée est ensuite abandonnée, car un glissement de terrain a obstrué les gorges du fleuve Asopos, la drainant au nord, et crée un marécage propice aux moustiques. En 1883, des travaux de drainage réalisés par une société française permettent de rendre la zone aux cultures, et un village nommé Héraklion (renommé par la suite Arkhaia Nemea « Ancienne Némée ») est construit peu après.

Site archéologiqueModifier

 
Le temple de Zeus
 
Apodyterium, près du stade.

À l’intérieur du téménos, la tombe d'Opheltès était entourée d'autels en plein air et enfermée dans un mur de pierre.[4] La source nécessaire au sanctuaire s'appelait Adrastéia : Pausanias se demande si elle portait ce nom parce qu’un certain Adrastos l'avait découverte[4], mais Adrastéia, « l'incontournable », était le nom de la nourrice de Zeus en Crète, quand il était enfant. Le tumulus à proximité a été supposé être celui de son père, et les hommes d'Argos avaient le privilège de nommer le prêtre de Zeus néméen, selon les informations recueillies par Pausanias lors de sa visite, à la fin du IIe siècle après JC. À son époque, le temple, qu'il a noté comme « valait la peine d'être vu », se dressait dans un bosquet de cyprès ; son toit s'était effondré et il n'y avait aucune image de culte dans le temple. Trois colonnes de calcaire du temple de Zeus Néméen d'environ 330 avant JC ont résisté depuis leur construction, et deux autres ont été reconstituées en 2002[5]. Fin 2007, quatre autres colonnes ont été réérigées. Les trois ordres d'architecture apparaissent dans ce temple de la fin de la période classique, annonçant les développements futurs de l'architecture hellénistique, comme l'élancement des colonnes doriques extérieures, dont la hauteur atteint 6,34 m[6].

Le site entourant le temple a fait l'objet de campagnes de fouilles annuelles depuis 1973 : le grand autel à ciel ouvert, des bains et d'anciens logements pour les visiteurs ont été mis au jour. Le temple se dresse sur le site d'un temple de la période archaïque, dont seul un mur de fondation est encore visible.

En 2018, les archéologues ont découvert une grande tombe intacte datant du début de l'ère mycénienne (1650-1400 avant JC)[7].

Sous la direction de l'archéologue américain Stephen G. Miller de l'Université de Berkeley, l'anastylose du temple de Zeus, datant du IVe siècle av. J.-C. était en cours en 2011, portant à neuf le nombre des colonnes dressées.

En 2018, un tombeau mycénien a été mis au jour[8]. Il date d'environ -1400.

Les Jeux néméens hier et aujourd'huiModifier

 
Galerie du stade de Némée

Le stade a été récemment fouillé et dégagé. Il est remarquable pour son tunnel d'entrée voûté bien conservé, daté d'environ 320 avant JC, avec des graffitis anciens sur les murs. Les Jeux néméens s'y sont tenus depuis 573 av. J.-C., dans le sanctuaire de Zeus. On y commémorait la mort d'Archémore, fils du roi Lycurgue.

Une palestre et un gymnase ont également été mis au jour. Le stade a été dégagé à 500 mètres au sud-est du temple, et en 2012, des travaux de restauration ont été menés à bien dans la galerie voûtée et enterrée qui conduit au stade. On a procédé à des injections de chaux hydraulique dans les pierres fissurées[9] afin d'enrayer leur dégradation et d’éviter l'effondrement de la voûte. Longue de 37 m et couverte d'une couche de terre de 7 m d'épaisseur, cette galerie est celle par laquelle les athlètes, dans l'Antiquité, entraient dans le stade. C'est encore par cette galerie que les athlètes y pénètrent aujourd'hui.

Une association internationale pour la renaissance des Jeux néméens, présidée par le professeur Stephen Miller, organise des épreuves de course sur 100 m dans le stade et 7,5 km à partir du temple d'Héraclès de l'antique Cléones jusqu'au stade de Némée. Ces Jeux néméens modernes[10], d'une durée de trois jours, sont ouverts à tous, sans distinction de sexe ni d'âge, les concurrents et les juges étant vêtus à l'antique. Les vainqueurs reçoivent une couronne tressée d'ache[11] ou de maceron Smyrnium rotundifolium, et se trouvent ainsi honorés comme dans l'Antiquité.

Musée archéologiqueModifier

Le musée archéologique de Némée est situé à l'entrée du site archéologique. Construit par l'Université de Californie, il a été donné à l'État grec en 1984. Les objets exposés sont ceux découverts sur le site où à proximité, s’étalant de l'âge du bronze au début de la période byzantine.

Némée dans la littératureModifier

 
Fragment d’une statuette féminine, Phlionte, 4500-3200 BC.

C’est aux abords de Némée, dans une cité nommée Phlionte (Φλειοῦς en grec ancien) que se situe le dialogue de Platon intitulé Phédon, qui relate en détail la mort de Socrate.

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Renommé en 1923
  2. Renommé en 1958
  3. Pausanias, II, 15, 3
  4. a b et c À la fin du IIe siècle après JC, Pausanias visita ce qu’on lui présentait comme étant l’antre du lion, à quinze stades du sanctuaire (Pausanias, Description de la Grèce, II.15.2–.4).
  5. Stephen G. Miller, "The Temple of Nemean Zeus: a California landmark", Chronicle of the University of California, Fall 2000:127ff
  6. Miller 2000.
  7. « Intact Mycenaean Tomb Discovered in Greece », sur Archaeology,
  8. « Intact Mycenaean Tomb Discovered in Greece », sur Archaeology,
  9. Photographies et détails des travaux de restauration dans le journal grec Το Βήμα (La Tribune), 27 mars 2012.
  10. Les 5e Jeux néméens modernes ont eu lieu du 22 au 24 juin 2012.
  11. Selon Pindare les vertes tiges de l'ache couronnent le front de ce vainqueur heureux : cité dans Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris 1982, p.  4 (ISBN 2-221-50319-8).

BibliographieModifier

  • René Vallois et Mogens Becker Clemmensen, « Le temple de Zeus à Némée », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 49,‎ , p. 1-20 (lire en ligne)

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Liens externesModifier