Temple de Zeus à Olympie

bâtiment de Olympie, Grèce-Occidentale, en Grèce

Temple de Zeus Olympien
Ruines actuelles du temple de Zeus.
Ruines actuelles du temple de Zeus.
Localisation
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Ville Olympie
Coordonnées géographiques 37° 38′ 16″ N, 21° 37′ 49″ E
Image illustrative de l’article Temple de Zeus à Olympie
Le temple, au centre, correspond au n°15.
Histoire
Lieu de construction Au centre du sanctuaire d'Olympie
Date de construction Entre 470 et 456 av. J.-C.
Artiste Libon d'Élis
Caractéristiques
Type Temple grec
Longueur 64,2 m
Largeur 24,6 m

Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Temple de Zeus Olympien
Grèce antique

Le temple colossal de Zeus Olympien, de style dorique, mesurant 64,2 m de long sur 24,6 m de large[1],[2], est un temple grec situé à Olympie, érigé entre 470 et 456 av. J.-C[3].

Pausanias affirme que le temple et la statue de Zeus furent érigés par le butin pris par Élis lors de la destruction de Pisa. On sait que ces deux cités se disputaient Olympie ; certains événements historiques (en 471 Elis se constitua en nouvelle cité démocratique) confirmeraient la position de Pausanias. Le temple est traditionnellement attribué à l'architecte Libon d'Élis.

Totalement ruiné, le temple était de style dorique périptère, présentant 6 x 13 colonnes, construit avec le calcaire coquillier local et recouvert de stuc blanc. Seul le toit et quelques décors étaient en marbre.

ArchitectureModifier

Le temple de Zeus est un temple dorique canonique. Il a un plan périptère hexastyle, c'est-à-dire qu'il est doté d'une colonnade extérieure de 6 colonnes en façade sur 13 de côté. Le sékos (espace intérieur) est divisé en trois parties : le naos central séparé en trois nefs par deux colonnades de 7 colonnes, le pronaos à l'ouest et l’opisthodome à l'est. Ces deux derniers espaces, de dimensions identiques même si l’opisthodome n’est pas ouvert sur le naos, sont distyles in antis (deux colonnes en façade encadrées par deux piliers légèrement en saillie qui terminent les murs du sékos). Le sékos est donc distyle in antis double (à la fois à l'est avec le pronaos et à l'ouest avec l’opisthodome) ; il ne semble toutefois pas flotter dans le péristyle (espace extérieur) car il est aligné avec la deuxième colonne à partir de l’angle de façades.

En ce qui conserve l’élévation de façade, le temple possède une crépis (soubassement du temple) à 3 degrés. La partie supérieure de cet emmarchement, appelée stylobate, est surmontée de colonnes sans base, cannelées en tambour avec un chapiteau à échine plate. Au dessus, l'entablement est composé d'une architrave lisse, d'une frise dorique alternant un triglyphe et une métope, et d'un fronton recevant un décor sculpté dans son tympan. L’entraxe, qui est la distance entre l’axe de deux colonnes est composé d’un demi-triglyphe, une métope, un triglyphe, une métope et un demi-triglyphe.

SculptureModifier

FrontonsModifier

Le fronton est représente, toujours selon Pausanias, la préparation de la course de chars entre Pélops et Œnomaos. Le thème de la course de chars dans l'histoire de Pélops convient à Olympie, car elle renvoie à une victoire sur Pisa (gouvernée par Œnomaos).

Le fronton ouest, quant à lui, représente le combat des Lapithes contre les Centaures. Ce thème est courant au Ve siècle, il sert à montrer le succès sur les « Barbares » (ou sur le comportement barbare d'autres Grecs). L'identification précise des personnages est difficile et de lourdes incertitudes subsistent[4].

 
Fronton est (ensemble)

MétopesModifier

Les métopes sont des hauts-reliefs en marbre de Paros. Elles se trouvaient initialement sur les murs ouest et est du sékos du temple. Les métopes du temple de Zeus à Olympie représentent les Douze travaux d'Héraclès[5], honorant ainsi le héros à qui l’on attribue la création des Jeux olympiques. En effet, selon la légende chantée par Pindare dans la Xe Olympique, Héraclès, après avoir nettoyé les écuries d’Augias, organisa une fête en l’honneur de son père, Zeus. Les célébrations comportèrent un festin et une compétition pour mesurer les Grecs entre eux. Pour délimiter le terrain où eut lieu la compétition, Héraclès traça un téménos, c’est-à-dire une enceinte sacrée, donnant naissance au sanctuaire d’Olympie.

Les métopes sont réalisées dans un style sévère : les personnages sont représentés avec une anatomie crédible, qu'il s'agisse de la finesse de la musculature ou de l'abandon du sourire archaïque. Les visages sont plus pensifs. De plus, la représentation des personnages n’est plus figée, raide, hiératique comme lors de l’époque archaïque grâce à la représentation de trois-quarts des corps. Le style sévère répond tout à fait à l'ordre dorique présent sur le temple, car le style sévère permet de mettre en place des configurations qui soulignent la force des actions. Cette sensation de force correspond à l'ordre dorique puisque cet ordre est qualifié par Vitruve de masculin, de dur.

Il semblerait que les métopes aient été sculptées par différents artistes venus de plusieurs ateliers du Péloponnèse, d'Égine, d'Athènes, et des îles ioniennes. Il semblerait également que tous ces sculpteurs aient formé une équipe sous la tutelle d’un sculpteur qu’on nomme « le maître d'Olympie ».

StatueModifier

La statue chryséléphantine de Zeus à Olympie a été réalisée par le sculpteur grec Phidias, vers 436 av. J.-C. Aujourd'hui disparue, elle était considérée sous l'Antiquité comme la troisième des sept merveilles du monde. C'était une statue chryséléphantine assise, d'environ 10 ou 12 mètres de hauteur.

 
L'atelier de Phidias à Olympie.

Fouilles archéologiquesModifier

Les fouilles du temple commencent réellement en 1829 avec l'expédition française de Morée. La mission scientifique de l'expédition passe six semaines à partir du 10 mai 1829 à Olympie[6],[7],[8]. Léon-Jean-Joseph Dubois (de la section d’Archéologie) et Abel Blouet (de la section d'Architecture et de Sculpture) y entreprennent les premières fouilles. Ils y sont accompagnés des peintres Frédéric de Gournay, Pierre Achille Poirot, Pierre Félix Trézel et Amaury-Duval, ainsi que de plus d'une centaine d'ouvriers. Le site d'Olympie avait été redécouvert en 1766 par l'antiquaire anglais Richard Chandler. Depuis, il avait été visité par de nombreux voyageurs-antiquaires comme Fauvel, Pouqueville, Gell, Cokerell et Leake. Son repérage général par les archéologues de l’expédition de Morée est permis grâce aux descriptions plus précises d'Edward Dodwell (pour Dubois) et de John Spencer Stanhope (pour Blouet). La plupart des bâtiments est en effet invisible à l’œil, car comme le note Abel Blouet, ils doivent être recouverts d'une épaisse couche de sédiments due aux nombreux débordements des rivières Alphée et Cladée[N 1].

 
Plan des premières fouilles archéologiques d'Olympie et du temple de Zeus Olympien découvert par l'expédition de Morée en mai 1829 (par Abel Blouet et Pierre Achille Poirot).

Seul un fragment de colonne dorique d'une grande dimension est visible. Il avait déjà été repéré par les voyageurs précédents, car les habitants des villages voisins y avaient creusé des tranchées pour en retirer la pierre, mais aucun ne l'avait attribué avec certitude au temple de Zeus. Abel Blouet précise[8] : « Il ne pouvait donc y avoir de mérite à y découvrir un monument. Mais ce qui pouvait être une découverte, c'était d'y trouver des preuves que ce monument était le fameux temple de Jupiter Olympien ; et c'est ce que nos fouilles nous ont mis à même de démontrer. Lorsque nous arrivâmes à Olympie, M. Dubois, directeur de la section d'archéologie de notre expédition, y était déjà depuis quelques jours avec MM. Trézel et Amaury Duval, ses collaborateurs. D'après les instructions qui lui avaient été données par la commission de l'Institut, cet antiquaire avait fait commencer des fouilles dont le résultat avait été la découverte des premières assises des deux colonnes du pronaos et quelques petits fragments de sculpture. » Dubois met ses ouvriers à la face antérieure du temple et Blouet les siens à la face postérieure afin de donner à ces fouilles toute l'extension possible. Le peintre Amaury-Duval offre également dans ses Souvenirs (1829-1830) un témoignage[N 2] personnel, direct et précis, des circonstances qui conduisent à l'identification précise du temple de Zeus Olympien, qui est ainsi déterminé pour la première fois[9].

Les descriptions précises des sculptures, des éléments de structure du temple et des métopes représentant les Douze travaux d'Héraclès, par Pausanias qui visita le site au cours du second siècle ap. J.-C., se révèlent cruciales pour valider l'identité du temple de Zeus. Ces sculptures, qui témoignent des débuts de l'art classique et du style sévère, frappent fortement les archéologues sur place ou à l’Académie à Paris par leur type nouveau empreint de naturalisme[10].

 
Modèle de restauration du temple de Zeus Olympien (par Abel Blouet)

Le site est quadrillé topographiquement, des tranchées sont creusées, des sondages sont pratiqués en ligne, et des modèles de restauration sont proposés : l’archéologie se rationalise. On commence alors à quitter la simple chasse au trésor. L’apport primordial de l’expédition scientifique de Morée réside en effet dans son désintérêt total pour le pillage, la chasse aux trésors et la contrebande d'antiquités. Blouet refuse les fouilles risquant d’endommager les monuments, et interdit qu’on mutile les statues pour en emporter un fragment sans intérêt séparé du reste, comme l'avait fait Elgin sur le Parthénon vingt-cinq ans auparavant[11]. Pour cette raison, les trois métopes du temple de Zeus découvertes à Olympie sont transférées au musée du Louvre dans leur intégralité (avec l'autorisation du gouvernement grec de Ioánnis Kapodístrias)[6],[8]. Cependant, beaucoup d'œuvres précieuses sont ré-enfouies afin de les protéger, selon le témoignage direct d'Amaury-Duval[N 3]. Cette volonté de protéger l’intégrité du monument est un véritable progrès épistémologique.

Les fouilles systématiques commencent en 1875, sous la direction de l'Institut archéologique allemand d’Athènes, et se poursuivent encore de nos jours[12]. En mars 2021, une figure taurine datant d'entre -1050 et -700 est découverte près du temple[13].

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Yannis Saïtas (dir.) et al., L'œuvre de l'expédition scientifique de Morée 1829-1838, Athènes, Éditions Melissa, 2011 (1re partie) - 2017 (2de partie).
  • John Boardman, La Sculpture grecque classique, Paris, Thames & Hudson, (1re éd. 1985), 252 p. (ISBN 2-87811-086-2).
  • Kostas Papaïoannou et al., L'art grec, Paris, Mazenod, coll. « L'Art et les Grandes Civilisations », (1re éd. 1972), 636 p.
  • Albert Mousset, Les Antiquités de la Grèce, Olympie et les jeux grecs, Paris, édition Albert Guillot, , 79 p.
  • (en) Bernard Ashmole et Nicholas Yalouris, Olympia: the sculptures of the temple of Zeus, Londres, Phaidon Press, , 218 p. (ISBN 978-0714813042), p. 143-210.
  • Eugène-Emmanuel Amaury-Duval (peintre, membre de la commission scientifique), Souvenirs (1829-1830), Paris, Plon, , 251 p. (lire en ligne).
  • Abel Blouet, Amable Ravoisié, Achille Poirot, Félix Trézel, Frédéric de Gournay et al., Expédition scientifique de Morée ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique, t. I, Paris, Firmin Didot, , 72 p. (lire en ligne).

NotesModifier

  1. « Une autre observation qui vient détruire tout à fait ces suppositions, c'est que les fouilles que nous avons fait faire au temple de Jupiter Olympien, nous ont prouvé que le sol antique de la plaine était de 10 et 12 pieds en contre-bas du sol moderne, et que dans ce sol moderne, qui est un terrain d'alluvions amenées par les eaux de l'Alphée, et descendues des montagnes sablonneuses qui environnent la vallée, on ne doit pas chercher de traces de l'hippodrome et du stade, puisque ce terrain n'existait pas lorsqu'il y avait un stade et un hippodrome. »

    — Blouet et al., 1831, p. 58.

  2. « Avant de chercher un emplacement pour notre campement, une curiosité bien naturelle nous fit circuler à l'aventure. Quelques Grecs qui labouraient leur champ, ayant comme toujours le pistolet et le yatagan à la ceinture, s'offrirent pour nous guider. M. Dubois, croyant déjà s'y reconnaître assez, voulut se passer de leur aide, et le hasard fit que, moi, qui étais loin d'avoir celte prétention, j'arrivai le premier sur l'emplacement du temple que mes collègues constatèrent, plus tard, être celui de Jupiter Olympien. Voici comment.
    Un Grec, que M. Dubois avait repoussé, s'attacha à moi, et, probablement en vue du pourboire, voulut me conduire à un endroit que sa pantomime me faisait supposer devoir être très-curieux. « Allez-y, si vous voulez, me dit M. Dubois; mais il va vous mener à quelque ruine romaine sans intérêt. » Je suivis donc mon guide jusque dans une partie de la plaine presque inabordable, couverte d'arbustes, d'herbes, de pierres énormes, mais sans forme, et qui sortaient de terre à égale distance. Cet amas confus de matériaux de toutes sortes me parut cependant mériter l'attention. Je rejoignis M. Dubois, que je trouvai dépité de n'avoir rencontré que des ruines peu intéressantes, fort mal conservées, et rien qui parût devoir amener quelque découverte. Mon récit le fit réfléchir : il se dirigea, avec Trézel et moi, vers le lieu que je venais de voir, et décida sur-le-champ que les fouilles seraient commencées là. »

    — Amaury-Duval 1885, p. 131 et 132 (chapitre IX – Installation à Olympie).

  3. « Nous quittâmes la vallée de l'Alphée, avec une vraie tristesse et regrettant de ne pouvoir en emporter quelques souvenirs; mais les fragments de sculptures, même les plus petits, étaient d'un volume et d'un poids embarrassants. Il y avait, entre autres, un pied en marbre, de travail admirable, qui tenait encore à une partie du socle : de crainte qu'il ne subît quelque nouvelle mutilation encore plus complète, nous allâmes l'enfouir, Trézel et moi, dans un trou profondément creusé. Qui sait ? ce fragment fera peut-être faire fausse route à quelque antiquaire de l'avenir, s'il le découvre au lieu où nous l'avons placé. »

    — Amaury-Duval 1885, p. 200 et 201 (chapitre XIII – Départ d'Olympie).

RéférencesModifier

  1. Jean-Jacques Barthélemy, « Description du temple de Zeus à Olympie », sur l'Agora, (consulté le ).
  2. inconnu, « Le temple de Zeus à Olympie », sur En route vers de nouvelles aventures, non connue (consulté le ).
  3. inconnu, « Quand a été construit le temple de Zeus à Olympie ? », sur futura planète, inconnue (consulté le ).
  4. John Boardman 2002, p. 37.
  5. Marie-Bénédicte Astier, « Métope Ouest du temple de Zeus à Olympie | Musée du Louvre | Paris », sur www.louvre.fr (consulté le ).
  6. a et b Saïtas 2011 et 2017.
  7. Amaury-Duval 1885.
  8. a b et c Blouet et al. 1831, p. 61.
  9. Plan de l'emplacement du temple de Zeus à Olympie dans Blouet et al., 1831, p. 72 (planche a).
  10. Extrait du rapport de M. Raoul-Rochette, lu à la séance publique des quatre Académies le 30 Avril 1831, dans Blouet et al., 1831, p. 62.
  11. Olga Polychronopoulou, Archéologues sur les pas d’Homère, Paris, Agnès Viénot, , 383 p. (ISBN 978-2911606410), p. 33.
  12. (de) Deutsches Archäologisches Institut, « Olympia », sur dainst.org (consulté le ).
  13. Simon Cherner, « Une figure taurine refait surface près du temple de Zeus après des pluies diluviennes », sur le figaro, (consulté le ).