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Séverine

écrivain et journaliste libertaire et féministe française
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rémy et Séverine (homonymie).
Séverine
Séverine Atelier Nadar 01.png
Portrait photographique de Séverine par Nadar.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
PierrefondsVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Caroline RémyVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Arthur Vingtras
SéverineVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoints
Antoine-Henri Montrobert (d) (de à )
Adrien Guebhard (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Roland Guebhard (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Partis politiques
Membre de

Séverine, pseudonyme de Caroline Rémy, née le à Paris et morte le à Pierrefonds, est une écrivaine, journaliste, libertaire et féministe française[1].

BiographieModifier

Rien, dans ses origines ni dans sa formation, ne prédisposait Caroline Rémy, fille d’un inspecteur des nourrices à la préfecture de police de Paris, à devenir la journaliste engagée qu'elle sera par la suite. En 1871, elle est mariée, sans son consentement, à Antoine-Henri Montrobert, un employé du gaz, dont elle se sépare rapidement, malgré la naissance d'un fils. Elle devient ensuite la compagne d’Adrien Guebhard (1849-1924), professeur de médecine, issu d’une famille suisse fortunée, qu’elle épouse en 1885, quand le divorce sera à nouveau autorisé en France ; elle a avec lui un autre fils, Roland.

 
Portrait de Séverine par Auguste Renoir.
 
Portrait de Séverine par Louis Welden Hawkins.

C'est à l'occasion de cette naissance qu'elle fait la connaissance, à Bruxelles, du proscrit Jules Vallès, en 1879, peu avant l'amnistie des Communards, qui allait permettre à ce dernier de rentrer en France. Cette rencontre change complètement le cours de sa vie[2] : outre une profonde amitié qui les unira jusqu'à la mort de Vallès, elle devient bientôt « le » secrétaire de celui-ci. À ses côtés, elle apprend le journalisme et s'initie au socialisme. Elle lui procure le soutien financier d'Adrien Guebhard pour relancer le Cri du peuple, qu'elle dirige avec lui, et dont elle va reprendre la direction après la mort de Vallès, en 1885, dans l'esprit qu'il avait insufflé au journal.

Première femme à diriger un grand quotidien, elle doit quitter le Cri du peuple, en , à cause d'un conflit idéologique de fond avec le marxiste Jules Guesde. Elle continue à écrire, de manière indépendante, dans de très nombreux journaux, vivant confortablement de sa plume (plus de 4 000 articles). Son indépendance et son antiparlementarisme la conduisent parfois sur des chemins incertains. Ainsi, elle écrit, en 1893-1894, dans La Libre Parole du pamphlétaire antisémite Édouard Drumont, dont elle ne partage pas l'antisémitisme théorisé et systématique ; néanmoins, elle se laisse parfois aller à la dénonciation de l'« esprit juif » ou des « grands Juifs »[3].

 
Manifestation des suffragettes, en présence de Séverine, en tête du cortège.
 
Séverine au 24e congrès universel de la paix à la Sorbonne, le 2 septembre 1925.
 
Obsèques de Sévérine à Pierrefonds, le 29 avril 1929.
 
« Séverine, debout, un poing sur la hanche », portrait de Nadar réalisé dans les années 1890.

Tombée amoureuse, en 1885, de Georges de Labruyère, journaliste à L'Écho de Paris rencontré après la mort de Vallès, elle vit avec lui jusqu’à la mort de ce dernier en 1920, avant de reprendre la vie commune avec son second mari, Adrien Guebhard, qui, lui, disparaît en 1924.

À partir de 1897, elle publie chaque jour ses « Notes d'une frondeuse » dans La Fronde, le quotidien féministe de son amie, la journaliste Marguerite Durand avec laquelle elle avait été engagée dans le mouvement du général Boulanger. Elle devient l'amie de Mme Daniel-Lesueur lors de leur collaboration à La Fronde (1897-1903), puis participe à la création du prix Vie Heureuse (ancêtre au prix Femina) en 1904 (elle en est présidente en 1906 quand le jury se réunit chez Mme Daniel-Lesueur, celle-ci lui succédant l'année suivante) et restera membre du jury jusqu'à sa mort. Elle publie l'ouvrage pour enfants Sac à Tout, Mémoires d'un petit chien[4], un récit-photos, en 1903, chez Félix Juven.

Séverine s’engage dans la lutte pour le droit de vote des femmes notamment à travers son billet hebdomadaire, qu'elle publie à partir de 1906 dans Nos loisirs, diffusé à plus d'un demi million d'exemplaires. En 1910, quand elle commente ainsi la prescription de la loi électorale qui interdit à la femme l’entrée du Parlement :

« Cet ignorant qui ne sait ni lire, ni écrire, si incapable de distinguer sa droite de sa gauche qu’au régiment ses chefs feront garnir différemment ses deux sabots, et que les mouvements s’exécuteront au commandement : « Paille ! Foin !… Paille ! Foin ! » cet ignorant est électeur. Ce butor qui assomme ses chevaux à coups de fouet, sans discernement, sans pitié, sans même le souci de son intérêt ; qui distribue à tort et à travers l’injustice et la souffrance, ce butor est électeur… Ce pochard qui ne désemplit pas, de l'aube au crépuscule et du soir au matin, ce semblant d’homme, aviné, hoqueteux, baveux, ayant laissé sa raison au fond du premier verre, tellement il est intoxiqué, tantôt ricochant d’un mur à l’autre et tantôt vautré dans ses déjections, ce pochard est électeur… Électeur encore, ce fainéant qui se fait nourrir par sa femme, et cet apache qui vit de la fille ; électeur : ce gâteux qui s’usa les moelles en de sales noces ; électeur : ce demi-fou et ce fou prétendu guéri. Électeur enfin l’imbécile, maître du monde ! Mais la femme réputée inférieure à tous ceux-là, n’a d’emploi que comme contribuable ; qu’un devoir : celui de payer ; qu’un droit : celui de se taire[5]. »

En , tandis que René Viviani devenait président du conseil, Séverine a organisé une manifestation qui rassembla 2 400 personnes en faveur du vote des femmes. Un cortège, le premier du genre, défila des Tuileries à la statue de Condorcet. La guerre arrêta momentanément le mouvement[6]. La volonté de Séverine était d'unifier les associations suffragistes en une entente fédérale pour le suffrage des femmes qui oublierait les désaccords entre les associations [7].

Elle continue à écrire pour de nombreux journaux dans lesquels elle défend la cause de l’émancipation des femmes et dénonce les injustices sociales. Elle s'engage aussi dans l’affaire Dreyfus aux côtés des dreyfusards, et notamment de Mécislas Golberg. Très généreuse, elle organise de nombreuses souscriptions. Elle soutient certaines causes anarchistes, prend la défense de Germaine Berton et, en 1927, s'associe aux vains efforts entrepris pour sauver Sacco et Vanzetti.

Pacifiste, elle condamne l’« Union sacrée » en 1914 et adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière en 1918. Collaboratrice à L'Humanité, elle adhère en 1921 au Parti communiste, qu'elle quitte lorsqu’on la met en demeure de rompre avec la Ligue des droits de l'homme qu’elle avait contribué à créer.

En 1927, elle signe la pétition publiée, le , dans la revue Europe, contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion, aux côtés d’Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains.

Peu avant sa mort, elle participe à la campagne de soutien à la candidature du docteur Albert Besson, qui est élu conseiller municipal du quartier Saint-Fargeau, conseiller général de la Seine puis vice-président du Conseil de Paris et du conseil général de la Seine. En 1933, en mémoire de celle-ci, il fera attribuer son nom au square Séverine, qu'il fait réaliser, porte de Bagnolet.

Sa maison de Pierrefonds, qu'elle avait baptisée « Les Trois marches » en souvenir de l'hôtel de Rennes, où elle logeait pendant le procès en révision de Dreyfus en 1899, est rachetée, à sa mort par Marguerite Durand, qui en fait une résidence d'été pour les femmes journalistes. La bibliothèque Marguerite-Durand possède de nombreux documents de et sur Séverine, parmi lesquels des manuscrits, de la correspondance, ainsi que quelques objets lui ayant appartenu.

HommagesModifier

À Paris, un square et une station du tramway T3b portent son nom.

ŒuvresModifier

Œuvres personnellesModifier

 
La crèche de Babel, Illustrations André Cahard.
  • Pages rouges, Paris, H. Simonis Empis, 1893.
  • Notes d’une frondeuse : de la Boulange au Panama (préf. Jules Vallès), Paris, H. Simonis Empis, (lire en ligne).
  • Pages mystiques, Paris, H. Simonis Empis, 1895.
  • En marche, Paris, H. Simonis Empis, (lire en ligne).
  • La Crèche de Babel, 1898, Paris-Noël.
  • Affaire Dreyfus : vers la lumière… impressions vécues, Paris, Stock, (lire en ligne).
  • La Toute-puissance de la bonté, [S. l.], 1900.
  • Sac à tout : mémoires d’un petit chien, Paris, F. Juven, 1903.
  • À Sainte-Hélène, pièce en 2 actes, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904.
  • Line : 1855-1867, Paris, Crès, 1921.
  • Choix de papiers, annotés par Évelyne Le Garrec, Paris, Tierce, 1982.
  • Impressions d’audience, [Émile Zola, "J’accuse !", réactions nationales et internationales], Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 1999.

Œuvres en collaborationModifier

  • Octave Aubry, De l’amour, de l’ironie, de la pitié, avec une lettre liminaire de Mme Séverine, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1904.
  • Félix Desvernay, Laurent Mourguet et Guignol. La Vie de Laurent Mourguet, Discours prononcés à l’inauguration du monument par Justin Godart, Édouard Herriot, Joanny Bachut, R. Du Marais et Séverine, Lyon, A. Rey, 1912.
  • Ferdinand Buisson, Victor Bérard, Paul Painlevé, Séverine, Pour l’Arménie indépendante, Paris, Ligue des droits de l’homme et du citoyen, 1920.
  • Séverine, la comtesse de Noailles, J.-G. Frazer et Paul-Louis Couchoud, Quatre témoignages sur Anatole France, La Charité-sur-Loire, A. Delayance, 1924.

PréfacesModifier

  • Raymond Péricat, Être un homme, préface inédite et posthume de Madame Séverine, Courbevoie, La Cootypographie, [s. d.]
  • Gabriel Nigond, Les Contes de la Limousine, Paris, P. Ollendorff, 1912.
  • Henriette Sauret, Les Forces détournées, 1914-1917, Paris, Librairie d’action d’art de la ghilde « les Forgerons », 1918.
  • Henry Torrès, Histoire d’un complot, Paris, Éditions Clarté, 1921.
  • Stanislas Zwick, La voix qui s'étrangle, Paris, Daragon, 1909.

BibliographieModifier

  • Hugues Lapaire, Séverine, citoyenne de La Châtre en Berry, éditions du Gargaillou, Châteauroux, 40 p..
  • Paul Couturiau, Séverine, l’insurgée, Monaco, Éditions du rocher, 2001, 398 p., 24 cm. (ISBN 978-2-26804-054-7)
  • Christiane Demeulenaere-Douyère, Séverine & Vallès, ou Le Cri du peuple, Paris, Payot, 2003, 281 p., 22 cm. (ISBN 9782228897082) (CR: http://rh19.revues.org/index976.html).
  • Évelyne Le Garrec, Séverine (1855-1929), Vie et combats d'une frondeuse (postface de Bernard Noël), l'Archipel, 2009.
  • Françoise Blum, « Séverine ou la recherche d'une justice perdue », Mil neuf cent, no 11 « Comment sont-ils devenus dreyfusards ou anti-dreyfusards ? »,‎ , p. 94-100 (lire en ligne).

TéléfilmModifier

Dans Jaurès, naissance d'un géant, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe (), elle est interprétée par Florence Pernel.

Notes et référencesModifier

  1. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : SÉVERINE (Caroline RÉMY, dite).
  2. Évelyne Le Garrec, Séverine : une rebelle 1855-1929, Paris, Seuil, , 311 p. (ISBN 978-2-02006-112-4, OCLC 239742908, lire en ligne).
  3. Françoise Blum, « Séverine ou la recherche d’une justice perdue », Mil neuf cent, no 11,‎ , p. 94 (lire en ligne, consulté le 30 avril 2019)
  4. Le Guen, « Sac à Tout de Séverine : récit-photo pour enfants en 1903 », Contemporary French Civilization,‎ (lire en ligne)
  5. Séverine, citée en mai 1910 par le journaliste Léon Aumeran, dans le journal Le Progrès de Bel-Abbès : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5739964b.
  6. Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, Paris, La Découverte, coll. « Repères », , 126 p. (ISBN 978-2-70718-630-0, OCLC 1082443995), p. 74.
  7. Yannick Ripa, Les Femmes, actrices de l'histoire : France, de 1789 à nos jours, Paris, Armand Colin, coll. « U », , 2e éd., 239 p. (ISBN 978-2-20024-654-9, ISSN 1147-3878, lire en ligne).

Liens externesModifier