Nouveau Testament

ensemble des écrits relatifs à la vie de Jésus et à l'enseignement de ses premiers disciples qui ont été reconnus comme « canoniques »
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Le Nouveau Testament (en grec ancien : Ἡ Καινὴ Διαθήκη / Hê Kainề Diathếkê) est l'ensemble des écrits relatifs à la vie de Jésus et à l'enseignement de ses premiers disciples qui ont été reconnus comme « canoniques » par les autorités chrétiennes au terme d'un processus de plusieurs siècles. La liste des textes retenus par l'Église pour former le Nouveau Testament a été fixée en 363 lors du Concile de Laodicée ; cependant, elle ne comprenait pas encore le texte de l'Apocalypse.

Jésus-Christ va sous les yeux de Marie-Madeleine après sa Résurrection. Jésus-Christ est le personnage principal et l'objet du Nouveau Testament (fresque de Fra Angelico au couvent San Marco de Florence, XVe siècle).

Le mot « testament » vient du latin testamentum, « testament, témoignage », lui-même issu du grec διαθήκη (diathếkê), « testament, contrat, convention ». Le mot grec a un sens plus large que le mot latin, puisqu'il comporte la notion de contrat. Aussi certains préfèrent-ils le traduire par « alliance ».

Pour le christianisme, la Bible se compose de l'Ancien Testament (c'est-à-dire la Bible hébraïque) et du Nouveau Testament.

Les livres inclus dans le Nouveau TestamentModifier

 
La version de référence du Nouveau Testament en grec : le « Nestle-Aland ».

Liste des livresModifier

Le Nouveau Testament comprend, selon l'ordre du canon occidental :

Le canon se clôt à 27 livres par décision de l'Église au Concile de Rome en 382[1]. Le canon a été confirmé aux synodes régionaux de Carthage de 397 et de 419. Jusqu'aux dernières années du IVe siècle, il exclut l'épître aux Hébreux. Cette question n'est pas traitée dans les conciles œcuméniques de la fin du siècle. En dépit des décrets de Gélase, les littératures apocalyptiques autres que celle de Jean seront recopiées et tenues pour partie prenante du Nouveau Testament jusqu'au milieu du Moyen Âge (XIIIe siècle).

Certaines Églises orthodoxes n'ont pas inclus le livre Apocalypse dans leur canon[2]. Cette opposition aux littératures apocalyptiques a été une manifestation contre le millénarisme montaniste, attestée par Eusèbe de Césarée, puis par Grégoire de Naziance, Amphiloque d'Iconium (mort en 396) qui déclare à propos de l'Apocalypse[3] :

« Certains l'acceptent mais la plupart le disent inauthentique. »

L'école d'Antioche, avec Jean Chrysostome (347-407), Théodore de Mopsueste (393-466) s'en tient à un canon de 22 livres sans Apocalypse. Le concile In Trullo (692) ne règle rien[3].

Classement des livresModifier

Le classement des livres du Nouveau Testament n'est pas chronologique selon leur date d'écriture — qui n'est d'ailleurs pas connue avec précision (en raison du problème synoptique) — mais répond à une progression logique[4] :

  • la vie de Jésus, racontée selon différentes perspectives par quatre rédacteurs ;
  • l'histoire des débuts de l'Église primitive et en particulier la vie des apôtres Pierre et Paul ;
  • les Épîtres de Paul aux premières communautés chrétiennes (Épîtres « ecclésiastiques »), puis à des responsables (Épîtres « pastorales »), où il prodigue enseignement, conseils et éclaircissements sur la nouvelle foi ;
  • l’Épître aux Hébreux, d'un auteur inconnu, qui explique l'Ancien Testament à la lumière de l'œuvre de Jésus ;
  • Les épîtres universelles ou « catholiques » attribuées aux premiers disciples (Jacques « frère de Jésus », Pierre, Jean, Jude « frère de Jésus ») ;
  • l'Apocalypse, qui signifie « révélation », prophétie sur la fin des temps.

DatationModifier

La rédaction des différents ouvrages qui constituent le corpus néotestamentaire s'étale sur une période comprise entre 50[N 1] et 130[N 2] . Une partie de cette littérature est organisée sous forme canonique au IVe siècle et prend alors le nom de « Nouveau Testament »[5].

Les quatre ÉvangilesModifier

Évangiles synoptiquesModifier

Les Évangiles synoptiques sont les trois premiers Évangiles : selon Matthieu (Mt), selon Marc (Mc) et selon Luc (Lc). Mt et Lc ont en commun une grande partie de leurs récits et ont été vraisemblablement écrits à partir de deux sources communes : l'Évangile selon Marc et la source Q[6].

Évangile selon MatthieuModifier

L'Évangile selon Matthieu (Τὸ κατὰ Ματθαῖον εὐαγγέλιον) est le premier des quatre Évangiles canoniques que contient le Nouveau Testament[7]. Il est attribué par la tradition chrétienne à l'apôtre Matthieu, collecteur d'impôt devenu disciple de Jésus-Christ, mais cette attribution n'est pas reconnue par les historiens. En tout état de cause, ce texte date des années 70-80 ou 75-90, selon les chercheurs, et semble provenir d'Antioche, où vivait l'une des toutes premières communautés chrétiennes.

Ce premier évangile s'adresse avant tout aux Juifs pour leur démontrer à l'aide de l'Ancien Testament que Jésus-Christ est réellement le Fils de Dieu et l'Emmanuel (« Dieu avec nous ») depuis le début, le fils de David, l'héritier de tous les rois d'Israël et le Messie qu'ils espéraient. Dès l'entrée, Jésus est présenté comme Sauveur (cf. Mt 1,21), Emmanuel (1,23), roi (2,2), Messie ou Christ (2,4), Fils de Dieu (2,15), en accomplissement de toutes les prophéties.

Le nom de fils de David, qui lui est associé et qui revient en dix occurrences[8], présente Jésus comme le nouveau Salomon : en effet, Jésus s'exprime comme la Sagesse incarnée. En vertu du titre de Fils de l'homme, qui parcourt l'évangile, et qui provient du prophète Daniel et du Livre d'Hénoch, Jésus se voit doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre.

Évangile selon MarcModifier

L'Évangile selon Marc (Τὸ κατὰ Μάρκον εὐαγγέλιον) est le deuxième (par sa place) des quatre Évangiles canoniques et aussi le plus bref[9]. Il est probablement le plus ancien, avec une date de rédaction située en 65-70 ou 65-75 selon les chercheurs.

Sa rédaction est attribuée à Marc, identifié par la tradition chrétienne au Marc compagnon de Paul, puis de Pierre, que l'on connaît par le Nouveau Testament, spécialement les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul et de Pierre. Pour les historiens, le personnage de Marc est plus difficile à cerner.

Évangile selon LucModifier

L'Évangile selon Luc (Τὸ κατὰ Λουκᾶν εὐαγγέλιον) a pour auteur Luc (médecin et selon la tradition chrétienne, compagnon de Paul)[10]. C'est le plus long des quatre Évangiles retenus dans le Nouveau Testament. Il raconte la vie du Christ, même s'il ne l'a pas connu personnellement.

Luc a composé également les Actes des Apôtres, qui sont la suite de son évangile et narrent les débuts de l'Église chrétienne[11]. Les deux livres sont dédiés à « Théophile » (« ami de Dieu »), personnage réel ou fictif, figure de tous les « amis de Dieu ». Le fait que Luc soit l'auteur de ces deux textes est généralement admis par les historiens, non pas en raison de la dédicace commune ni même parce que le livre des Actes se présente comme la suite de l'évangile lucanien, que leurs styles littéraires sont identiques[11] et qu'ils constituent un « ensemble littéraire à deux volets, dont l'homogénéité littéraire est avérée »[12]. L'exégèse contemporaine retient généralement que les deux ouvrages sont à dater des années 80-90.

Évangile selon JeanModifier

L’Évangile selon Jean (en grec Τὸ κατὰ Ἰωάννην εὐαγγέλιον, To kata Iōánnēn euangélion) est le dernier des quatre évangiles du Nouveau Testament. La tradition l'a attribué à l'un des disciples de Jésus, l'apôtre Jean de Zébédée. Cette attribution a été rejetée par la plupart des historiens modernes, pour lesquels ce texte provient d'un auteur anonyme ou d'une communauté johannique et date de la fin du Ier siècle. L'attribution de l'évangile à un Jean le Presbytre, distinct du fils de Zébédée, a été défendue par quelques exégètes[13] mais l'hypothèse, ne reposant sur aucun témoignage explicite de la part de la tradition pas plus qu'elle ne peut se fonder sur le quatrième évangile lui-même, reste conjoncturelle et peine à convaincre[14]. Les chercheurs s'accordent à voir dans ce texte le plus tardif des quatre évangiles canoniques, daté par les historiens des années 90-95.

Cet évangile se démarque des trois autres par des différences notables par rapport aux synoptiques notamment au niveau de son plan, de sa christologie, de sa composition, son style poétique, sa théologie, et probablement par ses sources[15].

Dans la doctrine trinitaire, l'Évangile selon Jean est le plus important en matière de christologie, car il énonce la divinité de Jésus[16]

Les Actes des ApôtresModifier

Le récit des Actes des Apôtres, cinquième livre du Nouveau Testament, est la seconde partie de l’œuvre dédicacée à Théophile et attribuée à Luc, la première partie étant l'Évangile selon Luc[17]. Le récit débute avec l'Ascension suivie de la Pentecôte et relate les débuts de l'Église primitive qui se constitua autour des Apôtres à Jérusalem et se répandit ensuite en Judée, Galilée et Samarie et dans les communautés juives de la diaspora, avant de se séparer d'elles.

Les Épîtres de PaulModifier

Parmi les Épîtres de Paul, 13 sont explicitement attribuées à Paul (l'Épître aux Hébreux étant anonyme)[18]:

 
Saint Paul en prison, par Rembrandt, 1627.

Seules 7 d'entre elles sont jugées authentiques par la majorité des historiens : Rm, 1 Co, 2 Co, Ga, Ph, 1 Th et Phm. On les appelle « épîtres proto-pauliniennes »[19].

Les autres sont les 3 « épîtres deutéro-pauliniennes », écrites par des disciples proches de Paul (Ép, Col et 2 Th), et enfin les 3 « épîtres trito-pauliniennes » ou « pastorales », dues à des disciples plus tardifs (1 Tm, 2 Tm et Tt)[19],[20].

On peut grouper ces lettres selon les thèmes traités et l'époque à laquelle elles ont probablement été écrites :

  • lettres à dominante eschatologique (les deux lettres aux Thessaloniciens ; la première aux Corinthiens) ;
  • lettres traitant de l'actualité du salut et de la vie des communautés (les deux lettres aux Corinthiens, lettres aux Galates, aux Philippiens et aux Romains) ;
  • lettres dites « de captivité » (l'épître à Philémon date de cette époque) qui parlent du rôle cosmique du Christ (Col ; Eph) ;
  • lettres dites « pastorales », traitant de l'organisation des communautés (épîtres 1 et 2 à Timothée et celle à Tite).

D'après un passage de l'Épître aux Romains, les lettres auraient été dictées à un secrétaire[21].

Épîtres universellesModifier

Les Épîtres universelles ou Épîtres catholiques viennent immédiatement après les Épîtres de Paul. Ce sont une épître de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean et une de Jude[22]. On les appelle universelles ou catholiques car elles étaient adressées à un public plus large que celui des épîtres de Paul, c'est-à-dire à l'Église entière ou universelle au lieu d'une église purement locale comme celle d'Éphèse ou de Corinthe. Les Épîtres catholiques font partie du canon protestant aussi bien que de celui des Églises catholique et orthodoxe.

ApocalypseModifier

L’Apocalypse ou Apocalypse de Jean ou encore livre de la Révélation, également appelé Révélation de Jésus-Christ, est le dernier livre du Nouveau Testament canonique[23].

L'œuvre a été composée vers la fin du Ier siècle[24] par un auteur nommé Jean, censé résider à Patmos au moment de l’écriture du texte, et que la tradition a identifié parfois à l'apôtre Jean fils de Zébédée ou à Jean le Presbytre.

NotesModifier

  1. La première lettre de Paul aux Thessaloniciens est la plus ancienne du Nouveau Testament ; cf. François Vouga, Introduction au NT, p. 158
  2. La deuxième épitre de Pierre est la plus tardive du Nouveau Testament ; cf. Jacques Schlosser, Introduction au NT, p. 464-465

RéférencesModifier

  1. Lee Martin McDonald, The Formation of the Biblical Canon: Volume 2: The New Testament: Its Authority and Canonicity, Bloomsbury Publishing, UK, 2017, p. 317
  2. Lee Martin McDonald, The Formation of the Biblical Canon: Volume 2: The New Testament: Its Authority and Canonicity, Bloomsbury Publishing, UK, 2017, p. 308
  3. a et b Jean-Daniel Kaestli, « Le canon du Nouveau Testament », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 9782830912890), p. 498-499
  4. David E. Aune, The Blackwell Companion to The New Testament, John Wiley & Sons, USA, 2010, p. 2
  5. Jean-Daniel Kaestli, Introduction au NT, p. 497-499
  6. David E. Aune, The Blackwell Companion to The New Testament, John Wiley & Sons, USA, 2010, p. 6
  7. D. A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 136-137
  8. Bible de Jérusalem, 1998, page 1671.
  9. D. A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 177-180
  10. D. A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 212-215
  11. a et b Raymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993, p. 82 (ISBN 978-2-204-11305-2).
  12. Daniel Marguerat, « L'Évangile selon Luc », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 9782830912890), p. 106
  13. Jean Colson, L’Énigme du disciple que Jésus aimait, Paris, Beauchesne, 1969 ; Oscar Cullmann, Le Milieu johannique, étude sur l’origine de l’évangile de Jean, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1976 ; François Le Quéré, Recherches sur saint Jean, F.-X. de Guibert, 1994 ; Joseph A. Grassi, The Secret Identity of the Beloved Disciple, New York, Paulist Press, 1992 ; , James H. Charlesworth, The Beloved Disciple, Valley Forge, Trinity, 1995 ; Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, Paris, Seuil, 1996.
  14. Jean Zumstein, « L'évangile selon Jean », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 9782830912890), p. 387
  15. Burnet 2004, p. 68
  16. Une discussion technique détaillée se trouve dans l'article de Raymond E. Brown : « Does the New Testament call Jesus God? » in Theological Studies, n° 26 (1965), p. 545-73.
  17. Daniel Marguerat, in Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, 4e éd. (ISBN 978-2-227-48708-6), p. 512-513.
  18. Everett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity: Second Edition, Routledge, USA, 2013, p. 208
  19. a et b François Vouga, « Le corpus paulinien », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 9782830912890), p. 164-165
  20. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF/Nouvelle Clio, 2006 (ISBN 978-2-13-052877-7), p. 415.
  21. Rm 16. 22
  22. Celia Brewer Marshall, Celia B. Sinclair, A Guide Through the New Testament, Westminster John Knox Press, USA, 1994, p. 119
  23. Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, éd. Bayard, 2011, p. 830.
  24. Raymond E. Brown, op. cit., p. 831.

BibliographieModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier