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Le concile in Trullo ou Quinisexte réunit de 691 à 692, à l'initiative de l'empereur Justinien II, la hiérarchie de l'Église trinitaire dans le prolongement des IIe et IIIe conciles œcuméniques de Constantinople, réunis en 553 puis en 680681. L'idée impériale d'organiser l'Église en cinq patriarcats, déjà explicite dans la législation de l'empereur Justinien du VIe siècle[1], n'a jamais été acceptée par l'Église de Rome car aux yeux de la papauté il n'appartient pas au pouvoir séculier d'organiser la chrétienté et il ne peut y avoir qu'une seule Église, dont le siège doit être celui de Rome[2],[3].

Le Concile in Trullo s'ouvre à l'automne 691 dans une pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos »). Il rassemble 220 évêques, dans leur grande majorité (183) issus du patriarcat de Constantinople. Les actes du Concile in Trullo sont incomplets mais les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et Jérusalem semblent avoir été présents ; quant au pape romain, il figure sur les listes des signataires, mais l'historiographie latine ultérieure conteste ces listes et affirme qu'il n'était pas présent et qu'aucune preuve ne confirme qu'il ait été représenté par Basile, évêque de Gortyne dans l'ancienne Illyrie (de rite latin), qui apparaît dans ces listes comme légat pontifical.

Justinien II réunit ce concile pour mettre fin à la décadence des mœurs qui afflige, selon lui, l'Empire et l'Église, en réformant le droit canonique.

Face à la situation qui fait que certains prêtres se mariaient après leur ordination, en dépit règles canoniques, deux positions coexistent : celle des Églises d'Orient, et celle de l'Église romaine. Conformément au dans le canon 3, l'Église d'Orient décide que ceux qui n'auront pas voulu reconnaître leur faute seront déposés de leur charge, tandis que ceux qui auront rompu avec cette union et s'en seront repentis (ou dont l'épouse sera décédée) seront également déposés, mais continueront à garder la préséance due à leur rang[4]. L’Église romaine prend, quant à elle, une position beaucoup plus stricte à ce sujet conforme au canon 6 qui interdit pour les prêtres et les diacres de contracter mariage après leur ordination[4]. Le pape Serge Ier refusa d’entériner l’ensemble des 102 canons du concile in Trullo. Justinien II ordonna alors de l’appréhender pour le faire comparaître devant le tribunal impérial, comme on avait procédé avec Martin Ier en 653, qui y mourut martyr. Mais les milices de Rome et de Ravenne s’opposèrent fermement à l’arrestation du pape, et Justinien II fut renversé peu après, ce qui sauva le pontificat et probablement la vie du pape Serge Ier[5]. Il n’en reste pas moins que ce concile allait accentuer les divergences ecclésiologiques entre l’Église romaine et les Églises orientales.

La Pentarchie autour de l'an 1000. Intérieur blanc : conquis par les califats islamiques. Liséré blanc : temporairement occupé par les califats ou les émirats islamiques. Flèches : expansion.

Sommaire

CanonsModifier

Le concile édicte 102 canons. Les premiers proclament la fidélité aux six premiers conciles œcuméniques et aux canons transmis par la Tradition. Parmi ces derniers, les Pères effectuent un tri : les Constitutions apostoliques (à ne pas confondre avec les canons dits « des apôtres ») sont rejetées ; sont acceptés les canons « des saints hiérarques » (Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Cyrille d'Alexandrie, etc.).

Ils abordent ensuite la discipline des clercs, la vie monastique et les laïcs. S'agissant des clercs, ils ordonnent le retour dans leur province de ceux qui en avaient été chassés par les Slaves, les Avars, les Perses ou les Arabes (canon 18). Lorsque c'est physiquement impossible, ils accordent aux évêques dans ce cas de conserver leur rang et leurs prérogatives, ébauchant ainsi ce qui deviendra le titre in partibus infidelium (canon 37). Ils réaffirment Constantinople comme le second patriarcat, derrière Rome mais devant les autres, jouissant des mêmes honneurs que Rome (canon 36).

Le concile s'efforce de bien séparer les clercs du reste des fidèles, avec lesquels ils tendaient à se confondre. Les Pères rappellent l'interdiction de pratiquer le prêt à intérêt (canon 10) et de la simonie, et en particulier interdisent de faire payer les fidèles pour l'administration de l'Eucharistie (canons 22 et 23). Pour combattre vices et perversions, le concile in Trullo interdit aux clercs de tenir des popines (tavernes et/ou bordels : canon 9 et 86), de répudier leur épouse au nom de leur sacerdoce, et stigmatise le célibat des prêtres (pratiqué à Rome depuis longtemps) et interdit à ces derniers de renvoyer leur femme au nom de leur sacerdoce ; pour qu'on les reconnaisse, il exige qu'ils portent une soutane, ne rasent ni coupent barbe et chevelure mais les tressent ou nouent (voir Pope : canons 21 et 27). Comme les conciles antérieurs, ce concile réaffirme la nécessité de l'incardination (rattachement d'un clerc à une église particulière) et défend aux clercs de changer d'église sans autorisation de l'évêque (canon 17). De même, il récuse la « coutume arménienne », c'est-à-dire l'hérédité de la prêtrise, et fixe de nouveau l'âge minimal de l'ordination : 30 ans pour le presbytérat, 25 ans pour le diaconat et 20 ans pour le sous-diaconat (canons 14 et 15).

En ce qui concerne la vie familiale, les Pères se bornent à confirmer la législation antérieure : ils condamnent l'avortement, le mariage par rapt ou encore l'abandon d'une épouse légitime en vue d'un remariage.

Pour la première fois dans l'histoire de l'Église, un concile prend une décision au sujet des images saintes : il rejette (canon 82) les images animales du Christ (par exemple celle de l'Agneau pascal) au bénéfice de son image humaine, seule jugée historique et réelle. C'était là l'ébauche d'une théologie de l'icône, avant les développements qui auront lieu, en 787, lors du deuxième concile œcuménique de Nicée.

L'Église catholique n'a jamais reconnu la validité des canons du concile in Trullo.

BibliographieModifier

  • Concilium Constantinopolitanum a. 691/2 in Trullo habitum. H. Ohme (ed.) Acta conciliorum oecumenicorum, Series Secunda II: Concilium Universale Constantinopolitanum Tertium, Pars 4. (ISBN 978-3-11-030853-2). Berlin/Boston Oktober 2013.
  • G. Dagron, P. Riché et A. Vauchez, Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome IV « Évêques, moines et empereurs (610–1054) », Desclée, 1993 (2-7189-0614-6), p. 60–69 ;
  • V. Laurent, « L'œuvre canonique du concile in Trullo (691-692) », Revue des études byzantines 23 (1965), p. 7–41 ;
  • H. Ohme : Das Concilium Quinisextum — neue Einsichten zu einem umstrittenen Konzil, dans Orientalia Christiana Periodica 58 (1992), p. 367–400,
  • H. Ohme: Das Concilium Quinisextum und seine Bischofsliste, W. de Gruyter, Berlin et New York, 1990.
  • George Nedungatt: The council of Trullo revisited: Ecumenism and the canon of the councils, dans Theological Studies, Vol.71, septembre 2010, p. 651-676.

RéférencesModifier

  1. Georgică Grigoriţă, L'autonomie ecclésiastique selon la législation canonique actuelle de l'Église orthodoxe et de l'Église catholique : étude canonique comparative, Rome, Gregorian Biblical BookShop, , 616 p. (ISBN 9788878391901, lire en ligne), p. 62
  2. (en) « Pentarchy », sur Encyclopædia Britannica, (consulté le 23 novembre 2017) : « the popes of Rome always opposed the idea of pentarchy »
  3. (en) Steven Runciman, The Eastern Schism: A Study of the Papacy and the Eastern Churches During the XIth and XIIth Centuries
  4. a et b (fr) canons du 6e concile de Constantinople dit concile "in trullo"
  5. François Artaud de Montor, Italie (Firmin Didot Frères, 1852, p. 47

Liens externesModifier