Concile in Trullo

Concile œcuménique

Concile in Trullo
Informations générales
Numero Sixième
Convoqué par Justinien II
Début 691
Fin 692
Lieu Constantinople
Organisation et participation
Pères conciliaires 220
Nombre d'éveques 220
Nombre de patriarches 4
Documents et déclarations
Canons 102
Liste des conciles

Le concile in Trullo, appelé parfois Quinisexte ("Cinquième-sixième") ou sixième Concile oecuménique pour ceux qui considèrent les deux conciles (Constantinople III et le concile in Trullo) comme un ensemble[1],[2], est un concile réuni de 691 à 692, à l'initiative de l'empereur Justinien II, de la hiérarchie de l'Église apostolique dans le prolongement des IIe et IIIe conciles œcuméniques de Constantinople.

L'idée impériale d'organiser l'Église en cinq patriarcats, déjà explicite dans la législation de l'empereur Justinien du VIe siècle[3] et dans les canons du Concile de Chalcédoine[4],[5], est exprimée une nouvelle fois dans ce Concile. La reconnaissance du Concile comme œcuménique est sujette à caution : le pape Jean VIII (ainsi que le pape Adrien Ier selon toute vraisemblance) ne recevant que les canons qui ne s'opposent pas à la discipline romaine, en particulier sur la question du célibat sacerdotal ou de la primauté romaine[6],[7].

Le Concile in Trullo s'ouvre à l'automne 691 dans une pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos »). Il rassemble 220 évêques. Les actes du Concile In Trullo sont incomplets mais les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et Jérusalem semblent avoir été présents ; quant au pape romain, une place fut laissée vacante pour sa signature, qui fut ensuite remplie par le pape Adrien Ier[2],[1].

Les premiers canons du Concile de Nicée II, en 787, approuvent les décisions du Concile in Trullo[1].

Le pape Serge Ier refusa d’entériner l’ensemble des 102 canons du concile in Trullo. Cependant, ils furent au moins en partie approuvés par le pape Adrien Ier dans sa lettre au patriarche Taraise de Constantinople, dans laquelle considère que les canons d'In Trullo, du moins ceux « promulgués à bon droit et selon la volonté divine »[7] lors de l'assemblée relèvent du sixième Concile œcuménique. Il en va de même pour Jean VIII, qui, rapporté par Anastase le Bibliothécaire, déclare recevoir les canons tant qu’« ils se sont pas en opposition avec la foi orthodoxe, avec les bonnes mœurs et les décrets de Rome. »[6] Toutefois, le caractère très oriental des canons et leur teneur essentiellement disciplinaire conduira peu à peu l'Eglise d'Occident à cesser de s'y référer.

CanonsModifier

Le concile édicte 102 canons. Les premiers proclament la fidélité aux six premiers conciles œcuméniques et aux canons transmis par la Tradition. Parmi ces derniers, les Pères effectuent un tri : les Constitutions apostoliques (à ne pas confondre avec les canons dits « des apôtres ») sont rejetées ; sont acceptés les canons « des saints hiérarques » (Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Cyrille d'Alexandrie, etc.).

Ils abordent ensuite la discipline des clercs, la vie monastique et les laïcs. S'agissant des clercs, ils ordonnent le retour dans leur province de ceux qui en avaient été chassés par les Slaves, les Avars, les Perses ou les Arabes (canon 18). Lorsque c'est physiquement impossible, ils accordent aux évêques dans ce cas de conserver leur rang et leurs prérogatives, ébauchant ainsi ce qui deviendra le titre in partibus infidelium (canon 37). Ils réaffirment Constantinople comme le second patriarcat, derrière Rome mais devant les autres, jouissant des mêmes honneurs que Rome (canon 36).

Le concile s'efforce de bien séparer les clercs du reste des fidèles, avec lesquels ils tendaient à se confondre. Les Pères rappellent l'interdiction de pratiquer le prêt à intérêt (canon 10) et de la simonie, et en particulier interdisent de faire payer les fidèles pour l'administration de l'Eucharistie (canons 22 et 23). Pour combattre vices et perversions, le concile in Trullo interdit aux clercs de tenir des popines (tavernes et/ou bordels : canon 9 et 86), de répudier leur épouse au nom de leur sacerdoce, et stigmatise le célibat des prêtres (pratiqué à Rome depuis longtemps) et interdit à ces derniers de renvoyer leur femme au nom de leur sacerdoce ; pour qu'on les reconnaisse, il exige qu'ils portent une soutane, ne rasent ni coupent barbe et chevelure mais les tressent ou nouent (voir Pope : canons 21 et 27). Comme les conciles antérieurs, ce concile réaffirme la nécessité de l'incardination (rattachement d'un clerc à une église particulière) et défend aux clercs de changer d'église sans autorisation de l'évêque (canon 17). De même, il récuse la « coutume arménienne », c'est-à-dire l'hérédité de la prêtrise, et fixe de nouveau l'âge minimal de l'ordination : 30 ans pour le presbytérat, 25 ans pour le diaconat et 20 ans pour le sous-diaconat (canons 14 et 15).

En ce qui concerne la vie familiale, les Pères se bornent à confirmer la législation antérieure : ils condamnent l'avortement, le mariage par rapt ou encore l'abandon d'une épouse légitime en vue d'un remariage.

Pour la première fois dans l'histoire de l'Église, un concile prend une décision au sujet des images saintes : il rejette (canon 82) les images animales du Christ (par exemple celle de l'Agneau pascal) au bénéfice de son image humaine, seule jugée historique et réelle. C'était là l'ébauche d'une théologie de l'icône, avant les développements qui auront lieu, en 787, lors du deuxième concile œcuménique de Nicée.

RéférencesModifier

  1. a b et c J. K. von Hefele (De plus, Hefele rajoute que l'argument de la vacance du pape Sergius au moment de la signature du Concile in Trullo n'est pas valide car il précise qu'au concile suivant : « Nous ne devons pas être surpris que le VIIe concile œcuménique de Nicée, attribuant au VIe concile œcuménique les canons du Concile in Trullo, ait parle de ceux-ci dans le sens des Grecs, car ce VIIe concile œcuménique fut compose presque exclusivement de Grecs. II reconnut, dans son canon 1er, ceux du concile in Trullo, mais il ne faut pas oublier que les canons du VIIe concile œcuménique n'ont pas non plus été approuvés par le Saint-Siège»), Histoire des Conciles, t. III (lire en ligne), deuxième partie, page 578-580
  2. a et b Steven Runciman, Le Schisme d'Orient : La papauté et les Eglises d'Orient. XIe - XIIe siècles, Les Belles Lettres,
  3. Georgică Grigoriţă, L'autonomie ecclésiastique selon la législation canonique actuelle de l'Église orthodoxe et de l'Église catholique : étude canonique comparative, Rome, Gregorian Biblical BookShop, , 616 p. (ISBN 978-88-7839-190-1, lire en ligne), p. 62
  4. (en) « Canons du Concile de Chalcédoine en anglais »
  5. « Canons du Concile de Chalcédoine »
  6. a et b Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum concilium nova et amplissima collectio, XII (lire en ligne), col. 982
  7. a et b Jacques-Paul Migne, Patrologie Latine, 96 (lire en ligne), col. 1236

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Concilium Constantinopolitanum a. 691/2 in Trullo habitum. H. Ohme (ed.) Acta conciliorum oecumenicorum, Series Secunda II: Concilium Universale Constantinopolitanum Tertium, Pars 4. (ISBN 978-3-11-030853-2). Berlin/Boston Oktober 2013.
  • G. Dagron, P. Riché et A. Vauchez, Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome IV « Évêques, moines et empereurs (610–1054) », Desclée, 1993 (2-7189-0614-6), p. 60–69
  • J. Hefele- H. Leclercq, Histoire des conciles, t. 3/2, Paris, 1909, p. 560-581.
  • V. Laurent, « L'œuvre canonique du concile in Trullo (691-692) », Revue des études byzantines 23 (1965), p. 7–41
  • H. Ohme : Das Concilium Quinisextum — neue Einsichten zu einem umstrittenen Konzil, dans Orientalia Christiana Periodica 58 (1992), p. 367–400,
  • H. Ohme: Das Concilium Quinisextum und seine Bischofsliste, W. de Gruyter, Berlin et New York, 1990.
  • George Nedungatt: The council of Trullo revisited: Ecumenism and the canon of the councils, dans Theological Studies, Vol.71, septembre 2010, p. 651-676.

Liens externesModifier