Épître de Jacques

livre du Nouveau Testament

Épître de Jacques
Image illustrative de l’article Épître de Jacques
L'Épître de Jacques dans la Minuscule 319 (Gregory-Aland), manuscrit anonyme du XIIe siècle, f 85.

Auteur traditionnel Jacques
Datation traditionnelle vers 62 selon la tradition chrétienne ; fin du Ier siècle ou début du IIe siècle pour les historiens
Nombre de chapitres 5
Canon chrétien Épîtres catholiques

L'Épître de Jacques est l'une des Épîtres catholiques du Nouveau Testament.

Auteur et datationModifier

La lettre est envoyée par « Jacques, serviteur de Dieu et de Jésus Christ, aux douze tribus de la Dispersion » (Jc 1,1). La tradition l'a attribuée à Jacques le Mineur[1], qui est selon André Paul le « frère de Jésus », à la tête de l'Église de Jérusalem. La majorité des historiens contemporains distinguent désormais Jacques le Mineur et le frère de Jésus, Jacques le Juste, juif pieux et dirigeant de la communauté judéo-chrétienne hiérosolymitaine.[réf. nécessaire]

Plusieurs personnages se prénomment en effet Jacques dans le Nouveau Testament : Jacques de Zébédée, également nommé Jacques le Majeur, l'un des Douze, frère de l'apôtre Jean ; Jacques d'Alphée, un autre des Douze, souvent mis en rapport avec Thaddée et surnommé Jacques le Mineur dans la tradition romaine ; un autre Jacques, faisant lui aussi partie des Douze, et qui serait le père ou le frère de l'apôtre Jude (mais il reste quasiment inconnu et la tradition ne l'a pas étudié) ; enfin, Jacques le Juste, frère (ou, selon l'Église latine, cousin) de Jésus, qui joue un rôle considérable dans l'Église de Jérusalem[2].

Toutefois, l'attribution pseudonymique de l'Épître de Jacques à l'un ou l'autre de ces personnages n'a plus cours aujourd'hui parmi les spécialistes : le rédacteur de l'épître semble plutôt être un « chrétien cultivé d'origine païenne de la deuxième ou de la troisième génération chrétienne », le texte datant de la fin du Ier siècle ou du premier tiers du IIe siècle[3]. Il est écrit en un grec de bonne qualité, par un auteur s'exprimant avec autorité[4].

Eusèbe de Césarée contestait déjà cette attribution :

« On dit qu'il [Jacques, frère du Seigneur] est l'auteur de la première des épîtres appelées catholiques. Mais il faut savoir qu'elle n'est pas authentique : en tout cas peu des anciens en ont fait mention... Cependant nous savons que ces lettres sont lues publiquement avec les autres, dans un très grand nombre d'églises. » (Histoire ecclésiastique, II, 23, 24).
« Parmi les livres contestés, mais reçus pourtant par le plus grand nombre, il y a l'épître attribuée à Jacques... » (Ibid., III, 25, 3).

RésuméModifier

L'épître contient quelques énoncés clairs concernant l'application pratique de la religion, notamment le conseil important du chapitre 1 que si quelqu'un manque de sagesse, il demande l'aide de Dieu (Ja 1:5–6). Le chapitre 2 parle de la foi et des œuvres. Les chapitres 3 et 4 parlent de la nécessité de surveiller sa langue et exhortent les saints à ne pas médire les uns des autres. Le chapitre 5 dénonce les riches; il encourage les saints à faire preuve de patience et à appeler les anciens pour avoir une bénédiction quand ils sont malades ; il enseigne aussi les bénédictions que l'on a lorsque l'on contribue à la conversion d'autres personnes.[réf. nécessaire]

ContenuModifier

Les tentations de la vie ne peuvent pas venir de Dieu (Jc 1:13) : chaque tentation vient de notre propre convoitise. Le culte qu'on lui rend doit comporter des actes de démonstration de sa foi. Une attitude préférentielle pour les choses courantes du monde (matérialisme, égoïsme, etc.) entrave les relations que l'on peut avoir avec Dieu.

Dans les premier et troisième chapitres, Jacques met en garde contre les dangers de la parole. Il exhorte les chrétiens à écouter les autres plus que vouloir parler. Il leur conseille également de ne pas avoir comme but de devenir prêcheurs ou enseignants, car quiconque prêche a la responsabilité de l'enseignement qu'il donne à ses élèves. Il met l'accent sur les dangers du péché par omission, le bien qu'on pourrait faire et qu'on ne fait pas. Son enseignement se base sur la pratique, prône la foi authentique, la prière de la foi. Gagner des âmes.

Outre la vive critique des pratiques pauliniennes, éloignées des synagogues, les mentions proprement chrétiennes demeurent discrètes (seulement deux mentions de Jésus-Christ, en dehors de celles au Seigneur qui peuvent se référer à YHWH) ; le texte, à la christologie limitée et aisément compréhensible d'un juif, peut être vu comme un midrash chrétien, une « encyclique » présentant le message du Christ comme la forme la plus parfaite du judaïsme. Peut-être le bref écrit est-il un des flambeaux sauvegardé d'une « contre-offensive chrétienne » (ou plutôt judéo-chrétienne) à l'égard d'un judaïsme fortement ébranlé par la destruction du Temple et non encore regroupé sous l'orthodoxie pharisienne [4]?

Qu'elle soit écrite par un païen ou un juif hellénophone, la lettre semble pour de nombreux spécialistes destinées à des judéo-chrétiens, voire des juifs de la Diaspora[5].

AnalyseModifier

Selon Luther, une « épître de paille »Modifier

Luther qualifiait l'Épître de Jacques d'« épître de paille » pour signifier sa réserve à son égard (« stroern Epistel »[6]), car elle lui paraissait refuser la théologie de l’apôtre Paul de la justification par la foi[3] (« une Épître de paille car elle n'a pas la manière de l'Évangile », Préface au Nouveau Testament en Allemand, Luther, 1522[6]). Il va même jusqu'à écrire dans la Préface aux épîtres de saint Jacques et de saint Jude : « Mais pour en dire ma pensée, et sans vouloir blesser personne, je ne la [l'épître de Jacques] tiens pas pour l'œuvre d'un Apôtre »[7]

Le développement :

(Jc 2,14-26) « À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : " J'ai la foi ", s'il n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? [...] Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. [...] Comme le corps sans l'âme est mort, de même la foi sans les œuvres est-elle morte. »

semble s'opposer à la doctrine du salut par la foi sans les œuvres de la Loi, exposée par Paul dans :

(Rm 10,4) « Car la fin de la Loi, c'est le Christ pour la justification de tout croyant. »
et
(Ga 2,16) « sachant que l'homme n'est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d'obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié. »
Philippe Melanchthon, disciple de Martin Luther, défendit l'épître dans son Apologie, n'y voyant pas cette contradiction qui rebutait Luther. Ce que Luther lui reprocha (Propos de table ch.XLVI éd. Sauzin).
Il faut dire que l'Épître de Jacques était utilisée par les adversaires catholiques de Luther pour critiquer sa théorie de la justification par la foi seule (Jean Eck, disputatio de Leipzig, 1519). Dans le dernier Commentaire sur la Genèse, écrit à la fin de sa vie, Luther s'exclame : "Que nos adversaires nous laissent donc en paix avec ce Jacques qu'ils nous opposent toujours !" (Gen. 22, Ex. V).

Analyse de Claude Simon MimouniModifier

Pour Claude Simon Mimouni, reprenant l'expression de Luther, c'est surtout du fait que cette lettre ne « montre pas le Christ, contrairement à l'épître aux Romains et l'Evangile selon Jean, qu'elle est qualifiée « de paille » ». Selon lui, cette épître pour laquelle rien ne s'oppose à l'attribution à Jacques, le « Frère du Seigneur », n'est de paille que relativement à ces deux textes. Au contraire, il relève que cette lettre pose « un large regard sur certains aspects de la vie des communautés chrétiennes ». Il souligne que le grec de la lettre est considéré comme l'un des meilleurs de tous les écrits incorporés dans le Nouveau Testament. Son vocabulaire, toujours précis, est riche en hapax legomena : il en dénombre 63, dont 45 dérivent de la Septante (ou LXX), 18 sont inédits, 4 sont absents de tous les écrits de la koinè. Le style est excellent, tant du point de vue de la grammaire que de la syntaxe. Selon Claude Simon Mimouni, ce texte « doit être considéré comme un témoin important de la pensée du « Frère du Seigneur » et aussi de la communauté chrétienne d'origine judéenne de Jérusalem »[8].

Sur le plan de la prédication morale, Claude Simon Mimouni considère que la lettre entretient des relations avec les écrits grecs stoïciens et la morale grecque (Sénèque et Epictète). Les affinités avec les écrits judéens orientent vers les textes sapientiaux. L'auteur de l'épître utilise ces derniers pour en tirer des leçons de morale pratique, mais il dépend aussi des enseignements de Jésus de Nazareth. Pour Mimouni : « On y retrouve, en effet, sans cesse la pensée du Messie Jésus, moins par mode de citations expresses tirées d'une tradition écrite que par utilisation d'une tradition orale. (...) L'auteur de cette lettre apparaît comme un sage plutôt chrétien d'origine judéenne (...) qui repense de façon originale les maximes de la sagesse judéenne traditionnelle en fonction de l'accomplissement messianique représenté par Jésus, et ce selon une perspective apocalyptique. »[8]

La lettre manifeste une grande connaissance de la Bible dans sa version grecque (Septante). L'épître entretient des liens avec les écrits pauliniens pour lesquels Claude Simon Mimouni pointe 10 cas dans lesquels il y a confrontation. Il relève en revanche des affinités avec l’Évangile selon Matthieu : ce sont des ressemblances qui, dans 23 cas au moins, portent avant tout sur les thèmes abordés plutôt que sur les termes utilisés. Mimouni pense donc à l'utilisation comme document commun de la Source Q, plutôt qu'a une dépendance directe entre les deux écrits (surtout en ce qui concerne le Sermon sur la montagne). Plus généralement, « l'argumentation de l'épître tend à s'opposer à une compréhension de la doctrine chrétienne qui entend distinguer la croyance des œuvres. (...) À partir d'une prédication morale, l'auteur veut aborder des questions théologiques qui touchent la compréhension chrétienne de la Loi. » Ainsi, Mimouni pointe que la prédication morale de l'épître « porte essentiellement sur les rapports sociaux entre les riches et les pauvres dans les communautés chrétiennes ». Les questions théologiques, elles, « ne sont traitées que par affleurement, comme justification de la prédication morale ». Mimouni observe que « pour l'auteur, il n'y a qu'un seul dieu et Jésus est son messie, le Sauveur dont le nom est invoqué sur les croyants et les malades. La compréhension de la Loi avancée par l'auteur dans sa lettre est un refus de la justification par la croyance aux seuls dépens des œuvres : l'accomplissement total de la Loi (croyance + œuvres) permet d'accéder au salut - on est très proche de la perspective que l'on rencontre en Mt 5, 17 (« N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir »). »[8]

Notes et référencesModifier

  1. PAUL, « JACQUES LE MINEUR saint (Ier s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne]. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-le-mineur-saint/
  2. André Benoit, « Les personnages de l'Évangile nommés Jacques », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000 (ISBN 978-2-07-041114-6), p. 246-250.
  3. a et b François Vouga, « L'Épître de Jacques », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 438-440.
  4. a et b Etienne Trocmé, L'enfance du christianisme (Pluriel), Hachette (ISBN 978-2-01-270541-8), chapitre 10
  5. « On a parfois été jusqu'à dire que l'épître était un document juif, à peine christianisé par deux mentions du "Seigneur Jésus-Christ" ». Étienne Trocmé, op.cit. Outre la justification par la foi, seule, le professeur remarque d'autres signes anti-pauliniens : critique contre « les riches » qui ont pu soutenir les communautés pauliniennes en dehors des synagogues ; désapprobation des prises de paroles collectives en assemblée (Jc, 3, 1-18), intolérables pour un auteur habitué aux règles des synagogues. « La conception de Dieu [y est] entièrement juive. Il n'est nulle part question du Saint -Esprit ». En outre, Trocmé postule une « date [d']à peu près 80 de notre ère ».
  6. a et b (de) Das Newe Testament Deutzsch (trad. Martin Luther, préf. Martin Luther), Wittenberg, (lire en ligne), « Vorrhede »
  7. (de) Das Newe Testament Deutzsch (trad. Martin Luther, préf. Martin Luther) (lire en ligne), « Vorrhede auff die Episteln Sanct Jacobi vnnd Judas. »
  8. a b et c Claude Simon Mimouni, Jacques le Juste, frère de Jésus, Paris, Bayard, (ISBN 9782747061407), chap. IX (« Les Epîtres canoniques de Jacques et de Jude - L'Epître apocryphe de Jacques »)

BibliographieModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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