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Histoire de la sociologie

déroulement d’événements en sodiologie

« Nulle étude sociale n’a bouclé son périple intellectuel, qui n’est retournée vers les problèmes de biographie et d’histoire, et vers leurs interférences au cœur de la société. »

— Charles Wright Mills, L'Imagination sociologique, trad. fr., Paris, Maspero, 1968.

Cette « histoire » de la sociologie veut mettre en perspective l'apparition des travaux, des découvertes, des idées, des inventions, et des expériences importants et principaux. Il ne s'agit donc pas d'une chronologie, toutefois, il ne s'agit pas non plus d'un examen détaillé des idées et recherches : celles-ci figurent dans les articles de l'Encyclopédie.

Ces événements ont changé de manière significative les conceptions des interactions humaines. Le commencement de l’histoire de la sociologie sous sa forme moderne est situable entre les années 1850 et 1914.

La chronologie ci-dessous ne se veut pas exhaustive. Elle tente pourtant de retracer à l'aide de quelques dates marquantes l'histoire de la sociologie

Sommaire

Jusqu’au XVIIIe siècle : émergence du socialModifier

Antiquité et Moyen ÂgeModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Droit naturel et droit des hommes Sophistes[Note 1]
Premier « modèle » d'organisme social Platon La République
Finalité et le fonctionnement de l’État et des régimes politiques Aristote Politique
Pouvoir et droits Cicéron De legibus, De Republica
Distinction spirituel-temporel ; théologie historique 354-430 Saint Augustin La Cité de Dieu
Schéma hiérarchique de la société 1266-1273 Thomas d'Aquin Somme théologique (Summa theologica)
Histoire de l'humanité 1377 Ibn Khaldoun Muqaddima

Dès l'Antiquité, le raisonnement sociologique se retrouve chez certains auteurs, comme Confucius ou Cicéron[1]. Les Sophistes inaugurent dans le domaine social l'essentiel de la méthode scientifique, c'est-à-dire l'observation, la comparaison et la critique[Bo 1]. Encore aujourd'hui, des ouvrages comme le Ménon de Platon ou Éthique à Nicomaque d'Aristote constituent des sources dans lesquelles puise la sociologie[Gi 1].

 
Statue d'Ibn Khaldoun à la Cathédrale Saint-Vincent-de-Paul, Avenue Habib-Bourguiba, Tunis

Les origines de l'enquête statistique remontent au XIe siècle, lorsque Guillaume le Conquérant ordonne en 1086 l'organisation d'un recensement sur son territoire, publié sous le nom de Domesday Book[2],[3]. Au XIIIe siècle, Ma Duanlin, un historien chinois, souligne l'existence de dynamiques sociales sous-jacentes à l'évolution historique dans son encyclopédie, Wenxian Tongkao[4].

En rupture avec ses prédécesseurs, Ibn Khaldoun marque au XIVe siècle un tournant en sociologie[5]. Sa façon d'analyser les changements sociaux et politiques qu'il a observés dans le Maghreb et l'Espagne de son époque a conduit à le considérer comme un précurseur de la sociologie et démographie moderne[6],[7],[8],[9]. Son ouvrage majeur, la Muqaddima, où il expose sa vision de la façon dont naissent et meurent les empires, est peut-être le premier à avoir un raisonnement scientifique et sociologique sur la cohésion sociale et le conflit social[10],[11],[12],[13],[6]. Il conçoit une théorie dynamique de l'histoire et développe les concepts de changements et conflits sociaux. Il élabore également une dichotomie entre vie nomade et vie sédentaire. La Muqaddimah peut être considérée comme un ouvrage de sociologie générale, où y sont développés des thèmes aussi variés que la vie urbaine, la politique, l'économie et la connaissance. Son travail se base sur un concept central, celui de 'asabiyyah, traduit en français par « cohésion social », « solidarité de groupe » ou « tribalisme ». Cette cohésion social survient spontanément dans des communautés et peut-être intensifié par la religion. Il analyse la manière dont ce qui fait la cohésion politique, économique, psychologique, sociologique du groupe est aussi à l'origine de sa ruine, et sera alors remplacé par un autre groupe lié de manière plus étroite.

Renaissance et siècle des LumièresModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Utopie 1516 Thomas Moore Utopia
Mœurs politiques, l'art et la manière de gouverner 1532 Nicolas Machiavel Le Prince
Souveraineté, monarchie tempérée 1566 Jean Bodin Les six livres de la République
1580 Montaigne Essais
État de nature 1651 Thomas Hobbes Léviathan
Libéralisme 1690 John Locke Traités du gouvernement civil
Constructivisme 1725 Giambattista Vico La science nouvelle
Actions rationnelles 1739-1740 David Hume Traité de la nature humaine
Méthode des remarques, première typologie des sociétés 1748 Montesquieu De l'esprit des lois et Défense de l'Esprit des lois
Distinction des concepts de nature et culture. Critique de la société comme productrice de nécessités artificielles 1762 Jean-Jacques Rousseau Du contrat social
Phases du développement social : sauvagerie, barbarie, civilisation 1767 Adam Ferguson Essai sur la société civile
Autorégulation ; ordre social 1776 Adam Smith Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
Nation ; déterminisme géographique 1784-1791 Johann Gottfried von Herder Idées pour une philosophie de l’histoire de l’humanité
Conservatisme 1790 Edmund Burke Réflexions sur la Révolution de France

Mais c'est bien à partir du XVIe siècle que se constitue le terreau fertile d'un mode d'interrogation de la société, qui donnera par la suite lieu à la sociologie. Les bouleversements scientifiques qui s'opèrent grâce aux découvertes de Kepler, Galilée et Copernic, entre autres, conduisent, aux côtés du mouvement humaniste qui place l'Homme au centre des débats, à renverser l'ordre établi et à enclencher une « révolution qui modifia les fondements et les cadres mêmes de notre pensée et dont la science moderne est à la fois la racine et le fruit[14] ». La remise en cause de l'ordre divin va donc, au XVIIIe siècle, ouvrir le champ à de nombreuses théories tâchant de comprendre les fondements des sociétés[Gi 2].

C'est le cas de tous les théoriciens du contrat social, que ce soit John Locke, Jean-Jacques Rousseau ou Thomas Hobbes. Ils pensent alors l'origine de la société et de l'État comme un contrat originaire entre les hommes, par lequel ceux-ci acceptent une limitation de leur liberté en échange de lois garantissant la perpétuation du corps social. Les premières tentatives d'étudier la société — et sa diversité — comme un objet d'analyse à part entière, se retrouvent chez Montesquieu dans De l'esprit des lois et chez Giambattista Vico dans La Science nouvelle[Sw 1],[DBP 1]. Ces auteurs posent les bases théoriques et problématiques de la science de la société humaine, et de la relation entre l'action individuelle, les structures sociales et le contexte historique[Sw 2]. Peu à peu se développe une démarche qui vise à expliquer les phénomènes sociaux en se détachant d'une vision fataliste, qui décrète l'accomplissement inéluctable d'une destinée[DBP 2]. Le siècle des Lumières voit l'émergence de théories qui cherchent à expliquer et comprendre les actions individuelles et leurs conséquences, comme dans le Traité de la nature humaine de David Hume ou les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith[D 1].

C'est en 1780 que le terme sociologie naît[15],[16], sous la plume de l'essayiste français Emmanuel-Joseph Sieyès. Dérivé du latin socius (compagnon, associé), accompagné du suffixe -ology (l'étude de), provenant du grec λόγος, lógos (savoir, connaissance)[17],[18]. En 1838, Auguste Comte donnera au terme le sens qu'on lui attribue aujourd'hui[18].

De 1790 à 1890 : constructions multiples de la disciplineModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Physiologie sociale 1813 Henri de Saint-Simon La physiologie sociale
Société industrielle 1823-1824 Henri de Saint-Simon Catéchisme des industriels
Philosophie pratique : réflexions sur l'État, le gouvernement, le droit 1821 Georg Wilhelm Friedrich Hegel Principes de la philosophie du droit
Positivisme ; dynamique sociale 1830-1842 Auguste Comte Cours de philosophie positive
Démocratie 1835-1840 Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique
Théorie générale des sciences humaines et de leurs méthodes 1843 John Stuart Mill Système de logique déductive et inductive
Aliénation du travail ; unités sociales 1844 Karl Marx Manuscrits de 1844
Utilitarisme 1859 John Stuart Mill De la liberté
Classe sociale ; superstructure ; conscience sociale 1867 Karl Marx Le Capital
Règle sociale ; méthodes quantitatives 1869 Adolphe Quetelet Sur la physique du globe en Belgique
Anthropologie sociale 1871 Edward Tylor Primitive Culture
Évolutionnisme et darwinisme social 1876-1896 Herbert Spencer Principes de sociologie
Diffusion culturelle 1882-1891 Friedrich Ratzel Anthropogeographia
Groupe social 1885 Ludwig Gumplowicz Grundriss Soziologie
Communauté et de société 1887 Ferdinand Tönnies Communauté et société
Psychologie 1890 William James Les principes de psychologie

Si le terme sociologie existe déjà depuis le XVIIIe siècle, ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que la discipline voit le jour. Entre temps, elle voit dans les révolutions politiques et industrielles du XIXe siècle les catalyseurs de son émergence[CG 1],[RS 1], à travers les questions d'ordre social et de capitalisme. La majeure partie du XIXe siècle voit en effet l'essor, parfois simultané, de théories sociologiques qui vont participer à la construction progressive de la discipline[Gi 3]. La Révolution française suscite de nombreux débats, notamment en Angleterre où Edmund Burke signe un pamphlet, Réflexions sur la Révolution de France, contre les événements de 1789, condamnant la révolution parce qu'elle ramène la société à l'état de nature et parce qu'elle repose, en France, sur des principes idéaux abstraits[CG 2]. De l'autre côté, une nouvelle forme de communauté scientifique, les Idéologues, libéraux et pro-Révolution française, se met en place, contre le déisme, et promeut une science des idées qui remplacerait à la fois la métaphysique et la psychologie[CG 3], et dont le sujet premier est l'Homme. La révolution industrielle et la diffusion du capitalisme est à l'origine des écrits de Karl Marx. La question sous-jacente des conditions de vie des ouvriers est à l'origine des premières enquêtes sociales et sociologiques, comme le Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie de Louis René Villermé. Les troubles politiques en Europe durant ce siècle sont à l'origine des recherches de Tocqueville, précurseur de la discipline[Gi 3], sur La Démocratie en Amérique.

Henri de Saint-SimonModifier

« Pour accélérer les progrès de la science, le plus grand, le plus noble des moyens est de mettre l’univers en expérience ; or, ce n’est pas le grand monde, ce n’est que le petit monde, c’est-à-dire l’homme, que nous pouvons mettre en expérience. Une des expériences les plus importantes à faire sur l’homme consiste à l’établir dans de nouvelles relations sociales. Or, toute nouvelle action résultant d’une pareille expérience ne peut être classée comme bonne ou mauvaise que d’après les observations faites sur ses résultats. »

— « Lettres au Bureau des Longitudes » , in Œuvres de Claude-Henri de Saint-Simon, Anthropos, Paris, 1966, tome 1, p. 81-83.

Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, au même titre que les Idéologues, plaide pour l'émergence d'une science de l'Homme qui utilise la même méthode scientifique que celle des sciences naturelles[CG 4],[RS 2]. Il appelle cette nouvelle discipline la « physiologie sociale »[DBP 1]. Il est également à l'origine du concept de société industrielle[Sw 3]. Il pense alors à une société dans laquelle les scientifiques et les industriels supplantent les anciennes classes oisives (comme la noblesse). Dans le Catéchisme des industriels (1824), il forge le terme d'industrialisme pour désigner une doctrine dans laquelle est posée la supériorité économique et politique du mode industriel de production[19]. Sa théorie sur l'industrialisation de la société aura une influence importante, à la fois dans la théorie conservatrice et dans le marxisme, car elle pose les jalons théoriques de la stratification sociale et de la division du travail[Sw 3],[RS 2].

Auguste Comte et le positivismeModifier

 
Auguste Comte (1798-1857)

Auguste Comte était, durant sa jeunesse, secrétaire et disciple de Saint-Simon. Ses travaux se situent dans la lignée de celui-ci[RS 2],[Sw 4], notamment en ce qui concerne l'héritage des Idéologues et de l'usage d'une méthode scientifique dans les sciences sociales. Il est à l'origine du positivisme, qu'il formalisera dans ses Cours de philosophie positive donnée entre 1830 et 1842. Contraction de « politique positive[CG 5] », le positivisme a pour principe que seuls les faits et leurs relations peuvent être l'objet d'une connaissance certaine[20]. Le positivisme est une posture scientifique et l'aboutissement d'une théorie centrale chez Auguste Comte, la loi des trois états, un concept selon lequel chaque branche des connaissances humaines passe, historiquement, par trois démarches théoriques successifs : théologique, métaphysique puis positif[Gi 4],[21],[D 2].

Pour Auguste Comte, la philosophie doit avoir pour objet principal l'étude des sociétés comme un ensemble cohérent, et non, comme le faisait les Lumières, l'étude, à l'échelle individuelle, de l'Homme[21]. La physiologie sociale de Saint-Simon devient ainsi chez Auguste Comte la « physique sociale », puis la « sociologie »[RS 2]. La sociologie de Comte est donc l'application aux phénomènes sociaux de la posture positiviste[DBP 1], c'est-à-dire d'une observation empirique des faits.

« Je crois devoir hasarder dès à présent ce terme nouveau exactement équivalent à mon expression, déjà introduite, de physique sociale, afin de pouvoir désigner par un nom unique cette partie complémentaire de la philosophie naturelle qui se rapporte à l'étude positive de l'ensemble des lois fondamentales propres aux phénomènes sociaux. »

— Cours de philosophie positive, 1839, p. 252

Karl Marx et la révolution industrielleModifier

Article détaillé : Sociologie marxiste.

Karl Marx et Auguste Comte sont semblables en de nombreux points. À l'heure de la sécularisation des sociétés européennes, et notamment des savoirs, ils cherchent tous deux à établir une nouvelle idéologie scientifique (pour Comte, le positivisme et pour Marx, le matérialisme historique) et insistent sur le principe d'une évolution historique favorable à terme pour l'humanité (pour Comte, la loi des trois états et pour Marx, l'émancipation des travailleurs aboutissant à une société sans classes)[D 3]. Karl Marx aura une influence certaine sur les sociologues, notamment parce qu'il introduit une grille de lecture pertinente du réel ainsi qu'un ensemble de concepts qui ont largement été repris depuis[Gi 5],[22].

Témoins des luttes ouvrières pendant la Révolution industrielle, Marx estime que ce n'est pas la religion (conception idéaliste) qui permet à l'État de tirer son pouvoir, mais le capital (conception matérialiste). Marx voit dans le capitalisme la subversion la plus forte du processus naturel de production[RS 3]. Dans un vocabulaire plus marxiste, les classes dominantes exploitent les classes prolétaires parce qu'ils détiennent les moyens de production. Dans Le Capital, au côté de Friedrich Engels, ils développent des théories, sur les classes sociales, l'État, l'idéologie, la religion, l'aliénation, qui ont depuis faits date en sociologie[22].

L'émergence des enquêtes socialesModifier

Article connexe : Histoire des statistiques.

Depuis le XVIIe siècle, se développe une branche de la statistique appliquée au sciences politiques et à la démographie. Cette statistique, au service du gouvernement, constitue un outil indispensable de l'État, lui permettant de rassembler des informations sur sa population. C'est notamment dans le domaine de la justice et des crimes que se multiplient les rapports statistiques[CG 6]. À partir des années 1830, la révolution industrielle et la question sociale favorise l'émergence, dans plusieurs pays européens, de rapports statistiques sur le monde ouvrier[CG 7],[Gi 6].

Inspirés par ces travaux, et par l'idée, notamment avancée par Nicolas de Condorcet, que les faits relatifs à l'Homme sont passibles d'une approche quantifiée, certains chercheurs vont participer à l'élaboration d'une « mathématique sociale ». Parmi eux, Adolphe Quetelet, qui faisait de la sociologie une « physique sociale », et qui est l'un des premiers à appliquer la statistique à l'étude des Hommes. Il affirmait à ce propos dans son Essai de physique sociale en 1835 : « L'Homme naît, se développe et meurt d'après certaines lois qui n'ont jamais été étudiées dans leur ensemble ni dans le mode de leurs réactions mutuelles »[DBP 3]. Dans cet ouvrage, il présente sa conception de « l'homme moyen » comme valeur centrale autour de laquelle les mesures d'une caractéristique humaine sont groupées suivant une courbe normale.

En France, Frédéric Le Play participe à la création des premières grandes enquêtes sociologiques et développe les méthodes de collecte de données[DBP 3]. Il publie notamment en 1855 sous le titre Les ouvriers européens les 36 monographies de familles ouvrières qu’il a réalisées en Europe[Gi 6]. Son œuvre reste cependant largement guidée par un dessein idéologique et non par des hypothèses de recherches[Gi 6].

Herbert Spencer et l'évolutionnismeModifier

 
Herbert Spencer (1820-1903)

Herbert Spencer était l'un des sociologues et philosophes les plus populaires et influents du XIXe siècle[CG 8]. Il écrit d'abord en réaction de Comte et Marx[D 4], puis s'inspire des écrits de Charles Darwin pour reformuler les sciences sociales en des termes de darwinisme social. Le spencérisme postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l'état naturel des relations sociales, et que c'est aussi la source fondamentale du progrès et de l'amélioration de l'être humain. Son action politique préconise de supprimer les institutions et comportements qui font obstacle à l'expression de la lutte pour l’existence et à la sélection naturelle qui aboutissent à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes (survival of the fittest). Spencer était opposé au socialisme et plaidait pour le laissez-faire, ce qui lui vaudra d'être très écouté par les partis conservateurs, notamment en Angleterre et aux États-Unis[23].

En 1874, il publie le premier livre ayant « sociologie » dans son titre, The Study of Sociology. En 1900, Franklin Henry Giddings écrivait à propos de ce livre qu'il « avait suscité le premier, en Angleterre, aux États-Unis, en France, en Italie et en Russie un intérêt certain pour la sociologie »[24],[25],[Note 2]. Aux États-Unis, Charles Horton Cooley affirme en 1920 que The Study of Sociology « a probablement contribué, plus que tout autre ouvrage, à l'intérêt que l'on porte aujourd'hui à la sociologie »[25],[Note 3].

Malgré le fait que ses ouvrages soient aujourd'hui peu débattus, son influence sur la sociologie contemporaine est certaine[26].

Institutionnalisation de la sociologieModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Solidarité mécanique et solidarité organique 1893 Émile Durkheim De la division du travail social
Image de soi 1894 Charles Cooley The Theory of Transportation
Fait social ; morphologie sociale 1895 Émile Durkheim Les Règles de la méthode sociologique
Analyse et classification de foules 1895 Gustave Le Bon Psychologie des foules
Anomie ; usage des statistiques 1897 Émile Durkheim Le Suicide
Sociologie économique 1900 Georg Simmel Philosophie de l'argent
Le comportement des foules 1901 Gabriel Tarde Opinion et foule
Théorie de la motivation 1908 William McDougall Une introduction à la psychologie sociale
Interaction sociale, sociologie formelle (en) 1908 Georg Simmel Sociologie
Groupes primaire et secondaire 1909 Charles Cooley Organisation sociale

Ce n'est réellement qu'à la fin du XIXe siècle que la sociologie se met en place[B 1]. Dans les années 1880, la sociologie reflète encore des doctrines hétéroclites sensiblement éloignés de ce par quoi nous entendons aujourd'hui sous ce terme[CG 9]. Selon Jean-Michel Berthelot, trois séries d'éléments vont permettre à la sociologie de se construire comme discipline[B 2] :

  • La mise en place définitive des formes modernes de production économique et d'organisation étatique à partir des années 1870 ;
  • Une modification en profondeur du champ scientifique via l'essor des laboratoires de recherche et le triomphe du positivisme ;
  • L'organisation d'un corps de sociologues non plus construits sur une base idéologique et militante, mais scientifique.

Mais la sociologie se construit également à un moment où se développe une autre discipline, qui suscite encore plus d'enthousiasme : la psychologie, notamment sa branche sociale. La sociologie doit donc se départir à la fois de la vision dominante à cette époque dans les sciences sociales, celle de l'évolutionnisme d'Herbert Spencer, et de la psychologie triomphante, portée en France par Gabriel Tarde et Gustave Le Bon[DBP 4], et outre-Rhin par Wilhelm Wundt[CG 10].

Dans ce contexte vont émerger en France et en Allemagne deux types d'approches de la sociologie, favorisée par une tradition et un contexte culturel différents[B 3],[CG 11]. Par ailleurs, les États-Unis se dotent les premiers d'un département de sociologie, à l'université de Chicago, dirigé par Albion Small[27],[B 4]. Si l'institutionnalisation de la sociologie y est plus rapide que partout ailleurs, le développement théorique et méthodologique de la discipline se fait plus lent[B 4], et l'école sociologique américaine n'apparaît qu'à la fin des années 1910, avec l'école de Chicago[27].

L'école française de sociologieModifier

En 1903, Henri Hauser affirmait que « les sciences sociales sont terriblement à la mode. C'est la tarte à la crème de toutes les réunions mondaines, de tous les discours, de tous les journaux, et nul n'a d'esprit s'il n'est sociologue[CG 12]. » En effet, en quelques années seulement, la sociologie a su se faire une place dans le champ intellectuel français, avec des figures comme Émile Durkheim, René Worms ou Gabriel Tarde. Pour Charles-Henry Cuin et François Gresle, l'institutionnalisation de la sociologie en France tient de plusieurs facteurs : d'un côté, la refonte de l'enseignement supérieur dans les années 1880 ouvre la voie aux sciences sociales ; de l'autre, les initiatives d'acteurs privés[CG 13]. Dans les années 1880 et jusqu'au début des années 1890, il n'existe encore aucun organe de diffusion strictement destinée aux théories sociologiques[B 5].

C'est René Worms, normalien réputé, tenant de la théorie organiciste, qui constituera les premières institutions de la sociologie : il crée en 1893 la Revue internationale de sociologie, en 1894, l'Institut international de sociologie et la collection d'ouvrages « Bibliothèque sociologique internationale » chez l'éditeur Giard & Brière, et en 1895, la Société de sociologie de Paris[CG 14]. Malgré cela, René Worms ne contribuera que très peu à l'ancrage de la sociologie : en s'assurant le concours d'universitaires confirmés — provenant donc d'horizons variés —, il ne tient pas compte des récentes avancées dans le domaine, et ses sociétés s'en retrouvent peu pertinentes, d'autant plus que se constituent au même moment dans les universités des équipes nationales de recherche aux perspectives théoriques plus abouties que les siennes[CG 15]. En France, c'est Émile Durkheim, notamment via la revue L'Année sociologique, qui devient la figure de proue de la discipline.

Émile DurkheimModifier

 
Émile Durkheim (1858-1917)

Incontestablement, Émile Durkheim s'est imposé comme le chef de file de la sociologie en France[CG 16],[B 6],[Sw 5],[Gi 7], si bien que l'école de Durkheim[28] domine jusqu'à la Première guerre mondiale la sociologie française[Note 4],[B 7]. Il propose en effet une théorie englobante de la sociologie : un objet, les faits sociaux, et une méthode, qu'il expose dans Les Règles de la méthode sociologique[Sw 5],[CG 17],[Gi 7]. Tenant d'une conception holiste de l'étude des phénomènes sociaux, il considère que le social existe indépendamment de la conscience que nous en avons[Gi 8]. Le fait social est donc un fait extérieur à la volonté des individus, et irréductible à une étude individuelle[Gi 9].

Après des études de philosophie à l'école normale supérieure, il obtient une bourse d'agrégé et suit les cours de Wilhelm Wundt à l'université de Leipzig. De retour en France, il enseigne à l'université de Bordeaux la pédagogie et la science sociale, et y introduit pour la première fois dans une université française la sociologie[CG 18],[Sw 6]. Dès son premier ouvrage, De la division du travail social (1893), Durkheim propose une méthode d'approche systématique des faits sociaux[CG 19]. Après Les Règles de la méthode sociologique (1895), Durkheim donne dans Le Suicide (1897) une démonstration éclatante de l'intérêt et de la portée du rationalisme expérimental en sociologie[B 8]. En 1896, il fonde avec Célestin Bouglé la revue L'Année sociologique, autour de laquelle va se constituer l'école durkheimienne[CG 16] et qui devient l'organe principal de publication des productions en sciences sociales à cette époque[B 9]. Les deux fondateurs, via cette revue, se posent alors pour objectifs d'asseoir la discipline sur des bases scientifiques et d'y réunir les tenants de la sociologie française[CG 20]. Autour de la revue de Durkheim et Bouglé se greffent progressivement d'autres universitaires : Marcel Mauss, François Simiand, Maurice Halbwachs, Georges et Hubert Bourgin ou encore Paul Fauconnet[CG 20]. Ensemble, ils participeront à la construction de la discipline en France.

L'école allemande de sociologieModifier

La sociologie allemande connaît une destinée différente et indépendante de l'école française. Inspirés par une tradition philosophique riche[Note 5], une grande partie des sociologues allemands s'oppose aux sociologues français par leur approche compréhensive de la sociologie, rejetant le déterminisme à la française[B 10],[DBP 5]. Pour eux, l'explication, c'est-à-dire l'objectivation des phénomènes sociaux par la recherche de leurs causes, n'est pas aussi décisive que la compréhension de ces phénomènes, du point de vue de l'acteur[CG 21]. Cette distinction est fondamentale en sociologie puisqu'elle est à l'origine de l'opposition entre holisme méthodologique, théorisée par Émile Durkheim, et individualisme méthodologique, portée par Max Weber.

À l'inverse de la sociologie française, la sociologie allemande est moins marquée par une personnalité dominante[B 10], même si Max Weber est aujourd'hui considéré comme son principal fondateur. D'autres figures comme Ferdinand Tönnies et Georg Simmel étaient également reconnues à leur époque[B 10]. La sociologie se structure plus tardivement en Allemagne qu'en France, notamment parce qu'elle reste longtemps associé à la science politique[DBP 6] : le terme sociologie n'apparaît qu'à partir des années 1880[B 11] et il faut attendre le début du siècle pour que s'institutionnalise la discipline[CG 22].

Malgré cela, la sociologie est loin d'être inexistante dans l'Allemagne de Bismarck. En 1877, la revue Vierteljahrsschrift für wissenschaftliche Philosophie und Soziologie (de) publie déjà des articles d'Herbert Spencer, d'Auguste Comte ou de John Stuart Mill[B 11]. En 1887, Ferdinand Tönnies publie Communauté et Société, considéré comme le premier ouvrage de sociologie en Allemagne[B 10],[29]. Il y décrit le passage des sociétés occidentales des communautés (Gemeinschaft) aux sociétés (Gesellschaft)[Sw 7],[29]. Mais ce n'est réellement qu'au début du XXe siècle que la sociologie prend forme en tant que discipline en Allemagne. En 1904, la revue Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, créée par Edgar Jaffé, Werner Sombart et Max Weber, est la première revue de sciences sociales et politiques d'Allemagne[CG 22],[29]. En 1909, Weber, Tönnies et Simmel créent la Société allemande de sociologie[CG 22],[B 10].

Max WeberModifier

« Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets. Nous entendons par “activité”, un comportement humain quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et, par activité “sociale”, l’activité qui, d’après son sens visé par l’agent ou les agents, se rapporte au comportement d’autrui par rapport auquel s’oriente son déroulement. »

— Économie et société, 1922, Plon, Paris

À l'instar de Durkheim en France, Max Weber a réussi à construire un programme scientifique de constitution de la sociologie, en établissant des fondements épistémologiques et pratiques à la discipline[B 12],[CG 23],[Gi 10],[30]. Dans Économie et société, il s'attache à définir les « concepts fondamentaux de la sociologie »[B 12]. Il définit, tout comme Durkheim, un objet et une méthode propres à la sociologie : d'une part l'activité sociale, et de l'autre, la méthode compréhensive, indispensable pour saisir le sens que les individus donnent à leurs actions[CG 24],[Gi 10]. Son œuvre donne naissance à l'individualisme méthodologique[B 13], qui vise à expliquer les phénomènes collectifs à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles. Au fondement de cette méthode, la rationalité des actions constitue un concept central qu'il s'efforce de développer dans ses ouvrages[B 14],[Gi 11]. Cette approche est mise en pratique dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, ouvrage dans lequel il soutient que la Réforme protestante est à l’origine de l’éthique du travail du capitalisme[B 15]. La contribution de Max Weber à la sociologie est considérable : on lui doit notamment les concepts de neutralité axiologique et d'idéal-type en épistémologie des sciences sociales. Parmi ses nombreux sujets d'étude, on peut citer la bureaucratie, l'État (notamment le monopole de la violence), la sécularisation et la rationalisation des sociétés occidentales, les classes sociales, les religions et la musique[31].

La sociologie américaineModifier

 
Albion Small (1854-1926)

Si l'école de Chicago, constituée après la Première Guerre mondiale, est la première école sociologique théorique aux États-Unis, il n'en demeure pas moins que la sociologie est déjà ancrée dans les universités américaines bien avant la Grande guerre. La naissance de la sociologie américaine est intimement liée au projet politique de « réforme sociale », alors que l'urbanisation et l'industrialisation croissante du pays est à l'origine de nombreux débats[CG 25],[Gi 12]. Le but pour les sociologues est donc d'accroître le bien-être des citoyens en leur expliquant les réalités sociales du pays[CG 25].

À l'inverse de la France et de l'Allemagne, la sociologie américaine s'institutionnalise très rapidement : en 1875, William Graham Sumner donne à Yale le premier cours intitulé « Sociologie »[32],[33]. En 1892, la sociologie est déjà enseignée à l'université du Kansas pour la troisième année consécutive et dans 17 autres facultés, et un département de sociologie est créé à l'université de Chicago par Albion Small. En 1895, celui-ci même crée la revue American Journal of Sociology. Aux États-Unis, la discipline se développe principalement à l'université et notamment via des manuels (en anglais textbooks) : les plus lus sont An Introduction to the Science of Society d'Albion Small et George Edgar Vincent (en), et Principles of Sociology de Franklin Henry Giddings[B 16],[33]. Les grands sociologues de l'époque sont principalement des professeurs : Small à Columbia, Sumner à Yale, mais aussi Giddings à Columbia, Charles Cooley à Ann Arbor, Charles A. Ellwood (en) à l'université du Missouri, Edward C. Hayes (en) à celle de l'Illinois[CG 26].

En dépit de cela, la sociologie américaine ne produit pas à ses débuts de fondements théoriques à la discipline[Note 6]. Comme l'explique Albion Small en 1916, « la sociologie [américaine] était davantage un intense désir qu’un corpus substantiel de connaissances, un point de vue déterminé ou une rigoureuse méthode de recherche. Ni en 1893, ni en 1901, la sociologie ne pouvait prétendre être un corps de doctrine, un point de vue, ou une méthode de recherche »[B 17].

Dans les autres pays européensModifier

En Belgique, Adolphe Quételet apparaît comme une figure fondatrice. Cependant, après lui, la sociologie belge n'a eu que peu de successeurs. Parmi eux, Guillaume De Greef, syndicaliste et sociologue théoricien du mouvement ouvrier[CG 27]. Très tôt, la sociologie belge se tourne vers des problématiques industrielles qui aboutissent à la création d'un Institut de sociologie à l'Université nouvelle de Bruxelles en 1901, à la demande de professionnels de l'industrie[CG 27]. Les recherches qui y sont menées ont principalement trait à la condition ouvrière et s'appuient sur des enquêtes ethnographiques.

En Russie, la naissance de la sociologie est intimement liée au contexte politique du pays[CG 28]. L'intelligentsia, divisée en différents groupes, cherchent des modèles alternatifs à un Empire conservateur et peu enclins aux réformes. La science sociale, encouragée par les intellectuels du pays, est pourtant entachée d'une politisation qui contrevient à la neutralité supposée de la science. La sociologie russe se développe donc en dehors de la Russie et de son contexte politique, avec des auteurs, exilés, comme Maksim Kovalevsky ou Pitirim Sorokin[CG 28].

En Italie, outre la pensée de Giambattista Vico et de Cesare Beccaria au XVIIIe siècle, c'est dans la criminologie de l'école positiviste que l'on peut trouver les prémisses d'une science sociale italienne. Son chef de file, Cesare Lombroso, publie en 1876 L'Homme criminel (L'Uomo delinquente), dans lequel il défend la thèse selon laquelle la « délinquance » serait nettement plus fréquente chez certaines personnes porteuses de caractéristiques physiques, ce qui démontrerait le caractère inné de certains comportements. Les criminologues ont depuis rejeté ces thèses biologistes et teinté de darwinisme social. Toutefois, appliquant la méthode scientifique à l'étude du criminel, Cesare Lombroso est souvent considéré comme le fondateur de la criminologie scientifique[34]. Mais la sociologie italienne, à proprement parler, naît conjointement de l'intérêt pour les élites. Des auteurs comme Vilfredo Pareto, Gaetano Mosca ou Robert Michels développent une théorie sociologique des élites, dont les concepts, comme le principe de Pareto ou la loi d'airain de l'oligarchie, sont toujours discutés.

Après Herbert Spencer, la sociologie académique britannique ne connaît pas l'essor que celle d'autres pays européens. En revanche, elle s'institue dans des démarches politiques, notamment lorsqu'il s'agit de résoudre les problèmes de pauvreté urbaine, qui touchent un pays fortement industrialisé[35]. De ce fait, la sociologie est convoquée pour la mise en place de politiques sociales dès la fin du XIXe siècle. Par exemple, la « ligne de pauvreté » de Benjamin Rowntree permet de justifier la nécessité de mettre en place des aides de l'État[35]. Des auteurs comme Charles Booth, Patrick Geddes ou Victor Branford (en) ont élaboré des théories sur la planification urbaine ou les cités-jardins en s'inspirant notamment des enquêtes que Frédéric Le Play avait dirigé quelques décennies plus tôt[CG 29]. Dans le tournant du XXe siècle, une sociologie libérale voit le jour au Royaume-Uni, notamment chez Leonard Trelawny Hobhouse, premier professeur britannique de sociologie d'Angleterre en 1907, qui pose les base d'un nouveau libéralisme, plus social, et dont les bases forgeront le cadre théorique de l'État-providence britannique[35].

Guerres et entre-deux-guerres : des consolidations à la maturationModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Théorie des élites 1916 Vilfredo Pareto Traité de sociologie générale
Méthode d'analyse de documents personnels ; histoire de vie 1918-1920 Florian Znaniecki et William Thomas Le Paysan polonais
Opposition culture et civilisations 1918-1922 Oswald Spengler Le Déclin de l'Occident
Idéal-type 1919 Max Weber Le Savant et le politique
Manuel de référence ; "la Bible de la sociologie" 1921 Ernest Burgess et Robert E. Park Introduction to the Science of Sociology
Activité sociale ; modèle bureaucratique 1922 Max Weber Économie et société
Fonctionnalisme 1922 Bronisław Malinowski Les Argonautes du pacifique occidental
Mémoire collective 1925 Maurice Halbwachs Les Cadres sociaux de la mémoire
École de Chicago ; sociologie urbaine ; écologie humaine ; plan radioconcentrique 1925 Ernest Burgess et Robert E. Park The City
Sociologie de la connaissance ; idéologie 1929 Karl Mannheim Idéologie et utopie
Interactionnisme symbolique ; autrui généralisé 1934 George Herbert Mead Esprit, individualité et société
Relativisme culturel 1934 Ruth Benedict Échantillons de civilisations
Théorie de l'action 1937 Talcott Parsons The Structure of Social Action
Théorie des cycles sociaux (en) 1937-1941 Pitirim Sorokin Social and Cultural Dynamics
Processus de civilisation ; naissance des États ; habitus 1939 Norbert Elias Sur le processus de civilisation
Théorie critique 1944 Max Horkheimer et Theodor Adorno Dialectique de la Raison

Une sociologie européenne meurtrie par la Première Guerre mondialeModifier

En FranceModifier

En AllemagneModifier

L'École de FrancfortModifier

Aux États-UnisModifier

L'École de Chicago (première génération)Modifier

Seconde moitié du XXe siècle : multiplication des théoriesModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
Théorie de moyennes portées 1949 Robert K. Merton Social theory and social structure
Modèle AGIL 1951 Talcott Parsons The Social System
Structuralisme 1955 Claude Lévi-Strauss Tristes Tropiques
ZIS 1958 Ralph Dahrendorf Hors de d'utopie
Perspective dramaturgique 1959 Erving Goffman Homme dans le théâtre de vie ordinaire
La théorie de l'échange 1961 George Homans Behawior social
Les interactions se sont concentrées et Niezogniskowane 1961 Erving Goffman Rencontres: Deux études dans la sociologie de d'interaction
L'expérience interrompant 1967 Harold Garfinkel Studies in Ethnomethodology
Unités discursives 1969 Michel Foucault L'archéologie de la connaissance
Commencer de recherche sur la conservation sociale de chimpanzés 1974 Jane Goodall Dans l'ombre de l'homme
Système Mondial 1974 Immanuel Wallerstein Le système mondial moderne
Les sociétés d'insectes débuts sociobiologie 1975 Edward Osborne Wilson Sociobiologie
Memu de l'idée 1976 Richard Dawkins Le Gène égoïste
Rationalité de la communication 1981 Jürgen Habermas La théorie d'activité de communication
Changement figuré 1982 Niklas Luhmann La différenciation de société
Strukturacji de la théorie 1984 Anthony Giddens Société constituer
Soirée Fakcja 1985 Pierre Bourdieu Soirée qui jette un coup d'œil et la genèse de groupes
La société du risque 1986 Ulrich Beck La société du risque. Dans la route à une autre modernité
Autopoeisis du système 1990 Niklas Luhmann L'Autopoiesis de système social
L'idée de champ 1992 Pierre Bourdieu Les règles d'art. Genèse et la structure de champ littéraire
L'idée de collision de civilisation 1996 Samuel Huntington Choc de civilisations
Société de réseaux 1996 Manuel Castells La montée de la société du réseau

Première moitié du XXIe siècle : au début de notre siècleModifier

Découverte / idée Année(s) Auteur(s) Publication(s)
 

Pour approfondirModifier

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BibliographieModifier

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Bibliographie en ligneModifier

Liens externesModifier

  • (en) Site « Social Science History : Time line » (www.mdx.ac.uk)

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. dont Gorgias, Hippias d'Élis, Protagoras, Prodicos, Thrasymaque
  2. En version originale : "first awakened in England, America, France, Italy and Russia a wide and general interest for sociology"
  3. En version originale : "probably did more to arouse interest in the subject than any other publication before or since"
  4. Hubert Bougin affirmait à ce propos : « Du temps même où l'école sociologique ne comptait encore qu'un homme, son créateur, elle était déjà une école. » (Charles-Henry Cuin et François Gresle, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2002, p.62)
  5. À la base de cette approche se trouve la distinction entre sciences de la nature et sciences de l'esprit, distinction qui plonge ses racines notamment chez Kant (opposition entre nature et action pratique) et Hegel (critique de la raison analytique au profit de la raison dialectique).
  6. On peut cependant citer des auteurs qui ont influencé plus tard les sociologues américains. George Herbert Mead et Charles Cooley notamment ont joué un rôle dans la naissance de l'interactionnisme symbolique. De même, Lester Frank Ward a participer à restaurer l'importance de la scientificité dans la sociologie américaine.

RéférencesModifier

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  12. Giraud 2004, p. 65.
  • Construction de la sociologie (2005)
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  16. Berthelot 2005, p. 65.
  17. Berthelot 2005, p. 66.
  • Introduction à la sociologie (2006)
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    « ...considéré par certains occidentaux comme le vrai père de l'historiographie et de la sociologie. »

  7. (en) Jean David C. Boulakia, « Ibn Khaldûn: A Fourteenth-Century Economist », Journal of Political Economy, vol. 79, no 5,‎ , p. 1105-1118 (lire en ligne, consulté le 27 janvier 2018) :

    « Ibn Khaldoun a été proclamé le précurseur d'un grand nombre de penseurs européens, principalement des sociologues, des historiens et des philosophes. »

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    « Ce grand projet pour trouver une nouvelle science de la société fait de lui le précurseur de nombreux constructeurs de systèmes des XVIIIe siècle et XIXe siècle tels que Vico, Comte et Marx. "Comme l'un des premiers fondateurs des sciences sociales". »

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