Gustave Le Bon

anthropologue, psychologue social, sociologue et scientifique amateur français

Gustave Le Bon, né le à Nogent-le-Rotrou et mort le à Marnes-la-Coquette, est un médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français.

Gustave Le Bon
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Gustave Le Bon vers les années 1900.
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Bibliothèque de philosophie scientifique
-
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Charles Marie Gustave Le BonVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Le Célèbre DocteurVoir et modifier les données sur Wikidata
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Œuvres principales

Polygraphe, intervenant dans des domaines variés, il est l'auteur de 43 ouvrages en 60 ans, traduits en une dizaine de langues de son vivant et plusieurs fois réédités entre 1890 et 1920, dans lesquels il aborde, parmi d'autres sujets, le désordre comportemental et la psychologie des foules[1]. Le Bon reste une personnalité controversée. D’une part, à une époque où la méthode devient importante, son « amateurisme » gêne ses contemporains tels que Durkheim[2], sans que cela ait vraiment d’influence sur son début de carrière. D’autre part, Le Bon dégage une image pseudo[pas clair]-raciste, qui renvoie à « l’idéologie coloniale de son époque[2] ». Il avait des tendances anticléricales.

Le Bon ne soutient pas la théorie d’une hiérarchisation des civilisations[Interprétation personnelle ?], mais admet des différences au niveau des stades de développement, et soutient la théorie du biologiste darwinien allemand Ernst Haeckel (1834-1919)[2]. Il consacre un gros volume illustré à la Civilisation des Arabes[n 1]. Après une mission aux Indes, il publie, en 1887, un autre ouvrage majeur, Les Civilisations de l’Inde[2]. Psychologie des foules marqua un tournant dans la carrière du « célèbre docteur[3] ». Cette œuvre, parue en 1895, reste la plus célèbre aujourd’hui.

« L’âge où nous entrons sera véritablement l’ère des foules. […] Aujourd'hui ce sont les traditions politiques, les tendances individuelles des souverains, leurs rivalités qui ne comptent plus, et, au contraire, la voix des foules qui est devenue prépondérante. »

— Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895[4]

BiographieModifier

Né en 1841 à Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir, où son père, Jean Marie Charles Le Bon, est conservateur des hypothèques, Charles Marie Gustave Le Bon fait ses études au lycée de Tours. Il entre ensuite à la faculté de médecine de Paris, mais en sort sans avoir obtenu son diplôme[5].

Il parcourt l’Europe, l'Asie et l'Afrique du Nord entre les années 1860 et 1880[6]. Il écrit des récits de voyage, des ouvrages d’archéologie et d’anthropologie sur les civilisations de l’Orient[6] et participe au comité d'organisation des expositions universelles.

En 1879, il fait son entrée remarquée au sein de la Société d'anthropologie de Paris qui lui décerne l’année suivante le prix Godard pour son mémoire « Recherches anatomiques et mathématiques sur les lois de variation du volume du cerveau et sur leur relation avec l’intelligence »[7]. En 1888, il démissionne et rompt tout contact avec cette société.

Son premier grand succès de librairie en sciences sociales est la publication en 1894 des Lois psychologiques de l'évolution des peuples, ouvrage qui se réfère aux lois de l'évolution darwinienne en les étendant de la physiologie à la psycho-sociologie.

 
Le Bon en 1929.

L'année suivante, il écrit Psychologie des foules[8], pour lequel il est félicité par Mussolini en 1926[9].

Le Bon participe par la suite activement à la vie intellectuelle française. En 1902, il crée la Bibliothèque de philosophie scientifique chez Flammarion, qui est un vrai succès d'édition, avec plus de 220 titres publiés et plus de deux millions de livres vendus[2] à la mort de Le Bon en 1931. À partir de 1902 il organise une série de « déjeuners du mercredi[n 2] » auxquels sont conviées des personnalités telles que Henri[10] et Raymond Poincaré[10], Paul Valéry, Émile Picard, Camille Saint-Saëns, Marie Bonaparte, Aristide Briand, Henri Bergson, etc. Il convie également à ces déjeuners la comtesse Greffulhe, icône de la Belle-Époque et inspiratrice de Proust pour À la recherche du temps perdu, avec qui il entretient une correspondance aussi abondante que familière[11].

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (89e division).

Psychologie socialeModifier

Gustave le Bon a étudié l'influence du déterminisme social et sociologique pour expliquer des comportements sociaux humains.

Dès ses premiers ouvrages, notamment La Vie, physiologie humaine appliquée à l'hygiène et à la médecine et L'Homme et les sociétés, leurs origines et leur histoire, Gustave le Bon recherche les causes des actions des hommes. Il détermine plusieurs causes : les causes biologiques, les causes émotionnelles, les causes rationnelles, les causes collectives et les causes mystiques. Cette analyse de la psychologie humaine va lui permettre d’interpréter des événements historiques et des faits divers restés jusque-là irrationnels et incompréhensibles.

D’une part, à une époque où la méthode devient importante, son « amateurisme » gêne ses contemporains tels que Emile Durkheim[2], sans réelle incidence sur son début de carrière.

En 1895, il publie son œuvre principale, Psychologie des foules, en s'inspirant des théories de la suggestion et l'imitation de Gabriel Tarde. En comparaison, sa théorie des comportements collectifs est plus ambivalente : selon Gustave Le Bon, les foules peuvent être manipulées et ont une capacité destructrice. Dans un même temps, elles sont aussi un moyen pour mener des changements politiques et sociaux[12].

À partir de grands événements historiques, il décrit l'action des hommes par le seul fait qu'ils sont en groupe. Les principes qu'il expose dans cet ouvrage formeront les bases d'une nouvelle discipline scientifique : la psychologie sociale. Dans cet ouvrage, il expose une idée fondamentale : les foules sont composées d'asociaux et sont potentiellement « criminelles » comme le pensait Tarde, mais aussi capables d'amour, de sacrifice, d'héroïsme.

InfluenceModifier

Les idées contenues dans Psychologie des foules jouèrent un rôle important au début du XXe siècle. Si les praticiens du totalitarisme, Mussolini, Hitler, Staline et Mao, passent pour s'être inspirés (ou plus exactement, avoir détourné les principes) de Gustave Le Bon[13], beaucoup de républicains – Roosevelt, Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc. – s'en sont également inspirés.

Pour Jean-Baptiste Decherf, Charles de Gaulle emprunte dans son livre à la gloire de « l'homme de caractère » (Le Fil de l'épée) l'essentiel des thèses de Le Bon, tendant notamment à considérer la suggestion comme le fait élémentaire et irréductible expliquant tous les mystères de la domination. Comme le père de la psychologie des foules, il entend profiter de la crise que l'autorité est réputée traverser pour en saisir l'essence. Cette crise correspond à une évolution par laquelle le principe d'autorité s'adapte à la modernité. Le diagnostic des deux auteurs est le même : l'autorité traditionnelle, attachée à la fonction, est en passe d'être remplacée par la suggestion pure, qui permettra aux chefs de se faire obéir des masses par la seule force de leur personnalité, de plus en plus indépendamment des cadres établis. « Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient en un mot : le prestige. »[14]

 
Le visage de Theodore Roosevelt, vingt-sixième président des États-Unis de 1901 à 1909, a été sculpté au Mount Rushmore : deuxième visage en partant de la droite, entre Thomas Jefferson et Abraham Lincoln.

Sigmund Freud, malgré un certain nombre de réserves[15], indiqua que « par l’accent qu’elle met sur le rôle inconscient de la vie psychique, la psychologie de M. Le Bon se rapproche considérablement de la nôtre. » Dans son ouvrage Psychologie collective et analyse du moi, paru en 1920, Freud s’appuie, entre autres, sur une lecture critique de Psychologie des foules. Il y mentionne les travaux de Le Bon notamment sur « les modifications du Moi lorsqu’il est au sein d’un groupe agissant. »[16]

En 2009, Psychologie des foules est choisi par Le Monde et Flammarion comme l'un des « 20 livres qui ont changé le monde ».[17] Dans la préface à cette édition, Mathieu Kojascha écarte l’idée que l’ouvrage ait pu faire le lit du fascisme et conclut : « Contribution définitive à la psychologie collective, à la compréhension du phénomène mystérieux qu’est la foule, Psychologie des foules de Gustave Le Bon doit aussi son immense succès au fait que ce personnage étonnant, intrigant, a su exprimer l’inquiétude de ses contemporains, leur perplexité devant certains aspects de la modernité. Perçu comme un texte fondateur de la psychologie sociale, ce livre est donc un formidable document d’histoire. »[18]

Ses découvertes lui permirent par ailleurs d'avertir dans un article intitulé ''De l’évolution de l’Europe vers diverses formes de dictature'' dès 1924 du fait que la montée du fascisme en Italie n'était pas un phénomène isolé mais risquait au contraire de s’étendre, par le même mécanisme d’un ''meneur de foules'' prenant, à la faveur d’événements violents, les rênes du pouvoir et les confisquant ensuite à son seul profit. Sur ce sujet, on se reportera aux ouvrages de Moscovici, Rouvier, Decherf et Korpa[réf. nécessaire].

Sur les femmesModifier

Infériorité intellectuelle des femmesModifier

Gustave Le Bon ayant comparé des cerveaux féminins et masculins, et mesuré l'infériorité du poids relatif du cerveau féminin, déduit de cette comparaison l'infériorité intellectuelle des femmes. Il écrit à ce sujet en 1879, dans un article de la Revue d'anthropologie : « Dans les races les plus intelligentes, comme les Parisiens il y a une notable proportion de la population féminine dont les crânes se rapprochent plus par leur volume de ceux des gorilles que des crânes de sexe masculin les plus développés. [...] Cette infériorité intellectuelle des femmes est trop évidente pour être contestée un instant »[19]. «Le Bon ‘valide’ le fait qu’un caractère biologique permet de mesurer le développement de l'intelligence», selon Evelyn Peyre[19]. Il affirme que les cerveaux féminins et masculins ont connu une évolution divergente[20] ; les activités que Le Bon considère comme masculines — la chasse, la défense du territoire — auraient développé les capacités intellectuelles des hommes, de sorte que les cerveaux mâles auraient connu un accroissement au fil des millénaires ; en revanche, les cerveaux féminins, moins sollicités, auraient moins évolué, ce qui expliquerait l'intelligence inférieure des femmes. Le Bon se fonde sur des mesures de quelques crânes du Néolithique découverts dans la grotte de L'Homme Mort en 1873 effectuées par Paul Broca, mesures qui donnent une différence moyenne de capacité crânienne entre crânes masculins et féminins de 99,5 centimètres cubes, alors que la différence de taille moderne entre les crânes masculins et féminins est supérieure (elle est de 129,5 - 220,7 centimètres cubes)[21],[22].

Stephen Jay Gould parle de Gustave Le Bon comme du «misogyne en chef de l'école de Paul Broca» («chief misogynist»)[21] ; Paul Broca est connu notamment pour avoir donné une impulsion décisive à la craniologie.

Contre la réforme de l'éducation des femmesModifier

Gustave Le Bon se prononce contre le fait de dispenser aux femmes la même instruction que celle dont les hommes pouvaient bénéficier, dans un article que publie la prestigieuse Revue scientifique en 1890[23]. Selon lui, l'égalité des sexes (comme celle des races) relève de l'utopie[20]. L'éducation dispensée aux femmes doit être adaptée à leur vocation, qui est d'élever des enfants ; les sciences, en revanche, conviennent aux hommes[20]. Le Bon écrit ainsi : «Ceux qui ont proposé de donner aux femmes une éducation semblable à celle reçue par l'homme ont prouvé combien ils ignoraient la nature de leur esprit. Vouloir donner aux deux sexes la même éducation, et par suite leur proposer les mêmes buts, est une chimère dangereuse qui ne peut avoir pour résultat que de dépouiller la femme de son rôle, l'obliger à entrer en concurrence avec l'homme et lui ôter tout ce qui constitue sa valeur, son utilité et son charme. Le jour où, méprisant les occupations inférieures que la nature lui a données, la femme quittera son foyer et viendra prendre part à nos luttes, ce jour-là commencera une révolution sociale où disparaîtra tout ce qui constitue aujourd'hui les liens sacrés de la famille»[19].

Le Bon s'opposait par ces prises de positions aux républicains, et non pas seulement aux féministes[20].

Selon l'historienne des femmes Karen Offen, Le Bon peut être considéré comme un antiféministe par excellence («He can be viewed as an arch antifeminist»)[20].

Sur les civilisationsModifier

Le Bon ne soutient pas la théorie d’une hiérarchisation des civilisations, mais admet des différences au niveau des stades de développement, et soutient la théorie du biologiste darwinien allemand Ernst Haeckel (1834-1919)[2]. Il consacre un gros volume illustré à la Civilisation des Arabes[n 3]. Après une mission aux Indes, il publie, en 1887, un autre ouvrage majeur, Les Civilisations de l’Inde[2]. Il se différencie en cela fortement d'Arthur de Gobineau et dénonce à plusieurs reprises dans ses œuvres le « mythe de la race aryenne », mettant en garde contre les visées suprémacistes du national-socialisme dès 1924[réf. nécessaire].

Sur les phénomènes révolutionnairesModifier

Gustave Le Bon fournit les analyses psychologiques suivantes :

« La première phase d'une révolution est consacrée à combattre les nécessités économiques et sociales qui régissent la vie des peuples. L'expérience prouvant bientôt que ces nécessités dominent les volontés, l'ancienne organisation reparaît sous des noms nouveaux. Ainsi se terminera nécessairement la révolution russe.
Les révolutions ne durent jamais longtemps parce qu'elles se heurtent bientôt au mur des nécessités économiques et sociales qui dominent le monde. Percevant alors l'impuissance des théoriciens, la foule se détourne d'eux. Avant d'arriver à cette dernière phase, bien des ruines sont accumulées. La Russie en fait aujourd'hui l'expérience.
D'après tous les enseignements de l'histoire des révolutions, l’extrémisme en politique a comme terminaison nécessaire soit la destruction de la civilisation, soit l'anarchie et la dictature.
Ce n'est pas d'une révolution, mais d'une transformation profonde des idées que résultent les réformes durables. »

— Les Incertitudes de l'heure présente, 1923

Concernant la Révolution française :

« … Les blessures d’amour-propre sont celles dont le souvenir s’efface le moins. Le Tiers-État en avait supporté beaucoup. À une réunion des États Généraux de 1614 où ses représentants s’étaient vus obligés de rester à genoux tête nue, un membre du Tiers ayant osé dire que les ordres étaient comme trois frères, l’orateur de la noblesse répondit : “qu’il n’y avait aucune fraternité entre elle et le Tiers, que les nobles ne voulaient pas que les enfants de cordonniers et de savetiers les appelassent leurs frères”. »

— Révolution Française et la Psychologie des Révolutions

« La soif d'inégalité semble un besoin irréductible de la nature humaine. On sait avec quelle ardeur les Conventionnels échappés à la guillotine sollicitaient de Napoléon des titres nobiliaires. Le rêve égalitaire qui les avait conduits à tant de massacres n'était donc en réalité qu'un violent désir d'inégalité à leur profit. L'histoire n'a pas encore cité, d'ailleurs, de pays où régnât l'égalité. »

— Les Incertitudes de l'heure présente

La Première Guerre mondialeModifier

Gustave Le Bon a prédit que la Première Guerre mondiale serait meurtrière car il s’agirait de guerre de conscrits et non plus de professionnels. Ainsi dans Psychologie du socialisme (1898), il écrivait que « les prochaines luttes entre nations seront de véritables luttes pour l'existence ne pouvant se terminer que par l'écrasement complet de l'un des combattants. » Ses idées sur la psychologie ont influencé l'École de guerre, chargée de préparer les officiers. Le Bon a aussi analysé le conflit dans des livres comme Premières conséquences de la guerre (1917).

Voici ce qu'écrit Gustave Le Bon au lendemain de Première guerre mondiale:

« Les peuples ne se résignent pas à la défaite quand ils se croient supérieurs à leurs vainqueurs. Une tentative de revanche germanique peut donc être considérée comme un des plus sûr événements de la future Histoire. »

— Les Incertitudes de l'heure présente, 1923

Redécouverte à l'époque moderneModifier

Il a été redécouvert en France grâce à Serge Moscovici lors du cinquantenaire de la mort du sociologue en 1981 avec L'Âge des foules qui traite des précurseurs de la psychologie sociale, à savoir Gustave Le Bon, Gabriel Tarde et Sigmund Freud. Pour Moscovici, Le Bon (en qui il voit le « Machiavel des sociétés de masse ») est celui qui, le premier, a saisi l'importance du rôle (potentiellement destructeur) des masses dans le processus historique et en a esquissé la typologie.

En 1977, Catherine Rouvier, après son mémoire soutenu en 1976 avec Roger-Gérard Schwartzenberg à l'université de Paris 2 Panthéon Assas sur « la personnalisation du pouvoir en France de 1875 à 1958 » faisait porter ses recherches en histoire sur la psychologie politique sur Le Bon et montrait que ce dernier était en réalité mal compris car victime d'une confusion courante entre masses et foules.

En effet, l'apport de Le Bon à la psychologie sociale ne concerne nullement les masses — concept très général peu susceptible d'une approche expérimentale. Son véritable sujet d'étude est la foule, définie comme une réunion momentanée d'individus soumis à une émotion forte à la suite d'un événement et/ou d'un discours ou d'une image provoquant la peur, la haine, ou, au contraire, l'enthousiasme et l'amour. Ces découvertes de le Bon s'inscrivent en effet clairement dans le débat qui agite les historiens du XIXe siècle sur les causes de la violence et du caractère subit des révolutions, celle de 1789, bien sûr, mais aussi celles de 1830, 1848 et 1870. Cela est donc bien distinct de ce qui sera développé plus tard par Wilhelm Reich, par exemple sur « la psychologie de masses du fascisme ».

 
Gustave Le Bon par Jean Geiser vers 1880 à Alger

L'état de suggestibilité de la foule est très précisément décrit par ce médecin passionné par les expériences en tout genre, de Charcot sur la guérison de l'hystérie par l'hypnose à la Salpetrière ainsi que par la technique (au départ fondée sur l'hypnose) de la guérison des névroses par Sigmund Freud, avec lequel il correspondit grâce à leur amie commune Marie Bonaparte.

Le concept de horde chez Freud est, du reste, à rapprocher — mais non à confondre — avec celui de foule chez Le Bon. Dans les deux cas, est décrit le phénomène du meneur, qui est celui qui va répondre à l'expectative du groupe, foule ou horde. Mais tandis que la horde est un groupe soumis en permanence aux directives de son chef, la foule n'est éminemment suggestible et donc vulnérable à tout mot d'ordre exprimé avec force que pendant le temps que dure l'excitation due à l'évènement — ou à la mise en scène fictive d'un évènement.

L'intérêt majeur de cette théorie, dite de la « psychologie des foules », est précisément d'introduire, dès la fin du XIXe siècle, dans la réflexion politique le concept de plus en plus utilisé en ce début de XXIe siècle de quotient émotionnel.

Comme beaucoup de savants provenant des sciences de la nature, il a émis sans précautions oratoires des idées sur la psychologie collective qui parurent choquantes :

  1. la tendance des groupes à la soumission à l'autorité se trouve démultipliée dès lors que des événements sont théâtralisés, orchestrés et utilisés par des leaders pour pousser à l'action un groupe, qui, alors, devient « foule ».
  2. Ce groupe peut être les participants à une assemblée générale, à une manifestation, mais aussi à un jury d'Assises ou à toute autre forme institutionnelle de réunion.

Voilà qui ne pouvait que déplaire à des sociologues qui, comme le notera plus tard Pierre Bourdieu, ont tendance à légitimer parfois au-delà du raisonnable leur objet d'études : la classe politique — qui, pourtant, était confrontée à cette époque au spectacle délétère de débats à l'Assemblée nationale, où, parfois, on criait « À mort ! » (contre Jules Ferry dans l'affaire du Tonkin, par exemple).

Les idées de Le Bon se sont trouvées largement vérifiées, ainsi la tendance des masses à se plier à la servitude volontaire. « Le fait que le régime totalitaire, écrit Hannah Arendt à ce sujet, malgré l’évidence de ses crimes, s’est appuyé sur les masses, est profondément troublant. » (Les origines du totalitarisme, Éditions du Seuil, 1950).

Le Bon peut aussi être considéré comme le précurseur de la notion de « public », aujourd'hui utilisée en sociologie des médias. En effet, une « foule », au sens psycho-sociologique du terme, peut ne pas être réunie physiquement (ainsi les téléspectateurs ou les internautes) ; ses membres forment, à un moment donné, une communauté qui participe à une même activité et partage les mêmes émotions. Mort en 1931, il a pourtant pu mesurer l'impact futur que seraient appelés à avoir les mass-media : « Avec les moyens actuels de publicité, consignait-il en 1924, une opinion ou une doctrine peut être lancée comme un produit pharmaceutique quelconque. »

ŒuvresModifier

Bibliographie établie d'après celle présente dans la réédition de 1984 de Psychologie du socialisme par Les Amis de Gustave Le Bon (cf. pages 415-416).

Ouvrages médicauxModifier

Voyages, histoire et psychologieModifier

Recherches scientifiquesModifier

Articles scientifiquesModifier

  • « Sur l'utilisation des forces naturelles et leur transport », Revue Scientifique,
  • « Les Forces de l'avenir », Revue Scientifique,
  • « L'Électricité et les forces de l'avenir », Revue Scientifique,
  • « L'Anthropologie actuelle et l'étude des races », Revue Scientifique,
  • « Sur la formation actuelle d'une race dans les monts Tatras », Revue Scientifique,
  • « La Civilisation des arabes et l’étude scientifique de l’histoire », Revue Scientifique,
  • « L'Inde moderne. Comment on fonde une colonie, comment on la garde et comment on la perd », Revue Scientifique,
  • « Influence de l’éducation et des institutions européennes sur les populations indigènes des colonies », Revue Scientifique,
  • « La Psychologie des femmes et les effets de leur éducation actuelle », Revue Scientifique,
  • « Les Recherches récentes sur la noix de Kola », Revue Scientifique,
  • « La Psychologie des foules », Revue Scientifique, 6 &
  • « La Luminescence invisible », Revue Scientifique,
  • « De la transparence des corps opaques pour des radiations lumineuses de grande longueur d’onde », Revue Scientifique,
  • « Le Rayonnement électrique et la transparence des corps pour les ondes hertziennes », Revue Scientifique,
  • « L’Uranium, le radium et les émissions métalliques », Revue Scientifique,
  • « Les Formes diverses de la phosphorescence », Revue Scientifique, 8 &
  • « La Variabilité des espèces chimiques », Revue Scientifique,
  • « La Matérialisation de l'énergie », Revue Scientifique,
  • « La Dématérialisation de la matière », Revue Scientifique, 12 et
  • « Le Monde intermédiaire entre la matière et l'éther », Revue Scientifique, 10 et
  • « La Dématérialisation de la matière comme origine de la chaleur solaire et de l’électricité », La Nature, no 1699 -
  • « L'Édification scientifique de la connaissance », Revue Scientifique, 1er &
  • « Le Rôle de la vitesse dans les phénomènes », La Nature, no 1855 -
  • « La Renaissance de la magie », Revue Scientifique, &
  • « Le Spiritisme et la science », La Nature, no 1962 -
  • « Programme d’expériences permettant de résoudre d’une façon définitive le problème de la baguette divinatoire », La Nature, no 2085,
  • « Transformations apparentes des peintures en sculpture », La Nature, no  2847,

BibliographieModifier

  • Raymond Queneau, Gustave Le Bon, Sixtus Éditions, Limoges, 1990, "Petite Bibliothèque Quenienne" n°4 (texte définitif établi par Mary-Lise Billot, Marc Bruimaud & Marcel Troulay).
  • Elias Canetti, Masse et Puissance (1960)
  • Serge Moscovici, L'Âge des foules, Fayard, coll. « LITT.GENE. », (ISBN 978-2-213-62807-3)
  • Catherine Rouvier,
    • Les idées politiques de Gustave le Bon ou la mesure de l'irrationnel en politique. PUF 1986, préface d'Edgar Faure.
    • Gustave Le Bon, clés et enjeux de la psychologie des foules, Editions Terra Mare, Coll. Les Classiques, 2012
  • Benoît Marpeau, Gustave Le Bon : Parcours d'un intellectuel, CNRS Éditions, 2000.
  • Vincent Rubio, « La Psychologie des foules de Gustave Le Bon. Un savoir d'arrière-plan », Sociétés, Revue des sciences humaines et sociales, 2008/2, no 100.
  • Vincent Rubio, « Le regard sociologique sur la foule à la fin du XIXe siècle », Mil Neuf Cent. Revue d’Histoire intellectuelle, no 28, p. 13-33.
  • Michel Korpa, Gustave Le Bon hier et aujourd'hui, Éditions France-Empire, 2011 (préface de Claude Imbert) (ISBN 9782704810871)
  • Catherine Rouvier et Paul-Marie Coûteaux, Gustave Le Bon, clés et enjeux de la psychologie des foules, Édition revue et augmentée, Terra Mare, coll. « LES CLASSIQUES », , 311 p. (ISBN 978-2-918677-17-8)
  • Psychologie du socialisme (1905), Kessinger Publishing, (ISBN 978-1-167-69903-0)
  • Psychologie des foules, 9e édition, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », , 132 p. (ISBN 978-2-13-062062-4)
  • Psychologie politique et défense sociale, UltraLetters, (ISBN 978-2-930718-46-0)
  • Psychologie de l'éducation, UltraLetters, , 302 p. (ISBN 978-2-930718-47-7)

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Gustave Le Bon, « Civilisation des Arabes, Livre I à VI », sur Les Classiques des sciences sociales.
  2. Marpeau Benoît, « Les stratégies de Gustave Le Bon », Mil neuf cent, no 9,‎ , p. 117. (DOI 10.3406/mcm.1991.1042, lire en ligne, consulté le ) : Réunions initiées en 1882-1883 sous l'appellation de « Banquet des XX » et se déroulant le dernier vendredi de chaque mois.
  3. Gustave Le Bon, « Civilisation des Arabes, Livre I à VI », sur Les Classiques des sciences sociales.

RéférencesModifier

  1. Hess Rémi, « Le Bon Gustave (1841-1931) », dans : Jacqueline Barus-Michel éd., Vocabulaire de psychosociologie. Références et positions. Toulouse, ERES, « Questions de société », 2016, p. 539-542. DOI : 10.3917/eres.barus.2016.01.0539. URL : https://www.cairn.info/vocabulaire-de-psychosociologie--9782749229829-page-539.htm
  2. a b c d e f g et h Véronique BEDIN et Martine FOURNIER (dir.), « Gustave Le Bon, La Bibliothèque idéale des sciences humaines, Éditions Sciences humaines », (consulté le ).
  3. Vincent Rubio, « Psychologie des foules, de Gustave le Bon. Un savoir d’arrière-plan, Sociétés (n° 100) », sur http://www.cairn.info, (consulté le ).
  4. Gustave Le Bon, « Psychologie des foules » [PDF], sur Les Classiques des sciences sociales (consulté le ), p. 11.
  5. Benoît Marpeau, Gustave Le Bon : Parcours d'un intellectuel, Paris, CNRS Éditions, , p. 33-34.
  6. a et b « Biographie », sur l'Encyclopædia Britannica (consulté le ).
  7. Laurent Mucchielli, La Découverte du social : Naissance de la sociologie en France, Paris, La Découverte, , 571 p. (ISBN 978-2-7071-2826-3 et 2-7071-2826-0, lire en ligne), p. 40.
  8. Livre dont se servait le plus Lénine à la fin de sa vie (in Boris Bajanov, Bajanov révèle Staline, Gallimard, coll. « L'Air du Temps », p. 107).
  9. Mussolini s'est revendiqué comme lecteur de la Psychologie des foules de Gustave Le Bon ; dans une interview du 9 juin 1926, Mussolini déclare : «J’ai lu toute l’œuvre de Gustave Le Bon ; et je ne sais pas combien de fois j’ai relu sa Psychologie des foules. C’est une œuvre capitale, à laquelle je reviens souvent, encore aujourd’hui», Olivier Bosc, « Gustave Le Bon, un mythe du xxe siècle ? », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2010/1 (n° 28), p. 101-120., lire en ligne
  10. a et b « Henri Poincaré, correspondance », sur Université de Lorraine (consulté le ).
  11. Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, Flammarion (lire en ligne).
  12. « Gabriel Tarde (1843-1904) - Les lois de l'imitation », sur https://www.scienceshumaines.com, octobre - novembre 2007 (consulté en )
  13. in Stéphane Courtois, Les Logiques totalitaires en Europe, Éditions du Rocher, 2006, chapitre VIII page 211, chapitre IX page 223.
  14. Jean-Baptiste Decherf, « De Gaulle et le jeu divin du héros. Une théorie de l'action », Raisons Politiques,‎ , p. 217-233 (lire en ligne)
  15. Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, (classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/essais_de_psychanalyse/Essai_2_psy_collective/Freud_Psycho_collective.pdf), « On ne peut s'empêcher de trouver que ce que M. Le Bon dit du rôle des meneurs et de la nature du prestige ne s’accorde pas tout à fait avec sa peinture si brillante de l’âme collective. ».
  16. Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, , 72 p. (classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/essais_de_psychanalyse/Essai_2_psy_collective/Freud_Psycho_collective.pdf)
  17. Clément Solym, « Le Monde et Flammarion ressuscitent les textes fondateurs », sur actualitte.com, (consulté le )
  18. Gustave Le Bon (préf. Mathieu Kojasha), Psychologie des foules, Flammarion, coll. « Les livres qui ont changé le monde » (no 20), , 240 p., 20 × cm (ISBN 978-2-08-122686-9 et 9782081226869, OCLC 758724018, présentation en ligne, lire en ligne)
  19. a b et c Evelyne Peyre et Joëlle Wiels, « De la ‘nature des femmes’ et de son incompatibilité avec l'exercice du pouvoir : le poids des discours scientifiques depuis le XVIIIe siècle », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no Hors série 2,‎ , p. 127–157 (ISSN 1146-6472, DOI 10.4000/cedref.1642, lire en ligne, consulté le )
  20. a b c d et e (en) Karen Offen, Debating the Woman Question in the French Third Republic, 1870–1920, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-316-99159-6, lire en ligne), p.78-79
  21. a et b (en) Stephen Jay Gould, Women's Brains (extrait), (lire en ligne)
  22. (en) « The godfather of sexist pseudoscience », sur theweek.com, (consulté le )
  23. G. Le Bon, "La psychologie des femmes et les effets de leur éducation actuelle", Revue scientifique, 1890.

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