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Écologie humaine

branche de l'écologie
Mine de cuivre à ciel ouvert de Chuquicamata, au Chili : écologie, développement, surexploitation de ressources privant les générations futures ou pollution ?

L'écologie humaine est la sphère de l'écologie associée à l'histoire de l'espèce Homo sapiens[1],[2], de ses déplacements et lieux de vie géographiques[3] ainsi qu'à celle de l'être humain contemporain.

Au croisement de l'écologie humaine et de la sociologie, certains auteurs définissent une discipline connexe appelée écosociologie[4].

Sommaire

Éléments de définitionModifier

L'écologie humaine s'est développée à la croisée des approches des sciences naturalistes et humaines pour observer les interactions entre les sociétés humaines et leur environnement : « L'écologie étudie les interactions des êtres vivants avec leur milieu, que celui-ci soit lui-même composé ou non d'autres êtres vivants. Née des travaux des botanistes puis des biologistes du monde animal, l'écologie a apporté des concepts et des méthodes nouveaux. Il est apparu intéressant d'examiner comment ils pouvaient convenir à l'étude des interactions de l'homme avec son environnement »[5].

Une définition d'Ernst Haeckel (1834-1919) s'applique à l'espèce humaine, décrivant l'écologie humaine comme la partie de l'écologie qui étudie l'espèce humaine, l'activité organisée, sociale et individuelle de cette espèce, sa culture et son environnement dans la biosphère.

L'écologie humaine se caractérise par sa position d'interface entre plusieurs disciplines, telles la biologie, l'écologie, la physique, la médecine et l'anthropologie. En France, comme le souligne l'anthropologue de la santé Nicole Vernazza, elle n'est pas considérée comme une discipline universitaire classique, mais comme une démarche[6], ce qui entretient le flou autour de sa définition.

Cibles, objectifsModifier

L'étude de l'écologie humaine a plusieurs objectifs scientifiques. Tout d'abord, elle étudie la biologie d'une espèce, l'être humain, Homo sapiens, qui constitue en lui-même un écosystème en relation. Ensuite, elle considère l'environnement biophysique et les modes de vie des humains, à diverses échelles. Par exemple, en étudiant l'habitat humain avec la biosphère :

L'être humain et son mode d'action sont considérés par les écologistes et d'autres comme un facteur écologique important dans l'évolution de l'écologie des espèces. L'impact de l'activité humaine sur les habitats et, par conséquent, les répercussions de modifications engendrées dans l'environnement biophysique, aident à comprendre le rôle écologique de l'espèce humaine et ses interactions complexes dans l'équilibre de l'écologie globale avec la biosphère. L'écologie humaine identifie aussi des activités humaines qui ont des conséquences directes ou indirectes sur l'environnement local :

  • les conséquences de l'activité économique sur la culture humaine ;
  • les conséquences de l'activité agricole sur la qualité des habitats ;
  • les conséquences de l'activité industrielle sur la qualité de l'air, de l'eau, des sols ;
  • les conséquences de l'activité éducative sur la compréhension et la culture humaine ;
  • les conséquences d'activités plus ou moins polluantes ou stressantes sur la santé humaine et l'environnement (santé environnementale) ;
  • les conséquences de l'activité de la société humaine sur la qualité de la vie...

L'espèce humaine se différencie des autres espèces vivantes dans la caractérisation des espèces, tel qu'élaboré dans le phylum des espèces. Parmi des exemples de comportements sociaux différenciés de l'être humain, notons :

  • l'espèce a migré et colonisé pratiquement tous les continents, avec une empreinte écologique croissante en important des modes de vie souvent très consommateurs de ressources peu ou lentement renouvelables. À de rares exceptions (milieux extrêmes, très froids, très arides ou sous-marins), les humains se sont implantés sur la quasi-totalité de la surface planétaire, là ou les ressources le permettent ;
  • l'être humain modifie mécaniquement l'environnement et vie volontairement et consciemment (par exemple, en défrichant des forêts pour construire des villes, en supprimant des marais pour éliminer les moustiques ou en détruisant par peur et ignorance) selon des idéologies culturelles ;
  • l'être humain perturbe son habitat et celui des autres espèces. Depuis deux à trois siècles, les grands équilibres de la biosphère et de la biodiversité sont mis en péril par les activités agricole, industrielle et la mise en place d'infrastructures énergétiques, urbaines et socio-culturelles qui dégradent les ressources naturelles et les services écosystémiques fournis par la biodiversité ;
  • l'être humain agit consciemment et délibérément pour essayer de restaurer certains équilibres écologiques qu'il a lui-même perturbés (par le biais de protocoles internationaux, tel que le protocole de Kyoto) ;
  • l'être humain est une des espèces dont l'activité en un point du globe peut avoir des conséquences éloignées importantes (par exemple, l'émission des gaz à effet de serre par les pays développés pourrait entraîner un réchauffement climatique qui pourrait aboutir à la disparition du Bangladesh).

Assimilation de l'organisme humain à un écosystèmeModifier

Le corps humain, comme celui d'autres espèces complexes, peut lui-même être associé à un biotope, c'est-à-dire un milieu défini par un ensemble de conditions physico-chimiques actives ou passives qui est aussi un milieu de vie pour de nombreux autres êtres vivants. Sur la peau, dans le système digestif, dans les cheveux, cohabitent de nombreuses bactéries (certaines symbiotiques, d'autres commensales, voire parasites), des insectes (tels que les poux, les puces), des acariens, des vers (ténias, ascaris...).

Selon la terminologie écologique, l'ensemble des êtres vivants (la biocénose) et le milieu de vie (le biotope) constituent un écosystème. Cet écosystème actif - l'organisme humain - doit maintenir de nombreuses caractéristiques constantes ou presque constantes (c'est-à-dire dans un écart de valeurs) afin de maintenir la survie des différents cycles biologiques pour les êtres vivants qu'il abrite ; on parle d'homéostasie. Par exemple :

  • la conservation de la température ;
  • la conservation de l'acidité (pH) dans le tube digestif (utile pour la digestion et pour les organismes y vivant) ;
  • la conservation de la teneur en eau (équilibre des entrées par boisson et aliments, et sorties par sudation, respiration, digestion et excrétion).

Tous ces équilibres sont maintenus sous la contrainte de facteurs environnementaux extérieurs, d'hormones et de conditions produites par l'organisme grâce à des systèmes sensoriels complexes. Comme un écosystème, l'organisme humain est conçu, naît, grandit, atteint son état de maturité et d'équilibre - le « climax » - et décline (sénescence).

Environnement de l'être humainModifier

L'environnement de l'être humain, c'est-à-dire l'environnement humain, prend plusieurs sens compte tenu de la compréhension humaine et de l'échelle de la perception globale et locale accordée à l'environnement :

  • l'environnement humain, un des composants de l'environnement biophysique. L'écologie de l'espèce, la distribution et l'abondance démographique, ainsi que les cultures humaines dans la biosphère correspondent à l'environnement humain ;
  • l'environnement de la vie humaine, associé à la biologie et à la physiologie de l'espèce et de l'individu humain dans l'habitat ;
  • l'environnement de l'être humain, constitué des philosophies, des idéologies, des économies et de la civilisation humaine dans l'évolution de l'histoire humaine.

Ces environnements semblent difficiles à caractériser, à hiérarchiser et à décrire objectivement, puisque les observateurs en sont les observés. Un raisonnement simple et une méthode employée dans d'autres domaines de la culture humaine et qui consiste à isoler les sujets décrits entraîne une confusion et des limites à la perception humaine dans le domaine de son environnement.

Certains auteurs, comme Michel Lamy, ont proposé l'idée d'enveloppes écologiques, certaines naturelles, d'autres artificielles (c'est-à-dire, fabriquées selon les modes et les cultures), les unes individuelles, d'autres sociales, voire civile et mondiale.

Les enveloppes individuelles humaines sont celles constituant l'environnement de la vie d'un individu unique. Ce sont tout simplement :

  • la peau qui assure un échange et une protection contre les agressions microbiennes, une protection mécanique et chimique (par exemple, contre les UV, pour limiter les brûlures d'origine solaire) ;
  • le vêtement, qui différencie et protège également contre l'extérieur (la chaleur, le froid, les conventions sociales) ;
  • l'espace immédiat, personnel et privé (par exemple, l'enfant recherche le contact physique, alors que l'adulte impose davantage de distance avec les autres humains - cette distance est variable selon le développement de l'individu et les cultures. L'individu agrandit ou diminue son espace propre en fonction de son bien-être ou de son niveau de stress, de son besoin et de sa maturité).
  • l'espace virtuel et social.

Dans ce contexte de sémantique, les enveloppes sociales humaines sont celles qui conditionnent, limitent et protègent les groupes humains, plutôt que les individus isolés. Les systèmes socio-politiques et les constructions physiques sont des exemples représentatifs des enveloppes sociales humaines des cultures modernes. S'il s'agit par exemple de constructions bâties telles les maisons, dans certains pays, ces constructions assurent la protection des personnes, mais aussi des animaux domestiques et des récoltes. Dans les pays développés, du simple abri d'origine, la construction est devenue un lieu de repos, de travail et de loisir (ce qui isole l'individu ou le groupe des autres humains). Un bâtiment est un système en lui-même, qui consomme des matériaux et des ressources sous la responsabilité humaine. Il y a des besoins en eau, en énergie et en nourriture et il se produit de l'eau polluée, des déchets et des fumées entre autres.

La ville est une enveloppe construite supplémentaire, devenue le milieu de vie d'environ 50 % de la population humaine. La ville (qui peut devenir mégalopole) comparée à une maison est une sorte de macro-écosystème humain organisé par les cultures de l'être humain. Elle est constituée par quatre grands types de structures physiques d'activités : les lieux de circulations, les lieux d'habitation, les lieux de travail, et les lieux de divertissement, plus ou moins imbriqués les unes dans les autres. Les urbanistes sont ceux qui créent ces enveloppes et qui distinguent dans leur organisation des zones d'habitation, des espaces verts, des zones industrielles, des zones commerciales... et des axes de communication (par exemple le réseau routier) permettant de les desservir et de passer des unes aux autres.

Enfin, les humains font partie de la diversité du vivant (la biodiversité), ils sont partie intégrante de la biosphère, qui est elle-même l'enveloppe globale de la vie terrestre. Cette distinction a son importance puisqu'elle représente l'environnement biophysique. L'environnement humain ou de l'être humain est inclus dans l'environnement biophysique. Il est donc à considérer par les humains comme le premier support à l'existence. La biosphère, un écosystème complexe, est localisée dans des enveloppes terrestres (lithosphère, atmosphère et hydrosphère).

Les humains ont essentiellement occupé et colonisé la lithosphère, un environnement propice à leur développement. En ce sens, environ 50 % de la population mondiale vit dans les zones de contact entre terre et océans. Ces zones adéquates pour l'espèce sont riches en nourriture et font l'objet d'une exploitation facile tout en offrant des voies de communications naturelles. Les villages, les villes sont souvent construits le long des cours d'eau. L'hydrosphère est exploitée par l'être humain essentiellement pour la pêche, la circulation maritime et les ressources énergétiques. La lithosphère ou pédosphère (zone de sol) est exploitée pour l'agriculture et les ressources forestières, minières et énergétiques.

L'atmosphère enfin, est une enveloppe essentielle à la vie humaine et à la vie des organismes, en ceci qu'elle constitue un milieu respiratoire.

Notes et référencesModifier

  1. Ducos, P., Delannoy, P., & Helmer, D. (1978). Tell-Mureybet (Syrie, IXe-VIIIe millénaires) : étude archéozoologique et problèmes d'écologie humaine. Centre National de la Recherche Scientifique, DL.
  2. Bernard, J., & Ruffié, J. (1966). Hématologie géographique. Écologie humaine, caractères héréditaires du sang. Masson.
  3. Claude Raffestin, Géographie et écologie humaine, 1992.
  4. Vaillancourt, J.-G., « Sociologie de l’environnement : de l’écologie humaine à l'écosociologie », dans R. Tessier et J.-G. Vaillancourt (dir.), La recherche sociale en environnement. Nouveaux paradigmes, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, , p. 19-48.
  5. Jean Benoist, « Pourquoi un bulletin d'écologie humaine ? » [PDF], .
  6. Nicole Vernazza-Licht et Bernard Brun, « La Société d’écologie Humaine (SEH) Douze ans de réflexion et de valorisation autour de l’écologie humaine » [PDF], Natures Sciences Sociétés, Elsevier, (consulté le 11 janvier 2019), p. 74-76.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier