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Charlotte de Belgique

Charlotte de Belgique
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de l'impératrice Charlotte
par Franz Xaver Winterhalter.

Titre

Impératrice du Mexique


(3 ans, 2 mois et 9 jours)

Prédécesseur Anne-Marie de Huarte (indirectement)
Successeur Abolition de l’empire
Biographie
Titulature Princesse de Belgique
Princesse de Saxe-Cobourg et Gotha
Duchesse en Saxe
Impératrice du Mexique
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg et Gotha (puis, maison de Belgique)
Naissance
Chateau de Laeken (Laeken, Belgique)
Décès (à 86 ans)
Meise (Belgique)
Sépulture Crypte royale de Laeken
Père Léopold Ier de Belgique
Mère Louise d’Orléans
Conjoint Maximilien Ier du Mexique
Enfants Agustín de Iturbide y Green (adoptif)
Salvador de Iturbide y Marzán (adoptif)
Religion Catholicisme romain
Description de cette image, également commentée ci-après

Marie Charlotte Amélie Auguste Victoire Clémentine Léopoldine de Saxe-Cobourg-Gotha, princesse de Belgique, duchesse de Saxe, princesse de Saxe-Cobourg-Gotha puis archiduchesse d'Autriche et impératrice du Mexique, épouse de Ferdinand-Maximilien d’Autriche, vice-roi de Lombardie-Vénétie puis empereur du Mexique, est née au château de Laeken (Laeken, Belgique), le à une heure du matin et morte à Meise le .

BiographieModifier

 
Charlotte de Belgique par Hermann Winterhalter

Charlotte est la fille du roi des Belges Léopold Ier et de Louise d'Orléans, elle-même fille du roi des Français Louis-Philippe Ier. Elle a déjà deux frères aînés : Léopold, duc de Brabant et Philippe, comte de Flandre (un frère aîné étant mort au berceau). Son père, qui aurait souhaité un quatrième fils, assurance de la pérennité dynastique, ne dissimule pas sa déception mais sera vite conquis par cet enfant qui tend à lui ressembler tellement. Lorsque son père n'est pas avec sa maîtresse, il consacre la plus grande partie de son temps libre à sa fille[réf. nécessaire]. Plus tard il lui laissera également le choix de son futur époux comme elle en témoigne dans une lettre adressée à sa grand-mère Marie-Amélie : « il m'a écrit la lettre la plus impartiale, me mettant sous les yeux les avantages de l'un et de l'autre sans vouloir en rien m'influencer[1] ». Par les Cobourg, Charlotte est également la cousine germaine de la reine Victoria du Royaume-Uni et du prince consort Albert.

À la mort de sa mère, Charlotte n'a que dix ans ; la petite fille turbulente et expansive devient alors une adolescente pensive et repliée sur elle-même. Son instruction religieuse est confiée au père Victor-Auguste Deschamps, frère du ministre des Affaires étrangères et, plus tard, cardinal-évêque de Malines. La religion aura une place importante dans sa vie[2] qui fera notamment pencher la balance dans le choix de son futur époux. En effet en 1856, lorsque Charlotte entre dans sa seizième année, deux prétendants sollicitent sa main : le prince Georges de Saxe ainsi que le roi Pierre V de Portugal. Ce dernier est le candidat de la reine Victoria. Au mois de mai, la princesse rencontre à Bruxelles l'archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche, frère cadet de l'empereur François-Joseph. Elle est charmée[réf. nécessaire] : ce sera lui qu'elle épousera.

Bien que Charlotte ait toujours été une enfant et une adolescente studieuse, passionnée (elle aimait beaucoup jouer du piano, dessiner, et lire), c'est aussi une enfant ambitieuse mais elle semble d'abord être très réaliste sur le futur que chacun de ses prétendants peut lui offrir[réf. nécessaire] : « Quant à Pedro, c'est un trône, il est vrai, je serais Reine et Majesté mais qu'est-ce que cela, les couronnes de nos jours sont de lourds fardeaux et comme on regrette plus tard d'avoir cédé à de si folles considérations[3] ». Pourtant ce sera Charlotte qui plus tard influencera le choix de son mari pour accepter la couronne Mexicaine. Cependant il ne faut pas ignorer que Charlotte qui avait pour langues maternelles le français (qu'elle pratiquait avec sa mère) et l'allemand (avec son père), montrera de l'intérêt pour d'autres langues notamment l'anglais et les langues des pays qu'elle gouvernera par la suite[réf. nécessaire]: « si comme il est en question l'Archiduc était investi de la vice-royauté d'Italie, ce serait charmant, c'est tout ce que je désire[1] ». Lorsqu'alors cette vice-royauté fut retirée, Charlotte eut alors un vide à combler[réf. nécessaire].

L'union avec Maximilien de Habsbourg et son destin tragiqueModifier

 
L'archiduchesse Charlotte et son époux, l'archiduc Maximilien

Le mariage est célébré le , au palais royal de Bruxelles. Le couple n'aura pas d'enfant. Entre-temps, l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier avait nommé son frère vice-roi du Royaume lombardo-vénitien.

Si Charlotte n'a pas longtemps hésité sur le choix de son futur mari, bien qu'elle semble s'ennuyer en société (« cette manie d'apprendre me fait trouver la société insipide[4] »), c'est parce que lors de leur première rencontre ce dernier lui avait semblé charmant. Le père de Charlotte l'ayant remarqué aussi, a fait en sorte que Maximilien fasse sa demande[réf. nécessaire] : « Vous avez conquis en mai [...] toute ma confiance et ma bienveillance. J'ai aussi remarqué que ma fillette partageait ces dispositions; cependant il était de mon devoir de procéder avec précaution[5] ».

Charlotte aimait son éducation, en outre ils avaient tous deux une véritable passion pour l'équitation et semblaient avoir les mêmes conceptions de la religion. Cependant après leur première rencontre Maximilien serait rentré à Vienne sans mentionner Charlotte, il reste par la suite favorable à la proposition belge mais sans grand enthousiasme. Certaines personnes de la cour voit en Maximilien quelqu'un qui ne croit plus en l'amour depuis la mort de sa fiancé Marie-Amélie du Brésil, mais aussi un opportuniste. En effet Maximilien aimant l'art et les plantes, aime alors les résidences prestigieuses, et bien qu'héritier de la couronne à ce moment là, il ne peut mener le train de vie qu'il souhaite. Cette théorie est fort probable puisque Maximilien n'acceptera pas de se marier avec la fille du roi tant que la dot de cette dernière ne sera pas suffisante à ses yeux.[réf. nécessaire] De plus, selon André Castelot, l'archiduc aurait dit de la jeune fille : « Elle est petite, je suis grand, ce qui doit être. Elle est brune, je suis blond, ce qui est bien aussi. Elle est très intelligente, ce qui est un peu ennuyeux, mais sans doute en viendrai-je à bout » ; cela montrerait que Charlotte ait pu tombé sous le charme et le romantisme de Maximilien mais que Maximilien lui, ne cherche pas une femme de tête. Ces traits de caractère marqués chez chacun des époux constituent des éléments liés à leur tragédie : un Maximilien passif, rêveur et penseur contre une Charlotte active, intelligente et ambitieuse.[réf. nécessaire]

Après s'être vu retiré le titre de vice-roi de Lombardie-Vénétie, le couple continue de faire chambre à part et continue à passer une grande partie de leur temps loin de l'autre ; ils se retirent au château de Miramare à l'une des extrémités du golfe de Trieste[réf. nécessaire]. Le château est encore en construction avec la dot de Charlotte, ce que son frère le futur Léopold II ne manquera pas de noter dans son journal[réf. nécessaire] : « La construction de ce palais par temps qui court est une folie sans borne[6] ». Le arrive à Miramare une délégation d'émigrés mexicains, qui offre officiellement à l'archiduc la couronne de son pays. En réalité, les négociations à ce sujet sont en cours depuis plus de deux ans : Napoléon III rêve de créer un empire latin et catholique qui limiterait l'influence des États-Unis d'Amérique alors en proie à la guerre de Sécession. Il se dit prêt à soutenir militairement Maximilien, si celui-ci accepte de partir pour le pays des pronunciamientos. Mais l'archiduc hésite à accepter de tenter l'aventure.

Charlotte elle, hésite peu ou presque, l'éducation qu'elle a reçue, aspirait à quelque chose de plus grand que peindre des toiles et voyager, son mari la délaisse trop souvent, et la perte du vice-royaume de Lombardie occupe un vide dans sa vie " Fonder une dynastie,s'occuper du bien-être d'un peuple sont de grandes tâches, elles ont leur difficultés mais aussi leurs satisfactions quand l'oeuvre réussit" écrit-elle le 19 octobre à son père.[réf. nécessaire]

Impératrice du Mexique et descendance présuméeModifier

Le , dans le grand salon de Miramare, les délégués mexicains informent l'archiduc des résultats d'un référendum, sans insister sur les baïonnettes françaises qui avaient protégé ou intimidé les électeurs. Maximilien leur déclare alors qu'il« accepte la couronne des mains de la nation mexicaine » et jure « d'assurer par tous les moyens le bien-être, la prospérité, l'indépendance et l'intégrité de cette nation ». L'aventure mexicaine commence. « Ce sera, aurait dit Charlotte, une occupation pour Maximilien. » Les jeunes descendants de Charles Quint font leur entrée solennelle à Mexico, le 12 juin 1864, au cri de « Viva el Emperador ». Il ne leur faut guère de temps pour mesurer l'insécurité et le désordre qui régnaient dans leur empire malgré l'intervention française soutenue par des contingents belges et espagnols, succédant à une longue guerre civile qui avait tout désorganisé. Il apparaît également très vite que seule une minorité avait fait appel à l'étranger. Maximilien et Charlotte commencent cependant leur règne avec une généreuse confiance. L'empereur fait l'essai d'une conciliation des partis, tandis que l'impératrice se rend populaire en pénétrant courageusement dans Veracruz où deux mille soldats Français étaient morts de la fièvre jaune et du vomito negro.

N'ayant pas eu d'enfant de son mariage, le couple adopta les deux petits-fils du précédent empereur Augustin Ier du Mexique, Agustín de Iturbide y Green et Salvador de Iturbide y Marzán, fondant ainsi la Maison de Habsbourg-Iturbide. L'impératrice s'occupa personnellement de l'éducation de ses deux fils et fut très proche d'eux.

 
Portrait de l'impératrice Charlotte par Albert Graefle.
 
L'impératrice Charlotte vers 1865.

Le drame du royaume lombardo-vénitien se renouvelle au Mexique : pendant que Maximilien et Charlotte tentent d'apaiser les esprits, le maréchal français Bazaine et le colonel Dupin gâchent toutes les ouvertures par leur brutalité. Dès lors, les rapports entre la France et le Mexique deviennent de plus en plus détestables ; les républicains du Zapotèque Benito Juarez en profitent pour multiplier les coups de main et enrôler de nombreux éléments venus des États-Unis. Abandonnant la partie avec autant de coupable inconscience qu'il l'avait amorcée, Napoléon III décide de rappeler l'armée de Bazaine en France. Maximilien n'a plus autour de lui que quelques Belges et Autrichiens.

Après plusieurs combats indécis, le contingent belge, commandé par le colonel Alfred Van der Smissen, remporte la victoire de la Loma. Mais le retrait français entraîne les Belges à partir, eux aussi. C'est alors que Charlotte quitte le Mexique, le 9 juillet 1866.

Certains ont suspecté Charlotte d'être tombée enceinte dès avant ce voyage et que Van der Smissen, devenu aide de camp de l'impératrice, aurait été l'amant et père caché[7]. Les tenants de cette thèse, aujourd'hui démentie[7],[8], invoquaient la date de naissance d'un enfant né à Bruxelles le 23 janvier 1867 et déclaré de père inconnu, cette date de naissance coïncidant avec la présence de Charlotte à Bruxelles. Ce fils serait le futur général français Maxime Weygand ; devenu adulte, ce dernier présentait une certaine ressemblance physique avec Van der Smissen, ce qui confortait les partisans de cette version d'une relation intime entre Charlotte et le général belge, alors colonel. Cette thèse a été présentée dans une émission de télévision d'Alain Decaux[9] et fut soutenue par l'historien André Castelot[10], qui s'appuyait sur la révélation que lui fit le roi Léopold III de Belgique disant « Weygand est le fils de Van der Smissen ». La protection que le roi des Belges Léopold II de Belgique — dont Van der Smissen deviendra l'aide de camp — étendit à distance sur l'enfant en veillant à fournir des fonds qui permirent de le faire adopter par une famille de Nimal, puis par la famille française Weygand, semblait également étayer cette possibilité.

Le chemin de croix, « la maladie » et la réclusion d'une souveraineModifier

 
Photographie de l'impératrice Charlotte en robe de deuil, par André Adolphe Eugène Disdéri.

Le 9 juillet 1866, l'impératrice quitte Mexico à destination de l'Europe avec ses deux fils. Elle vient plaider la cause du Mexique à Paris et à Rome, mais Napoléon III l'homme à l'origine de tous ses maux, ne veut plus entendre parler du Mexique. En effet, une guerre imminente avec la Prusse oblige l'empereur des Français à oublier son rêve et à rompre sa promesse. Quant au pape Pie IX, il n'a aucune raison de compromettre l'Église dans cette entreprise[11]. La Belgique et l'Autriche s'étant déjà retirées, Charlotte ne songe même pas à demander de l'aide à sa famille ou à sa belle-famille. En effet bien que le père de Charlotte, Léopold Ier (roi des Belges) ne fut pas favorable à la cause mexicaine, son fils devenu Léopold II (roi des Belges) d'abord chaud partisan aux ambitions de sa sœur, ne peut plus ignorer l'hostilité des Belges envers un pays qui leur apporte souvent de mauvaises nouvelles. Charlotte n'a alors plus personne vers qui se tourner.

Le 25 septembre Charlotte arrive à Rome. Durant plusieurs jours l'impératrice va s'entretenir avec le Saint-Père. Il semble que plus les jours passent, plus la situation au Mexique s'aggrave et la maladie de Charlotte aussi ; elle commence à s'habiller en tenue de deuil, pense que tout le monde veut l'empoisonner[12] et refuse de rentrer à son hôtel (le Pape fera alors une entorse aux règles du Saint Siège en laissant Charlotte être la première femme à passer la nuit au Vatican[11]). Mais tout le monde est très inquiet sur le cas de Charlotte, cette dernière a même rédigé son testament.

Le 8 octobre 1866, son frère le comte de Flandre accourt à Rome[13], et, deux jours plus tard, emmène sa sœur et les deux princes à Miramar. En proie à des idées fixes, la malheureuse soupçonne tout le monde de vouloir l'empoisonner. En fait, Charlotte est maintenant littéralement séquestrée au Gasthaus de Miramar que surveillent des agents de la sûreté autrichienne.

Lorsque l'on apprend l'exécution à Querétaro de Maximilien, on le lui cache et la famille de Charlotte se réunit de tout urgence à Bruxelles, interrompant leur visite à Paris pour l'exposition universelle. Les médecins s'inquiètent, le mari de Charlotte étant mort : un problème d'autorité se pose. Charlotte acceptait tout ceci pensant que c'était temporaire et que son mari l'exigeait pour sa sécurité. Du côté de sa famille on pense qu'il n'y a aucune raison que Charlotte reste en Autriche, mais se dresse un autre problème : après la capture de Maximilien le 16 mai, son frère François-Joseph lui a restitué son rang dans la famille royale, pensant sans doute qu'on n'oserait fusiller un archiduc. De ce fait Charlotte est à nouveau archiduchesse et dépend donc du bon vouloir de sa belle-famille. Lors du conseil de famille de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha, il est décidé que ce sera la belle-sœur de Charlotte, Marie-Henriette elle-même Autrichienne, qui ira plaider la cause de Charlotte à Vienne. Les deux Habsbourg se mettent d'accord : Charlotte rentrera en Belgique.[réf. nécessaire]

Quand la reine Marie-Henriette arrive à Miramar, elle trouve Charlotte dans un état dramatique. Elle constate que Charlotte est en fait prisonnière de la sécurité autrichienne, et que le personnel de Miramar s’amuse à la persécuter et profite de sa fragilité émotionnelle[11]. Elle décide donc de ramener sa belle-sœur en Belgique. À la suite de la demande du comte de Flandre, Charlotte est examinée par des médecins aliénistes qui la déclarent folle - même s'il est bien difficile aujourd'hui de déterminer la nature exacte de sa maladie : psychose, paranoïa, monomanie...[réf. nécessaire] Joan Haslip révèle qu'un des médecins de la cour mexicaine mettait du bromure dans le café de Charlotte à son insu[14]. Cherchait-il à éviter une quelconque descendance directe auprès d'un couple chez qui des rumeurs de mariage non consommé circulaient déjà, ou à supprimer l'impératrice ? L'impopularité de Maximilien grandissante au près de ceux qui lui avaient pourtant offert la couronne mexicaine pourrait expliquer ce geste...[réf. nécessaire] Les recherches du Professeur Roger Heim publiées dans son ouvrage de 1965-1966 précisent que Charlotte avait pu être « peu à peu intoxiquée alors qu'elle était encore au Mexique, par l'introduction dans sa nourriture pendant un temps prolongé d'une drogue psychotrope[15],[16] ». Cette théorie est tout à fait plausible puisque les premiers troubles du comportement de Charlotte remonterait à sa visite officielle dans le Yucatan du 6 novembre au 30 décembre 1865. De là elle écrit régulièrement à son époux[réf. nécessaire]. Dans la lettre du 8 décembre Charlotte écrit : « Le docteur est très gentil. Sans ses petits médicaments bien appropriés, je serais probablement tombée malade et je n'aurais pas pu supporter tout ceci. A plusieurs reprises, il me semblait qu'il y avait du poison dans l'air[17]. »

Découvert dans les années 1980, le rapport rédigé par le docteur Jilek lors des mois d'enfermement dans le Castelletto représente un document essentiel sur le rapport des troubles mentaux de Charlotte. Il y révèle une tendance cyclothymique qui s'est développée lors de son adolescence, ce qui vient confirmer ce qu'avait déjà été avancé auparavant, grâce aux nombreuses correspondances conservées en Europe et en Amérique du Nord.[réf. nécessaire]

 
L'impératrice Charlotte en deuil.

Lorsque Charlotte apprend un an après l'exécution de son mari le , elle est brisée : dans un ensemble de lettres retrouvées récemment, toutes destinées, non pas à Maximilien, mais à un officier français rencontré au Mexique, Charles Louazelle, elle se déclare « morte » à la chute de l'empire du Mexique. Ces lettres de par leur nombre et leur longueur (parfois jusqu'à vingt pages) offrent d'autre part le témoignage d'un quotidien ponctué par des crises de paranoïa et les soins — avec la connaissance de l'époque — qui lui sont prodigués. N'oublions pas que Charlotte, seule fille de Léopold Ier et qui portait le nom de première femme qu'il avait tant aimé Charlotte de Galles, avait dès son plus jeune âge montré de grand signes d'intelligence et d'ambition[18] auprès de son père qu'elle admirait tant.

Ces premiers mois en Belgique se passent relativement bien. Charlotte ignore que sa famille et sa belle famille se disputent sa nationalité et donc sa fortune. En effet lorsque Charlotte s'est mariée, elle est devenue Autrichienne mais lorsque Maximilien a été déchu du titre d'archiduc elle ne l'était plus jusqu'à ce que François-Joseph rétablisse en vain ses droits afin de sauver la vie de son frère. Charlotte est donc à nouveau Autrichienne. Maximilien dans son testament lègue à Charlotte Miramare ; pour Léopold II cela signifie qu'elle a aussi hérité de ses dettes. Mais l'histoire se règle sans problème : François-Joseph souhaitant que sa belle-sœur soit sous tutelle en Belgique plutôt qu'en Autriche, la gêne s'atténue[réf. nécessaire] et Miramare revient dans la famille Habsbourg. Les Cobourg ont renoncé à la succession et donc au testament de Maximilien. Et Charlotte ignore toujours les calculs financiers de son frère.[réf. nécessaire]

Mais malgré cela, elle continue de prendre soin de ses deux fils et envoie Agustín étudier en Angleterre puis aux États-Unis. Le second, Salvador, reste en Europe. En 1870, elle est transférée au château de Tervueren, près de Bruxelles, puis, après l'incendie de Tervueren (dont Charlotte fut apparemment ravie[11]), au château de Bouchout à Meise, non loin du château de Laeken, que son frère, le roi Léopold II, avait acquis pour elle[11]. Au fil des ans, si les crises de paranoïa semblent s'estomper, elle voue un culte passionné à son défunt mari, collectionnant tout ce qui lui avait appartenu. En 1895, elle apprend la mort de son fils, le prince Salvador, puis celle de Agustín en 1926, à la suite de plusieurs crises nerveuses.

Pendant la guerre, la Belgique est envahie et seul subsiste un « lambeau de terre », La Panne, sur lequel le roi Albert Ier, neveu de Charlotte, s'installe pour la durée de la guerre. Charlotte ne verra alors pas sa famille pendant plusieurs années. Malgré l'occupation, son mode de vie ne change guère et ayant été archiduchesse d'Autriche elle est donc à l'abri de l'occupant. Le gouverneur de Bruxelles fait placer à l'entrée de sa résidence une pancarte : « Cette habitation, propriété de la couronne de Belgique, est occupée par Sa Majesté du Mexique [...] belle-sœur de l'empereur François-Joseph[19] ». Les malheurs de Charlotte lui auront donc permis de rester chez elle dans la tranquillité et le respect alors que sa famille se voit contrainte de quitter les châteaux.[réf. nécessaire]

L'ex-impératrice meurt à Bouchout le à l'âge de 86 ans[20]. À cette date, tous ses contemporains étaient morts, les empires européens s'étaient effondrés, et bien des monarchies séculaires avaient été remplacées par de jeunes républiques à l'instar du défunt Empire austro-hongrois.[réf. nécessaire]

La conspirationModifier

Longtemps Charlotte a été considérée comme folle[2] avec nul autre argument que celui de la chute de l'empire mexicain, et l'exécution de son mari. Aujourd'hui, la thèse plus plausible d'un empoisonnement s'appuie sur les recherches de nombreux historiens et médecins. Sans faire un cas d'étude psychiatrique, Charlotte a perdu sa mère qu'elle aimait tant à l'âge de 10 ans ce qui aurait bouleversé son enfance[21] et a épousé à 17 ans Maximilien dont le mariage ne semblerait n'avoir jamais été consommé. En effet Charlotte aurait déclaré a une de ses dames d'honneur : « On a connu le mariage, mais on n'a jamais conçu[22],[23] ». Charlotte est encore jeune, a déjà bien vécu et a donc beaucoup de choses à dire. Elle serait alors devenu gênante pour les cours d'Europe qui l'ont abandonnée, y compris son propre frère Léopold II (roi des Belges).[réf. nécessaire]

OrdresModifier

Grand maîtreModifier

 
Réplique de la croix de l'Ordre de Saint Charles

Pendant le Second Empire mexicain, elle fut Grand maître de l'Ordre de Saint-Charles (Mexique) (fondé en avril 1866). C'était un ordre strictement féminin constitué d'un maximum de 24 Grand-Croix et un nombre illimité de Croix. Il fut nommé d'après son Saint Patron, Saint Charles Borromée. Étant l'épouse d'un membre de la Famille Impériale d'Autriche, l'Ordre de la Croix étoilée semble un modèle probable[réf. nécessaire].

Honneurs reçusModifier

Actes d'état civilModifier

Acte de naissance (7 juin 1840) 
Acte de mariage 

Dans la cultureModifier

En 2018 paraît chez Dargaud le premier volume d'une série de bande dessinée biographique, Charlotte impératice, par Matthieu Bonhomme (dessin) et Fabien Nury (scénario)[25].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 38
  2. a et b Émile Meurice, Charlotte et Léopold II de Belgique: deux destins d'exception entre histoire et psychiatrie, Éditions du CEFAL, , 207 p. (ISBN 2871301689, lire en ligne), p. 56
  3. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 36 et 37
  4. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 39
  5. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 40
  6. Le duc de Brabant, journal du duc de Brabant
  7. a et b https://www.lalibre.be/actu/belgique/charlotte-imperatrice-melancolique-51b8a3a6e4b0de6db9b4cf96
  8. https://www.lesoir.be/art/histoire-leopold-ii-n-etait-pas-le-pere-du-general-weyg_t-20031024-Z0NP1F.html Le père de l'enfant à l'origine de la rumeur était bien Van der Smissen, mais sa mère était la princesse Mélanie Metternich, fille du chancelier autrichien.
  9. Maxime ou le secret de Weygand, Éditions Racines, Bruxelles 2003.
  10. Maximiliano y Carlotta, Ed. Mexico 1985.
  11. a b c d et e https://www.dhnet.be/actu/societe/la-premiere-femme-qui-a-dormi-au-vatican-51b78df1e4b0de6db9815713
  12. Éditions Chronique, Chronique du XXème siècle, Éditions Chronique, , 1438 p. (ISBN 2366020139, lire en ligne), p. 1907.
  13. Damien Bilteryst, Philippe Comte de Flandre, Frère de Léopold II, Éditions Racine, Bruxelles, 2014, pp.166-8
  14. Joan Haslip, The Crown of Mexico: Maximilian & His Empress Carlota
  15. Dominique Paoli, Maxime ou le secret Weygand, p. 71
  16. Roger Heim, Champignons toxiques et hallucinogènes, Boubée,
  17. Dominique Paoli, Maxime ou le secret Weygand, p. 80
  18. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 22
  19. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte " le soleil noir de la mélancolie", Perrin, p. 263
  20. acte de décès
  21. Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte le soleil noir de la mélancolie, Perrin, p. 11
  22. Dominique Paoli, Maxime ou le secret Weygand, p. 103
  23. Edwin Ganz, Le domaine royal de Bouchout et ses châteaux,
  24. http://www.royalark.net
  25. Olivier Delcroix, « La case BD : Charlotte Impératrice ou le destin tragique d'une «anti-Sissi» », Le Figaro,‎ (lire en ligne)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Princesse Marthe Bibesco : Charlotte et Maximilien, 1962.
  • André Castelot : Maximiliano y Carlota. La Tragedia de la Ambición, Mexico 1985.
  • Victor Capron, Le mariage de Maximilien et Charlotte. Journal du Duc de Brabant. 1856-1857 , 1986, 94 p.
  • Corti, Conte Egon Caesar : Maximilian und Charlotte von Mexiko. Nach dem bisher unveröffentlichten Geheimarchive des Kaisers Maximilian und sonstigen unbekannten Quellen. 2 Vols. Zurich, Leipzig, Vienne, 1924.
  • Corti, Conte Egon Caesar : Maximilian von Mexiko. Die Tragödie eines Kaisers, Francfort, 1953.
  • Defrance Olivier, Ramener Charlotte. La mission du baron Adrien Goffinet à Vienne et Miramar – juillet 1867, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, 2012, 88 p. (ISBN 978-2-87212-669-9).
  • Desternes, Suzanne; Chandet, Henriette: Maximilien et Charlotte, 1964.
  • Gómez Tepexicuapan, Amparo: “Carlota en México.” En: Igler, Susanne; Spiller, Roland (eds.): Más nuevas del imperio. Estudios interdisciplinarios acerca de Carlota de México. Francfort, 2001. (=Erlanger Lateinamerika-Studien. 45). p. 27-40.
  • Michel de Grèce, L'Impératrice des adieux, Plon, 1998 (ISBN 2259187625) (réédition: Presses de la Cité, 2000 (ISBN 2266093622)).
  • Harding, Bertita : Phantom Crown. The story of Maximilian and Carlota of Mexico. 3a edición, Mexico 1967 [1935].
  • Haslip, Joan : The Crown of Mexico: Maximilian and his Empress Carlota. 2nd edition, New York, 1972.
  • Hyde, Montgomery H. : Mexican Empire. The history of Maximilian and Carlota of Mexico, Londres 1946.
  • Igler, Susanne : Carlota de México, Mexico 2002. (=Grandes Protagonistas de la Historia Mexicana) [segunda edición: 2006].
  • Igler, Susanne : De la intrusa infame a la loca del castillo: Carlota de México en la literatura de su 'patria adoptiva'. Frankfurt: Peter Lang 2007 (Studien und Dokumente zur Geschichte der Romanischen Literaturen, 58).
  • Kerckvoorde, Mia: Charlotte. La passion et la fatalité, 1981.
  • Maria y Campos, Armando: Carlota de Bélgica. La infortunada Emperatriz de México, Mexico, 1944.
  • Praviel, Armand : La vie tragique de l'impératrice Charlotte, La Nouvelle revue critique, 1930.
  • Ratz, Konrad (ed.) : Vor Sehnsucht nach dir vergehend. Der private Briefwechsel zwischen Maximilian von Mexiko und seiner Frau Charlotte, Vienne, Munich 2000.
  • Dominique Paoli, L'impératrice Charlotte : « Le soleil noir de la mélancolie », Perrin, 2008 (ISBN 978-2262021313).
  • Vankerkhoven, Coralie, Charlotte de Belgique, Une Folie Impériale, Éditions Le Bord de l'Eau, Bruxelles, 2012, 224 p. (ISBN 978-2356871565).

Liens externesModifier