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Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Château de Candé (Candé-sur-Beuvron).

Château de Candé
Image illustrative de l’article Château de Candé
Château de Candé à Monts (façade orientale).
Période ou style Renaissance, néo-gothique
Type Manoir
Début construction début XVIe siècle
Propriétaire initial François Briçonnet
Propriétaire actuel Conseil départemental d'Indre-et-Loire
Coordonnées 47° 17′ 49″ nord, 0° 39′ 56″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Monts

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Candé

Le château de Candé est un édifice de style Louis XII, situé sur la commune de Monts, en Indre-et-Loire, à 10 km au sud-est de Tours sur les bords de l'Indre.

Un manoir Renaissance remplace très certainement une maison forte médiévale dans un lieu appelé Condatum au Xe siècle. Agrandi dans la seconde moitié du XIXe siècle, le château de Candé est racheté en 1927 par l'homme d'affaires Charles Bedaux. C'est le qu'est célébré à Candé le mariage entre le duc de Windsor et Wallis Simpson. Depuis 1974, le château et son parc sont la propriété du conseil départemental d'Indre-et-Loire.

Sommaire

Localisation et toponymieModifier

Le nom du domaine, mentionné sous le nom de Condatum en 915 est la forme latinisée de condate, étymologie prélatine indiquant la proximité d'un confluent entre plusieurs cours d'eau[2]. Le château est en effet bâti sur l'éperon de confluence du ruisseau des bois de Saint-Laurent et de l'Indre, sur la rive droite concave d'un méandre de cette dernière rivière[3].

HistoriqueModifier

Des origines aux années 1850Modifier

Si une maison forte existe probablement sur le site de Candé dès le Xe siècle[4], Macé de Larçay est, en 1313, le premier seigneur de Candé dont le nom soit connu[5].

En 1499, François Briçonnet, mort en 1504, maire de Tours du au et Maître de la Chambre aux deniers du Roi, se rend acquéreur du domaine et fait construire un pavillon de style Louis XII, à l'emplacement de l'ancienne forteresse. Il meurt avant l'achèvement des travaux, terminés par sa fille Jeanne en 1508[5].

Plusieurs propriétaires vont alors se succéder, sans apporter de véritables transformations au château. Dans l'acte de vente du , passé entre Georges de Guénand et Pierre Anguille de la Niverdière, il est écrit que le domaine consiste en « château maison forte, enclos de murs, douves et fossés, pont-levis, cours, coursières, granges, jardins, vergers, terres labourables, vignes, près, bois de hautes futaies et taillis, garennes, moulin droit de pêche [...] »[6].

En 1772, le domaine est amputé des moulins du Ripault, sur l'Indre, où s'installe une tréfilerie qui deviendra, quelques années plus tard, la poudrerie nationale du Ripault[7].

Agrandissement et modernisation au XIXe siècleModifier

 
Plan simplifié du rez-de-chaussée.
  • Pavillon Renaissance
  • Constructions 1854-1855
  • Constructions 1864-1867
  • Constructions 1927-1930
 
Chapelle du château.

Le , Santiago Drake del Castillo, héritier d'un riche planteur anglo-cubain, acquiert le château et entreprend une métamorphose de la demeure selon les plans de Jacques-Aimé Meffre, architecte tourangeau réputé. Il fait, en 1854-1855, construire deux tours reliées par une terrasse à balustrade de part et d'autre du pavillon Renaissance sur sa façade ouest et ajouter un vestibule sur la façade orientale. Dans un second temps, chantier bien plus ambitieux, il ajoute l'aile nord et son « donjon », dans le style néo-gothique et triple ainsi la superficie habitable. De nouvelles dépendances, plus à l'écart du château pour dégager la vue, remplacent les anciennes. Une chapelle est construite à l'ouest du parc, flanquée d'un bâtiment abritant une école de filles et d'un autre dans lequel est installé un hospice. Tous ces travaux se déroulent entre 1864 et 1867[8]. En même temps, Drake del Castillo entreprend de moderniser les exploitations agricoles du domaine[9]. En février et , plusieurs chambres du château sont occupées par des officiers prussiens alors que les écuries sont réquisitionnées pour loger leurs chevaux[10]. Malade depuis plusieurs années, Santiago Drake del Castillo meurt le à Candé[11].

 
Façade orientale du château en 1908.

Jacques Drake del Castillo, fils de Santiago, s'il n'apporte pas de modifications importantes à l'architecture et à l'aménagement du château, sauf à terminer les travaux en cours, poursuit la voie engagée par son père en innovant dans les techniques agricoles mises en œuvre sur les exploitations du domaine. Il y développe notamment la culture de la vigne[12]. Personnalité politique — il est maire de Monts, conseiller général du canton de Montbazon et député d'Indre-et-Loire — mais également impliqué dans plusieurs sociétés savantes, il organise, en 1899 et pour la Touraine, les cérémonies du centenaire de la naissance d'Honoré de Balzac. Le repas qui clôture ces célébrations se déroule au château de Candé[12]. À sa mort, qui survient en 1918, c'est son fils Jean qui reprend les rênes du domaine ainsi que la mairie de Monts, une fois la Première Guerre mondiale finie. Toutefois, il n'apporte pas, dans la gestion de son patrimoine, la même attention que ses prédécesseurs et, après une défaite aux élections municipales de 1925, il part s'installer à Cannes où il se lie d'amitié avec Gary Cooper et Raimu[13].

Mariage princier XXe siècleModifier

 
Château de Candé ; aile XIXe siècle vue du nord.

En 1927, Charles Bedaux, riche industriel franco-américain, et son épouse, Fern, rachètent le château à Jean Drake del Castillo que de graves problèmes financiers contraignent à vendre la plupart de ses domaines. Après que Charles Bedaux a vainement prospecté la Savoie et le Midi de la France, une agence immobilière lui indique cette opportunité en Touraine[14]. Il ne procède pas à de grands travaux sur le gros œuvre du château, excepté la construction d'un couloir d'accès aux pièces d'apparat et la destruction du vestibule édifié par Santiago Drake del Castillo. Il s'attache surtout à modifier l'aménagement intérieur en conciliant modernité, confort et esthétique : modernisation du système d'approvisionnement en eau, augmentation de la capacité électrique et installation du chauffage central dans toutes les pièces — 60 tonnes de tuyaux en fonte sont dissimulés dans les murs. Chacune des huit chambres est ainsi pourvue d'une salle de bains de style Art déco, alimentée en eau chaude « à volonté », d'une baignoire équipée d'un système américain permettant de la remplir et de la vider en moins d'une minute, d'un porte-serviette chauffant et de toilettes — auparavant, la pression dans le réseau hydraulique ne permettait pas de distribuer l'eau dans les étages. Bedaux fait également installer un central téléphonique de 80 lignes, équipement alors unique en France dans une résidence privée, directement relié au central de Tours, et qui nécessite la présence d'une standardiste au château[3],[15]. Enfin, il fait aménager un golf 18 trous (plus de 3 ha de superficie) dans le parc pour que ses invités professionnels puissent se détendre après les longues séances de discussions et de négociations[16], une salle de culture physique, un solarium et un orgue dû au facteur d'orgues américain Ernest Martin Skinner[17].

Le , s'y déroule le mariage du duc de Windsor, ex-roi d'Angleterre sous le nom d'Édouard VIII, et de Wallis Simpson. Une amie commune de Wallis Simpson et Fern Bedaux a proposé cette solution. Mrs Simpson arrive à Candé le . Le duc de Windsor l'y rejoint le , dès que le divorce de Wallis Simpson est officiellement prononcé. Les Bedaux et leurs proches ont laissé au futur couple et à sa suite leurs appartements habituels, quittant Candé pour leur suite à l'hôtel Ritz à Paris ; Charles Bedaux revient passer ses week-ends à Candé[18]. Le mariage est célébré au château par le docteur Mercier, maire de Monts, puis par le pasteur Jardine, vicaire de l'église Saint-Paul de Darlington[Note 1] ; la cérémonie religieuse est accompagnée à l'orgue par Marcel Dupré[20]. Aucun membre de la famille royale d'Angleterre n'est présent à cette cérémonie à laquelle n'assistent que seize invités. Le photographe Cecil Beaton couvre l'vènement pour le magazine Vogue[21]. Sitôt le repas de noces terminé, dans la soirée, le duc et la duchesse de Windsor quittent définitivement Candé[22].

De la Seconde Guerre mondiale au XXIe siècleModifier

En 1939, une partie du château est mise à disposition de l'ambassade américaine, pour lui servir de repli. Elle accueille de nombreux diplomates dont Robert Murphy et l'ambassadeur William C. Bullitt[23]. En prélude au tournage du film Les Visiteurs du Soir (décembre 1942) de Marcel Carné, la comédienne Arletty y est initiée à l'équitation par son jeune amant allemand Hans Jurgen Sehring (1908-1960)[24]. Le , l'explosion accidentelle de la poudrerie du Ripault, toute proche, souffle les vitres des pièces du château tournées vers la poudrerie et fait s'effondrer le plafond de l'une des salles de bain. Fern, présente à Candé à ce moment, est blessée[25].

À la mort de Fern, en 1972, le château est légué à l'État, qui le rétrocède en 1974 au conseil général d'Indre-et-Loire[26]. Celui-ci procède à la restauration des engins de musculation et de massage, ultra-modernes à l'époque (1930), désormais installés dans un sous-sol.

RemeublementModifier

En dépit du souhait de Fern Bedaux de léguer le château de Candé à l'État afin qu'il serve de résidence présidentielle après son décès[5], le mobilier de la demeure est transféré au Mobilier national et inscrit sur ses inventaires : en conséquence, les meubles de Candé sont dispersés et servent à divers ameublements, en particulier ceux des résidences présidentielles (palais de l'Elysée, hôtel de Marigny, fort de Brégançon)[27].

Depuis 2014, à la demande du Conseil départemental d'Indre-et-Loire, le Mobilier national remet progressivement en place les meubles légués en 1951 en prenant pour référence un inventaire réalisé à la demande de Charles Bedaux en 1930, après l'achèvement des travaux de rénovation et d'ameublement qu'il avait commandités avec son épouse. Les deux tiers des meubles, retrouvés, ont repris leur place. Parallèlement, les ateliers de tapisserie décor du Mobilier national ont restitué les rideaux de pièces inaugurées en [27].

Le décor mural (boiseries), le décor textile et certains meubles mis en place entre 1927 et 1930 ont été fournis par la maison Jansen, qui, selon les goûts du XVIIIe siècle, privilégiait les tons pastels et mêlait pièces authentiques et copies de meubles anciens[27].

L'orgueModifier

En 1928, les Bedaux font installer, dans la bibliothèque, un orgue de résidence à jeu automatique[4]. Ils font appel à un grand facteur d'orgue américain, Ernest Martin Skinner. Classé Monument Historique[28] le , il fait partie des vingt derniers modèles existants dans le monde, dont seulement trois, dont celui-ci, sont encore en état de fonctionnement[Note 2].

L'orgue occupe trois niveaux du château. Au rez-de-chaussée, dans la bibliothèque, se trouvent la console, avec ses trois claviers de 61 notes chacun, ses boutons de registres et le pédalier de 32 notes. Au premier étage sont installés les 1 878 tuyaux d'orgue et les contacteurs, et, au deuxième étage, la soufflerie électro-pneumatique[29].

  Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Le château de Candé dans les arts et la cultureModifier

Le site accueille plusieurs manifestations, comme le Festival Terres du Son.

Honoré de Balzac, qui a eu l'opportunité de visiter le château de Candé, en fait le théâtre de l'un de ses Cent Contes drolatiques, rédigés à partir de 1831[30].

Le tournage de la troisième saison de le série télévisée française Lazy Company s'effectue partiellement au château de Candé, début 2015[31]. C'est également au château de Candé que se déroule, à l'automne de la même année, le tournage d'une épisode du documentaire Secrets d'histoire consacré au destin de Wallis Simpson[32].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Pour avoir désobéi à son évêque qui lui interdisait de célébrer ce mariage entre un homme et un femme deux fois divorcée, le pasteur Jardine est exilé aux États-Unis[19].
  2. La restauration a été confiée à un facteur d'orgue français, Nicolas Toussaint, en collaboration avec un facteur d'orgue américain, spécialiste des instruments Skinner[4].

RéférencesModifier

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. Stéphane Gendron, Les noms de lieux du Centre, Paris, C. Bonneton, , 232 p. (ISBN 978-2-8625-3226-4), p. 115.
  3. a et b Couderc 1987, p. 555.
  4. a b et c collectif 2009.
  5. a b et c Sassier 2005, p. 27.
  6. Sassier 2005, p. 29.
  7. Jean Guéraud, « La tréfilerie royale du Ripault à Monts », Le Val de l'Indre, no 13,‎ , p. 16.
  8. Ludovic Vieira, « Un grand bourgeois à Monts sous le Second Empire : Santiago Drake del Castillo », Le Val de l'Indre, no 14,‎ , p. 20-21.
  9. Sassier 2005, p. 44-59.
  10. Sassier 2005, p. 59-60.
  11. Sassier 2005, p. 61.
  12. a et b Sassier 2005, p. 69.
  13. Sassier 2005, p. 87-90.
  14. Gaston Bedaux, « Le milliardaire Charles Bedaux à Candé », Le Val de l'Indre, no 16,‎ , p. 73.
  15. Sassier 2005, p. 97-105.
  16. Gaston Bedaux, « Le milliardaire Charles Bedaux à Cangé », Le Val de l'Indre, no 16,‎ , p. 73.
  17. Sassier 2005, p. 102 et 107.
  18. Sassier 2005, p. 127-137.
  19. Jacques Maurice, Monts et son passé. Synthèse historique, Monts, [l'auteur], , 149 p., p. 130.
  20. Sassier et 2005 141-146.
  21. Sassier 2005, p. 138.
  22. Sassier 2005, p. 146-147.
  23. Sassier et 2005 149-151.
  24. Jérôme Dupuis, « Arletty et son nazi : les dessous d'une idylle coupable », L'Express,‎ (lire en ligne).
  25. Sassier 2005, p. 155-156.
  26. Sassier 2005, p. 165.
  27. a b et c Claude et al. 2018.
  28. Orgue du château de Candé, Notice no PM37001094, base Palissy, ministère français de la Culture
  29. Sassier 2005, p. 102.
  30. Sassier 2005, p. 34.
  31. Pascal Landré, « Cinéma, émissions, docs : une année riche en tournages », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).
  32. « Télévision : Stéphane Bern en tournage au domaine de Candé », La Nouvelle République du Centre-Ouest,‎ (lire en ligne).

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Ouvrage collectif, Monts : Château de Candé, orgue Skinner, DRAC Centre, coll. « Patrimoine restauré en région Centre » (no 19), .
  • Élisabeth Caude et al., La duchesse de Windsor en ses meubles : un instant pour l'éternité, Tours, Conseil départemental d'Indre-et-Loire, , 116 p. (ISBN 978-2-9164-3429-2).
  • Jean-Mary Couderc (dir.), Dictionnaire des communes de Touraine, Chambray-lès-Tours, CLD, , 967 p. (ISBN 978-2-8544-3136-0).
  • Marie-Françoise Sassier, Candé entre rêve et réalité, Tours, Service des monuments et musées départementaux, , 175 p. (ISBN 978-2-9164-3406-3).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier