Augusta Holmès

compositrice française d'origine britannique et irlandaise

Augusta Mary Anne Holmès, née Holmes le à Paris et morte le dans la même ville, est une poétesse et compositrice française d'origine britannique, irlandaise et danoise. En 1879, elle prend la nationalité française et ajoute un accent grave à son nom de famille.

Augusta Holmès
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Augusta Holmès photographiée par L. Taponier au cours des années 1880.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Pseudonyme
Hermann ZentaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activités
Conjoint
Autres informations
Domaine
Piano repertoire (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
Instruments
Maîtres
Genres artistiques
Distinction
Œuvres principales
signature d'Augusta Holmès
signature

BiographieModifier

FamilleModifier

 
Augusta Holmès à l'âge de dix-huit ans.

Augusta Holmès naît rue Neuve-de-Berry[1], dans le premier arrondissement de Paris[2]. Elle est fille de Charles William Scott Dalkeith Holmes (né le à Youghal et mort le à Versailles)[3], un officier irlandais en demi-solde depuis , et de Tryphina Anna Constance Augusta Shearer (1811-1858). Le couple s'est marié en 1827. Elle a pour parrain Alfred de Vigny, qui est peut-être son père naturel[4]. En 1855, la famille Holmes s'installe à Versailles, au 15 rue de l'Orangerie[5].

FormationModifier

La mort de sa mère en 1858 lui permet de commencer des études de musique, cette dernière refusant même la présence d'un piano chez eux[1]. Jeune, elle fréquente le salon du musicien Guillot de Sainbris, ce qui lui permit de faire de la musique d'ensemble autant que de chanter. Elle y fait connaissance avec Charles Gounod et Ambroise Thomas. Elle y rencontre d'autres personnalités comme Henri Regnault, Georges Clairin, Henri Cazalis, Armand Renaud, Louis de Lyvron, André Theuriet et Camille Saint-Saëns. Elle participe aussi aux soirées organisées par Regnault, Clairin et Blanchard à l'atelier du boulevard Saint-Michel à Paris ainsi que chez Camille Saint-Saëns, au 168 faubourg Saint-Honoré.

Bien qu'elle étudie aussi la peinture, elle s'intéresse surtout à la musique. Elle commence ses études musicales avec Mlle Perronnet, apprenant les grandes œuvres de Bach, Beethoven, Haendel. Elle est considérée comme une pianiste prodige[6]. Après l'étude du piano, Augusta devient élève d'Henri Lambert pour l'orgue, l'harmonie et le contrepoint, et de Hyacinthe Klosé pour la clarinette. Elle apprend également le chant auprès de Guillot de Sainbris. Selon Henri Gauthier-Villars, « sa tessiture allait du contre-fa au si bémol aigu ». Elle chante en s'accompagnant elle-même au piano sur des mélodies dont elle écrit le texte et la musique. Elle est aussi l'élève de César Franck[7]. Dès 1868, elle publie sous le pseudonyme d'Hermann Zenta.

CarrièreModifier

Elle rencontre le compositeur italien Gioachino Rossini qui l'encourage dans la voie musicale après l'avoir entendu déchiffrer un morceau à vue et chanter. En 1870, sous la guerre de Prusse, elle sert comme ambulancière. Elle se fait naturaliser française en 1872.

En 1875, elle étudie auprès de César Franck, à qui elle inspire une passion[réf. nécessaire]. C'est en 1876 qu'elle fait son premier pèlerinage à Bayreuth[8]. À Tribschen, elle rencontre Richard Wagner, qui imprégnera ses compositions comme dans Lutèce[9] puisqu'elle écrit les textes de ses mélodies, oratorios, symphonies vocales et de son opéra La Montagne noire[10]. Elle soumet ses partitions à Franz Liszt, admiratif, qu'elle rencontre aussi à Tribschen et avec qui elle assiste à la représentation de L'Or du Rhin.

En 1876, elle compose sa symphonie Roland Furieux, qui ne sera créée qu'en 2019. Cependant, l'Andante pastoral qui constitue le deuxième mouvement a souvent été joué séparément. Octave Mirbeau rapporte que lors de l'une de ces interprétations, auquel il assiste, l'œuvre a été sifflée, non pas à cause de sa qualité que l'auteur souligne, mais parce qu'Augusta Holmès était considérée comme wagnérienne[11].

 
Projection au cabaret Le Chat Noir, gravure de Paul Merwart.
Première de L'Épopée de Caran d'Ache, en présence de nombreuses personnalités dont Augusta Holmès (musée Carnavalet, Paris)[12].

En 1884, elle compose son opéra La Montagne noire à l'Opéra Garnier. Cet opéra a un succès mitigé, et n'est pas repris. Cependant, le succès de la compositrice n'est pas ignoré[13] et le public lui pardonne cet échec, se rappelant des succès de ses précédents poèmes symphoniques à la « musique charmante et robuste ».

En 1887, elle compose son célèbre cantique de Noël Trois anges sont venus ce soir, qui a connu un très grands succès jusqu'à aujourd'hui, équivalent à Minuit, chrétiens, le chant composé par Adolphe Adam[14].

En 1889, elle compose une Ode triomphale pour célébrer le centenaire de la Révolution française. Ses poèmes symphoniques Irlande et Pologne la font connaître comme compositeur de musique à programme. Elle est louée pour sa musique aussi puissante et virile qu'ayant un beau génie mélodique[15].

Fin de vieModifier

À la fin de sa vie, elle fréquente le salon de Nina de Villard[8]. Elle s'intéresse aussi au spiritisme. Elle donne des cours de piano et de chant pour pouvoir survivre tout en continuant de composer, ses œuvres ne lui rapportant pas beaucoup. La mélodie Trois anges sont venus ce soir n'a été vendue à son éditeur de musique qu'au prix de 250 francs.

 
Bâtiment du 30, anciennement 40, rue Juliette Lamber, lieu de résidence de la compositrice Augusta Holmès.

Le , elle se convertit au catholicisme[8]. Elle meurt d'une attaque cardiaque le à Paris (17e arrondissement)[16], dans son domicile au 40 rue Juliette-Lamber. La cérémonie funéraire a lieu à l'église Saint-Augustin, où Camille Saint-Saëns a officié comme organiste[8]. Elle repose au cimetière Saint-Louis de Versailles[17]. Aux termes de son acte de décès, Augusta Holmès est officier de l'Instruction publique.

Vie privéeModifier

 
Les Trois Filles de Catulle Mendès par Auguste Renoir (1888), Metropolitan Museum of Art (New York).

Alphonse Daudet, parmi d'autres, évoque sa beauté dans ses Souvenirs autour d'un Groupe littéraire. Elle inspire notamment des peintres comme Henri Regnault, qui la prend pour modèle dans son tableau Thétis apportant à Achille, pour venger la mort de Patrocle, les armes divines forgées par Vulcain, avec lequel il concourt au prix de Rome[1], mais aussi des écrivains, à l'image d'Alfred de Vigny, qui lui dédie L'Esprit pur dans Les Destinées, ou Émile Deschamps. André Theuriet la prend aussi comme modèle pour dépeindre la musicienne hongroise Mira Strany dans Mademoiselle Guignon. Léon Daudet la décrit dans Fantômes et Vivants.

Dès 1864, ses amours tapageuses avec un jeune Polonais font parler d'elle[18]. Elle se fiance en 1868, mais cela n'aboutira pas[8]. Henri Cazalis s'éprend d'elle en 1869. Camille Saint-Saëns demande plusieurs fois sa main.

Restée célibataire, elle entretient une liaison, remontant peut-être à 1866 et affichée dès 1869, avec Catulle Mendès. Le poète s'installe chez elle en 1878 mais la quitte en 1886, alors qu'elle est ruinée[19]. Ils ont cinq enfants :

Succès musicalModifier

Le succès d'Augusta Holmès est arrivé dès les premières œuvres symphoniques. Si son Ouverture pour une comédie la fait déjà remarquer, c'est avec Roland furieux qu'elle prend place parmi les compositeurs et compositrices les plus connus[11]. À partir de ce moment, son succès n'ira que grandissant, avec les poèmes symphoniques patriotique Irlande et Pologne, auxquels s'adjoint Lutèce, drame symphonique.

Elle s'inspire aussi de l'Antiquité grecque et de ses figures, composant ainsi les poèmes symphoniques Les Argonautes et Andromède. Les figures de l'antiquité sont encore plus présente avec la prise en compte de ses œuvres vocales, parmi lesquelles on retrouve La Fille de Jephté, Prométhée et un Hymne à Apollon. Ses pages symphoniques lui valent la sympathie du public comme des critiques qui saluent le génie mélodique autant que la vigueur de ces pages symphoniques. Le succès que lui valent ses œuvres précédentes lui permet de surmonter l'échec de son dernier opéra La Montagne noire[13].

ŒuvresModifier

Augusta Holmès possède un répertoire très varié, allant de la mélodie à l'opéra en passant par des poèmes symphoniques avec ou sans chœur[20]. L'une de ses œuvre les plus interprétées est son Noël Trois anges sont venus ce soir, notamment chanté par Tino Rossi.

MélodiesModifier

  • La Chanson du chamelier, sur un poème de Louis de Lyvron, 1864[21]
  • À Lydie, duo pour soprano et baryton ou ténor avec accompagnement de piano, ode 'Horace traduite en français par A. de Musset, 1869[22]
  • Ave Maris Stella, pour ténor et soprano, 1872[23]
  • Tantum ergo sacramentum, pour ténor, baryton et orgue, 1872
  • Les Sept Ivresses, chanson, 1882
  • Trois chansons populaires, 1883
  • Les Sérénades, chanson, 1883-1884
  • Rêves parisiens, chansons, 1886-1892
  • Les Chants de la kitharède, trois mélodies, 1888
  • Les Griffes d’or, chanson, 1889
  • Paysages d’amour, quatre chansons, 1889
  • Les Chevaliers du ciel, 1891[24]
  • La Chanson des gars d’Irlande, 1891
  • Contes divins, cinq chansons, 1892-1895
  • Contes de fées, dix chansons, 1892-1897
  • Au Jardin des dieux, 1893
  • Hymne à Vénus pour soprano, 1894
  • À Trianon, 1896[25]
  • L'Appel du printemps, 1897[25]
  • Les Heures, quatre chansons, 1899-1900
  • Trois anges sont venus ce soir, 1901
  • Au Pays, 1901
  • Fleur de Néflier, 1902
  • La Bergère, 1902
  • Au delà !, 1902

Musique pour pianoModifier

  • Marche des zouaves, 1861
  • Rêverie tzigane, 1887
  • Ce qu’on entendit dans la nuit de Noël, prélude pour piano, 1890
  • Oiseau d’hiver, 1892[26],[27]
  • Polonaise pour piano

Musique de chambreModifier

  • Minuetto, quatuor à cordes, 1867
  • Trois petites pièces, pour flûte et piano, /1879
  • Fantaisie pour clarinette et piano, 1900

Musique vocaleModifier

  • Memento mei Deus, pour chœur, 1872[23]
  • Veni Creator pour ténor, chœur et orgue, 1887
  • La Vision de la reine, scène lyrique pour voix féminine soliste, chœur féminin, piano, violoncelle et harpe, 1895
  • Danse d'Almées, pour chœur à 4 voix et orgue

Musique symphoniqueModifier

  • Air de ballet, pour orchestre symphonique, 1870
  • Allegro féroce pour orchestre, 1870
  • Ouverture pour une comédie, pour orchestre, 1870
  • Roland furieux, symphonie d'après L'Arioste, 1875-1876
  • Les Argonautes, poème symphonique, 1880
  • Irlande, poème symphonique, 1882
  • Andromède, poème symphonique, 1883
  • Pologne, poème symphonique, 1883
  • La Nuit et l'amour, interlude symphonique pour orchestre tiré de l'ode Ludus pro Patria, 1888
  • Au pays bleu, suite symphonique, 1892
  • Le Jugement de Naïs, pour orchestre, 1902

Musique symphonique avec voixModifier

  • Danses d’almées, pour alto, chœur et orchestre, 1868
  • La Fille de Jephté, pour chœur et orchestre, 1869
  • Carmen nuptiale, pour chœur et orchestre, 1870
  • Prométhée, pour soliste, chœur et orchestre, 1870
  • La Chanson de la caravane, pour voix solistes, chœur et orchestre, 1870
  • Hymne à Apollon, poème symphonique pour voix solistes, chœur et orchestre, 1872
  • Psaume 113 : In exitu Israel, pour chœur et orchestre, 1872
  • Lutèce, drame symphonique pour voix solistes, chœur et orchestre, 1877
  • Ludus pro patria, ode symphonique pour chœur et orchestre, 1888
  • Une vision de sainte Thérèse pour soprano et orchestre, 1888
  • Ode triomphale en l’honneur du centenaire de 1789 pour soprano, chœur et orchestre, 1889
  • Hymne à la paix pour voix solistes, chœur et orchestre, 1890
  • Fleur de néflier pour ténor, chœur et orchestre, 1901

OpéraModifier

  • Astarté, opéra en 1 acte, 1870
  • Lancelot du lac, opéra en 3 actes, 1870
  • Héro et Léandre, opéra en 1 acte, 1875
  • La montagne noire, opéra en 4 actes, 1884

Œuvres littérairesModifier

  • Norah Greena, livret d'opéra en 4 actes, 1880
  • La Belle Roncerose, livret d'opéra en 3 actes, 1890
  • La Merrow, livret d'opéra en 4 actes
  • Le Fils d’Olivier, livret d'opéra en 4 actes
  • Marie Stuart, livret d'opéra en 3 actes

IconographieModifier

Le musée Lambinet de Versailles conserve son portrait peint en 1873 par Gustave Jacquet et léguée par sa fille Hélyonne.

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HommagesModifier

En France, trois endroits honorent sa mémoire :

Notes et référencesModifier

  1. a b et c René Pichard du Page, « Une musicienne versaillaise, Augusta Holmès », Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise,‎ (lire en ligne, consulté le 19 février 2021).
  2. Acte de naissance (vues 34 et 35/51) sur le site des Archives de Paris.
  3. État civil de la commune de Versailles, année 1869, acte de décès n° 1 149. Archives départementales des Yvelines, consultable à la cote 1116714.
  4. K. G. Watters, « Aux débuts du stendhalisme une romantique anglo-irlandaise », in Victor Del Litto, Kurt Ringger (dir.), Stendhal et le romantisme, Librairie Droz, 1984, 360 pages, p. 163-168 (ISBN 2881070019).
  5. Marcel Batilliat, « Augusta Holmès », Versailles Illustré,‎ (lire en ligne, consulté le 19 février 2021).
  6. Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, Paris, A. Fayard, , 606 p. (ISBN 2-213-00859-0 et 978-2-213-00859-2, OCLC 77603635, lire en ligne), p. 398.
  7. « Mlle Augusta Holmès », Gazette artistique de Nantes : journal artistique ["puis" journal musical] et littéraire, paraissant une fois par semaine,‎ (lire en ligne, consulté le 14 février 2021).
  8. a b c d et e René Pichard du Page, « Une musicienne versaillaise — Mlle Augusta Holmès », Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise,‎ (lire en ligne, consulté le 20 février 2021).
  9. Édouard Dujardin, « Lutèce », Le Progrès artistique : journal des artistes musiciens instrumentistes et choristes : paraissant le jeudi,‎ (lire en ligne, consulté le 13 février 2021).
  10. La Montagne noire : drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux (lire en ligne).
  11. a et b Octave Mirbeau et Jean-François Nivet, Chroniques musicales, Anglet, Séguier, , 255 p. (ISBN 2-84049-270-9 et 978-2-84049-270-2, OCLC 469004470, lire en ligne), p. 75.
  12. Agrandir l'image et promener la souris pour faire apparaître le nom des personnages.
  13. a et b Claude Debussy, Monsieur Croche et autres écrits, Paris, Gallimard, , 361 p. (ISBN 2-07-071107-2 et 978-2-07-071107-9, OCLC 20091249, lire en ligne), p. 94.
  14. Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, Paris, A. Fayard, , 606 p. (ISBN 2-213-00859-0 et 978-2-213-00859-2, OCLC 77603635, lire en ligne), p. 399.
  15. Adolphe Julien, « Au jour le jour — Mlle Augusta Holmès », Journal des débats politiques et littéraires,‎ (lire en ligne, consulté le 14 février 2021).
  16. Acte de décès (17e arrondissement, n° 213 de 1903. Vue 3/31) sur le site des Archives de Paris.
  17. Obsèques provisoires au cimetière Montmartre avant transfert à Versailles, Le Figaro du .
  18. Henri Mondor, Vie de Mallarmé, Gallimard, 1942, p. 151.
  19. Auguste de Villiers de L'Isle-Adam, Œuvres complètes, édition établie par Alan Raitt et Pierre-Georges Castex avec la collaboration de Jean-Marie Bellefroid, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome 2, 1986, p. 1349-1354.
  20. Augusta Holmès sur data BNF avec des liens vers ses œuvres numérisées sur Gallica (plus de 300 documents).
  21. Édition L. Grus, Paris, 1892
  22. Édition Flaxland, Paris, 1869
  23. a et b Dédié à César Franck.
  24. Éditions Enoch
  25. a et b Éditions Durand, Paris.
  26. Augusta Holmès, Oiseau d'hiver. Romance sans paroles [pour piano] Augusta Holmès, Impr. de A. Warmont, (présentation en ligne).
  27. Augusta Holmès, Oiseau d'hiver. Romance sans paroles, (présentation en ligne).
  28. « Augusta Holmès », dans Figures contemporaines tirées de l'album Mariani, lire en ligne sur Gallica.

Voir aussiModifier

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Article connexeModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier