Sibeth Ndiaye

conseillère en communication et femme politique française

Sibeth Ndiaye
Illustration.
Sibeth Ndiaye en 2019.
Fonctions
Secrétaire d'État auprès du Premier ministre
Porte-parole du gouvernement
En fonction depuis le
(1 an, 2 mois et 4 jours)
Président Emmanuel Macron
Gouvernement Philippe II
Prédécesseur Benjamin Griveaux
Biographie
Date de naissance (40 ans)
Lieu de naissance Dakar (Sénégal)
Nationalité Sénégalaise
Française (depuis 2016)
Parti politique PS (2002-2013)
EM/LREM (depuis 2016)
Mère Mireille Ndiaye

Sibeth Ndiaye (prononcé [n͡djaj])[1], née le à Dakar (Sénégal), est une conseillère en communication et femme politique française. Née sénégalaise, elle est naturalisée française en 2016.

Membre de l’UNEF, elle adhère en 2002 au Parti socialiste. Elle devient ensuite l’attachée de presse de Claude Bartolone, alors président du conseil général de la Seine-Saint-Denis. Ayant rejoint En marche, elle est chargée des relations de presse d'Emmanuel Macron durant sa campagne présidentielle de 2017. Elle suit celui-ci au palais de l'Élysée après son élection. En , elle est nommée secrétaire d'État auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement.

Situation personnelle

Famille

Sibeth Ndiaye est née le [2] au quartier du Plateau de Dakar[3]. Elle possède les nationalités sénégalaise et française (naturalisation en juin 2016)[4]. Son prénom évoque les reines combattantes de la Casamance et signifie « qui a gagné beaucoup de combats » en langue diola[5].

Son père, Fara Ndiaye (1935-1995), fils de tirailleur sénégalais et pupille de la Nation[6], participe à la création du Parti africain de l'indépendance avant de devenir numéro deux du Parti démocratique sénégalais d'Abdoulaye Wade[7] et membre de l'Assemblée nationale ; il est également président de Canal+ Afrique[6]. Sa mère, Mireille Brenner, épouse Ndiaye (1939-2015), est une haute magistrate sénégalaise d'origine allemande et togolaise, un temps proche du Parti communiste sénégalais ; elle a présidé la chambre pénale de la Cour de cassation du Sénégal, puis a exercé la fonction de présidente du Conseil constitutionnel de 2002 à 2010[8],[7]. Ses parents, qui se sont rencontrés à la résidence universitaire d'Antony, sont de religions différentes : musulmane pour son père et catholique pour sa mère[6],[9].

Selon elle, son enfance « s’est nourrie du récit de la lutte pour les indépendances à laquelle [ses] parents, étudiants venus des anciennes colonies, ont participé[10] ». Ses trois sœurs vivent en Afrique, l'une à Lomé (Togo), l’autre entre Lagos (Nigeria) et Abidjan (Côte d'Ivoire), l’aînée à Dakar[7].

Elle est mariée à Patrice Roques, qu'elle rencontre à l'UNEF et qui est directeur d’un office HLM en Seine-Saint-Denis[11],[6]. Le couple a trois enfants : des jumelles, Youmali et Ingissolyn, nées en 2010, et un fils, Djimane, né en 2013[12].

Formation

Sibeth Ndiaye passe son adolescence au Sénégal, jusqu'à l'obtention de son brevet à l’institution Sainte Jeanne d’Arc de Dakar[7]. Elle fréquente ensuite le lycée Montaigne de Paris, tente le concours de médecine par deux fois, bifurque en biologie[13], puis étudie la philosophie politique à l'université Paris-Diderot entre 2004 et 2006[14]. En 2007, elle obtient un DESS d’économie publique, spécialité économie de la santé[15].

Parcours politique

Militantisme au Parti socialiste

 
Sibeth Ndiaye à la Fête de l'Humanité de 2009.

Parallèlement à ses études, Sibeth Ndiaye milite au sein de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) de 1999 à 2006 : elle est l'une des référents de la « tendance refondation syndicale » (TRS) du syndicat, représentant la minorité strauss-kahnienne[16],[17]. Elle est également administratrice de La Mutuelle des étudiants, de 2003 à 2008[16]. Elle déclare avoir adhéré au Parti socialiste (PS) en réaction à l'accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2002[18]. Elle est formée par l’aile gauche du parti[9]. Avec Ismaël Emelien, Stanislas Guerini et Benjamin Griveaux, elle fait partie de l'équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn pour la primaire PS de 2006[19].

Résidant à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, elle est directrice de la campagne de Mathieu Hanotin lors des élections cantonales de 2008 sur le canton de Saint-Denis-Sud, remportée par le jeune candidat socialiste sur le sortant PCF[5]. Membre du courant strauss-kahnien intégré à la majorité nationale après le congrès de Reims, Martine Aubry la nomme secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de la petite enfance en 2009[4],[5]. Sa nomination est alors critiquée en raison de sa nationalité par Georges Sali, responsable local du PS de Saint-Denis[20], section qu'elle jugeait à l'époque « clanique »[5].

En mars 2008, elle est nommée responsable du service presse de Claude Bartolone, nouvellement élu président du conseil général de la Seine-Saint-Denis[5] qui l'avait repérée dans la campagne pour l'élection cantonale à Saint-Denis[21]. Elle devient chargée de mission au conseil général en 2010[2]. Elle soutient Martine Aubry lors de la primaire de la gauche de 2011 pour l'élection présidentielle de 2012[21].

Elle quitte le PS en 2013, déclarant par la suite : « J’ai toujours été sociale-démocrate, et j’ai été triste de quitter les socialistes en 2013, quand j’ai compris que je n’avais plus rien à voir sur le plan idéologique avec beaucoup d’entre eux »[9].

Conseillère presse au ministère de l'Économie

Après l'élection de François Hollande à la présidence de la République, elle devient chargée de mission « presse et communication » au cabinet d'Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif à Bercy, et conserve cette fonction quand Emmanuel Macron succède à Arnaud Montebourg, en août 2014[2].

Quand celui qui deviendra président de la République fonde En marche, elle l'y suit, après quelques jours de réflexion et sur l'insistance d'Alexis Kohler[22], comme conseillère presse et communication[8], séduite par « la volonté [du mouvement] de transcender les clivages existants, la tentative audacieuse pour essayer autre chose, et le sentiment que ça ne pouvait plus continuer comme avant[18] ».

Elle se fait connaître du grand public par le documentaire de Yann L'Hénoret Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire — diffusé sur TF1 le lendemain du second tour de l'élection présidentielle, le  — où elle apparaît, selon L'Obs, « comme l'un des personnages clefs du premier cercle qui entoure et conseille le candidat »[8].

Cabinet du président de la République

Le , elle assiste à l'investiture du nouveau président[23] et devient conseillère presse pour les affaires nationales auprès de Sylvain Fort, chargé de la communication de l'Élysée[24].

Après la communication erratique de la présidence Hollande, Sibeth Ndiaye participe au verrouillage de la communication élyséenne[21]. Elle parvient à faire déménager la salle de presse de l'Élysée, installée depuis Valéry Giscard d'Estaing dans la cour du Palais, malgré la vive opposition de l'association de la presse présidentielle, « ce qui lui permet de marquer des points auprès du président » selon Le Figaro[25]. Elle accompagne Emmanuel Macron seulement lors de ses déplacements à risques[25]. Elle exige des employés de l'Élysée de ne pas se répandre en indiscrétions, et s'occupe du choix des journalistes accrédités dans les déplacements.

Les sondages de popularité d'Emmanuel Macron accusant une forte baisse durant l'été 2017, et sa distance avec la presse étant critiquée, le pôle communication de l’Élysée est alors renforcé par l'arrivée, le 1er septembre, du journaliste Bruno Roger-Petit[26],[25]. Le Figaro considère qu'elle est « un temps affaiblie » par cette nomination et « entre avec lui dans une concurrence feutrée mais acharnée. Une bataille dont elle est sortie vainqueur »[25] avec l'arrêt de la fonction de porte-parole de Roger-Petit en octobre 2018[27].

En juin 2018, elle diffuse sur son compte Twitter la vidéo d'une réunion à l'Élysée, dans laquelle Emmanuel Macron dit : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s'en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres »[28]. L'expression « pognon de dingue » provoque une polémique[29].

Lors des révélations de l'affaire Benalla, Sibeth Ndiaye fait diffuser massivement sur Twitter deux vidéos obtenues illégalement auprès de la police[30] et dont une est sans rapport avec l'affaire mais présentée faussement comme telle. Elle invite ensuite les journalistes à consulter ces vidéos dans le but de disculper Alexandre Benalla des violences commises. Un des principaux conseillers d’Emmanuel Macron, Ismaël Emelien, est également impliqué[31]. Selon différents commentateurs, il s'agit de fake news[32],[33]. Selon le journaliste Albert Zennou du Figaro, c'est même une « fabrique de la fake news »[32].

Début 2019, elle est présente sur les grandes étapes des déplacements présidentiels en région à l'occasion du Grand débat national consécutif au mouvement des Gilets jaunes[34].

Porte-parole du gouvernement

Le , elle est nommée secrétaire d'État et porte-parole du gouvernement, remplaçant Benjamin Griveaux[35]. La cérémonie de passation de pouvoir a lieu le lendemain[36].

Charles Jaigu, journaliste au Figaro, indique que « très vite, sa fidélité inconditionnelle à Emmanuel Macron en a fait la championne d’une langue de bois d’un nouveau genre, décontractée dans la forme, mais d’une verticalité toute macronienne sur le fond » et qu’« avec son piercing sur la langue et son humour, elle n’a pu effacer cette impression de paternalisme technocratique régnant dans les plus hautes sphères de l’État ». Il ajoute que, bien que « plus aguerrie aux codes de l’ancien monde que tant de nouveau-nés d’En marche, [elle] est prise au piège de cette contradiction entre la franchise jusqu’au risque de la gaffe et la maîtrise au risque de l’ennui »[9].

Alors qu’elle était déjà critiquée pour plusieurs de ses déclarations avant sa prise de fonction, elle fait partie des personnalités en première ligne lors de la pandémie de Covid-19 : sa communication fait alors l’objet de polémiques quotidiennes car jugée remplie de maladresses, d'approximations ou de contre-vérités, ce qui la conduit plusieurs fois à revenir sur ses propos ou à s’excuser[37],[38].

Controverses

Rapport aux médias et à la vérité

Les médias critiquent régulièrement le ton et les méthodes de travail de Sibeth Ndiaye. En juillet 2017, selon L'Express, elle n'hésite pas à « [appeler] les médias quotidiennement quand on a des divergences d'interprétation » si un article déplaît[39]. La presse la décrit comme exerçant des pressions sur les journalistes dont les articles lui paraissent trop critiques : « C'est pas du travail de journaliste, c'est du travail de sagouin ! », l'entend-on dire à un journaliste dans le documentaire Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire ; elle déclare également « assume[r] parfaitement de mentir pour protéger le président »[40],[41]. Dans le même documentaire, Sibeth Ndiaye déclare que les Juifs détiennent un « copyright » sur les crimes contre l'humanité[42].

En février 2019, Le Monde relève sa manière de communiquer avec les journalistes lors du Salon de l'agriculture « sur un mode fait d'injonctions et de menaces » : « Vous devez obéir » ; « Si vous n'êtes pas contente, je vous sors du pool (en) »[43]. Début 2017, un journaliste, auteur d'un livre perçu par Sibeth Ndiaye comme critique à l'encontre d'Emmanuel Macron, rapporte s'être fait menacer de ne plus obtenir d'accréditation aux futurs rassemblements d'Emmanuel Macron[44].

Au début de la pandémie de Covid-19 en France, Sibeth Ndiaye affirme que le port du masque de protection est inutile « si on n’est pas malade » et déclare ne pas savoir s’en servir elle-même car « l’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis »[45] ; par la suite, elle reconnaît un changement de position en invoquant une « évolution du consensus scientifique » sur le sujet[46]. Elle fait également état d’un changement d’avis après la décision d’Emmanuel Macron de fermer les écoles, une mesure à laquelle elle se déclarait peu auparavant opposée[37]. Elle en outre critiquée pour plusieurs déclarations, comme lorsqu’elle fait état d’enseignants « ne travaillant pas » (malgré la mise en place du travail à distance), critique les mesures strictes prises par l’Italie ou affirme que l'Organisation mondiale de la santé n’a recommandé l'usage des tests massifs sur la Covid-19 qu'en avril (alors que l’institution l’a fait un mois auparavant)[37],[38],[47].

Personnalité

En août 2017, Le Canard enchaîné affirme que Sibeth Ndiaye, interrogée par un journaliste sur la réalité de la mort de Simone Veil, aurait répondu par SMS : « Yes, la meuf est dead ». Sibeth Ndiaye dément, assurant que « le SMS est totalement faux ». En avril 2019, CheckNews, le service de fact checking de Libération, enquête et conclut à des propos déformés par Le Canard enchaîné. À la question « [Simone Veil] aura-t-elle des obsèques nationales ? », Sibeth Ndiaye aurait en réalité répondu : « Aucune idée, la meuf est morte il y a moins de vingt-quatre heures »[48]. Néanmoins, en 2017, la publication du Canard déclenche une polémique. L'hebdomadaire affirme que l'Élysée « cherche désormais à « muscler » la communication »[49] et à mettre Sibeth Ndiaye « sous tutelle »[50]. Ibrahima Diawadoh N'Jim, ancien conseiller de Manuel Valls, estime pour sa part, dans une tribune en ligne publiée dans Le Monde, que la polémique qui a suivi « relève d’un racisme insidieux encore bien présent en France »[51].

L'Agence France-Presse (AFP) évoque aussi « son langage cru, ses coups de gueule, son habitude du franglais[52] », Ndiaye postant ainsi sur Twitter un message à propos de sa fierté pour son nouveau « job » après sa nomination comme secrétaire d'État et porte-parole du gouvernement.

Son style vestimentaire décontracté, notamment lors des cérémonies de la fête nationale de 2019 — où elle porte un tee-shirt comportant l’inscription « tous les garçons et les filles »[53] —, suscite les critiques de personnalités de droite, comme Nadine Morano, ou d'extrême droite, à l’instar de Jordan Bardella[54]. Quelques jours plus tard, tentant de défendre le ministre François de Rugy, qui venait de démissionner, Sibeth Ndiaye affirme sur Twitter : « Nous avons conscience que nos concitoyens ne mangent pas du homard tous les jours, bien souvent c'est plutôt des kebabs ». L'ancienne ministre Nadine Morano lui répond dans un autre message sur la plateforme : « Outrée mais habituée à entendre ses inepties débitées souvent en tenue de cirque… Sénégalaise très bien née ayant obtenu la nationalité française il y a trois ans… visiblement avec de grandes lacunes sur la culture française, indigne de cette fonction gouvernementale en France » [55]. En réaction, Ndiaye dénonce des propos « de toute évidence » racistes[56],[57].

Notes et références

  1. Transcription de son patronyme Ndiaye selon la norme API. ⚠ La prononciation [ɛn.djaj] pourtant très fréquente dans les médias francophones de France est incorrecte.
  2. a b et c « Sibeth Ndiaye », voici.fr (consulté le 9 mai 2017)
  3. « Sibeth Ndiaye, la tête qui dépasse dans Macron, les coulisses d’une victoire », ouest-france.fr, 9 mai 2017
  4. a et b « Portrait : Sibeth Ndiaye, la Sénégalaise incontournable de la campagne d'En marche ! - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 9 mai 2017)
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  10. « Sibeth Ndiaye : « La pire phrase pour moi, c’est "on ne peut pas faire autrement" » », sur elle.fr, (consulté le 12 mai 2017)
  11. « Patrice Roques, sa biographie » sur femmeactuelle.fr.
  12. https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/sibeth-ndiaye-pourquoi-elle-samuse-des-prenoms-donnes-a-ses-trois-enfants_428623
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  54. « Sibeth Ndiaye mise sur un look très décontracté pour les cérémonies du 14 juillet », sur gala.fr, (consulté le 23 juillet 2019).
  55. « "Une Sénégalaise très bien née en tenue de cirque" », sur francetvinfo.fr,
  56. « Sibeth NDiaye réagit au tweet jugé raciste de Nadine Morano », sur 20minutes.fr, (consulté le 23 juillet 2019).
  57. Clotilde Dumay, « Après Morano, Bardella accuse Ndiaye d’être «habillée comme un Télétubbies» », lefigaro.fr, (consulté le 23 juillet 2019).

Voir aussi

Article connexe

Liens externes